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Affaire FILLON : ce qui n’est pas interdit n’est pas forcément autorisé .

 

Qu il dégage

Qu il dégage

Né en 1954 François Fillon est un homme politique qui a fait carrière en exerçant différents mandats locaux dans la région des pays de la Loire notamment la Sarthe , ainsi que des mandats nationaux comme sénateur ou député ,  avant de devenir ministre sous différents gouvernements de droite et premier ministre sous la présidence de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012.

C’est un chrétien à titre privé et un conservateur ordo-libéral au plan politique( modèle allemand)

Son entrée  à Matignon n’était pas passée  inaperçue à l’époque . A peine nommé chef du gouvernement par Sarkozy , il déclarait, sans prendre de pincettes   » être à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier ». Nicolas Sarkozy au lieu de lui dire  » casse toi pov’ con »  l’a convaincu de prendre son mal en patience en le maintenant durant tout le quinquennat à ses cotés comme » simple collaborateur « . Après avoir bataillé contre Jean Francois Copé au sein de son parti après le défaite de Nicolas Sarkozy aux présidentielles de 2012 gagnées par François Hollande , il fallait s’attendre à voir le sourcilleux mais  ambitieux   Fillon présenter sa candidature pour les élections présidentielles de 2017 .  Il remportait haut la main les primaires de la droite et du Centre en Novembre 2016 , exit Nicolas Sarkozy et Alain Juppé . Dans l’élan de sa victoire il décidait , le bougre ,  de se rendre peu de temps après en Allemagne,  faire sa génuflexion devant Angela Merkel toute prête déjà à le canoniser Président comme l’ensemble des médias … sauf un  » Le Canard enchainé » journal satirique spécialisé dans le décryptage des gens de pouvoir et de leurs vérités cachées.

Que s’est-il passé?  Fin janvier 2017 à la suite des révélations du « Canard Enchainé » , journal qui est , rappelons le ,  une véritable institution dans la presse écrite, française , incontournable dans les travées du pouvoir , éclate ce que l’on appelle le Pénélopegate . De quoi s’agit-il ?

Mme Pénélope Fillon , l’épouse de F Fillon a été employée  comme assistante parlementaire de son mari  de 1988 à 1990, de 1998 à 2000 , et de 2012 à 2013 et comme assistante parlementaire du suppléant  Marc Joulaud de 2002 à 2007 . Son traitement mensuel avoisinait 4000euros et  le montant total des revenus tirés de cette activité était évalué selon le Canard Enchainé à une somme de l’ordre de 800 000 euros en 15ans .  Mais c’est là que le bât blesse . Cet emploi familial ne cacherait-il pas un cadeau  financé par l’argent public dont disposait son mari  ou son suppléant au titre de la députation ? F. Fillon  n’avait pas besoin de répéter « J’aime ma femme » , n’est-il pas normal  entre mari et femme de  se faire de petits cadeaux, mais si l’intention libérale ( vouloir faire un cadeau) suinte d’un emploi de complaisance payé avec de l’argent public , c’est autre chose . Curieusement  Pénélope Fillon qui avait donné 5 enfants à son homme d’Etat de mari et restait fidèlement à ses cotés,  affirmait en 2007 , à un journal britannique lors d’une interview,  qu’elle n’ avait jamais été l’assistante parlementaire de son mari. Epouse , mère de famille , mais pas assistante parlementaire, ou quoique ce soit d’autre. C’était dit, et qui plus est, filmé . Faut-il voir dans de tels propos  une  discrétion convenue autour d’un emploi fictif qui ferait mauvais genre s’il venait à l’idée d’un journaliste d’y voir de plus prés.

Quoiqu’il en soit, la suspicion d’emplois fictifs pour le candidat à la Présidentielle , conduisait le Parquet de Paris ,via le Parquet Financier National ( PNF) à ouvrir dès le 25 janvier 2017 un enquête confiée à l’ Office Central de Lutte contre le Corruption et les Infractions Financières et Fiscales ( OCLCIF) . Au bout d’un mois d’enquête, après audition notamment des époux Fillon , une information judiciaire était ouverte contre X par requisitoire introductif en date du 27 février 2017 des chefs notamment de détournement de fonds publics et  recel : étaient également visés  pour des faits distincts l’abus de biens sociaux  , le trafic d’influence et le manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique.

Fillon clame son innocence et met en cause l’autorité de la justice , notamment celle du Parquet de Paris et par conséquent de ses chefs hiérarchiques François Molins Procureur de la République et Christian Marin Procureur général.Il n’est pas inutile de remarquer  que la saisine des juges d’instruction , qui est en soi une orientation procédurale équilibrée lorsque les personnes mises en cause sont des gens de pouvoir,  a le mérite de mettre en mouvement l’action publique et d’échapper à la toute récente réforme des délais de prescriptions qui réduit la prescription des infractions  » occultes et dissimulées  » à une periode de 12 ans après les faits . Dans l’affaire Fillon les faits antérieurs à 2005 auraient été prescrits  et légalement pardonnés .

Pardon , vous avez dit pardon ! Oui ,  Fillon en présentant ses excuses au peuple de France a sollicité  son pardon pour avoir prêté le flanc aux reproches de favoritisme ou d’appât du gain à travers des emplois familiaux non  interdits par la loi française certes,  mais ce qui n’est déjà plus le cas pour les institutions européennes  et la réglementation européenne et on ferait mieux de s’en inspirer .

D’un point de vue général, on peut avancer l’idée que la rémunération de l’assistant parlementaire , dans une démocratie bien ordonnée, est censée être la juste contrepartie d’obligations professionnelles exercées par l’intéréssé dans le cadre de sa mission,  à savoir faciliter le travail  de l’élu : en France cet élu est autorisé à embaucher , grâce à une indemnité financière de l’Etat en sus de son traitement, une équipe à son service dans le cadre de son activité parlementaire . Qui définit son activité parlementaire et celle de son assistant , SVP?

L’erreur de M Fillon est de croire  qu’il suffit d’affirmer que sa femme était à son service pour être dispensé d’en justifier le poste de travail précis surtout lorsque le montant du salaire est important, de l’ordre de 4000 euros nets mensuels et  qu’il implique des contraintes de formation, de compétence et de disponibilité à la hauteur de la rémunération … sauf à admettre qu’il s’agit d’un emploi fictif . Or Mme Fillon a été si discrète que la question se pose , mais la défense des époux Fillon  a désormais toute latitude pour présenter aux juges d’instruction les éléments de preuve de nature à donner une réelle consistance à l’activité d’assistante parlementaire de Mme Fillon.

Certains pourraient être conduits à penser que ce Pénélopegate est dérisoire par rapport aux enjeux démocratiques attachés à la candidature de F Fillon aux présidentielles , comme tente de le faire admettre implicitement celui-ci , en se maintenant dans la course à l’Elysée. Tout dépend comment on définit le dérisoire , n’est-ce pas ?

Pour le citoyen contribuable , ce n’est pas dérisoire d’être salarié  de la République sans contrepartie . Souvenons nous du témoignage émouvant de Martine Crnkovic,

 filloniste de toujours , d’au moins 30 ans , et maire de Louailles : quelle n’a pas été sa surprise d’apprendre que Mme Fillon était l’assistante parlementaire de son mari  (toujours la même discrétion autour de cet emploi ccomme s’il convenait de ne pas l’ébruiter)  et bouleversée par la suspicion de détournement d’argent public qui pèse sur le couple Fillon  dont elle est une proche  « J’espère , dit-elle , qu’elle l’a mérité (l’argent public). » Qui juge du mérite , SVP ?

Pour le citoyen appelé aux urnes  , ce n’est pas dérisoire qu’un homme d’Etat candidat  aux plus hautes fonctions , n’assume pas les principes éthiques exigés de lui , en se dissimulant derrière des excuses inopérantes mais révélatrices d’une lâcheté malsaine qui va jusqu’à désavouer le travail de la justice républicaine de son pays comme le fait , par ailleurs une autre responsable politique Marine Le Pen, porte parole de l’extrême droite en France. On serait tentés de dire « C’est bonnet blanc et blanc bonnet « 

La leçon de l’histoire !  chacun pourra en décider . Qu’il soit cependant permis de rappeler à tous les démocrates que ce qui n’est pas interdit n’est pas forcément autorisé . C’est l’interprétation que les spécialistes donne de l’Etat de droit : celui-ci chevillé au corps de la démocratie  inclut l’abus de droit et l’apparence de légalité n’excuse pas tout . Le droit peut devenir un instrument de fraude et la maxime latine  » Fraus omnia corrumpit «  est toujours d’application. La dictature et la corruption  vont de pair et l’humoriste pourrait rajouter :  « l’homme est un Dieu car comme lui il ne change pas » ( réplique tirée des épisodes de la série : The Young Pope) Lorsque Fillon, les poings fermés tancent ses amis en leur lançant   » je resterai inébranlable »  … comme Dieu … , il n’est pas sûr que le peuple soit du même avis lors du prochain rendez vous électoral.

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Oyez ,oyez  Nîmois,  jeudi 2 mars 2017 Môssieur François Fillon, sorti tout droit de son manoir , vient vous rendre visite , il vient vous dire qu’il n’a commis aucune faute …. alors n’oubliez pas les casseroles . Au Parnasse à 19h.

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MISE A JOUR : On apprend ce 1er mars que FILLON est convoqué le 15 mars devant les juges d’instruction pour sa mise en examen au vu du dossier transmis par le Parquet . Bruno LEMAIRE fait savoir par communiqué  qu’il démissionne de la campagne de F .FILLON, celui-ci ayant déclaré,  qu’ il retirerait sa candidature s’il était mis en examen. Il aura intêret à respecter sa parole le moment venu , càd après sa mise en examen.

S’il ne le fait pas et il ne semble pas disposer à le faire à ce jour M Fillon n’ayant pas fait l’objet d’un placement en garde à vue au cours de l’enquête le concernant , le principe de sa mise en accusation commencerait à dater de sa mise en examen à partir de laquelle il bénéficierait jusqu’au jugement d’une présomption  d’innocence  qui lui garantirait d’être traité  dignement et équitablement par la justice de son pays. S’agissant d’un candidat potentiel aux élections présidentielles aucune disposition légale ne lui interdit de déposer officiellement sa candidature s’il dispose des parrainages voulus .


MISE A JOUR  : la conference de presse de F Fillon du 1 mars 2017 cliquez ICI http://www.rtl.fr/actu/politique/video-francois-fillon-revivez-sa-conference-de-presse-7787477724 . F Fillon promet de rapporter la preuve que son épouse l’a réellement assisté dans son travail parlementaire, tout en continuant à délégitimer la justice  en charge d’évaluer cette preuve exigée de lui et de lui seul en tant que candidat aux fonctions suprêmes de l’Etat . 

Nous pensons que l’opinion publique, et c’est heureux , est en situation de réclamer  un haut niveau de sens éthique de la part des candidats à l’election présidentielle , un moment fort de notre démocratie qui engage l’avenir du pays . 

L’emploi familial sur les deniers publics de l’Etat ( cela concernerait environ un quart des députés) est un choix hasardeux pour le parlementaire qui  a l’ ambition de devenir Président de la République.  C’est le cas de F Fillon . Hasardeux , pourquoi ?

Parce que dans le contexte d’une campagne électorale  la faute de F Fillon et non pas l’erreur comme il le prétend, c’est d’avoir , en tant que candidat à l’élection présidentielle, prêté le flanc à une vérification judiciaire de sa situation professionnelle , comme une société démocratique l’ exige, et d’avoir ainsi forcé la justice à intervenir  sur un terrain où elle n’a pas vocation à intervenir , le terrain de la moralité politique , lequel cependant ne saurait être exclu de son champ de compétence , voire de sa mission légale et constitutionnelle .  Le recours à un emploi familial pour un parlementaire , dans l’état de notre droit , peut difficilement échapper aux suspicions d’emplois de complaisance à partir du moment où la frontière entre le professionnel, le privé ou l’intime est difficile à faire.

A cotoyer le pouvoir de prés pendant de longues années on peut en venir à se considérer au dessus des lois et  les exemples ne manquent pas de cette triste réalité qui forge chez nos hommes politiques ce sentiment « d’ être intouchable » et de le croire . Comme N Sarkozy , F Fillon ne sera jamais quitte de ses attaques outrancières contre l’ institution judiciaire  dont il critique publiquement l’autorité, voire la légitimité démocratique.

N’oublions pas que le Pénélopegate n’est qu’un volet de l’affaire Fillon dont l’activité de conseil d’un groupe d’assurances est inquiétante lorsqu’il inclut dans son programme politique de presidentiable  une espèce de privatisation de la Sécurité sociale  et donc de la disparition de cette institution, de sa mort .  Cela donne tout son sens ( son sang …!!! ) à l’expression  « assassinat politique » utilisée par Fillon pour  défendre son image contre le système mediatico-judiciaire dont il se dit la victime , tout comme le serait le processus démocratique . C’est  » l’hôpital qui se fout de la charité » .

La malhonnêteté de F Fillon  n’échappe pas  au bon sens populaire . Sommé de s’expliquer sur un usage de l’argent public, comme tout homme d’Etat doit s’y attendre ( il a été premier ministre de la France pendant 5 ans), il nie tout comportement fautif et déplace la faute sur  « celui » qui lui demande des comptes , le peuple à travers ses institutions démocratiques . C’est F Fillon qui porte atteinte au processus démocratique au moment même où il désigne comme traitre son juge, le peuple et les institutions qui le représentent dans la société démocratique qui est la nôtre . Car au delà du fait d’avoir eu recours intentionnellement ou pas à un emploi fictif , cette attitude anti républicaine le disqualifie pour la fonction présidentielle. Au bout du bout , le candidat à la Présidence de la République doit pouvoir afficher  une moralité exemplaire dans sa vie publique c’est une marque de respect pour le peuple  , les citoyens qui sont appelés à l’élire .Si ce n’est pas le cas il doit s’abstenir ou dégager .F Fillon n’accepte ni l’un ni l’autre .

MISE A JOUR : communiqué du 1 mars 2017 du premier président et du procureur général de la Cour de Cassation , presidents du Conseil Superieur de la Magistrature cliquez ICIgoo.gl/75DTjE 

On peut y lire notamment un rappel du principe  d’indépendance des magistrats même si ,à y regarder de prés , c’est de l’indépendance de  l’autorité judiciaire qu » il s’agit  dans la Constitution, loi fondamentale où les magistrats  puisent leur légitimité, celle de rendre la justice au nom du peuple français : leur légitimité ne découle pas de  l’élection comme dans d’autres pays. Mais il est aussi question du devoir des magistrats  » de ne pas s’engager publiquement dans le débat électoral » , la forme concise du communiqué n’a sans doute pas permis de préciser : sauf  s’ils sont eux mêmes candidats à des élections publiques , ce qui peut les conduire,  s’ils sont élus , à devoir faire un choix de carrière , ce qui ne leur est pas interdit mais fortement déconseillé …au moins jusqu’à leur retraite .

MISE A JOUR  La presse étrangère

Un vent mauvais souffle sur l’élite française  à l’image de F Fillon qui en porte une lourde responsabilité .

Selon La Tribune de Genève « 

la présidentielle 2017 est d’ores et déjà abîmée…D’ordinaire les politiques appellent au calme, en 2017 en France ils veulent que la rue les protége de la justice « 

Fillon -Le Pen même discours

Selon le Telegrah(anglais) « le scandale François Fillon ( en accusant l’Etat français de tentative d’assassinat politique pas seulement contre lui mais aussi contre le processus démocratique ) conduit la politique française dans le caniveau » 

Le caniveau : le choix de sortir du pacte républicain et de la cohésion républicaine .