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LU dans la revue Esprit: Les élections européennes et la crise des partis

30 mai 2014 source http://esprit.presse.fr/news/frontpage/news.php?code=324

 

Entretien avec Christophe Sente  collaborateur scientifique à l’Université libre de Bruxelles. Voir son dernier article dans Esprit, « Faut-il attendre une refondation de la social-démocratie ? » (août-septembre 2013) Il cite Peter Mair[1]. Voir On Parties, Party Systems and Democracy. Selected Writings of Peter Mair, Colchester, ECPR Press, 2014.et Vivien Schmidt[2] Vivien A. Schmidt et Mark Thatcher, Resilient Liberalism in Europe’s Political Economy, Cambridge, Ca

Propos recueillis par Alice Béja dont les questions , toutes interessantes, sont reproduites dans leur intégralité . Les réponses sont un peu décevantes et reproduites par voie d’extraits .

 AB- Les résultats des élections confirment la majorité détenue par le Parti populaire européen (droite) au Parlement. A rebours de l’atmosphère politique en France, où la première place du FN fait figure de « séisme », il semble donc que la politique européenne soit plutôt placée sous le signe de la continuité. L’arrivée de députés issus de divers mouvements eurosceptiques peut-elle modifier cette politique ?

CS. Il répond qu’ en Europe a prévalu une alliance ou une alternance de partis gouvernementaux européistes «  même si , ajoute -t-il on assiste dans plusieurs Etats à l’émergence de challengers « eurosceptiques ».( Front national, UKIP (le parti eurosceptique anglais) ou le parti du peuple danois respectivement  en France, en Grande-Bretagne et au Danemark.(…) Selon lui « Aujourd’hui, les députés européens « eurosceptiques » (…) resteront dans une position de relative faiblesse tant qu’ils ne disposeront pas d’alliés suffisants au sein des gouvernements nationaux (…) »

AB- Les partis eurosceptiques arrivent premiers en Grande-Bretagne (Ukip) et au Danemark (Parti du peuple danois), des pays dont la relation à l’Europe a toujours été compliquée et qui ne sont pas dans l’euro. En revanche, en Allemagne, en Italie ou en Espagne, pays historiquement pro-européens, les partis au pouvoir arrivent en tête, à des degrés divers (très largement pour le PD de Matteo Renzi, en net recul pour le Parti populaire de Mariano Rajoy). La France est-elle une exception ?

CS. Il répond avec prudence que  la relation à l’Europe est compliquée,que  la situation actuelle peut être interprétée différemment mais sans doute « à l’aune d’une fragmentation de systèmes multipartites nationaux là où le parti au pouvoir convainc difficilement du bien-fondé de choix nationaux qu’il justifie par les traités européens. »(…)

Comment expliquer que les habitants des pays d’Europe du centre et de l’est, pourtant parmi les plus pro-européens lorsqu’on les interroge, votent si peu aux élections européennes (la Pologne, souvent présentée comme l’élève modèle de l’Union, est également lanterne rouge en termes de participation) ? 

CS « C’est de façon beaucoup plus générale qu’on assiste en Europe à un déclin de la participation politique. Ce déclin s’exprime au travers de l’abstention électorale, (…) ainsi que d’un désengagement plus général par rapport aux formes organisées de la participation telles que les partis et les syndicats, mais également les coopératives et les mutuelles.(…)

‘ »Si la xénophobie est loin d’avoir disparu, elle ne paraît plus alimentée par une théorie raciale et raciste, mais plutôt soit par une remise en question du champ d’application géographique du principe de solidarité, soit par une référence paradoxale à un modèle européen de libertés individuelles. »

La nouveauté de cette élection européenne était sa personnalisation, le fait que chaque grande coalition européenne ait désigné une personne qu’elle présenterait à la présidence de la commission en cas de victoire (Alexis Tsipras pour la gauche radicale, Martin Schulz pour les socio-démocrates, Guy Verhofstadt pour les libéraux et Jean-Claude Junker pour le parti populaire européen). A voir les résultats, et malgré un taux de participation global en légère hausse par rapport à 2009, cette innovation ne semble pas avoir transformé l’élection. Etait-elle nécessaire ? Son échec est-il le signe de la difficulté à combler la distance entre les électorats nationaux et le fait européen ?
CS « Cette stratégie (…)a eu le grand mérite de rappeler que la commission est un lieu éminemment politique ( pas uniquement technocratique )  que le choix de son leader importe.(…)  les limites du succès de la stratégie de personnalisation menée dans le cadre de la campagne de 2014 peuvent indiquer que le niveau d’adhésion des citoyens à l’Europe ne dépend plus de sa séduction institutionnelle, mais de résultats socio-économiques favorables aux travailleurs et aux chômeurs. Cette lecture trouve une confirmation dans les Eurobaromètres régulièrement consacrés à la citoyenneté européenne qui placent l’emploi en tête des attentes formulées à l’égard de l’UE. »

AB-Le Parti socialiste européen est en recul en termes de nombre de sièges au Parlement. Ces élections – maintien de la droite, montée des mouvements populistes – sont-elles un nouveau révélateur de l’échec de la social-démocratie dans le contexte de la crise ?  D’une impossibilité à sortir d’un discours du « il n’y a pas d’alternative », qui risque de s’aggraver avec le maintien d’une majorité de droite ? Plus généralement, ces élections posent-elles la question de l’avenir du bipartisme, remis en cause dans plusieurs pays (Grande-Bretagne, Italie, France), ou n’est-ce qu’un effet d’optique du scrutin européen ?

CS (…) l’évidence de l’inefficacité technique des remèdes monétaristes à la crise ne porterait pas fondamentalement atteinte à la quasi-hégémonie des options économiques et sociales importées par le thatchérisme dans l’imaginaire collectif européen. Le fait que la plupart des partis eurosceptiques ne rompent pas complètement  avec de telles options confirme cette analyse.

Conclusion de l’interviewé . « .Dans un tel contexte, la démocratie européenne a moins besoin de réformes électorales qui consolideraient techniquement la position dominante, à présent érodée, de partis traditionnels, que d’un débat sur les politiques économiques et les objectifs sociaux de l’Europe. »

============================================ Commentaire
Cette conclusion  est décevante car les fondamentaux  de l’Union européenne devraient tendre à activer un état de droit qui favorise le débat contradictoire entre les peuples sur l’existence d’un interêt européen commun supérieur aux prétentions nationales contraires Il reste à la démocratie européenne à inventer les règles de ce débat sans diminuer  les peuples de l’exercice de leur  pouvoir souverain . Les règles éléctorales deviennent essentielles.Nous vivons aussi une » crise institutionnelle en Europe ». Un vent mauvais souffle sur l ‘esprit communautaire qui animait les peuples européens au sortir des déflagrations assassines de la deuxième guerre mondiale .