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Polémique sur le dessin de Luz en couverture du nouveau Charlie Hebdo paru après l’attentat de Paris

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Tiré à 5 millions d’exemplaires le nouveau numéro de Charlie Hebdo  paru le 14/01/2015 suscite une large réprobation dans le monde musulman, même si la tuerie de Charlie Hebdo au nom d’un islamisme  fondamentaliste  est condamnable pour la plupart.

Certains pays au Maghreb occidental, en Afrique noire, au Moyen Orient, en Asie , agités aussi par l’islamisme radical et fondamentaliste , ont désapprouvé  la dernière publication de l’hebdomadaire dont l’image de couverture à la Une est reproduite  ci contre . On s’est bien rendu compte, lorsque la religion musulmane est mise en cause, à travers  des caricatures de Mahomet , que cela passe pour la plupart des religieux ( y compris le pâpe, chef de la chrétienté, victime lui aussi en d’autres temps de Charlie Hebdo  )   comme une insulte à la foi des musulmans . Dans ces circonstances la tradition provocatrice de Charlie Hebdo contre les religions lui colle à la peau   et désigne ses humoristes caricaturistes comme ceux  par qui le blasphème arrive : la fatwa n’est pas loin . Pour preuve …

En Egypte, les autorités religieuses  au nom de l’islam sunnite ,de la Mosquée Al Azhar basée au Caire , critiquent la « une  » de l’hebdomaire représentant , selon elles , Mahomet la larme à l’oeil , » image risquant d’attiser la haine » ( LM du 15/01/2015); L’Union mondiale des savants musulmans , par la voix de Youssef Al Qaradawi , éminence grise des Frères musulmans, estime que les dessins de Charlie ne font que « donner de la credibilité à la thèse selon laquelle l’Occident est contre l’Islam »  Le président egyptien Abdel Fattah Al Sissi a autorisé la censure des publications étrangères jugées offensantes pour la religion.

En Turquie  le premier ministre Ahmet Davutoglu  a dénoncé une  » grave provocation de Charlie Hebdo » au motif que la liberté de la presse ne signifie pas la liberté d’insulter .  Tourner en dérision la religion musulmane et le prophète Mahomet est une atteinte blasphématoire intolérable dans ce pays qui reste  attaché au droit musulman. La Turquie, qui ne répond pas au standard démocratique de l’ Europe,  n’est pas prête d’intégrer l’Union européenne .

Au  Maroc, en Algérie la parution du dernier numéro de Charli Hebdo ou sa reprise par d’autres journaux semble avoir provoqué également , dans ces pays anciennement colonisés par la France , des réactions hostiles à l’hebdomadaire satirique dans  la classe politique ou l’opinion publique. Que les terroristes ayant assassiné les dessinateurs de Charlie Hebdo soient français d’origine algérienne n’est pas anodin et cette circonstance  doit sans doute être mis en lumière dans l’explication des crimes qu’ils ont commis .

En Iran , le gouvernement  en la personne de son ministre des affaires etrangeres Marziyeh Afkham a fustigé les abus de la liberté d’expression en occident et condamné la publication de la « caricature insultante envers le prophète de l’Islam » du numéro paru le 14/01/2015 . On sait que l’Iran est le pays de droit musulman par excellence ayant placé à la tête de l’Etat un guide suprême  garantissant la suprêmatie des dogmes religieux de l’Islam.

En Mauritanie et au Sénégal plusieurs manifestations ont marqué l’opposition aux caricatures lorsqu’elles représentent ou semblent représenter le prophète Au Niger, des émeutes ont eu lieu avec le même prétexte et ont fait plusieurs morts.

Au Pakistan, des manifestants en nombre se sont réunis dans plusieurs grandes villes dont Karachi aux cris de «  Nous ne sommes pas Charlie , nous sommes Kouachi «  Ils ont exprimé leur colère contre la « Une » du dernier numéro de Charlie Hebdo  et brulé des effigie des dessinateurs de l’hebdomadaire satirique selon le journal LM du 18/01/2015

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Comment décoder le dessin de Luz, à la « une  » de Charlie hebdo » paru  ce mercredi 14/01/2015 , après l’assassinat à la kalachnikov le 7 janvier à Paris au siège du journal satirique de ses principaux animateurs ( Cabu , Wolinsky et les autres)  et le deuil qui leur a été rendu dans toute la France  le 11/01/2015 lors de manifestations  ayant rassemblé prés de 4 millions de français incarnant une conscience démocratique et civique choquée par la barbarie de la tuerie et l’atteinte à la liberté d’expression et son corollaire accepté par notre droit , la satire , l’humour et la caricature . 

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Les sémiologues ne manqueront pas de se livrer à l’analyse de l’image . Est -elle une caricature ? Ils feront le distinguo habituel entre le signifiant ( ce que je dessine, ce que j’écris , ce que je dis) et le signifié ( le faisceau de significations plus ou moins cohérentes , paradoxales ou contradictoires qui se dégagent de l’image, de l’écrit ou de la parole )  Toujours un écart entre les deux …( ce que vous comprenez n’est pas nécessairement ce que j’ai voulu dire ou ce que j’ai dit )

Venons en à la fameuse couverture .

La couleur verte est en arrière plan . On peut constater que le vert est utilisé par la tradition et la religion islamiste ( drapeaux par exemple)(*)

Le personnage central a la larme à l’oeil : il tient une pancarte où est inscrit  » je suis Charlie » Sa tenue vestimentaire ( turban et djellaba ) rappelle l’habillement traditionnel musulman et rien ne permet d’affirmer que c’est le prophète Mahomet en personne qui est représenté . Cela n’a pas empêché les manifestants de part le monde et les médias de désigner le personnage central du dessin de Luz comme Mahomet, le Dieu Mahomet .  Luz,  lui -même , la veille de la  parution du nouveau Charlie ,  explique son dessin au journal Les Echos en précisant «  « Notre Mahomet est un homme qui pleure » . Il ajoute à l’ambiguité : qu’est ce que le dessinateur a voulu dire ou exprimer ? Paradoxalement rien n’interdit de penser  que le personnage central est un quidam , de confession musulmane qui pleure et qui a de la peine en brandissant l’écriteau  » je suis Charlie » dans une pensée émue pour les journalistes assassinés.Et si le « notre Mahomet » dans la bouche de Luz, s’entendait plutôt comme   » Nos Mahomet » :  le dessin  viserait plutôt que le prophète interdit de représentation impie,  tous ceux qui  croient en Mahomet qu’il s’agirait d’imaginer , aprés les tueries , en Pro- Charlie . Une prise à témoin non pas du Dieu musulman mais du peuple musulman face aux événements tragiques .

Vient ensuite le texte  » Tout est pardonné «  inscrit en dessus du personnage , inséré entre sa tête et le bandeau supérieur de l’hebdomadaire Charlie Hebdo où est rajouté la mention  » journal irresponsable » Un flux de significations peut nous envahir dans l’interaction des deux expressions , l’une contenant le mot « pardon » , l’autre le mot « responsabilité »Une  vendetta exécutée à la kalachnikov, à la façon maffieuse , c’est ce qu’on retient de la tuerie , n’est-il pas vrai ? Comment voir autrement cet attentat commis par deux illuminés aux cris, selon les témoignages rapportés par la presse ( LM 17/01/2015) de  » Allah est grand »  » on a tué Charlie , le Prophète est vengé »  L’offense , s’il y a eu offense , a été lavée dans le sang . Lourd tribut pour la presse satirique ! Où se niche l’irresponsabilité revendiquée par le journal ?  La liberté d’expression qui finit ainsi, ne  signe t-elle pas des temps d’une noirceur absolue .Tout est pardonné, rien n’est pardonné, les deux faces d’une même réalité : il ne faudrait pas que la larme à l’oeil dessinée par Luz  sur  » son Mahomet » soit une larme de crocodile .

Cette tentative d’analyse et de décryptage  admet évidemment la double réserve du sémiologue , spécialiste de l’analyse de l’image ( Gérard Bastide ) qui fort opportunément rappelle

-d’une part que le dessinateur ( ou tout autre auteur) ne saurait épuiser  » tous les sens qu’il entend donner à son oeuvre »

- d’autre part que le lecteur ( votre serviteur par exemple) peut se tromper , voire détourner ou dévoyer le message lorsqu’il aura été délivré  avec plein de « signifiés » contradictoires. Est ce le cas du dessin de LUZ.?

Pour trancher , on ne peut s’empêcher d’aller voir  ce qui se passe du coté du  pays où la liberté de la presse est magnifiée, les   Etats Unis .

Les médias  américains , dans une société américaine où les religions conservent une influence considérable , ( God save America ) ont tendance de façon majoritaire à ne pas publier  ce qui   » est destiné délibérément  à heurter les sensibilités religieuses  » Cependant Martin Baron, le directeur du Washington Post  devait revenir sur cette ligne en publiant la couverture dessinée par Luz, qui n’entrait pas selon lui dans la catégorie  » de ce qui est précisément, délibérément ou inutilement offensant pour des membres de groupes religieux «  La médiatrice du New York Times Mme Margaret Sullivan osait même critiquer la ligne interne de son journal en estimant que le dessin publié le mercredi 14/01/2015 par le nouveau numéro de Charlie Hebdo n’était  » ni choquant, ni gratuitement offensant  » et qu’il avait  » sans aucun doute une valeur significative d’information « . Laquelle ?

Après les tueries , il n’est pas offensant d’appeler à la tolérance les plus irréductibles et la couleur verte du tableau ( *bis) deviendrait alors  celle  de l’espoir,  l’espoir du futur assurément et la République française en a bien besoin par les temps qui courent.

 (*)( *bis) 20/02/2015:  on m’a rapporté que la couleur verte était utilisée en contraste  avec le désert et l’absence de verdure de ces territoires .

Laicité et paix civile par JL Mélenchon: conférence du12 janvier 2015


Laïcité et Paix Civile – Conférence de Jean-Luc… par lepartidegauche

RAPPEL  sur le même sujet

-projet de loi laïque déposé par les parlementaires du Parti de Gauche le 4 avril 2011