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Penser et critiquer, est vital pour l’homme

Le  journal Courrier International vient de publier un numéro spécial intitulé  » le monde musulman face  à l’urgence des réformes »  On y trouve un premier billet publié en août 2014 par l’ecrivaine libanaise Dominique Edde qui s’ interroge sur : comment sortir de la barbarie ? A partir de ce questionnement , j’ ai pu développér une reflexion qui avait sans doute commencé à s’ imposer après les tueries de Paris en janvier dernier et le massacre de l’equipe redactionnelle de CHarlie Hebdo.

Commençons par essayer de discerner ce qu’ est la barbarie . Le contraire de ce qui est civilisé, penseront certains . Plus que cela, affirmeront d’ autres .

A notre avis, la barbarie c’est lorsque le pouvoir des hommes dégénère en tueries, en massacres, en deflagrations meurtrières . C’est lorsqu’ils se font la guerre sous l’étendard de la destruction et des armes et de la haine alimentée toujours hypocritement par la juste cause . La barbarie c’est aussi lorsque   les hommes s’ eloignent et se détachent de leur humaine condition: la dignité. Couper des têtes, des oreilles, des bras des mains , quel que soit le membre c’est traiter l’homme comme une plante, sans âme, le réduire à la condition de légume , c’est imposer un ordre barbare où il importe de détruire, d’obeir pour ne pas etre détruit, c’est la peur viscérale, le règne  de la menace, de la torture. Alors le mal alimente le mal, « et chacun est tenté de choisir un mal contre un autre, affirme  Dominique Edde qui  ajoute « Resister,, c’est se battre contre cette tentation (…) Qu’est ce qu’un droit de l’homme, si l’homme a disparu »

A la suite d’Annah Arendt  (cf: Adolph Eichman : Rapport sur la banalité du mal ), on peut penser que la responsabilité du mal est collective en ce sens que l’homme ordinaire peut dégénérer en véritable barbare, c’est la leçon de l’histoire du nazisme et du peuple allemand qui a obéi à Hitler et à ses sbires. Mais ne faut il pas imaginer aussi que le passage  à l’acte ( barbare) est au final individuel, quelles que soient les circonstances car l’alternative existe : la résistance.  Face au barbare ordinaire se dresse le héros ordinaire ( les Jean Moulin et consorts), celui qui refuse de fermer les yeux, celui qui n’accepte pas d’être complice par abstention , celui qui entre en dissidence.

En tant que libanaise, Dominique Edde scrute son propre pays , qui a connu plus de guerres civiles qu’il n’en faut , et les pays voisins qui se renversent et connaissent le chaos des déflagrations assassines ( Irak, Libye, Syrie, Palestine…) Le monde arabe est en ébullition confronté aux rivalités , à la guerre, au fanatisme . L’écrivaine nous alerte .  » « La dissidence ( face au mal et la barbarie) est un mode de pensée qui tarde à gagner le monde arabe musulman » Elle semble considérer que les autorités religieuses musulmanes de ces pays qui sont de droit musulman, où la religion entremêlée à la politique exerce une influence  non discutée sur la conduite des hommes , tardent à s’ indigner contre ceux « qui vident l’humanité de son humanité »  Qui sont-ils ? Quelle est leur place dans l’Islam ?

Du coté occidental, on les désigne comme des djihadistes : des hommes et des femmes recrutés dans la sphère des islamistes fondamentalistes et ultra-radicaux comme ceux qui composent le groupe qui se fait appeler Etat Islamique ou le Daesch, selon la diplomatie française. Le djihadisme  est entendu ici comme le combat armé revendiqué par certains  pour imposer un ordre religieux  issu de  l’Islam . Même si cela déplait le djihadisme tel qu’il se manifeste actuellement est né au sein de la communauté musulmane. Les  musulmans eux mêmes sont inquiétés par le djihadisme, un courant religieux mal toléré voire rejeté par les plus  modérés d’entre eux. Sous la loupe républicaine et des principes démocratiques qui en découlent en France le djihadisme peut apparaitre doublement inacceptable,   inacceptable comme toutes les guerres  qui font souffrir les populations  et attentent à leur vie par les moyens de destruction utilisés ,  inacceptable comme toutes les religions qui facilitent le principe d’obeissance à un dogme intouchable et commandent la soumission des gens par le biais d’une croyance religieuse cimentée sur des textes sacrés. Le peuple à genoux prie , il ne critique pas  et les armes peuvent parler.

Voilà pourquoi  Dominique Edde en appelle aux intellectuels du monde arabe pour entrer en dissidence : il n’est évidemment pas acceptable pour elle , que l’ordre barbare ( la guerre , les rivalités assassines) s’impose dans sa région sans sursaut de l’élite intellectuelle et que la violence meurtrière se répande et se déchaine au nom de l’Islam que les théologiens continuent de qualifier comme une  religion de la paix . Il serait grand temps de se réformer et de  » sortir des rangs » ( courrier international Hors serie sur l’Islam , p 4)

La laïcité, une nécessaire exigence démocratique, reste à l'appliquer….

A mon ami DUCROS pour qui je me décarcasse  sous la forme d’un nouveau billet en réponse à son commentaire du billet précédent sur la laïcité

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Mon second

La radicalité ne m’effraie pas, bien au contraire surtout s’il s’agit d’une radicalité concrète , qui  apporte des solutions . C’est bien le cas de la laïcité qui a apporté une solution aux guerres de religions. Certains ont pu dire ( par exemple Michel Onfray dans un article du Monde 6et 7 mars 2011) que nos sociétés occidentales, « l’occident a été formaté par plus d’un millénaire de christianisme » certes , mais pour autant faut-il oublier que nous français, au prix d’une révolution et en s’affranchissant de la tutelle des Eglises nous avons inscrit sur tous les frontons de nos mairies une spiritualité laïque commune qui s’exprime par la devise « liberté, égalité , fraternité » Nos Eglises font partie aujourd’hui de notre patrimoine culturel et artistique comme témoin d’une histoire faite aussi de larmes et de sang.

« Le magnifique héritage de civilisation » que nous léguerait, selon N Sarkozy, la chrétienté est un jugement de valeur historique, qui ressemble à celui de Samuel Huntington, théoricien du choc des civilisations et de la stigmatisation de l’Islam. Dans la bouche d’un Président d’une République laïque qui célèbre le patrimoine national c’est une « roublardise » comme le soutient JL Mélenchon

«  La loi de 1905, argumente-t-il, dispose que ce n’est pas au nom de leur dimension religieuse que l’Etat restaure des monuments mais au titre de leur portée artistique universelle »

La tradition républicaine de la France moderne est de lutter contre l’obscurantisme religieux et on devine aisément de quel coté N Sarkozy le situe entre la chrétienté et l’Islam (le port du voile islamique et de la burqua en est un exemple) . Sa faute est de se laisser instrumentaliser par les thèses racistes de l’extrême droite qui pratique l’exclusion d’une religion étrangère à ( et en ) l’Occident et renforce la xénophobie aux antipodes de la laïcité dont les principes directeurs ont été conçus plutôt comme une solution à l’exercice tranquille de la liberté religieuse que comme une arme de guerre.

Mais il y a bien des traditions républicaines qui ne sont plus respectées dans la France d’aujourd’hui

Il faut bien comprendre , et ce sera notre conclusion , que derrière la laïcité se profile l’espérance du peuple : que la fin ne justifie jamais les moyens . Car, en général , c’est toujours lui qui en fait les frais . C’est pourquoi la laïcité est une exigence démocratique et on peut s’étonner que la plupart des pays européens n’ aient pas cru devoir en adopter le principe nécessaire.