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LU dans la revue Esprit: Les élections européennes et la crise des partis

30 mai 2014 source http://esprit.presse.fr/news/frontpage/news.php?code=324

 

Entretien avec Christophe Sente  collaborateur scientifique à l’Université libre de Bruxelles. Voir son dernier article dans Esprit, « Faut-il attendre une refondation de la social-démocratie ? » (août-septembre 2013) Il cite Peter Mair[1]. Voir On Parties, Party Systems and Democracy. Selected Writings of Peter Mair, Colchester, ECPR Press, 2014.et Vivien Schmidt[2] Vivien A. Schmidt et Mark Thatcher, Resilient Liberalism in Europe’s Political Economy, Cambridge, Ca

Propos recueillis par Alice Béja dont les questions , toutes interessantes, sont reproduites dans leur intégralité . Les réponses sont un peu décevantes et reproduites par voie d’extraits .

 AB- Les résultats des élections confirment la majorité détenue par le Parti populaire européen (droite) au Parlement. A rebours de l’atmosphère politique en France, où la première place du FN fait figure de « séisme », il semble donc que la politique européenne soit plutôt placée sous le signe de la continuité. L’arrivée de députés issus de divers mouvements eurosceptiques peut-elle modifier cette politique ?

CS. Il répond qu’ en Europe a prévalu une alliance ou une alternance de partis gouvernementaux européistes «  même si , ajoute -t-il on assiste dans plusieurs Etats à l’émergence de challengers « eurosceptiques ».( Front national, UKIP (le parti eurosceptique anglais) ou le parti du peuple danois respectivement  en France, en Grande-Bretagne et au Danemark.(…) Selon lui « Aujourd’hui, les députés européens « eurosceptiques » (…) resteront dans une position de relative faiblesse tant qu’ils ne disposeront pas d’alliés suffisants au sein des gouvernements nationaux (…) »

AB- Les partis eurosceptiques arrivent premiers en Grande-Bretagne (Ukip) et au Danemark (Parti du peuple danois), des pays dont la relation à l’Europe a toujours été compliquée et qui ne sont pas dans l’euro. En revanche, en Allemagne, en Italie ou en Espagne, pays historiquement pro-européens, les partis au pouvoir arrivent en tête, à des degrés divers (très largement pour le PD de Matteo Renzi, en net recul pour le Parti populaire de Mariano Rajoy). La France est-elle une exception ?

CS. Il répond avec prudence que  la relation à l’Europe est compliquée,que  la situation actuelle peut être interprétée différemment mais sans doute « à l’aune d’une fragmentation de systèmes multipartites nationaux là où le parti au pouvoir convainc difficilement du bien-fondé de choix nationaux qu’il justifie par les traités européens. »(…)

Comment expliquer que les habitants des pays d’Europe du centre et de l’est, pourtant parmi les plus pro-européens lorsqu’on les interroge, votent si peu aux élections européennes (la Pologne, souvent présentée comme l’élève modèle de l’Union, est également lanterne rouge en termes de participation) ? 

CS « C’est de façon beaucoup plus générale qu’on assiste en Europe à un déclin de la participation politique. Ce déclin s’exprime au travers de l’abstention électorale, (…) ainsi que d’un désengagement plus général par rapport aux formes organisées de la participation telles que les partis et les syndicats, mais également les coopératives et les mutuelles.(…)

‘ »Si la xénophobie est loin d’avoir disparu, elle ne paraît plus alimentée par une théorie raciale et raciste, mais plutôt soit par une remise en question du champ d’application géographique du principe de solidarité, soit par une référence paradoxale à un modèle européen de libertés individuelles. »

La nouveauté de cette élection européenne était sa personnalisation, le fait que chaque grande coalition européenne ait désigné une personne qu’elle présenterait à la présidence de la commission en cas de victoire (Alexis Tsipras pour la gauche radicale, Martin Schulz pour les socio-démocrates, Guy Verhofstadt pour les libéraux et Jean-Claude Junker pour le parti populaire européen). A voir les résultats, et malgré un taux de participation global en légère hausse par rapport à 2009, cette innovation ne semble pas avoir transformé l’élection. Etait-elle nécessaire ? Son échec est-il le signe de la difficulté à combler la distance entre les électorats nationaux et le fait européen ?
CS « Cette stratégie (…)a eu le grand mérite de rappeler que la commission est un lieu éminemment politique ( pas uniquement technocratique )  que le choix de son leader importe.(…)  les limites du succès de la stratégie de personnalisation menée dans le cadre de la campagne de 2014 peuvent indiquer que le niveau d’adhésion des citoyens à l’Europe ne dépend plus de sa séduction institutionnelle, mais de résultats socio-économiques favorables aux travailleurs et aux chômeurs. Cette lecture trouve une confirmation dans les Eurobaromètres régulièrement consacrés à la citoyenneté européenne qui placent l’emploi en tête des attentes formulées à l’égard de l’UE. »

AB-Le Parti socialiste européen est en recul en termes de nombre de sièges au Parlement. Ces élections – maintien de la droite, montée des mouvements populistes – sont-elles un nouveau révélateur de l’échec de la social-démocratie dans le contexte de la crise ?  D’une impossibilité à sortir d’un discours du « il n’y a pas d’alternative », qui risque de s’aggraver avec le maintien d’une majorité de droite ? Plus généralement, ces élections posent-elles la question de l’avenir du bipartisme, remis en cause dans plusieurs pays (Grande-Bretagne, Italie, France), ou n’est-ce qu’un effet d’optique du scrutin européen ?

CS (…) l’évidence de l’inefficacité technique des remèdes monétaristes à la crise ne porterait pas fondamentalement atteinte à la quasi-hégémonie des options économiques et sociales importées par le thatchérisme dans l’imaginaire collectif européen. Le fait que la plupart des partis eurosceptiques ne rompent pas complètement  avec de telles options confirme cette analyse.

Conclusion de l’interviewé . « .Dans un tel contexte, la démocratie européenne a moins besoin de réformes électorales qui consolideraient techniquement la position dominante, à présent érodée, de partis traditionnels, que d’un débat sur les politiques économiques et les objectifs sociaux de l’Europe. »

============================================ Commentaire
Cette conclusion  est décevante car les fondamentaux  de l’Union européenne devraient tendre à activer un état de droit qui favorise le débat contradictoire entre les peuples sur l’existence d’un interêt européen commun supérieur aux prétentions nationales contraires Il reste à la démocratie européenne à inventer les règles de ce débat sans diminuer  les peuples de l’exercice de leur  pouvoir souverain . Les règles éléctorales deviennent essentielles.Nous vivons aussi une » crise institutionnelle en Europe ». Un vent mauvais souffle sur l ‘esprit communautaire qui animait les peuples européens au sortir des déflagrations assassines de la deuxième guerre mondiale .

Démocrates en péril : l'Europe des abstentions

 

 

 

DEMOCRATES EN PERIL

QUELQUES RÉFLEXIONS À PROPOS DES RÉSULTATS DES ÉLECTIONS EUROPÉENNES

 

AU DELÀ DU MODEM

 Inutile d’être un spécialiste pour constater que l’information principale concernant ces élections était que 59,5% des français inscrits ne sont pas allés voter. Si l’on ajoute 4% de nuls ou blancs on peut compter que les listes n’ont recueilli les suffrages que de 36% des électeurs. L’honnêteté aurait consister à relativiser les scores obtenus et à affronter la question posée par ces absentions. Ce qui finalement a été peu fait dans les médias.

 On pourrait tenir pour largement responsable de la démobilisation des citoyens un gouvernement qui passe par dessus le « non » référendaire à la constitution européenne (2005) et fait ratifier par le Congrès le traité de Lisbonne pour être « efficace ». Il risque ainsi de mettre en péril le sentiment des citoyens d’avoir un quelconque pouvoir ou pas sur ce qui se passe. Mais les résultats des autres pays européens nous empêchent de nous suffire de cette explication proprement française.

 Les taux d’abstentions aux élections européennes(source PE)

- 1979 : 9 pays votants EU9 ……………… 38,1  %

- 1989 : 12 pays votants EU12……………. 41,6 %

- 1999 : 15 pays votants EU15 …………… 50,5 %

- 2009 : 27 pays votants EU27……………. 65,9 %

Quelle dégringolade de la participation !!!

 Les citoyens ne vont voter que s’ils ont le sentiment que leur parole compte. L’expérience des tractages de campagne a été sur ce point édifiante : citoyens désintéressés, déprimés politiquement, désinformés…

 L’Europe est une question difficile, peu accessible… la faute aux citoyens ? aux médias ? aux politiques bien entendu, en tout cas à ceux qui croient en la démocratie et qui l’annoncent. Eduquer, convaincre, informer, faire évoluer, écouter, partager … n’est ce pas un programme démocrate. Alors combien de débats télévisés, d’articles dans la presse, ont répondu à cette définition ? Les citoyens regardent l’Europe avec une sorte de méfiance (fortement alimentée par un discours dominant la désignant comme responsable de tout ce qui ne va pas), alors que les institutions européennes portent en elles un potentiel de démocratie immense.Sans doute que les hommes politiques, les technocrates et les journalistes (« nos responsables ») sont, tout autant que les simples citoyens, désarmés devant cette sorte de désenchantement démocratique mais à quel taux d’abstention faudra-t-il aller (75%, 80% …?) pour que se pose sérieusement la question de la forme de démocratie que nous utilisons ?

 Il y a dans la démocratie représentative le risque intrinsèque que cette forme de gouvernance devienne une « aristocratie représentative », c’est à dire une démocratie qui se passe des citoyens. L’exercice de la démocratie demande du temps, de la patience, de la tolérance… il est tellement plus facile de décider tout seul.

 Alors le premier constat serait que le résultat principal de ces élections est la conséquence d’un faire semblant démocratique de nos hommes politiques, que si certains politiques pensent que l’argument démocratique est encore un bon argument électoraliste, peu de citoyens se leurrent sur la gouvernance démocratique. Ils l’ont montré en n’allant pas voter.

 

 EN CE QUI CONCERNE LE MODEM

 Les discours des donneurs de leçons, des faiseurs de morale, des diseurs de bonne aventure sont allés bon train après les scores plutôt piteux du Modem. Ceux qui savaient tout après mais ont oublié de le dire avant, ceux qui veulent réconcilier tout le monde dans un grand consentement mou, ceux qui veulent dégraisser le mouvement, ceux qui réalisent soudain que ni droite ni gauche mais quoi d’autre ? …

 Dans ce tableau, une ligne semble se dessiner, la ligne de toutes celles et de tous ceux qui ont essayé de participer mais n’ont pas pu. Et ici, dans un parti dont la bannière était la démocratie (déocratie ?) c’était inattendu et décevant. Là aussi, comme partout, la parole des militants ne comptait pas. Ides débats il y en a eu mais avec quelle prise sur les décisions ? Il a fallu attendre la défaite pour que nous soyons invités à en partager la responsabilité (ou plutôt la faute).

 Alors comment  porter la responsabilité d’un processus sur lequel on n’a pas eu de pouvoir ? La seule manière de la faire me semble être de participer à une réflexion bien nécessaire sur la forme de démocratie qui a cours dans ce parti (comme dans les autres mais justement on était là pour faire différent) : le même phénomène qui pourrait expliquer les abstentions paraît se reproduire à l’interne du Modem, tant au niveau national que départemental (dedans comme autour et ici dans le Gard). Une fois  les représentants départementaux élus, les militants sont devenus tout juste décoratifs. Les constats et bilans ont été faits largement par les plus déterminés à participer, les questions soulevées, et les recours (derniers espoirs d’être entendus) se sont perdus en chemin. Les voies démocratiques sont parfois obscures ! Il semble que ce modèle de fonctionnement ait été le modèle partagé à tous les niveaux hiérarchiques du mouvement, alors évidemment !!. ..

 Là encore un « comme si démocratique », et là encore, la démobilisation générale des adhérents peut poser la question de la viabilité de la démocratie hors d’un système participatif. Ce parti a tout simplement fonctionner comme tous les partis : sans les militants. Le parti socialiste est pourtant en train de payer le prix de sa pseudo démocratie, une sorte de contre exemple tout préparé.

 

 POUR LA SUITE

 - Soit la démocratie représentative contient de tels pièges qu’elle ne peut garantir l’exercice démocratique (ce qui n’empêche pas les responsables politiques de construire l’Europe mais sans le peuple) et alors faisons semblant et attendons le prophète, le sauveur, l’homme éclairé qui conduira le troupeau.

- Soit il faut réfléchir à un processus de fonctionnement démocratique dont la forme garantisse le respect des principes sous tendus et entrer dans le débat actuel sur la démocratie participative en tachant d’oublier le ridicule dans lequel l’a jetée  S. Royal pour se centrer sur la ressource qu’elle représente pour d’autres…

 … comme :

« Refonder la République pour établir une société démocratique, participative et actrice multi-éthnique et pluri-culturelle protagoniste, dans un État de justice, fédéral et décentralisé qui consolide les valeurs de la liberté, de l’indépendance, de la paix, de la solidarité, du bien commun, de l’intégrité territoriale, de la convivialité et de l’autorité de la loi pour cette génération et les générations futures; garantir le droit à la vie, au travail, à la culture, à l’éducation, à la justice sociale et à l’égalité sans discrimination, ni subordination aucune. » 
(Constitution bolivarienne de la République du Venezuela, Caracas 15 décembre 1999.)

 

LESAILES 01/07/2009

 

Discours F.BAYROU 250409 Européennes urgence sociale



Convention thématique européenne à Hérouville : discours de clôture de François Bayrou

Le Mouvement Démocrate organisait, samedi 25 avril, sa quatrième Convention thématique européenne sur le thème “Europe : l’urgence sociale” à Hérouville-Saint-Clair (Calvados). Dans une salle comble de 400 personnes, François Bayrou a clos la convention.

Extraits du disscours

“Je suis très heureux de conclure ces travaux. Je vais le faire simplement et rapidement, mais je voudrais, avant de conclure, me joindre à ceux qui ont remercié les intervenants.

Tout à l’heure, les journalistes se précipitaient vers moi, en disant : « Pourquoi avez-vous choisi Hérouville Saint-Clair ? » Je leur ai dit : « J’ai choisi Hérouville Saint-Clair pour Rodolphe Thomas ! »

C’est en tout cas la première raison, parce que les réponses les plus simples sont les plus efficaces. J’ai choisi Hérouville Saint-Clair parce que Rodolphe Thomas en est le maire ; parce que j’ai beaucoup d’admiration pour l’énergie, la volonté, la fraîcheur, la générosité qu’il met dans sa manière de gouverner une commune tout à fait particulière, au profil tout à fait particulier, au visage exceptionnel ; et parce que son histoire en fait une des communes symboliques des mutations urbaines, des grands mouvements historiques que notre société a eu à vivre avec beaucoup de déracinements, transformés en « ré-enracinements ».

Je suis très heureux et très fier que Rodolphe, c’est-à-dire quelqu’un de notre famille, soit à la tête d’une commune aussi symbolique, qu’il ait été élu… -je le rappelle pour ceux que la petite histoire politique intéresse- c’était un miracle, et qu’il prenne le Conseil général en même temps, ce n’était pas un miracle, c’était un exploit !

C’est pour ces raisons que je suis heureux de remercier, avec vous, Rodolphe Thomas de sa présence ici.

Je suis très heureux d’avoir été auprès de ceux et celles qui vont former la liste qui portera nos couleurs dans cette élection. Vous me permettrez de dire à Corinne Lepage un mot particulier d’affection, de remerciement, de gratitude et d’optimisme pour la force qu’elle apporte à la tête de cette liste.

J’ai eu Olivier Henno au téléphone tout à l’heure, par SMS. Sa petite fille va mieux. Donc, c’est un soulagement, pour nous tous. Je lui ai transmis nos amitiés.
Vous me permettrez d’ajouter un mot pour tous les organisateurs de la rencontre, ceux que qui se cachent, qui portent la responsabilité de cette organisation.

Et, enfin, d’ajouter un mot en vous demandant de l’applaudir, celle qui a fait applaudir les autres, mais qui n’a pas été applaudie, elle-même : Marielle de Sarnez. Elle assure la coordination nationale de la campagne que nous menons. C’est un gros travail et, pour moi, en tout cas, c’est une grande sécurité de voir à quel point les choses sont bien faites.

Elle aussi vient de sortir un livre. Vivre autrement est le livre de Corine Lepage. Petit dictionnaire pour aimer l’Europe celui de Marielle de Sarnez. L’alternative celui de Jean-François Kahn et, si vous avez le temps, à partir de jeudi, vous trouverez aussi mon livre, Abus de pouvoir, chez Plon…

Une idée simple, qui servira de fil conducteur, est que nous considérons que c’est une faute que l’Europe ait été enfermée, depuis des années, sur la seule spécialisation d’organiser le marché, que l’Europe soit devenue pour les Français, uniquement une construction qui prend en compte l’économie, le financier, les règles d’échange, de circulation, de concurrence.

C’est une faute selon nous, parce que je n’oublie pas que nous sommes la famille des fondateurs, ceux qui ont fait naître et porté le « Projet européen », qu’entre Robert Schumann et moi il n’y a après tout que deux générations de dirigeants. Je n’oublie pas que cette famille, et spécialement celle de Schumann et de Jean Monnet, les deux sensibilités se sont retrouvées ici. Et je n’oublie pas non plus que pour nous, l’Union européenne, au début ce n’était pas une construction économique : au début, c’était une construction pour défendre des valeurs )cela a été abordé notamment pour le charbon et l’acier- en direction des plus faibles.
Quelqu’un tout à l’heure l’a rappelé. J’ai trouvé cela intéressant. Ce n’est qu’après un certain nombre de difficultés que l’on est retombés sur l’Union économique et le Marché commun, mais ce n’était pas la première intention des fondateurs.

Je pense qu’il est temps de revenir à la première intention des fondateurs, en disant : l’Europe, ce n’est pas seulement une construction économique, c’est la défense d’un modèle de société dans le monde.

Au cœur du modèle de société que l’Union européenne porte et doit porter dans le monde, il y a le « projet social européen »

Je n’aurais peut-être pas dit cela de la même manière, il y a quelques années. Il y a quelques années, j’aurais peut-être été comme tout le monde (je ne le crois pas mais enfin, peut-être…) emporté par la dynamique qui semblait inépuisable dans tout ce qui était l’économie. C’était cela, la seule idée que tout le monde avait, mais les temps que nous vivons nous apprennent quelque chose : quand l’économie ne s’occupe que d’économie, on court tout droit vers la crise. Quand les politiques ne s’occupent que d’économie, on va droit dans le mur.

La crise que chacun d’entre nous ressent dans sa famille, dans ses inquiétudes, dans l’emploi des enfants, vient de ce que les considérations uniquement économiques et financières l’ont emporté sur toutes les autres.

Au cœur de cette crise il y a, me semble-t-il, précisément la question du projet politique que les peuples portent, le projet politique que nous portons, le projet politique qu’ont porté les autres peuples. Et ceci est pour moi, aujourd’hui, une heure de vérité.

Je veux résumer à ma manière ce que nous avons vécu, cela a été évoqué par plusieurs des intervenants, et moi je considère que c’est essentiel. Au fond, dans le monde de la globalisation, deux projets se sont affrontés depuis vingt-cinq ans. L’un paraissait avoir gagné, presque tout gagné, et l’autre paraissait en situation de défense, et aujourd’hui, selon moi, les choses se sont renversées.

Nous tous, nous avions vécu, depuis longtemps, avec une idée qui dominait tout notre engagement politique, démocratique, syndical pour les uns, civique pour les autres, associatif pour les troisièmes, qui était la grande idée en tout cas du monde occidental et qui était celle-ci : le progrès technique va peu à peu effacer les inégalités. C’est avec cela que l’on vivait.

Chacun en avait sa conception. Je pourrais même soutenir que, même à Moscou, on vivait avec cette idée, avant la chute du mur de Berlin, avec des défauts et des dérives énormes, mais gravissimes. Tout l’occident vivait avec cette idée que l’on allait faire des découvertes, que ces découvertes allaient être appliquées dans l’industrie, dans la technique, que l’on serait de plus en plus riche, que plus on serait riche, moins il y aurait de pauvres et qu’au fond, tout cela peu à peu allait nous mettre à flot et que l’on arriverait à une société juste.

Ceci est l’histoire même de l’occident démocratique, en tout cas. Il y en avait qui disaient que c’est le marché qui ferait cela. D’autres affirmaient que c’était l’État qui le ferait. Le troisième affirmait que c’était le Parti unique qui le ferait et cela créait évidemment des querelles et de graves affrontements, mais au fond, tout le monde vivait avec cette idée que le progrès allait peut à peu corriger, effacer, les inégalités.

Il y a eu une rupture, et le mot n’est pas tout à fait choisi au hasard. Ce mot de rupture a été le slogan de la dernière élection présidentielle par le candidat qui a été élu. Ce n’est pas tout à fait par hasard, car il y a eu une rupture en occident, il y a à peu près vingt ou vingt-cinq ans : c’est toute l’époque Thatcher et Reagan. Mais derrière, il y avait des économistes, des esprits puissants qui ont, tout d’un coup, sans le dire, changé brutalement les choses, et nous en recevons les dégâts dans la figure tous les jours.

Ils ont dit : « Jusqu’à maintenant, on a cru que le progrès allait corriger les inégalités, eh bien mesdames et messieurs, c’est exactement le contraire : il faut des inégalités pour qu’il y ait du progrès ! ». Et ils ont renversé la proposition.

Au lieu d’avoir un monde politique qui se dirigeait tout entier vers la correction des inégalités, on a eu un monde politique qui, tout d’un coup -cela a commencé avec ces politiques-là puis cela a gagné peu à peu- a considéré que les inégalités, ce n’était pas si grave, et que même il en fallait pour que les choses aillent mieux.

Je pourrais vous faire toute la théorie de cette histoire, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, c’est que ce modèle inégalitaire, ce modèle que j’appelle « des inégalités croissantes » alors que l’on avait avant les inégalités décroissantes, peu à peu, a mis la main sur la globalisation.

Aux États-Unis, le fossé entre pauvres et riches s’est creusé de manière considérable, les riches devenant de plus en plus riches, les pauvres stagnant et même reculant. Aux États-Unis, le coût du travail non qualifié a baissé sur les vingt dernières années, notamment parce qu’on s’est servi de l’immigration pour faire baisser le coût du travail, et les riches sont devenus infiniment plus riches. Aux États-Unis, sur les vingt dernières années, le 1 % le plus riche de la population qui possédait 20 % de la richesse américaine -c’était déjà beaucoup il y a vingt ans- possède aujourd’hui plus de 40 % de la richesse américaine !

1%… pour 40 % de la richesse du pays ! Accroissement des inégalités…

On pourrait expliquer aussi de quelle manière cela a favorisé la crise dans laquelle nous sommes parce que, comme cela a été dit par quelqu’un d’entre nous, comme les gens ne gagnaient pas assez, il fallait du crédit pour leur permettre d’avoir un niveau de vie convenable. On a favorisé le crédit à grande échelle jusqu’au jour où il a fallu payer, et on s’est retrouvé dans la crise des subprimes dans laquelle on était.

Pour porter son projet social, l’Europe doit défendre le modèle « républicain » contre le modèle « des inégalités croissantes »

En face de cela, il y avait un modèle qui tenait bon. C’était le nôtre, c’est-à-dire le modèle dit « républicain » en France, le modèle pour lequel le projet social est très important. La solidarité est très importante.

Ce qui est frappant à l’heure qu’il est et qui à mon avis fait une partie de la question politique nationale et, pour nous, une question essentielle de la politique européenne, c’est que tout d’un coup, tous ceux qui avaient choisi le modèle inégalitaire se tournent vers le modèle solidaire qui est le nôtre se disent qu’après tout, cette affaire, cela ne marchait pas si mal, et même dans la crise on s’aperçoit, tout d’un coup, que ce modèle résiste mieux que l’autre.

Les amortisseurs sociaux dont tout le monde parle font que l’on n’est pas tout à fait abandonné quand les choses vont mal, et même on arrive à résister mieux et même il y a moins d’angoisse. Il y a un certain nombre de contributions de grands économistes, de grands sociologues, en particulier américains, qui disent : mais ce modèle-là, s’il vous plaît, examinons-le parce que il dit peut-être quelque chose de notre avenir…

Le modèle inégalitaire s’effondre, le modèle solidaire tout d’un coup montre des vertus que personne ne lui connaissait

Je fais une toute petite incidente pour dire que c’est le moment précis où, en France, le pouvoir a choisi… (rires…) d’abandonner l’un -c’était sa rupture- pour aller du côté de l’autre, mais ce n’est pas notre sujet aujourd’hui, cela le sera dans les jours et les années qui viennent naturellement. (applaudissements…)
Le sujet aujourd’hui, c’est que nous considérons que l’Europe a la responsabilité de défendre le modèle de société qui est le sien et de placer la solidarité, la vocation sociale au cœur du projet européen.

Tout au long de l’après-midi, on a vu que cela pouvait concerner les conditions de travail, la réflexion sur les salaires, le logement, la lutte contre l’exclusion. Tous ces sujets qui ont été abordés tout au cours de l’après-midi tiennent, d’une manière ou d’une autre, au projet de société européen, au modèle solidaire contre le modèle inégalitaire.

Voilà la question politique qui est posée et voilà la raison pour laquelle nous avons consacré un de nos colloques -le plus important puisqu’il a eu lieu à Hérouville Saint-Clair- au choix social dont nous voulons faire le cœur du projet européen.

Donc, c’est un grand changement et, ce grand changement, je vous propose qu’on le porte dans ces élections européennes. Je ne vais pas entrer dans le détail. Je vais vous dire les grandes lignes de ce que nous croyons nécessaire pour cela.

Nous avons besoin que l’Europe s’adresse au reste du monde d’une voix forte

Depuis le début de cette histoire, c’est-à-dire depuis cinquante ans, cette famille pense que quand il y a une grande crise universelle, le seul moyen d’apporter des réponses pour un pays comme la France, c’est de le faire dans le cadre d’une union que j’appelle « coopérative », qui est l’union des pays européens. Car l’Europe est un modèle, le premier mais il y en aura d’autres : je suis persuadé qu’il y aura un jour une Union africaine, une Union d’Amérique du Sud, je suis persuadé qu’il y aura un jour une Union des pays d’Asie. Je suis persuadé qu’il y aura des unions comme cela qui vont apparaître pour équilibrer les très grandes puissances de la planète face aux États-Unis, face à la Chine, face à l’Inde. Il y aura des unions « régionales » et l’Union européenne est la première expérience de ces unions-là.

Premièrement, nous avons besoin d’une union comme la nôtre pour nous adresser au monde lorsque les crises sont universelles. Je crois que les Français en ont désormais pleinement conscience… Je vous invite à regarder des études d’opinion (j’attache assez peu d’importance aux sondages, y compris quand ils sont bons, mais je regarde principalement les études comme celle que Robert (Rochefort) a tout à l’heure évoquée) : il y a une étude extrêmement intéressante qui est sortie il y a quelques semaines, qui demandait : « dans la crise qu’est-ce qui peut vous aider ? »

Les gens ont apporté deux réponses, l’une et l’autre extrêmement censées et, je trouve, extrêmement justes et qui dépassaient de loin toutes les autres propositions qui leur étaient faites. Ils disaient : « dans la crise, ce qui peut nous aider, c’est premièrement nous-mêmes, nos propres forces, notre famille, nos voisins, nos proches, et deuxièmement l’Europe ». Et ils laissaient très très loin de côté tous ce que pourtant l’on met en scène tous les jours sur les écrans : c’est-à-dire dire le gouvernement, le Président de la République, l’action des puissants.

C’est une conscience nouvelle. On aurait posé cette question, avant la crise, on n’aurait pas du tout eu ce type de réponse. A l’époque, l’Europe était ressentie uniquement comme une contrainte, comme tout à l’heure cela a été rappelé, et je crois que pour un certain nombre de gens, cette Europe ressentie comme une contrainte est devenue une Europe dont on voudrait qu’elle agisse.

Nous avons besoin que l’Europe soit transparente et compréhensible

Nous sommes là pour dire que l’Europe doit agir et agir en particulier sur le plan social, mais si l’Europe doit agir, alors il faut qu’elle change sur un point fondamental, il faut qu’elle devienne compréhensible par les gens.

J’ai été frappé tout à l’heure, un intervenant de la CFTC du Nord a déclaré : « j’ai applaudi quand quelqu’un a dit à la tribune que l’on n’y comprenait rien, que cela demandait des efforts considérable pour se faire entendre dans l’ensemble européen, pour pénétrer les arcanes et le labyrinthe de Bruxelles, pour savoir où on peut toucher tout cela, savoir comment cela marche ».

Je vous assure, vous sortez dans la rue et vous demandez aux gens, même les plus avertis, comment se prennent les décisions au sein de l’Union européenne, et même dans une salle comme celle que nous avons ce soir, une salle aussi brillante, avertie, compétente, animée de vocation -en un mot une salle Hérouvillaise…- je ne suis pas sûr que l’on aurait des réponses majoritairement éclairées !…

Si l’on croit que l’Europe doit jouer un rôle déterminant dans la défense de notre projet de société, alors il faut qu’elle devienne accessible aux citoyens, compréhensible par les gens, simple dans son usage.

Alors, nous faisons deux propositions qui ne coûtent pas un centime, ni l’une ni l’autre, et qui ne demandent pas de changer les Traités :

Nous allons défendre l’idée qu’aucune décision européenne ne devrait être prise sans que les citoyens européens aient été avertis, trois mois à l’avance, qu’elle était en cours de préparation, de manière que tout le monde puisse saisir son association, son député européen, sa députée européenne ou bien tel ou tel de ses représentants, pour faire entendre sa voix dans les décisions qui se préparent.

Cela ne coûte rien. Ainsi si tout d’un coup on vous dit qu’il y a une directive en préparation sur le temps de travail, les syndicats, la fédération CFTC du Nord et quelques autres vont s’en saisir en disant « il faut que l’on défende quelque chose pour nous dans cette affaire-là ».

Et, deuxième orientation qui ne coûte pas un centime : nous exigerons, par l’intermédiaire de nos élus, qu’aucune décision européenne ne puisse être prise sans qu’il y ait eu une délibération publique, notamment des représentants des gouvernements.

Parce qu’en France, et j’imagine peut-être dans d’autres pays, on assiste à un jeu depuis longtemps qui consiste à dire : « Ah mes pauvres amis… » (c’est le gouvernement qui parle, vous voyez ce que je veux dire, je joue le rôle…) « …mes pauvres amis, Bruxelles nous impose de…. »

La vérité est qu’il n’y a aucune décision qui se prenne à Bruxelles sans que le gouvernement français ait dit « oui » !

Eh bien il faut et il suffit, comme l’on dit en géométrie, que l’on fasse en sorte que toutes les délibérations où l’on vote soient publiques et filmées, accessibles sur Internet de manière que chacun sache, quand une décision est prise, ce qu’a voté son représentant.

Cela ne coûte rien et cela rend tout d’un coup l’Europe compréhensible par tout le monde. Par exemple quand un ministre de l’agriculture dit : ah, sur la pêche,… les quotas… on ne peut pas faire autrement… Eh bien , il a voté oui !!! Je le dis spécialement, Corinne, dans cette région. Si on l’avait filmé sur Internet, on pourrait lui opposer !

Cela ne coûte rien, c’est simple et cela veut dire que cela devient une démocratie.
Je le dis parce que si, comme nous le voulons, comme c’est l’objet de cette table ronde aujourd’hui, le social devienne un sujet européen, alors il faut que les citoyens puissent participer à son élaboration.

Voilà la première idée que je voulais défendre devant vous : le social au cœur de l’Europe et, pour cela, il faut que l’Europe devienne accessible au citoyen.

L’Europe doit s’engager dans une méthode des convergences en matière sociale

Le sujet social est un sujet très délicat pour l’Europe, pour les raisons qui ont été dix fois expliquées ici et que je reprends à ma manière. Le sujet social est un sujet très difficile pour l’Europe, pas seulement pour des raisons de compétence. Cela peut toujours se changer… Mais nos pays ont des niveaux de protection sociale, d’exigence sociale, de minima sociaux extrêmement différents, et personne ne peut imaginer que les pays à haut niveau de protection sociale vont abandonner leur protection sociale pour s’aligner sur les pays à bas niveau ; et personne évidemment ne peut soutenir l’idée qu’il faut que la Roumanie s’aligne d’un coup sur les salaires et la protection sociale française ou un certain nombre de pays qui sont plus en difficulté, parce que cela les étranglerait.

Donc l’alignement -on dit « harmonisation » en termes européens c’est plus élégant- sur les mêmes normes est impossible.

J’avais eu ce débat, peut-être certains s’en souviennent, entre les deux tours de la présidentielle, un petit débat dont on a très peu parlé à l’époque avec Ségolène Royal.. Elle disait « il faut un SMIC européen ». Je lui dis « c’est une idée intéressante, mais voulez-vous me dire à quel niveau ? ». Elle dit « cela, on verra ». Je lui dis « Non ! S’il faut un SMIC européen, il faut savoir à quel niveau on le met. »

Il n’y a pas un français qui voterait un SMIC européen au-dessous du niveau français et il n’y a pas un roumain ou polonais qui voterait un SMIC au niveau du SMIC français, et donc ceci est une contrainte. Personne n’est prêt à aligner brutalement les choses et, cependant, selon nous, on ne peut pas ne rien faire. Donc la méthode que nous choisirons et que nous défendrons dans cette élection –elle a été évoquée plusieurs fois à la tribune- est la méthode des convergences en matière sociale.

Je veux expliquer de quoi il s’agit. Les problèmes que nous rencontrons dans le domaine social, on les a rencontrés dans le domaine monétaire dans la création de l’Euro. Évidemment, les conditions étaient extrêmement difficiles.

On s’est donné dix ans pour que les choix ou les disciplines monétaires des uns rencontrent peu à peu les disciplines monétaires des autres. Et, vous vous souvenez, on a fait un système de convergence que l’on appelé le SME (système monétaire européen). Il y avait le serpent monétaire parce qu’on acceptait qu’il y ait des divergences, mes ces divergences devaient être enfermées à l’intérieur d’un plus ou moins 10 %.

Un certain nombre de techniques que l’on connaît bien peuvent parfaitement nous inspirer lorsqu’il s’agit de réfléchir à la technique d’une convergence sociale. Cela signifie que l’on se fixe un horizon, peut-être dix ans, peut-être douze (je dis douze ans car il faut deux ans pour y réfléchir et dix ans après pour que la convergence joue), un horizon dans lequel on se fixe comme objectif de rapprocher peu à peu en direction des mieux disant-sociaux, pas en direction du bas. Peu à peu, se servir de la prospérité dont on espère que nous la retrouverons pour effacer les inégalités, y compris à l’intérieur des inégalités européennes.

Autrement dit, un projet solidaire, un projet de convergence sociale qui fasse que l’Europe, au lieu d’être l’observateur incapable des diversités ou des divergences en son sein, devienne tout d’un coup un lieu de dynamique sociale, que l’on puisse faire avancer les choses dans la direction d’une harmonisation sociale c’est-à-dire d’un projet de société européen.

Convergence sur mettons douze ans : deux années pour la réflexion, et après dix années pour essayer de faire entrer dans la réalité cette amélioration de la situation sociale de l’ensemble de l’Europe. Cela a une signification qui a été, elle aussi, évoquée à la tribune et sur laquelle je m’arrête une minute. Cela signifie que l’on considère, dans cette famille démocratique que nous représentons ici, que le social est un « plus » pour l’économie, et pas un « moins ».

Peut-être vous souviendrez-vous, j’avais défendu cette idée dans la campagne présidentielle déjà en appelant notre projet « social-économie », en un seul mot, pour montrer que social était une dimension de l’économie, quelque chose qui devait nous permettre de jouer les atouts de notre société dans la grande compétition du monde.

Nous voulons défendre un modèle nouveau de la « concurrence équitable », contre ceux du protectionnisme et du libre-échange

Je termine avec un troisième sujet en posant une question dont je sais qu’elle est délicate, mais qu’à mon avis nous ne pourrons pas éluder.

On ne peut pas avoir une haute exigence sociale et pas non plus une haute exigence environnementale dans un ensemble comme l’ensemble européen et, en même temps, ne pas réfléchir aux contraintes que font peser, sur cet ensemble, la concurrence de pays qui ne respectent aucune exigence sociale et aucune exigence environnementale. Et donc, l’idée que nous défendrons, c’est qu’il faut qu’en peu d’années on approche de l’idée d’une concurrence équitable sur le plan social et sur le plan environnemental.

Si nous avons un projet à défendre, nous ne pouvons pas accepter l’idée que nous l’imposions aux produits que nous fabriquons ou aux services que nous offrons, tout en restant totalement indifférents au fait que des produits et des services de la même gamme ne prennent aucunement en compte ces contraintes-là.

Alors, évidemment, cela pose de très grandes questions. Je ne suis pas en train de vous dire que c’est une affaire facile à traiter, parce que cela pose toute la question du protectionnisme.

L’idée que je voudrais défendre devant vous, c’est que ce n’est pas du protectionnisme. Le protectionnisme, cela consiste à imposer aux autres des contraintes que l’on se refuse à soi-même : J’impose aux autres des droits de douane alors que mes produits ne les acquittent pas.

Là, ce n’est pas du tout du protectionnisme puisque nous ne cherchons pas à imposer aux autres des contraintes que nous nous refusons à nous-mêmes. C’est exactement le contraire. Nous allons peu à peu vers l’idée qu’il faut que les autres acceptent progressivement des contraintes que nous nous imposons nous-mêmes à 100 %.

Autrement dit, il y a la recherche de l’équité, d’une concurrence équitable et pas du protectionnisme qui lui, en effet, est un jeu faussé.

Cette idée c’est une idée nouvelle car, pour l’instant, il y a d’un côté ceux qui disent : « Il faut du protectionnisme » et nous pensons que c’est une fausse idée et, de l’autre, ceux qui disent : « Il faut uniquement du libre-échange ». Nous considérons qu’il y a dans ce projet qui consiste à réfléchir, à faire que progressivement les contraintes que nous nous imposons à nous-mêmes, les autres n’en soit pas totalement exonérés… Je cite l’exemple des fruits et légumes. Si nous avons chez nous, à juste titre, des règles qui nous empêchent de nous servir d’un certain nombre de pesticides lorsqu’il s’agit de produire des cerises, mais que les cerises venues de telle autre partie du monde peuvent utiliser autant de pesticides qu’ils le veulent, il y a quelque chose de profondément déséquilibré, de dangereux pour nos consommateurs et une contrainte franchement injuste que l’on donne à nos propres producteurs de fruits.

Je pense nécessaire que nous intégrions, dans notre réflexion sur modèle social européen, cette idée : le modèle social Européen n’est pas exposé à des concurrences injustes.

On va vers une équité pour que nos producteurs de biens et de services, eux aussi, soient dans des circonstances ou leurs chances sont préservées et non pas bradées.
Question délicate, question importante, vous verrez qu’elle débouche elle aussi sur quelque chose de simple, qui est un plan de convergence à long terme. Forcément, vous n’allez pas dire du jour au lendemain : mesdames et messieurs nos concurrents, excusez-nous, on vous impose exactement le même niveau de SMIC que celui que nous avons en France ! Il y a là quelque chose qui n’irait pas dans le bon sens.

Nous avons le devoir de protéger et aider les pays d’Afrique à retrouver leur autonomie agricole et industrielle, en luttant contre les politiques « colonialistes »

Je veux finir sur une dernière idée qui n’apparaît habituellement pas dans la réflexion sur un projet social, mais je voudrais qu’on l’y ajoute. En réalité, dans le modèle solidaire que nous voulons défendre, il y a une question que nous n’avons pas le droit d’ignorer, c’est le déséquilibre dans le monde entre les peuples pauvres et les peuples riches. Il y a quelque chose qui est impossible à supporter, et je pense notamment à l’Afrique.

Si nous ne pensons pas différemment les échanges dans le monde, alors nous abandonnons ces peuples à leur propre malheur, à leur immense désespérance. Et alors, pour l’Afrique, pour un continent entier dans un aussi grave abandon, alors je pense que oui, pour eux il faut des mesures protectionnistes.

Nous Européens nous, peuples d’Europe, après la guerre de 40, quand il s’est agit de nous reconstruire, nous avons pris des mesures simples, nous avons mis des frontières, des droits de douane autour de nous, et nous avons fait un Plan Marschall avec liberté de circulation des biens à l’intérieur du Marché commun, et mis des barrières assez fortes pour que notre industrie se reconstruise ainsi que notre agriculture.

On a fait une Politique Agricole Commune dont le but était de réserver aux producteurs européens le marché européen.

On parle franchement, alors excusez-moi d’être direct mais après tout il n’y a pas de honte à cela : je considère que l’on doit faire la même chose pour les producteurs africains. L’objectif que l’on doit se fixer ce n’est pas, comme on est en train de le faire aujourd’hui, de leur réserver des marchés de niche dans lesquels ils se spécialisent et, le jour où le marché se casse la figure, ils disparaissent… C’est de reconstruire leur agriculture et leur industrie, en particulier leur agriculture car les pauvres les plus pauvres, ce sont les paysans qui n’arrivent pas à manger à leur faim.Je suis pour que l’on protège les régions les plus fragiles du monde pour les rendre autonomes en matière de production agricole et de production industrielle.

Ce que nous avons fait après la guerre pour les pays européens, eh bien je considère comme un devoir que nous le fassions aujourd’hui pour eux, au lieu de continuer ce qu’il faut bien appeler des politiques « colonialistes » consistant à aller leur piquer leur matière première, en particulier l’uranium, trois points de suspension…

J’ai vu un certain nombre de choses dans les déplacements récents du président de la République sur ce sujet, qui doivent nous donner à penser… Mais on reviendra sur cette question qui n’est pas anodine à mes yeux : on va leur piquer leurs matières premières, on les transformera chez nous et on leur renverra des produits finis, c’est-à-dire qu’ils sont absolument exploités et ruinés. Ceci est absolument impossible, surtout dans la période de crise que nous sommes en train de vivre.
J’ajoute cela au volet social qui est le nôtre.

Voilà des idées simples exprimées, et qui vont nous servir en tout cas de marque de fabrique, d’identité dans le grand débat européen que certains voudraient bien ne pas voir naître, que certains voudraient bien continuer à mettre sous l’éteignoir, sous le boisseau, que surtout on n’en parle pas, que surtout il n’y ait pas de participation.

Surtout… C’est pourquoi, moins on en parle, mieux on se porte. C’est pourquoi on ne compose même pas les listes pour éviter que cela devienne un sujet, mais ne vous y trompez pas, c’est l’intérêt conjoint des deux formations provisoirement et institutionnellement « dominantes ».

Ils veulent qu’il y ait le moins de participation possible parce qu’ils estiment qu’ils ont, eux, des électorats qui votent automatiquement pour eux et que cela les arrangera d’avoir de meilleurs scores que ce qu’ils obtiendraient autrement.

Notre intérêt est exactement le contraire. Nous voulons que le débat ait lieu, nous voulons de la participation, nous présentons de bons candidats pour qu’ils deviennent de bons parlementaires européens.

Nous voulons porter un projet de société qui est, en même temps, un projet européen.

Je vous remercie.”

source http://europe.lesdemocrates.fr/convention-thematique-europeenne-a-herouville-discours-de-cloture-de-francois-bayrou/#more-3118

Discours F.BAYROU 290309 : une pensée cohérente A l'envers ça marche toujours!

François Bayrou a clos la convention sur le projet européen du Mouvement Démocrate qui se tenait le dimanche 29 mars à la Maison de la Chimie à Paris, par un discours dont vous retrouvez l’intégralité ici

http://www.mouvementdemocrate.fr/evenements/conventions-europeennes-2009/convention-thematique-europe-crise-

J’ai imaginé vous en livrer la synthèse en partant de la fin et en remontant le fil jusqu’à son début sans savoir si j’allais réussir à trouver la même cohérence ou une autre, à vous d’en juger, voici le résultat agrémenté de quelques digressions, ici ou là.

L’Europe n’est pas faite pour écraser les pays pauvres

« Nous avons été nuls » diagnostic sans concession de F BAYROU qui précise « tous les pays et notamment tous les pays européens, nous avons été gravement absents et irresponsables, en matière de développement des pays qui sont, dans le monde, les plus pauvres » et il nous demande de réfléchir « à l’idée qui a été celle dont nous avons, nous, pays européens, bénéficié après la guerre, qui était d’avoir un marché commun protégé pour pouvoir redresser notre agriculture et notre industrie sans avoir à dépendre des autres »

Il nous invite à penser « cette idée de modèle de marché protégé en faveur des pays des zones les plus pauvres de la planète et, notamment, le monde africain… »

F. BAYROU a de quoi s’inquiéter, car selon lui, « le colonialisme n’appartient pas au passé », ce qu’il propose « c’est naturellement un renversement du modèle qu’on a suivi jusqu’à maintenant… »

Il conclut «  le monde sera jugé aux pays qui sont dans la situation la plus fragile…et les futurs gouvernantseuropéens, en particulier, à leur projet en matière de développement »

L’Europe n’est pas faite pour écraser les identités

« L’Europe est une chance pour les identités, les identités culturelles, les modes de vie, la participation des citoyens aux décisions qui les concernent, de proximité »

L’Europe n’est pas faite pour écraser les citoyens

« Nous sommes pour l’Europe des citoyens » et « nous n’économiserons aucun de nos efforts dans les années qui viennent pour que toute décision européenne soit offerte à la connaissance, à la compréhension, à l’information des citoyens, avant qu’elle ne soit prise… », « …nous allons nous battre pour que l’on ne puisse plus, sauf urgence, prendre de décision européenne sans qu’elle ait été annoncée trois mois à l’avance aux citoyens, afin que ces derniers aient leur mot à dire dans cette affaire. »

L’Europe n’est pas faite pour rester silencieuse

A l’heure de l’élargissement de l’Europe, de l’Europe des 27, » pour peser dans les débats du monde » , « pour être capable de s’exprimer dans les débats universels » il est besoin « d’une avant garde et cette avant-garde ne peut être que celle des pays de la zone euro, des 16 pays qui ont l’Euro en partage »

L’Europe est faite pour défendre un modèle social européen

« Nous voulons que l’Europe ait un modèle social et qu’elle le défende, qu’elle ait des valeurs et qu’elle les défende, qu’elle ait une culture et qu’elle la défende, qu’elle ait même des valeurs spirituelles ou philosophiques, car nous considérons que c’est cela qui fait la valeur d’un projet de société. Et nous ne retrouvons pas cela chez M. BARROSO » F BAYROU dénonce alors la collusion entre le PPE, (parti populaire européen conservateur) et le PSE (parti socialiste européen) pour la réélection de M BARROSO comme Président de la Commission européenne (un responsable européen dont l’ultralibéralisme a été critiqué, tout comme son attentisme dans la crise actuelle.)

L’Europe est faite pour combattre la crise

« qu’est-ce que nous pouvons proposer comme réponse à la crise ? » F BAYROU y répond par trois types d’action

- Eradiquer les paradis fiscaux en interdisant le commerce avec les entreprises qui s’y réfugient et qui pratiquent l’opacité financière et l’évasion fiscale.

- Exiger au plan mondial, une meilleure organisation des marchés à termes de nature à faire obstacle ou limiter la spéculation notamment sur les matières premières, très préjudiciables aux pays dont ce sont les seules ressources.

- Créer une monnaie mondiale, une monnaie de réserve autre que le dollar qui place les pays, depuis l’abandon de l’étalon or,  dans une dépendance économique et financière vis à vis des Etats-Unis « qui utilisent leur monnaie pour s’endetter » (sur le dos des autres ) On sait aujourd’hui que les dirigeants des principales puissances mondiales (pays occidentaux du G7: Etats Unis, Japon,  Canada, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie plus les pays émergents : Chine, Inde, Brésil…sauf l’Afrique) ont esquissé des nouvelles règles au capitalisme mondial. Cependant la création d’une monnaie internationale  de référence revendiquée par la Chine, n’est pas pour demain. F .BAYROU est convaincu que cette idée est « une idée de progrès et de sécurité, qui met du stable dans l’instable…qui permettra au monde de n’être plus dépendant d’une monnaie, de ses fluctuations, et de ses aventures d’une société particulière, d’un pays particulier, d’une politique particulière. » celle des Etats Unis et de ses gouvernants.

L’ Europe est faite pour défendre l’humanisme comme alternative au capitalisme

L’humanisme que F BAYROU revendique comme modèle de société et qui s’oppose au système capitaliste est une idéologie qu’il se propose de défendre sans concession « de manière radicale » Que veut-il dire par cette expression ? son discours se radicaliserait-il ? Ecoutons le répondre.

« Je voudrais, dit-il,  vous mettre en garde sur ce point. Il n’est pas vrai que l’humanisme soit un mot passe-partout. Il n’est pas vrai que l’humanisme soit un mot « gentil ». L’humanisme, c’est un modèle, parce qu’il faut être dur pour faire la guerre à l’argent qui veut dominer tout ! Il faut être dur pour faire la guerre à ceux qui veulent confisquer la décision dans une société démocratique. »

- Au plan économique, « …nos concitoyens… acceptent comme nous l’acceptons, …que le meilleur moyen de faire de l’économie, c’est la libre entreprise. »

A partir de trois exemples tirés de l’actualité F BAYROU va s’employer à démontrer en quoi l’humanisme comme projet politique recadre la finance et l’économie au service de l’homme et pas l’inverse.

1. la question des stocks –options :

« ce système consiste à dire aux managers d’entreprise « vous serez payés, vous aurez des gratifications incommensurables sur un seul critère : la valeur de l’action de votre entreprise , autrement dit uniquement le cours de l’action de leur entreprise…toute décision est bonne à prendre si elle est bonne pour l’action boursière …on détourne l’attention des managers de la destinée de l’entreprise, pour une autre destinée, celle des possesseurs d’actions commercialisées en bourse »

Aucune conscience de l’entreprise, de sa valeur, de la performance humaine c’est pourquoi F. BAYROU continue à enfoncer le clou « ne vous étonnez pas si les plans sociaux, les décisions de fermeture sont toujours inéluctablement interprétés comme étant bonnes pour l’action »

A question radicale, réponse radicale de F. BAYROU « Le système des stock-options n’est pas un bon système pour les sociétés cotées en bourse et le monde économique français gagnerait beaucoup à trancher cette question en les supprimant »

2. la question des rémunérations excessives :

F. BAYROU n’est pas pour une intervention étatique, sauf à exiger la transparence sur la grille des salaires dans l’entreprise. Dans sa vision des choses « le travail n’est pas subordonné au capital, le travail doit lui être associé » et « dans le cas où cette échelle des salaires serait excessivement ouverte, à ce moment là on découvrirait que la communauté des associés que sont les salariés ne l’accepterait pas »

3. la question de la justice fiscale ;

« quand on considère qu’il y a trop de disparités, il y a l’impôt pour les corriger » F. BAYROU veut revenir à un principe républicain fondateur « les charges sont réparties entre les citoyens à proportion de leurs facultés », il dénonce l’injustice du bouclier fiscal (le cadeau post électoral sarkozien pour les catégories les plus favorisées) à supprimer, selon lui.

- Au plan politique, l’humanisme c’est l’exigence d’une « démocratie exemplaire.« 

« Mes amis, l’humanisme en politique c’est la démocratie…cela signifie qu’à chacun d’entre nous on reconnaît la compétence, la capacité de comprendre les enjeux du monde et à adhérer aux solutions qui s’imposent…c’est le régime pleinement démocratique qui s’impose dans une société démocratique, et il est aujourd’hui en France très largement piétiné. » A nouveau F. BAYROU tire de l’actualité française quelques motifs de mécontentement.

La France est faite pour défendre le modèle Républicain contre le modèle « des inégalités croissantes

F. BAYROU est intarissable sur le sujet : « Je ne connais rien de moins démocratique que le régime que l’on est entrain de mettre en place en France, de moins laïque que les déclarations qui ont été faites, de moins sociale que les orientations qui ont été prises » « j’ai avec Nicolas SARKOZY une confrontation de valeurs et de modèle » c’est ce qui avait suscité quelques incompréhensions, se plait-il à rappeler, lors des élections présidentielles. « je suis en désaccord avec lui parce qu’il a décidé de rallier la France au modèle américain …ce modèle que l’on voulait nous imposer comme étant le modèle auquel il fallait tous se rendre : ce modèle s’est effondré sous nos yeux »

Ce modèle de capitalisme néolibéral, inspiré par REAGAN et THATCHER et quelques économistes en cour, F BAYROU l’a lui même qualifié de modèle « des inégalités croissantes » Plus qu’un modèle c’est une idéologie « pour qu’il y ait progrès, il faut accepter des inégalités, et même des inégalités qui s’accentuent »

« Nous n’acceptons pas ce modèle, répète F BAYROU, nous le récusons » car pour lui en effet ce serait « accepter l’idée qu’après tout s’il y en a qui reste sur le bord de la route, ce n’est pas grave, pourvu que tout le monde avance »

Et il surenchérit devant un auditoire attentif « le modèle inégalitaire pour la France, c’est un modèle qui injurie notre histoire et nous n’avons qu’un mot à répondre c’est non, nous n’allons pas dans cette direction, nous choisissons une autre direction »

Un autre monde est possible

« C’est même cela l’engagement politique, un autre monde est possible et cet autre monde nous allons le construire » Et pour commencer  avec les députés européens qui iront au Parlement européen

F.  BAYROU rappelle que les élections européennes sont pour le  Mouvement démocrate l’occasion d’« envoyer à Strasbourg et Bruxelles des députés du peuple se battre pour les idées qui sont les nôtres …des députés européens, engagés, brillants, avec de l’expérience, capables de bousculer des montagnes, capables de faire respecter leur parole, parce que leur parole est celle des citoyens qui les auront élus… nos députés n’iront pas au Parlement européen pour suivre, mais pour agir, pour changer les choses »

Alors tous à vos marques pour la campagne des élections présidentielles,…euh européennes .

Discours F.BAYROU Elections Européennes09

 

Lors de la Conférence nationale du Mouvement Démocrate qui se tenait à la Mutualité à Paris le 8 février 2009,  F BAYROU, Président et fondateur du Mouvement Démocrate, a présenté les têtes de listes retenues pour défendre la couleur du Modem aux élections européennes qui se dérouleront le 7 juin prochain. Il s’agit des personnes suivantes

Ile-de-France : 1Marielle de Sarnez 
2Bernard Lehideux 
3Fadila Mehal


Nord-Ouest : 1Corinne Lepage 
2Olivier Henno

Ouest : 1Sylvie Goulard 
2Bruno Joncour


Sud-Ouest :(Gard) 1Robert Rochefort 
2Anne Laperrouze (députée sortant)

Sud-Est : 1Jean-Luc Bennahmias 
2Fabienne Faure 
3Gilles Artigues


Est : 1Jean-François Kahn 
2Nathalie Griesbeck 
3Yann Wehrling

Massif Central : 1Jean-Marie Beaupuy 
2Chérifa Adaissi

F BAYROU a insisté sur l’esprit d’équipe qui a présidé à cette sélection « …Nous n’avons pas sélectionné, seulement des candidats, pas seulement des représentants de région, nous avons sélectionné une équipe … Nous les avons sélectionnés sur deux critères » en bref, le premier compétence, le second, volonté de servir.

L’enjeu de ces élections européennes est de toute première importance : F BAYROU a voulu galvaniser ses troupes en faisant du projet européen la clé d’un meilleur monde pour demain et sans doute y est-il parvenu.

Son discours, agrémenté d’un va et vient avec l’actualité, et de critiques acerbes vis à vis de la politique élyséenne, semblait pouvoir se diviser en deux temps

Dans un premier temps, en s’adressant aux militants, F BAYROU  rappelle l’objectif des Démocrates : « nous voulons un autre monde » pas celui de la droite libérale , ni celui de la gauche socialiste .

Dans un deuxième temps il exprime sa conviction, pour accéder à cet autre monde il y a l’Europe : « l’Europe en est la porte d’entrée » mais pas n’importe quelle Europe . Oui à l’Europe de l’unité et de la concorde entre les peuples et les citoyens européens autour des valeurs humanistes de l’Europe. Non à la loi du profit , à une mondialisation ou globalisation aux effets destructeurs de l’humain.

  Lorsque F BAYROU commence à parler et entame son credo démocrate, ses phrases semblent retentir jusque dans les plus petites bourgades de France et de Navarre depuis le Mutualité où il harangue les militants .

« …Le peuple en France a besoin d’être défendu et nous avons bien l’intention de le défendre. 
Ce ne sont pas les puissants et les privilégiés en France qui ont besoin qu’on les défende. Ils ont, au pouvoir, tous les amis pour cela. Ce sont ceux qui n’ont ni puissance ni privilèges et qui ont besoin de voix courageuses qui s’expriment en leur nom, sans jamais rien céder à la facilité et aux menaces

…la France, chers citoyens, s’est construite contre la domination de l’homme par l’homme

…Nous sommes un peuple de citoyens et, quand il nous est donné d’exercer des responsabilités, nous tenons à l’honneur de les exercer, d’abord, au nom de ceux qui n’ont ni pouvoir ni fortune. C’est en leur nom que nous parlons et c’est pour eux que nous vous gouvernons…

…Nous voulons un nouveau monde et ce monde s’appelle justice et s’appelle démocratie… »

En traitant de la crise financière, du plan de sauvetage accordé par les Etats au secteur bancaire et qui se chiffre en milliards d’euros, F . BAYROU n’oublie pas de  penser à tous ces  ménages surendettés et exécutés sur l’hotel des crédits revolving, se souvient aussi de tous ces entrepreneurs de petites et moyennes entreprises qui ont du mal à obtenir du financement bancaire ou dénonce  toutes ces rémunérations abusives en prise directe avec le secteur financière, sans lien avec l’activité réelle directe.

L’Europe est -elle la promesse de lendemains plus utopistes?

C’est le deuxième crédo de F BAYROU

« L’Europe est notre atout. 
Nous voulons un autre monde et, de cet autre monde, l’Europe est la porte d’entrée et la seule disponible.

Alors, il y a une condition… »

Cette condition, selon F BAYROU, c’est de porter les valeurs européennes car la promesse de l’Europe, c’est une promesse de valeurs et de civilisation. 
Parmi les valeurs civilisatrices de l’Europe il y a le respect de la différence, la garantie des symboles d’indépendance, et l’humanisme du projet sociétal .

Au plan de l’interdépendance politique, le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, préconisé par N SARKOSY ( UMP) et son ministre de la Défense Hervé MORIN ( UMP-NC) est jugé par F BAYROU comme une  perte d’identité française , une faute historique gravement préjudiciable à l’Europe. « Nous sommes alliés, mais nous ne sommes pas alignés » 

Au plan de l’interdépendance économique, F BAYROU prône une économie de l’humanisme qui s’éloigne de l’économie capitaliste lorsqu’elle est dangereuse pour l’avenir de l’homme, et nous traversons la plus grave crise mondiale financière et économique qui nous oblige à y réfléchir.

F BAYROU insiste sur cet « humanisme démocratique, » fondé sur une culture commune de l’humanisme et de la démocratie , qui « se construit par adaptation et non par révolution »

Et il conclue « Si l’Europe est fidèle à sa promesse, alors c’est la terre où s’épanouira l’humanisme démocratique. » Pas étonnant qu’il « propose que Strasbourg devienne la capitale parlementaire de l’Europe » et symbolise ainsi  la capitale des peuples européens, peut-être aussi l’axe Franco Allemand dont il déplore le refroidissement des relations partenariales en cette période de crise. 

Tout au long de ce discours de clôture , F BAYROU n’a pas manqué de faire des digressions de philosophie politique ( celle qui fut le plus appréciée de nous porte sur l’idée de symbole :

…Mes chers amis, je veux le dire devant vous, les symboles, ce n’est pas secondaire, c’est essentiel…

Et symboliquement il était inévitable qu’il termine son discours par une note de réalisme politique bien pensé « Prenons les  décisions qui s’imposent chez nous ( en Europe ) et appliquons-les » 

exemples : interdiction des paradis fiscaux, coordination des politiques économiques, sauvegarde du patrimoine naturel, des espèces et d’abord de l’espèce humaine.

Au final, une note d’espoir et d’encouragement pour nos futurs députés européens qui auront une responsabilité historique aux regard des enjeux de démocratie et de justice dont l’Europe est porteuse.

« …Nous avons un très grand projet à porter…  j’ai le sentiment et la certitude que le modèle que nous portons est le modèle qu’attendent, en secret, les esprits et les cœurs des citoyens européens. C’est cela, la mission que nous allons désormais remplir tous ensemble. 
Je vous remercie.FB »

Source : integralité du discours http://www.dailymotion.com/video/x8b5w9_conf-nat-080209-cloture_news

http://www.mouvementdemocrate.fr/evenements/conference-nationale-080209/0-discours-interventions/conference-nationale-080209-francois-bayrou-cloture.html

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