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23 octobre 2017 AN : Harangue dans l’hémicycle du député JL Mélenchon sur l’insoutenabilité de l’Europe

« Entre les traités budgétaires et les peuples , nous avons choisi , ce sont les peuples »

Après le sommet du Plan B de l’Europe Insoumise qui s’est déroulé à Lisbonne les 21 et 22 octobre 2017 , JL Mélenchon remet le couvert à l’Assemblee nationale   sur le prélèvement européen lors des débats concernant le PLF 2018  . Il ne se prive pas de critiquer l’Union Européenne et dire en quoi elle est insoutenable dans sa politique budgetaire  Il dénonce  d’une part la politique d’austérité anti sociale qu’elle fait subir aux peuples qui la composent et d’autre part les privilèges financiers qu’elle octroie voire qu’elle conforte en faveur d’une élite ou d’une caste politico-économique , celle du monde de la finance qui dirige le monde à sa manière sans le contrôle d’une souveraineté populaire.

Au cours d’une session parlementaire ( auj celle qui a commencé le 3 octobre 2017) le portail vidéo de l’Assemblée Nationale vous offre la possibilité de visionner les interventions lors des débats . Vous cliquez sur l’intervenani de votre choix .

VIDEO Pour visionner JL Mélenchon  CLIQUEZ ICI  http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5035633_59edf407ef49f.1ere-seance–projet-de-loi-de-finances-pour-2018-premiere-partie-suite–debat-sur-le-preleveme-23-octobre-2017

Sur le site de l’Assemblée Nationale ( à découvrir impérativement pour tout  intellectuel insoumis qui se respecte ) vous pouvez prendre connaissance ( en cliquant sur l’onglet >dans l’hémicycle >comptes rendus de séances > Vous cliquez ensuite sur l’intervenant de votre choix

Pour lire , dans son intégralité et à tête reposée, l’intervention de JL Mélenchon

RETRANSCRIPTION INTEGRALE : SOURCE CLIQUEZ  ICI http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180023.asp#P1057880

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Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon, pour le groupe La France insoumise.

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M. Jean-Luc Mélenchon. Présidente, ministre, collègues, bonjour ! (Murmures.) Depuis le discours du Président de la République à la Sorbonne, j’estime que la campagne des prochaines élections européennes est commencée, et c’est une bonne chose.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Formidable !

M. Jean-Luc Mélenchon. Il a raison de dire que c’est une occasion pour nous, Français – nous tous –, de proposer une issue à l’impasse politique, économique et morale dans laquelle se trouve enfermée l’Union européenne, dont la construction semble en quelque sorte bloquée par les circonstances.

Ce débat, il faut l’aborder dans le respect, c’est-à-dire dans le refus de caricaturer les positions en présence. La caricature ne convaincra jamais que ceux qui la prononcent, et pas ceux qui la reçoivent. C’est la raison pour laquelle, lorsque je lis dans un journal que je suis dans la « tentation souverainiste », l’ancien enfant de chœur que je suis souris, sachant que la tentation est un désir peccamineux et la préfiguration du mal. (Sourires.) Franchement, est-ce que la discussion porte sur le mal ou le bien, sur le beau, le juste ou l’infâme nationalisme ? Non, je ne le crois pas.

Je vais vous rassurer, pour la qualité de notre débat : non, le problème n’est pas l’Europe, c’est le capitalisme financier à laquelle elle est rivée par ses traités financiers. Pour nous, le problème n’est pas l’étranger : c’est le refus absolu d’assurer une situation d’égalité des droits avec lui. Pour nous, le problème n’est pas de faire l’Europe, c’est de refuser de défaire la France pour y parvenir.

Défaire la France, c’est-à-dire tout ce qui la constitue : sa laïcité, d’abord – pas seulement son drapeau, mais les symboles de sa laïcité, sa laïcité réelle – ; ses services publics ; ses champions industriels ; sa vocation égalitaire ; son identité universaliste ;…

Mme Anne Genetet. Elle n’est pas menacée !

M. Jean-Luc Mélenchon. …enfin, son refus d’être contrôlée, sa volonté d’être indépendante. Voilà l’idée que je m’en fais, et rien d’autre.

Cela ne devrait pas me valoir d’être enfermé, avec mes amis, dans une confusion : parler d’indépendantisme, cela signifierait se replier sur soi. Mais quoi ? Depuis quand l’affirmation de soi et de ses valeurs est-elle un repli ? C’est tout le contraire : c’est l’enthousiasme qui nous meut !

M. Jean-Michel Jacques. Vous n’êtes pas seuls : vous avez le Front national avec vous !

M. Jean-Luc Mélenchon. Lorsqu’on nous traitera de souverainistes, moi et mes amis, je n’aurai qu’une chose à vous dire : appelez-nous comme vous voulez, du moment que, lorsqu’on parle de souverainisme, on entende bien qu’il s’agit de la souveraineté du peuple, la seule souveraineté acceptable.

Et pourquoi en parler ? Est-ce faire un procès d’intention ? Dois-je rappeler qu’avant le Brexit, c’est-à-dire le moment où un peuple décide de s’en aller, il y a eu d’autres votes ? Or comment ont-ils été traités ? Le Danemark, refusant le traité de Maastricht : obligé de revoter ! L’Irlande, refusant le traité de Nice : obligée de revoter ! La France et les Pays-Bas votant contre : il n’en est tenu aucun compte ! Le référendum grec, se prononçant contre un mémorandum : tout le monde s’en fout !

Il y a une dérive autoritaire, dont M. Juncker a fini par exprimer l’esprit tout entier en prétendant qu’il n’y avait pas de démocratie possible en Europe en dehors des traités. Si ! Et je me pose même la question de savoir s’il n’y a pas de démocratie qu’à la condition de sortir des traités, notamment des traités budgétaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Ce sont eux qui créent la tension à l’intérieur des nations et entre elles, au point que les peuples en viennent à s’affronter, non seulement entre eux, mais à l’intérieur des nations, jusqu’à ce qu’elles se démembrent après avoir été transformées en coquilles vides.

J’en viens au rapport : ce n’est pas de cela qu’il parle. (Sourires.) Le rapporteur a fait son boulot,…

Mme Valérie Rabault. C’est déjà un bon point !

M. Jean-Luc Mélenchon. …le rapport est bien fait, et je veux en souligner la qualité. J’en désapprouve totalement la conclusion, mais la qualité, elle, est indiscutable : il pointe de vrais problèmes et de vrais sujets de discussion.

Mais enfin, qu’observe-t-on, après toutes ces chansons sur l’Europe, son caractère bienfaisant, son ouverture, etc. ? L’Europe dépend de plus en plus de la contribution des nations que, par ailleurs, on décrie, on montre du doigt et à qui on jette des pierres. Au début, en 1988, c’était un petit 10 % pour les États membres et nous voici maintenant rendus à 60 % des recettes totales de l’Union.

Ensuite, concernant les recettes – vous verrez que cela a des implications politiques –, après avoir constaté que les nations font tout, on regarde la case des recettes propres de l’Union européenne, en l’occurrence les droits de douane. Et que voit-on ? Ils sont tombés de 30 % à 14 % à peine. Et pourquoi ? Parce que les traités de libre-échange qui, par ailleurs, détruisent nos emplois, défigurent nos sociétés, etc., font que les recettes de douane de l’Union européenne vont décroissant.

Mme Anne Genetet. Ce n’est pas vrai !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà un organisme qui est en train de se tuer lui-même !

Et puis, dans cette affaire, il faut bien observer que cette Europe, qui donne tant de leçons aux autres, est certainement l’organisme européen le plus mal géré. Comment expliquez-vous que, jusqu’à l’année dernière, nous en étions à presque 20 milliards d’impayés ?

Mme Valérie Rabault. Plutôt 24 milliards !

M. Jean-Luc Mélenchon. Grandiose, non ? Cette année, ce montant a baissé, je le reconnais, mais quand arrivera à la fin du cycle du budget pluriannuel – car il y a aussi cette étrangeté, qui dépasse le mandat d’un député, chère madame Rabault –, figurez-vous que nous serons à découvert de 240 milliards, car 240 milliards de dépenses auront été décidées sans avoir été payées. Voilà les exploits de gestion de l’Union européenne !

Je vous passe le reste, tous ces organismes qui ne servent strictement à rien, comme le Service européen pour l’action extérieure, dont la baronne Ashton a eu la franchise de dire qu’elle ne savait pas à quoi il servait, quoiqu’elle soit placée à sa tête, mais qu’elle pensait que l’organe finirait par définir la fonction.

Voilà où nous sommes rendus dans cette affaire. Pour la France, c’est de plus en plus cher. Je vous rassure, madame Rabault : je n’ai jamais dit que j’étais contre le prélèvement.

Mme Valérie Rabault. Si, si : c’est dans compte rendu de la réunion de la commission !

M. Jean-Luc Mélenchon. Mais écoutez, vous et les autres ! Ne vous contentez pas de lire les fiches qui viennent de Solférino ! (Rires.)

Mme Valérie Rabault. Solférino ?

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Solférino ne répond plus ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Je suis contre le paiement de l’excédent et je vais vous expliquer pourquoi. La contribution de la France est de plus en plus importante. Le prélèvement a été multiplié par cinq depuis 1982 et vous verrez qu’il y en aura pour la prochaine période pour 5 milliards de plus. C’est très cher payé pour ce que nous avons.

Oui, je suis contre le paiement de l’excédent positif de la France. En effet nous donnons 20 milliards et nous en recevons 14 pour appliquer une politique agricole que je condamne de toutes les manières possibles. Nous cotisons donc pour 6 milliards net. Si ces 6 milliards étaient restés dans les caisses de l’État, nous respecterions le critère des 3 % et il n’y aurait pas besoin d’engager les mesures que nous prenons pour réduire le déficit structurel.

J’ajoute que, dans ce projet de loi de finances, 16 milliards sont rognés sur le budget de l’État : 10 milliards pour compenser les baisses d’impôt, 6 milliards d’économies pures. Eh bien, ces 6 milliards, ce sont ceux que nous donnons à l’Europe.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois puisque, depuis 2012, la totalité de l’excédent, c’est-à-dire les économies faites sur le périmètre de l’État, a été versée à l’Europe. Vous ne croyez pas que cela mérite une discussion un tant soit peu plus approfondie que la confrontation des dénonciations et des bêlements d’enthousiasme ?

Je suis donc contre le fait qu’on paie l’excédent.

Par ailleurs, je suis pour que l’on ouvre contre l’Allemagne une procédure pour excédents commerciaux excessifs, parce que ce qui est en train de se construire, c’est un modèle économique calqué sur celui de l’Allemagne. Les traités européens condamnent ces excédents parce qu’ils sont toujours faits sur le dos des autres. Pourquoi n’ouvre-t-on pas une procédure ? N’a-t-on pas le droit de dire à nos amis allemands qu’ils exagèrent ?

Quand les Anglais nous ont dit qu’ils voulaient un rabais, qui a représenté 60 % de leur contribution, les Allemands ont dit qu’ils ne paieraient que 25 % du reste. Et c’est nous, les Français, qui payons le plus ! Est-ce une situation normale, alors que nous sommes censés être en déficit excessif ?

M. Thibault Bazin. C’est injuste !

M. Jean-Luc Mélenchon. S’ils ne respectent pas les règles, il faut qu’on les leur fasse respecter.

Tout ça tourne autour d’une question : la dette.

M. André Chassaigne. Ah !

M. Jean-Luc Mélenchon. C’est la grande question du continent européen. Il faut solder la dette. Vous n’y parviendrez pas par des excédents bruts d’année en année. Avec ce que le gouvernement actuel est en train de faire – et il fait un effort dans ce sens, vous le savez comme moi, on en dénonce assez la violence – cinq points, il faudra cent ans pour finir de payer cette dette.

La dette doit donc être annulée, notamment celle des Français, parce qu’elle est excessive. Une part trop importante est due aux taux d’intérêt des années 1990, qui n’ont pas d’autre raison d’être que le fait que les Allemands ont décidé de donner pour 1 mark de l’Est 1 mark de l’Ouest, et que pour contrer l’inflation qui s’est ensuivie, les taux d’intérêt sont montés à 6 %, 7 %, voire 8 %.

Si nous avions à l’époque emprunté à un taux de 2 % – soit le taux actuel, et même moins –, la dette de la France serait de 30 % inférieure.

Un député du groupe LR. Et si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce sont des réalités. Nous ne pouvons pas accepter que cette situation perdure et que nous, les Français, nous ayons comme unique ambition d’être, comme l’avait dit le président Hollande, les meilleurs élèves de la classe. Pas question ! Il faut revenir sur cette dette, il faut la réévaluer, il faut l’effacer. Et pour ça, il n’y a qu’à faire un moratoire ou à la geler. Il n’y a rien de plus facile.

J’en viens à ma conclusion avant qu’on m’y invite. Tout le monde doit avoir un plan B, et vous autres de La République en marche, comme nous, vous en avez un.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Ça vaut mieux qu’un plan T ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Maurice, arrêtez de faire le singe ! (Nouveaux sourires.)

Il y a un problème de financement ? Vous instaurez une taxe carbone. Le Président veut une taxe carbone aux frontières. Vous avez tous compris que cela s’appelle du protectionnisme. Proposez-la : nous voterons pour. Nous aussi nous proposons une taxe sociale.

Nous avons un plan B à notre manière. En avez-vous un ? S’ils refusent, que ferez-vous ? S’ils ne veulent pas taxer les GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon –, s’ils ne veulent pas changer le statut de travailleur détaché, que ferez-vous ? Les bras croisés, vous protesterez ? Ou bien avez-vous une méthode pour répliquer ?

Nous, nous avons un plan B. Je le résume à une phrase prononcée par ma camarade Catarina Martins à Lisbonne, à l’occasion du grand rassemblement du plan B : « Entre les traités budgétaires et les peuples, nous avons choisi les peuples. » (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

 

Melenchon dans le débat sur l’avenir de l’EUROPE

LA VIDÉO de l’intervention de JL Mélenchon ( pour lire le compte rendu integral de toutes les interventions à l’Assemblée nationale CLIQUEZ ICI)

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Retranscription intégrale de l’intervention de Melenchon

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« M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la ministre, mes chers collègues, la géopolitique a toujours commandé la politique, et la longue histoire de France en atteste. Encerclés je ne sais combien de fois sous l’Ancien régime, envahis quatre fois par notre voisin au cours d’un peu plus d’un siècle, agressés par toute l’Europe lorsque nous avons fondé la République, nous avons, comme leçon de notre histoire, décidé finalement de nous orienter vers la construction d’une union européenne. C’est notre histoire, et rien ne sert de revenir sur les conditions dans lesquelles elle s’est faite.

En revanche, nous pouvons faire ce que nous voulons de l’avenir. La cause est devenue confuse en France, et la nation française, qui est la nation politique en Europe, comme le reconnaissent tous nos voisins, a besoin de savoir où elle va. De ce point de vue, depuis 2005, tout est confus. On a voulu nous faire croire, avec le traité de Lisbonne, que le vote de la France en faveur du « non » était en fait un « oui ». Puis le président Hollande, après avoir dit qu’il renégocierait le traité budgétaire, a fini par le signer sans rien avoir renégocié.

C’est pourquoi les deux interventions du président Macron, celle qu’il a faite à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs et celle qu’il a faite à la Sorbonne, sont les bienvenues : nous sortons enfin de cette politique en demi-teinte qui était celle des petits pas, qui ne disait ni où elle allait ni par quel chemin elle comptait passer. C’est donc une opération de clarification à laquelle je souscris.

J’ajoute que je partage le diagnostic du Président : on ne peut plus continuer ainsi. Le chemin actuel ne mène nulle part, sinon à une dislocation dont chacun risque de renvoyer la responsabilité à son voisin. Nous avons besoin de transformer la prochaine élection européenne en un vrai débat politique sur l’avenir de l’Europe. Cela, j’y souscris.

Mais l’essentiel du discours du président Macron consiste en un basculement du paradigme européen. Pour la première fois, un président de la République française définit la souveraineté de la France comme étant conditionnée par celle de l’Europe. Devant les ambassadeurs, M. Macron déclare : « Pour la France, […] le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. » À la Sorbonne, il affirme : « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle ». Je suis en désaccord complet avec cette formule. Et je voudrais qu’on l’entende comme un moment de pensée philosophique, politique, car c’est sur ce terrain qu’on arrivera à avoir un débat.

Qu’est-ce que la souveraineté ? Elle est évoquée dix-huit fois dans le discours de la Sorbonne, mais elle n’est jamais définie. La souveraineté, c’est l’autorité sans partage d’un groupe sur la population qui le compose et le territoire qu’il occupe. Et la légitimité de cette autorité sans partage, c’est la démocratie. C’est parce que la loi est votée par tous qu’elle s’applique à tous. Il n’y a donc de souveraineté que dans le peuple, et il n’y a de communauté que la communauté légale constituée par le peuple constituant qui décide des lois qui s’appliquent à lui. Voilà où est la souveraineté de la France : dans son peuple. Et cette définition est celle de son histoire ; il n’en existe pas d’autre. Il n’y a pas de lieu de la souveraineté. Il ne faut pas confondre la souveraineté et la puissance. La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux !

M. Adrien Quatennens. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Elle est liée à la souveraineté du peuple, parce que c’est le peuple qui a toujours tiré la France des impasses dans lesquelles ses élites maintes fois l’ont enfermée.

Je vous mets en garde contre l’idée qu’au paradigme central de l’autorité populaire viendraient se substituer des chiffons rouges qu’on partagerait. L’Europe de la défense serait ainsi devenue la nouvelle mode, par exemple, et on en oublie quel sort a connu la Communauté européenne de défense quand elle nous a été proposée. La défense n’est pas un projet commun. La défense, c’est l’Europe de la guerre. La guerre contre qui ? Il faut dire les choses comme elles sont, d’un bout à l’autre des résolutions de l’Union européenne : contre la Russie. Je ne suis pas d’accord : la Russie est non pas un ennemi, mais un partenaire. Nous n’avons pas à nous organiser contre les Russes.

M. Jean-Louis Bourlanges. Voilà qui est embêtant.

M. Jean-Luc Mélenchon. En revanche, nous devons nous souvenir que la stratégie de défense de la France repose sur la dissuasion nucléaire. On en pense ce qu’on veut, mais c’est l’arme ultime des Français. La dissuasion nucléaire ne se partage pas. On ne met pas vingt-neuf doigts sur le bouton – c’est déjà assez grave qu’un seul puisse appuyer. Et cette stratégie, qui est celle de la France, n’est pas compatible avec les batteries antimissiles que l’OTAN a installées en Pologne et dans les pays périphériques de la Russie comme une menace, car cela signifie que l’Europe pourrait devenir un théâtre d’opérations, ce que nous, Français, avons toujours refusé. La dissuasion nucléaire est tous azimuts. Quand on demandait au général de Gaulle s’il ne trouvait pas que c’était un peu excessif, compte tenu de l’existence d’un allié, les États-Unis d’Amérique, il soutenait que le monde n’allait pas plus mal depuis qu’on avait pris cette décision. Il avait raison.

M. Julien Aubert. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce qui tue l’Europe, c’est d’avoir rendu impossible l’expression d’un intérêt général européen, c’est-à-dire d’avoir empêché son peuple, ses peuples de constituer ensemble un intérêt général, qui est nécessairement un intérêt social. Les traités européens interdisent l’harmonisation sociale, ils interdisent l’harmonisation fiscale. Ils ne connaissent qu’une règle : la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire la compétition de chacun contre tous à l’intérieur des nations et entre les nations. C’est parce qu’on agit de cette manière que progressivement les nations deviennent des coquilles vides où ceux qui sont les plus avantagés ne veulent plus prendre en charge ceux qui le sont moins. Cela mène à un indépendantisme régional généralisé des plus favorisés vis-à-vis de ceux qui le sont moins.

Je voudrais vous montrer que le résultat de cette logique est déjà sous vos yeux, sous nos yeux à tous. Les frontières, à la stabilité desquelles nous sommes tous attachés, car nous savons les dangers que leur déplacement fait peser sur tout le continent, n’ont cessé de bouger autour de nous : en Yougoslavie, il y a désormais sept États à la place d’un, et on compte 400 000 déplacés ; la Tchécoslovaquie s’est divisée en Tchéquie et Slovaquie, heureusement sans cris ni heurts.

Et le mouvement se poursuit aujourd’hui : le Brexit soulève de nouveau la question des frontières entre l’Écosse et le Royaume-Uni, entre les deux Irlande. Les Flamands en Belgique récriminent contre l’appartenance des Wallons au royaume. Et la Catalogne s’agite sous nos yeux. Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que la substance de la nation, le contrat qui la fonde, c’est-à-dire la souveraineté du peuple et son intérêt social commun sont démembrés.

M. Jean-Louis Bourlanges. Cela n’a pas de sens !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà ce qui tue l’Europe plus que tout autre égoïsme, plus que toute autre construction bureaucratique incompréhensible.

Il faut donc changer de cap. Ce sera l’objet de cette élection, du moins c’est ce que je souhaite ; et cela doit apparaître aussi clairement que possible. On m’a soutenu que, parce qu’il y avait un Parlement européen, le peuple était représenté, mais ce n’est pas du tout le cas. Le Parlement européen est le seul Parlement au monde qui n’a pas la possibilité de proposer une loi. Dans le meilleur des cas, il partage son pouvoir avec la Commission et le Conseil ; le reste du temps, c’est-à-dire 70 % de l’activité du Parlement européen, les textes pourraient tout aussi bien être votés dans un club de philatélistes, car ils n’ont pas la moindre incidence pratique sur le reste de l’Europe.

Il faut changer de cap, il faut rendre possible l’harmonisation sociale et fiscale entre les peuples d’Europe. C’est ce que nous avons appelé le plan A ; il faut un plan A pour changer de cap.

Vous en avez proposé un avec une dizaine ou une quinzaine de propositions, monsieur le ministre, mais je vous invite à les regarder dans le détail. Quelqu’un a sans doute mal rédigé les fiches du président Macron, car ses propositions sur le volet numérique existent déjà et devraient voir le jour en 2019. De même, il existe déjà un office de la sécurité alimentaire et une police des frontières. La seule chose qui n’existait pas jusque-là, c’est l’idée absconse que la France n’ait plus de commissaire à la Commission européenne. Et puisque nous avons déjà cinq présidents, pourquoi n’aurions-nous pas deux parlements, par-dessus le marché ? C’est bien ce qui est proposé !

C’est la confusion. Il nous faut des règles claires sur le nerf qui agite tout le reste de l’organisme. Il faut mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, organiser le rachat de la dette publique directement aux États, car on en a pour cent ans à rembourser cette dette dans toute l’Europe. Personne ne la remboursera jamais, sachez-le, mes chers collègues ! Et c’est absurde de proposer aux générations qui viennent d’avoir pour seul objectif d’acquitter une dette. La liquider n’est rien, c’est de la technique, et je pourrais m’en ouvrir à vous quand vous le voudrez.

Ensuite, il faut maintenir le niveau de l’euro au niveau du dollar ; chaque fois que l’euro est surévalué, nous nous ruinons. Il faut prohiber les instruments financiers toxiques, taxer les transactions financières, contrôler les mouvements de capitaux, organiser la conférence européenne sur les dettes souveraines, arrêter la libéralisation des services publics, mettre en place un protectionnisme solidaire. J’ai vu que le Président commence à le proposer en mettant une taxe carbone aux frontières de l’Europe, ce qui est un début ; si ça vaut pour le carbone, ça doit valoir pour le reste. Il faut mettre fin au dumping à l’intérieur de l’Union européenne, refonder la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, laquelle était d’ailleurs garantie par la première PAC et ne l’est plus aujourd’hui. Enfin, il faut abandonner le marché carbone, qui est un droit à salir quand on en a les moyens.

Mes chers collègues, la France n’est pas mineure, la France est souveraine, et elle peut l’être. La France est contributeur net au budget de l’Union européenne : les 7 milliards d’euros qu’elle verse servent à organiser les infrastructures de nos concurrents. La France n’est ni occidentale ni européenne, la France est universaliste parce qu’elle est présente sur les cinq continents. La France est francophone, et le français sera d’ici peu la troisième langue la plus parlée dans le monde.

Pour conclure, si j’ai moi aussi, bien sûr, le souci de l’Europe, ce que je veux d’abord partager, c’est l’optimisme de ma patrie républicaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)

Reflexions et commentaires  sur l’ avenir de l’UE et l’opposition  Macron – Mélenchon

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Le mardi 10 octobre 2017, Jean-Luc Mélenchon s’est donc exprimé à la tribune de l’Assemblée nationale dans le cadre du débat sur l’avenir de l’Union européenne qui suivait une déclaration du gouvernement ( pou voir le compte rendu integral de toutes les interventions CLIQUEZ ICI ).

JL Mélenchon dénonce le fait que la souveraineté populaire ait été bafouée après le référendum de 2005 sur l’adoption ou non d’une Constitution européenne. De la même façon  il dénonce  le manque  d’honnêteté   du Président Hollande d’avoir laissé croire que le traité budgétaire européen serait renégocié avant sa ratification par la France . Il appelle ensuite à une harmonisation sociale et fiscale inexistante en Europe . Il propose, à l’appui du programme du mouvement la France insoumise, des mesures de nature à refonder l’Europe sur le plan économique et financier ( voir son intervention à l’Assemblée Nationale)) , sans abandonner sur le terrain de la Défense nationale , la logique française de la dissuasion nucléaire.

JL Mélenchon revient sur la notion fondamentale de  souveraineté, encouragé par la prétention de E Macron à refonder « une «  Europe souveraine, unie et démocratique. »

JL Mélenchon pense que E Macron confond  la notion de souveraineté et celle de puissance et il critique ses propos, ceux  prononcés devant les étudiants de la Sorbonne « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts.Il y a une souveraineté européenne à construire,» (  discours de la Sorbonne sur la refondation de l’Union Européenne ) et ceux prononcés devant les ambassadeurs de France  » Pour la France, le lieu où construire les outils de notre puissance et apporter la juste réponse aux défis qui se présentent, le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. »( discours du President de la republique à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs)

Avec JL mélenchon on comprend mal cette distinction entre « souveraineté » et « puissance »  tout comme reste énigmatique la distinction faite par le Président E. Macron  entre « souveraineté réelle » et « souveraineté européenne «   .

Essayons de deviner . Où s’exerce la souveraineté ? s’exerce -t-elle à Bruxelles  ? à Paris ? à Berlin ? ou ailleurs ?  Et est ce que, comme le prétend Mélenchon ,  » le discours de E Macron consiste à bouleverser le paradigme européen « ?

Sans l’Europe, point de souveraineté réelle du pays semble nous dire  le Président Macron pour qui  l’effectivité de la souveraineté de la France  passe par l’échelon européen. Une façon de dire que, dans l’Union européenne, les délégations de compétence des Etats membres en faveur de l’Union ne sont pas des abandons de souverainété. Toute chose connue et maitrisée suivant le principe de subsidiarité . La nouveauté vient du constat fait par E Macron « je le dis aujourd’hui avec une conviction intacte : l’Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace, » Le Président français en tire une conséquence : il n’est plus envisageable de faire face aux défis mondiaux sans « détermination commune » c’est pourquoi il entend ainsi construire une  » « souveraineté européenne «  dans l’union . Toute chose non connue, et c’est là que se situe le débat et l’ insoumission de JL Mélenchon .

JL Mélenchon argumente . « Il n’y a de souveraineté que dans le peuple «  

C’est notre histoire institutionnelle qui nous l’enseigne . Chez nous  en effet, on entend par le mot souveraineté , l’exercice souverain du pouvoir politique. Hier ce pouvoir était de droit divin,  aujourd’hui il est attribué au peuple qui l’exerce.  C’est l’histoire de la Révolution française. Le peuple et la souveraineté populaire (l’exercice du pouvoir par le peuple )deviennent alors seule source de la légitimité politique et la démocratie le seul régime soutenable . Ainsi en démocratie Il n’y a de souveraineté que dans le peuple , la démocratie est co-substantielle au princeps de la souveraineté populaire qui fonde la Nation . Dont acte.

Mélenchon ajoute « La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux ! » L’affirmation n’est pas évidente dans un monde dominée par l’économique, le commerce et la finance .Il est vrai que le pouvoir économique conditionne le souveraineté des Etats, plus un Etat est fort économiquement plus il gagne  en indépendance , c’est presque une lapalissade. Cependant force est de constater que dans l’économie de marché qui s’est imposée sur le continent européen et dans le monde entier, les Etats sont devenus interdépendants. C’est la règle du marché, jugée la plus juste par la doctrine du libéralisme économique, qui prévaut . Dans ce contexte systémique de l’économie contemporaine ,il n’a échappé à personne la méfiance envers les Etats qui sont enclins à intervenir dans l’économie et fausser la concurrence . La prévalence  de la souveraineté politique, un tantinet nationale, a cédé le pas en faveur d’une politique du profit , de la croissance économique et de l’emploi et pour faire bref , ce sont les sociétés dites  multinationales qui sont en fait transnationales, voire supranationales qui font la loi et fixent les règles du jeu. Que les paradis fiscaux soient pérennes n’est pas un hasard .Toute chose qui sort du constat macronien.

 S’il s’agit de débattre de l’avenir de l’Union Européenne, autant s’interroger sur le présent L’Union Européenne n’est ni un Etat fédéral, ni une confédération d’Etats. L’ Union européenne ce sont des instances qui fonctionnent depuis plus d’un demi siècle : on ne parle pas de l’Europe en tant que  nation européenne mais comme la première puissance économique mondiale . Au delà de la concorde voulue entre les pays européens ayant connu  deux guerres mondiales sur leur continent , l’interêt à l’origine du marché commun, était dans les premiers temps de la construction européenne , la volonté commune de réguler la libre concurrence affichée comme un princeps de l’économie . Cette volonté a cédé le pas à une volonté de dérégulation sous le diktat des puissances de l’argent  dans un monde financiarisé à outrance. La crise financière de 2008  en a fait déchanter  quelques uns . Pour certains,  les plus visionnaires à notre avis, la seule plus value d’une Union serait  de démocratiser la décision économique par une souveraineté européenne plus démocratique et nécessairement écologique.  Le Président Macron , fin connaisseur de Machiavel, ne dit pas un mot sur l’Ecologie politique et le bras de fer avec la Haute Finance .  » Dans le monde tel qu’il va  » comme il a l’habitude de dire ce n’est pas sa préoccupation .Tout le débat est là.

Le monde de demain sera écologique ou ne sera pas . Nous pensons que le défi de l’Europe est dans l’écologie politique, une conviction sur le projet européen que nous partageons avec tous les utopistes comme l’étaient …les pères fondateurs de la Communauté européenne qui ont eu le mérite d’avoir été des précurseurs et dont l’oeuvre n’est pas à jeter aux orties si l’on a le souci de l’Europe.

Monsieur « casse-couilles démocratique » du Palais Bourbon: Gibert Coollard

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Le blog  Regards citoyens . com  a publié le 13 décembre 2013 un texte ( à voir car bien documenté) sur l’opacité des votes par voie électronique à l’Assemblée nationale ,. Une  opacité régulièrement dénoncée qui a donné lieu à quelques remous , polémiques ou incidents au sein de cette docte assemblée comme celui concernant  M Gilbert  Collard  suspecté , par une collègue parlementaire , d’un usage irrégulier des délégations  : un vote le sien à trois voix ( voir la vidéo sur cet incident .) Il a plaidé sa bonne foi . Dur métier que celui d’apprendre à appuyer sur un bouton.
Bref , l‘avocat Collard ( avocat à la Cour et à la Télévision ) devenu le député Collard de Marine Le Pen après  son élection en juin 2012 dans la deuxième circonscription du GARD , s’est encore fait remarquer au Palais Bourbon comme il l’avait promis : Comme casse-couilles démocratique   » Je ne laisserai  rien passer  » avait-il lancé sur RTL.
Et vice et versa ..

Les députés FDG ne votent pas la confiance ils choisissent l'abstention

ayraultAprés le discours de politique générale ( vidéo ICI ) du premier ministre socialiste tenu le 3 juillet devant l’assemblée nationale, les représentants du Front de Gauche n’ont pas voulu donné un blanc seing au gouvernement de Jean Marc AYRAULT

La confiance ne se décrète pas, tout comme le  » changement «