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Tentative de suicide manquée : mère-fils ?a suivre

Le titre dans le Dauphiné libéré  » il poignarde sa mère pendant son sommeil » a attiré mon attention : on touche ici à un tabou .

Les faits ont été commis , dans la nuit du 23 au 24 octobre 2015, à Vallouise dans les Hautes Alpes où la mère et le fils, d’origine marseillaise , étaient venus passés le week -end  dans la résidence secondaire de la famille. Le père était resté à Marseille où le fils, 39 ans ,  et les parents habitent ensemble habituellement.

L’auteur de ce geste  meurtrier a lui même alerté les pompiers pour qu’ils viennent porter secours à sa mère entre la vie et la mort . Le pronostic vital de la victime, agée de 59 ans est engagé, elle  a été  hospitalisée en urgence au Centre hospitalier de  Briançon .

Les militaires de la Gendarmerie de la Brigade locale de l’Argentière -la-Bessée et de la brigade de recherches de Briançon, chargés de l’enquête, ont appréhendé le suspect dont les premières explications sont énigmatiques . Il aurait eu ce soir là le projet morbide de mettre fin à ses jours comme à ceux de sa mère à qui il a porté , pendant qu’elle était endormie, deux coups de couteau , l’un au cou et l’autre au  thorax . Après ce geste il aurait renoncé à se tuer. Il n’était apparemment pas sous l’influence de l’alcool ou de la  drogue, les analyses ultérieures  permettront de le confirmer ou non  . Il n’était pas suivi au plan psychiatrique ou psychologique et exerçait une activité professionnelle régulière.

Les premiers renseignements sur cette famille ne sont pas défavorables . Cependant , s’agissant d’un drame familial,  les enquêteurs seront vraisemblablement conduits à approfondir le système familial tel qu’il fonctionnait ou dysfonctionnait et la nature des relations entre ses membres. Une telle approche sera sans doute utile pour expliquer le geste de ce fils , frappé de l’indignité d’un des derniers tabous qui nous gouvernent .

Le meurtre  ou sa tentative , avec cette circonstance qu’il  a été commis sur un ascendant , est puni de la peine la plus haute dans notre droit ,  la réclusion criminelle à perpétuité.

 

 

 

Un peu de sociologie de l’économie ….

 

streeck du temps acheté

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Sociologue de l’économie, Wolfgang Streeck analyse la crise financière et fiscale de 2008 non pas comme un événement singulier, mais comme une séquence de l’évolution du capitalisme depuis 1945. Plus particulièrement de ce que l’auteur appelle le «capitalisme démocratique» – ce régime économique qui, jusqu’aux années 1970, achetait l’adhésion des populations occidentales grâce à la promesse d’un constant progrès de leur condition sociale et par les possibilités d’emprunt et de crédit. Il fallait gagner du temps sur la crise éventuellement à venir. Dès les années 1980, suite à la résistance à l’impôt des producteurs de richesses financières et à leur lutte pour les allègements fiscaux, un nouveau régime se met en place, marqué par l’inflation et les déficits budgétaires nationaux. Le financement de la dette publique passe à des institutions privées qui exigent en retour la consolidation par la dérégulation des marchés financiers, puis la compensation de leur faillite par les États. Plus que jamais, l’économie ne relève pas d’une gestion technicienne, mais d’une instabilité constante dans les rapports de force entre producteurs de biens et producteurs de profits : aujourd’hui les marchés entendent s’internationaliser sans plus rencontrer d’obstacles politiques du fait des Parlements nationaux ni de leur législation. La globalisation est un leurre qui masque la réalité : à l’État fiscal classique a succédé dans les années 1970 l’État débiteur, qui entendit, par les emprunts publics et les crédits privés, désamorcer les antagonismes sociaux et maintenir une forme de croissance. Aujourd’hui, nous vivons dans l’État de consolidation – celui qui fait payer aux citoyens le service de la dette par des réformes de structure visant à se délester de ses fonctions régaliennes et de certaines missions de service public au profit d’institutions hors de portée des représentations démocratiques nationales : l’euro et la Banque centrale européenne en sont deux exemples avérés.         

LU dans la revue Esprit: Les élections européennes et la crise des partis

30 mai 2014 source http://esprit.presse.fr/news/frontpage/news.php?code=324

 

Entretien avec Christophe Sente  collaborateur scientifique à l’Université libre de Bruxelles. Voir son dernier article dans Esprit, « Faut-il attendre une refondation de la social-démocratie ? » (août-septembre 2013) Il cite Peter Mair[1]. Voir On Parties, Party Systems and Democracy. Selected Writings of Peter Mair, Colchester, ECPR Press, 2014.et Vivien Schmidt[2] Vivien A. Schmidt et Mark Thatcher, Resilient Liberalism in Europe’s Political Economy, Cambridge, Ca

Propos recueillis par Alice Béja dont les questions , toutes interessantes, sont reproduites dans leur intégralité . Les réponses sont un peu décevantes et reproduites par voie d’extraits .

 AB- Les résultats des élections confirment la majorité détenue par le Parti populaire européen (droite) au Parlement. A rebours de l’atmosphère politique en France, où la première place du FN fait figure de « séisme », il semble donc que la politique européenne soit plutôt placée sous le signe de la continuité. L’arrivée de députés issus de divers mouvements eurosceptiques peut-elle modifier cette politique ?

CS. Il répond qu’ en Europe a prévalu une alliance ou une alternance de partis gouvernementaux européistes «  même si , ajoute -t-il on assiste dans plusieurs Etats à l’émergence de challengers « eurosceptiques ».( Front national, UKIP (le parti eurosceptique anglais) ou le parti du peuple danois respectivement  en France, en Grande-Bretagne et au Danemark.(…) Selon lui « Aujourd’hui, les députés européens « eurosceptiques » (…) resteront dans une position de relative faiblesse tant qu’ils ne disposeront pas d’alliés suffisants au sein des gouvernements nationaux (…) »

AB- Les partis eurosceptiques arrivent premiers en Grande-Bretagne (Ukip) et au Danemark (Parti du peuple danois), des pays dont la relation à l’Europe a toujours été compliquée et qui ne sont pas dans l’euro. En revanche, en Allemagne, en Italie ou en Espagne, pays historiquement pro-européens, les partis au pouvoir arrivent en tête, à des degrés divers (très largement pour le PD de Matteo Renzi, en net recul pour le Parti populaire de Mariano Rajoy). La France est-elle une exception ?

CS. Il répond avec prudence que  la relation à l’Europe est compliquée,que  la situation actuelle peut être interprétée différemment mais sans doute « à l’aune d’une fragmentation de systèmes multipartites nationaux là où le parti au pouvoir convainc difficilement du bien-fondé de choix nationaux qu’il justifie par les traités européens. »(…)

Comment expliquer que les habitants des pays d’Europe du centre et de l’est, pourtant parmi les plus pro-européens lorsqu’on les interroge, votent si peu aux élections européennes (la Pologne, souvent présentée comme l’élève modèle de l’Union, est également lanterne rouge en termes de participation) ? 

CS « C’est de façon beaucoup plus générale qu’on assiste en Europe à un déclin de la participation politique. Ce déclin s’exprime au travers de l’abstention électorale, (…) ainsi que d’un désengagement plus général par rapport aux formes organisées de la participation telles que les partis et les syndicats, mais également les coopératives et les mutuelles.(…)

‘ »Si la xénophobie est loin d’avoir disparu, elle ne paraît plus alimentée par une théorie raciale et raciste, mais plutôt soit par une remise en question du champ d’application géographique du principe de solidarité, soit par une référence paradoxale à un modèle européen de libertés individuelles. »

La nouveauté de cette élection européenne était sa personnalisation, le fait que chaque grande coalition européenne ait désigné une personne qu’elle présenterait à la présidence de la commission en cas de victoire (Alexis Tsipras pour la gauche radicale, Martin Schulz pour les socio-démocrates, Guy Verhofstadt pour les libéraux et Jean-Claude Junker pour le parti populaire européen). A voir les résultats, et malgré un taux de participation global en légère hausse par rapport à 2009, cette innovation ne semble pas avoir transformé l’élection. Etait-elle nécessaire ? Son échec est-il le signe de la difficulté à combler la distance entre les électorats nationaux et le fait européen ?
CS « Cette stratégie (…)a eu le grand mérite de rappeler que la commission est un lieu éminemment politique ( pas uniquement technocratique )  que le choix de son leader importe.(…)  les limites du succès de la stratégie de personnalisation menée dans le cadre de la campagne de 2014 peuvent indiquer que le niveau d’adhésion des citoyens à l’Europe ne dépend plus de sa séduction institutionnelle, mais de résultats socio-économiques favorables aux travailleurs et aux chômeurs. Cette lecture trouve une confirmation dans les Eurobaromètres régulièrement consacrés à la citoyenneté européenne qui placent l’emploi en tête des attentes formulées à l’égard de l’UE. »

AB-Le Parti socialiste européen est en recul en termes de nombre de sièges au Parlement. Ces élections – maintien de la droite, montée des mouvements populistes – sont-elles un nouveau révélateur de l’échec de la social-démocratie dans le contexte de la crise ?  D’une impossibilité à sortir d’un discours du « il n’y a pas d’alternative », qui risque de s’aggraver avec le maintien d’une majorité de droite ? Plus généralement, ces élections posent-elles la question de l’avenir du bipartisme, remis en cause dans plusieurs pays (Grande-Bretagne, Italie, France), ou n’est-ce qu’un effet d’optique du scrutin européen ?

CS (…) l’évidence de l’inefficacité technique des remèdes monétaristes à la crise ne porterait pas fondamentalement atteinte à la quasi-hégémonie des options économiques et sociales importées par le thatchérisme dans l’imaginaire collectif européen. Le fait que la plupart des partis eurosceptiques ne rompent pas complètement  avec de telles options confirme cette analyse.

Conclusion de l’interviewé . « .Dans un tel contexte, la démocratie européenne a moins besoin de réformes électorales qui consolideraient techniquement la position dominante, à présent érodée, de partis traditionnels, que d’un débat sur les politiques économiques et les objectifs sociaux de l’Europe. »

============================================ Commentaire
Cette conclusion  est décevante car les fondamentaux  de l’Union européenne devraient tendre à activer un état de droit qui favorise le débat contradictoire entre les peuples sur l’existence d’un interêt européen commun supérieur aux prétentions nationales contraires Il reste à la démocratie européenne à inventer les règles de ce débat sans diminuer  les peuples de l’exercice de leur  pouvoir souverain . Les règles éléctorales deviennent essentielles.Nous vivons aussi une » crise institutionnelle en Europe ». Un vent mauvais souffle sur l ‘esprit communautaire qui animait les peuples européens au sortir des déflagrations assassines de la deuxième guerre mondiale .

Alain Caillé : Utilitarisme, don et politique

alain cailléAlain Caillé, sociologue français né en 1944, dirige la Revue du M.A.U.S.S ( Mouvement antiutilitariste  dans les sciences sociales ) depuis sa création dans les années 1980 . Inspirateur du philosophe Jean-Claude Michéa, il est l’un des chefs de file importants de la critique de l’économie contemporaine.

Ses ouvrages récents :(1) Pour un manifeste du convivialisme, 2014 Le Bord de l’eau, 120 p., 14,80 €.(2) Don, intérêt et désintéressement : Bourdieu, Mauss, Platon et quelques autres, Le Bord de l’eau, 220 p., 16,50 €.

Interviewé par Bertrand Rothé , journaliste de Marianne, Alain CAILLÉ concéde avoir beaucoup progressé sur la question de l’utilitarisme. Sa théorie du don y a une place particulière Il défend une conception humaniste du don ,  » un don qui ne soit ni du coté du calcul généralisé , ni du coté du sacrifice  »  .  Dans la continuité de la pensée de Marcel Mauss ( 1872-1950) considéré comme le père de l’anthropologie française , comme un savant et un politique à la fois, proche collaborateur de Jean Jaures,   A Caillé  fait du don une affaire politique qu’il ramène à l’humain d’abord .

 

Alain SUPIOT du Collège de France

13 Mars 2013 Entretien avec Alain Supiot : La crise actuelle est d’abord une crise des institutions              

La cause de la critique, c'est la cause de la démocratie

Rouge au carré

Rouge au carré ou carré du rouge

« La  cause de la critique, c’est la cause de la démocratie », belle réflexion qui vient clore les propos de Luc Boltanski, sociologue, interrogé par le journal le Monde ( 12/07/2012) sur sa prochaine « leçon inaugurale » lors des XXVIes rencontres de Pétrarque qui se tiendrontles 16-20 juillet 2012 à Montpellier sur le thème «  Notre avenir est-il démocratique ? »

La cause de la critique, on pourrait dire aussi que c’est la cause de la philosophie, c’est d’ailleurs sur ce terrain là qu’elle a acquis ses lettres de noblesse : il suffit d’évoquer l’oeuvre de Kant , pour ne citer que lui, et sa  » critique  de la raison pure » ou « de la raison pratique ».

Mais revenons sur le terrain de la sociologie et de la politique .

La critique n’a pas bonne presse en général, c’est le résultat de l’effet « pensée dominante ». On passe son temps à faire le distinguo entre la bonne et mauvaise critique, entre la critique constructive et celle qui ne l’est pas. La critique, on en pleure ou on en rit, elle serait sentimentale, émotionnelle plus que  rationnelle. Elle ferait perdre du temps dans notre monde tyrannisé par l’urgence : quel militant n’a pas présent à l’esprit telle réunion où la critique est renvoyée dans les cordes du haut d’un «  il faut avancer, on ne va pas s’attarder là-dessus ». La critique qui pulvérise des bénis oui oui de toutes sortes,  si elle n’est pas confortable, est pourtant nécessaire, voire déterminante dans le champ politique : il faut donc s’y préparer plutôt que la nier.

Luc Boltanski développe l’idée que la critique est « réflexivité ». Ainsi on pourrait dire qu’elle met en œuvre un pouvoir d’interprétation, d’aménagement qui met en scène l’être humain face aux situations auxquelles il participe. Le sociologue est conduit à observer que « la critique s’ancre dans la singularité des personnes et des situations ». Somme toute, la critique serait  la marque de la diversité ,de « l’humain d’abord ».

Curieusement on retrouve la notion de réflexivité dans les écrits de ce grand argentier, philosophe qu’est George Soros (voir «  Le chaos financier mondial » ed presses de la cité ou « l’Alchimie de la Finance »). Il en fait le cadre conceptuel de son approche des marchés financiers à l’inverse des théories économiques qui « excluent de façon dogmatique toute considération de la faillibilité et de la réflexivité » Il critique la raison financière et la rationalité ultralibérale qui écartent à tort le principe d’incertitude lié à l’activité humaine. Pour tous ceux qui croient en l’efficience du marché financier et à la théorie des anticipations rationnelles, G Soros passe pour un hurluberlu. Les temps de crise que nous traversons prouvent qu’ils ont tort : là où la régulation politique fait défaut la critique a du mal à s’imposer. Mais les instances financières ne sont pas les seules à mettre en cause.

On peut affirmer, à la suite de Luc Boltanski, que « c’est le fait même d’être confronté à la critique qui donne vie aux institutions » et que «  ce qu’elles édictent (en règles c’est-à-dire en contenus du principe d’obéissance) n’est justifiable qu’à la condition de demeurer ouvert à l’interprétation et à la critique.(…) « Si l’on veut restaurer  la croyance dans la démocratie, il faut défendre la cause de la critique »

Aprés la fonction « cognitive » qui nous éveille ( la curiosité)  la critique doit assurer la fonction causative qui nous anime ( la contradiction) L’une ne va pas sans l’autre.

L’émancipation politique, entendue comme un égal accès à la critique, et la possibilité de l’exprimer comme de la manifester, apparaîtrait comme une exigence nécessaire de la société démocratique. Point de raison d’Etat, point de volonté de dissimulation ou mensonge des autorités. La critique trouve son creuset dans la transparence.

Poser l’émancipation politique par la voie ( ou la voix) de la critique, revient à tracer le chemin de l’engagement politique, celui  qui redonne à l’action politique la force de se soustraire aux conservatismes de tous ordres et ouvre vers d’autres possibles. L’enjeu est évidemment à l’ordre du jour en période de crise du capitalisme.

Or l’engagement politique est paradoxalement réducteur de l’esprit critique et les partis politiques qui sont censés organiser la critique ne sont pas conçus comme lieux de dispute, on a pris l’habitude d’exporter  la discussion qui se fragmente à l’extérieur.  Ces  facteurs, on l’aura compris, favorisent à la fois professionnalisation de la politique,  primat des logiques électoralistes et désaffection du citoyen qui rechigne à s’encarter.

Toute organisation partisane devrait cependant prendre soin de veiller à son émancipation interne : la liberté de critique. Cette tâche est ardue, cependant on ne peut s’y dérober si on a la prétention d’appliquer le principe à la société toute entière.

La tolérance au précariat et à l'enrichissement sans limites Denis Clerc et Thierry Puech , économistes

Denis CLERC est fondateur et éditorialiste à Alternatives Economiques ( biblio amazone)

Il a écrit en 2008 avec une réedition en 2011 « La france des travailleurs pauvres » Retour sur la pauvreté en dessous du seuil de 880 euros par mois . 2 millions de travailleurs se situent en dessous de ce seuil : ce sont les travailleurs pauvres dont les salaires sont insuffisants pour vivre .

la rance des travailleurs pauvres

Thierry PUECH directeur de la rédaction du mensuel Alternatives Economiques vient de publier Le Temps des riches. Anatomie d’une sécession. Éditeur : Seuil Collection : Essais 06/10/11 N° ISBN : 2021041093

La France est le théâtre d’un puissant mouvement de sécession des riches. Installés comme en apesanteur au-dessus de la société qui les a fait rois, ils semblent avoir oublié jusqu’au souvenir de ce qu’ils lui doivent. Ils suscitent pour cette raison une indignation croissante et légitime. Mais la sécession des riches est aussi l’œuvre d’une époque marquée par le culte de la réussite individuelle, la fascination pour l’argent et le refus de l’impôt.Cette contradiction est la signature d’une démocratie déchirée entre la religion de la compétition et les impératifs de la solidarité.


le temps des riches

Commentaire de Nonfiction et de son journaliste

 » Le rapport que nous entretenons avec les plus riches de la société est toujours empreint d’ambivalence. D’un côté, ils fascinent. Il suffit pour cela de constater le succès jamais démenti des journaux dont les histoires de familles des plus puissants, leurs problèmes de succession ou leurs intrigues amoureuses sont le fonds de commerce. De l’autre, ils dérangent, ils exaspèrent  surtout lorsqu’on met en regard leur mode de vie opulent avec celui des couches les plus défavorisées. Surtout aussi lorsque ce mode de vie est une source manifeste de gaspillage dans un contexte de ressources limitées.

Une maladie de la République

Mais Thierry Pech, dans son livre Le temps des riches, va bien au-delà de ces constats classiques. Car comme le soulignait John Kenneth Galbraith, en citant Plutarque, dans un article récemment réédité en français  : « le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques ». Et le grand économiste keynésien d’ajouter : « le problème résultant de cette coexistence, et particulièrement celui de la justification de la bonne fortune de quelques uns face à la mauvaise fortune des autres, sont une préoccupation intellectuelle de tous les temps. Il continue à l’être aujourd’hui ».

Le processus de « sécession des riches »

Ce qui intéresse Thierry Pech, c’est de montrer qu’après une baisse constante et régulière de la proportion des riches dans la population pendant les Trente glorieuses, le phénomène s’est inversé depuis le début des années quatre-vingt, en prenant une ampleur et un visage inédits. Au point que la démesure de ce phénomène conduirait aujourd’hui à ce que l’auteur appelle un véritable « processus de sécession des riches ». Thierry Pech s’attache en effet à expliquer l’étendue du phénomène, à en comprendre les mécanismes et surtout à en montrer l’absurdité tant du point de vue économique que du point de vue politique puisqu’il met à mal les promesses de notre pacte républicain. Il le fait avec méthode et pédagogie en posant quelques questions-clés qui structurent son ouvrage. « Comment les riches sont devenus un problème ? » se demande-t-il d’abord.  Certes, c’est la partie la plus classique du livre. Mais l’auteur met en lumière les lacunes des services statistiques qui se sont contentés pendant longtemps d’une mesure assez grossière des inégalités, notamment par la mesure de l’écart interdécile. Il aura fallu attendre 2010 pour que soient publiées les premières statistiques fines sur le haut de la distribution des revenus des ménages. Ainsi en sait-on plus aujourd’hui sur ce que représentent les ressources financières des 1% (puis des 0,1% et même les 0,01%) des mieux lotis et combien de personnes cela concerne. Pour faire partie de ce club très fermé, il faut disposer d’un revenu mensuel de plus de 10 000 euros par personne. En France, ils sont quand même 580 000 à évoluer dans ces altitudes stratosphériques.

Une maladie de la République

Mais Thierry Pech, dans son livre Le temps des riches, va bien au-delà de ces constats classiques. Car comme le soulignait John Kenneth Galbraith, en citant Plutarque, dans un article récemment réédité en français  : « le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques ». Et le grand économiste keynésien d’ajouter : « le problème résultant de cette coexistence, et particulièrement celui de la justification de la bonne fortune de quelques uns face à la mauvaise fortune des autres, sont une préoccupation intellectuelle de tous les temps. Il continue à l’être aujourd’hui ». 



La sécession des riches, le choix collectif de notre société

« Pourquoi les riches ne sont pas des êtres hors du monde ?
 » interroge alors l’auteur dans la deuxième partie du livre. Ici, la démarche se fait plus analytique. Comment expliquer en effet les revenus mirobolants de certains grands patrons, de quelques artistes et sportifs souvent très médiatiques ou encore des traders qui jonglent avec des milliards par de simples « clic » ? Inutile de s’attarder sur leur talent individuel ou leur productivité marginale nous dit Thierry Pech. En dehors de ceux pour lesquels la fortune est d’abord le fruit de l’héritage, leurs capacités, si inhabituelles soient-elles, ne peuvent expliquer leurs rémunérations « hors sol ». L’essentiel de l’explication réside ailleurs. L’envolée des très riches (tant leur rémunération que leur nombre) est avant tout la conséquence des mécanismes inégalitaires et la résultante « de rapports de force déployés à grande échelle ». Bref, ce phénomène, qui ne bénéficie qu’à une petite minorité, est d’abord le choix collectif d’une société devenue de plus en plus « permissive » à cet égard. 

Alors, comment la société a-t-elle organisé la sécession des plus riches ? C’est la troisième question à laquelle l’auteur tente de répondre dans la dernière partie du livre, la plus percutante et la plus démonstrative. Thierry Pech ne ménage pas son talent pour montrer comment les différents ingrédients ont permis à la mayonnaise de monter. « Il aura fallu, pour en arriver là, le concours actif d’un capitalisme globalisé et largement financiarisé, de politiques fiscales toujours plus accommodantes, de justification économiques contestables et enfin, d’une religion personnelle portée haut sur la paroi d’un individualisme « désamarré » « .

La théorie du « ruissellement »

Pour lui, c’est pour une grande part la théorie du « trickle down » qui a servi de justification première à la politique du « relâchement du frein fiscal ». Un certain nombre de théoriciens libéraux en effet sont convaincus que plus une société compte de gens riches, plus la fortune de ces derniers « ruissellera » le long de la pyramide sociale et par là même « fertilisera » les couches inférieures par le biais de la consommation, l’investissement, etc… Bref, plus les riches sont nombreux, plus la société sera tirée vers le haut grâce à une sorte de redistribution qui emprunterait les canaux de décisions privées plutôt que celles de l’Etat et ses prélèvements obligatoires jugés inefficace. Il est donc nécessaire de mettre en œuvre des politiques qui favorisent l’enrichissement personnel et l’augmentation de la population des riches. Il est vrai que, depuis le milieu des années quatre-vingt, les allègements fiscaux sous diverses formes ont été appliqués avec une certaine continuité malgré les alternances politiques. Au point que Thomas Piketty, économiste spécialiste des hauts revenus et de la répartition des richesses, indiquait récemment dans une interview au journal Le Monde que la France était quasiment devenue un paradis fiscal, un pays en tous cas « où la sécession fiscale est la plus complète, avec un impôt sur le revenu en voie de disparition et qui n’a plus de « progressif » que le nom » .

Evolution de la conception de la justice sociale

Parmi les influences théoriques qui ont permis cette « sécession des riches » sans doute faut-il aussi ajouter celles qui ont fait évoluer notre conception de la justice. Dans ce domaine, la théorie de la justice du philosophe américain John Rawls (qui date du début des années soixante-dix) a aussi joué un rôle non négligeable, à laquelle pourtant Thierry Pech ne fait que des allusions lointaines. En France, cette théorie a été popularisée par Alain Minc dans son livre à succès La machine égalitaire paru en 1987 (Grasset). Une des pierres angulaires de cette théorie est ce que Rawls nomme « le principe de différence ». Selon ce principe, les inégalités sont légitimes dès lors qu’elles contribuent à maximiser le sort du plus mal loti. Les inégalités sont justifiables pour autant qu’elles ont un effet incitatif : accroître le bien-être des plus malheureux. Par un incroyable retournement idéologique qui s’apparente, comme le souligne Denis Clerc dans La France des travailleurs pauvres , à un véritable hold-up, l’équité (prônée par Rawls) en est donc arrivée à justifier les avantages accordés aux plus riches.


Or, malgré les nombreux cadeaux fiscaux, les faits montrent que depuis près de trente ans le sort des couches défavorisées ne s’est guère amélioré. Que l’on songe par exemple à l’irruption de ce qu’on appelait à la fin des années quatre-vingt « la nouvelle pauvreté » ou plus récemment à la montée du phénomène des travailleurs pauvres. La crise déclenchée par la faillite de la banque Lehman Brothers fin 2008 n’a, quant à elle, pas encore fini de produire ses effets. Les conséquences sociales de cette crise sont sans doute encore largement devant nous.

Ressentiments et bonne conscience

Cette situation est certainement à l’origine, comme le souligne Thierry Pech, de la colère et du ressentiment qui s’expriment de plus en plus aujourd’hui dans la société. Les rapports entre inégaux ne sont en effet jamais exempts « de passions ou de sentiments moraux » pour reprendre l’expression du père de l’économie politique, Adam Smith.

L’expression grandissante de ce ressentiment n’est d’ailleurs pas sans rapport avec la récente revendication de certains « très hauts revenus » (ou plutôt « ultra-riches »), à la suite de Warren Buffet, demandant à payer plus d’impôts (*) (  Il est symptomatique aussi de constater que cette surprenante revendication ait été l’initiative de celui qui reconnaissait ne pas devoir son énorme fortune à ses seuls talents. Warren Buffet déclarait en substance il n’y a pas si longtemps que, placé sur une île déserte, il ne s’en sortirait sans doute pas beaucoup mieux qu’un autre.

Faut-il y voir un début de prise de conscience ? Même si, comme le souligne Thomas Piketty, leur démarche consiste surtout à se donner « bonne conscience à peu de frais », de telles déclarations amorcent pourtant un tournant auquel même la droite n’a pu rester insensible. Il est cependant frappant de constater la difficulté que pose le rétropédalage auquel se livre actuellement le gouvernement(**), en détricotant ce qu’il a tricoté au début du quinquennat : l’abandon du bouclier fiscal. Et qui se fait par d’importantes concessions aux plus riches sur l’ISF… !

(*)note de monpostdemocrate:  Warren Buffet une des plus grandes fortunes américaines,  est aussi celui qui a dit « si la lutte des classes existe , c’est nous les riches qui l’avons gagné »)

(**) note de monpostdemocrate d’actualisation : il s’agit du  gouvernement Sarkozy démissionné par le peuple le 6 mai 2012

Réintroduire « le poids du monde »

Pour finir, Thierry Pech ne formule pas de propositions concrètes qui pourraient nous permettre de sortir de l’impasse dans laquelle trente ans de politique fiscale inspirée par des théories douteuses nous ont enfermés. Il suggère néanmoins quelques principes en insistant sur le fait que la sécession actuelle des très hauts revenus repose, entre autres, sur « la promotion de critères de répartition de la richesse qui marginalise la dette sociale ». C’est-à-dire sur ce que chaque individu devrait reconnaître devoir à la société dans son ensemble dès sa venue au monde. Et il ajoute : « il est urgent (…) de proposer une autre pondération des critères et de réintroduire dans la réflexion comme dans les pratiques ce que l’on pourrait appeler le poids du monde ». 

Rappelons enfin que Thierry Pech était, à la veille de la précédente élection présidentielle en 2007, à l’origine d’une campagne revendiquant une nécessaire hausse des impôts pour les plus favorisés d’entre nous. Cette campagne avait eu un succès certain dans l’opinion en recueillant des dizaines de milliers de signatures. Cinq ans ont passé, une nouvelle élection présidentielle approche et Thierry Pech est resté constant et cohérent avec sa ligne de conduite. Ce qui explique sans doute pourquoi son livre est percutant, bien écrit et d’une grande maturité dans la construction de sa réflexion : la sécession des riches est d’abord une régression de la démocratie.

L' anthropologue Emmanuel TERRAY nous parleje voterai pour Mélenchon …vraisemblablement

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Emmanuel Terray né en 1935 est un anthropologue français de formation philosophique.Agrégé de philisophie, il s’oriente vers l’anthropologie politique, discipline dont il devient un grand nom sous l’influence de  maîtres à penser comme Louis Althusser, Georges Balandier, Claude Lévi-Strauss

terray emmanuelIl vient de publier un livre  » Penser à droite » (ed Galilée) résultat de l’étude des grands penseurs de droite depuis la révolution.A l’issue de ses travaux il estime que la vision du monde « de droite » est aujourd’hui hégémonique . Au cours d’un entretien accordé en mars 2012 aux journalistes de Rue 89 il va nous préciser ce que sont les valeurs de droite et ce qu’est être de droite , notamment dans le paysage politique actuel en passant en revue les différents candidats et les formations politiques qui les soutiennent . Homme de gauche , pour lui c’est le Front de Gauche qui incarne le mieux les valeurs de gauche et il confie qu’il votera vraisemblablement pour Jean Luc Mélenchon .
Ecoutons le répondre aux questions de Rue 89 à l’occasion de cet interview dont voici quelques extraits
>E Terray se présente « Comme anthropologue, je me suis toujours efforcé de comprendre une société autre, une culture autre. Ce livre est le fruit d’un effort déployé pour comprendre la tribu de la droite. »
>Il continue en donnant quelques clés  de compréhension  » la droite défend l’ordre établi (…) mais l’ordre établi  change sous la pression des mouvements du monde »
>Quelles que soient les tensions il remarque que les fondamentaux restent les mêmes  » l’ordre,le hierarchie, l’autorité , la priorité donnée au plus proche sur le plus lointain. » L’idée d’égalité est rejetée par toutes les fractions de la droite  ( des tenants du libéralisme économique à la droite classique conservatrice) – l’inégalité est même considérée comme un bienfait, un moteur de la compétition, donc de la croissance, de l’innovation »
>Il situe Sarkozy « du coté du libéralisme ( valeurs: mobilité, nomadisme, gout du risque et la compétition de l’autre) , Juppé et Bayrou du coté de la « droite classique et conservatrice ( valeurs : stabilité , enracinement, sécurité et consensus)
>S’agissant de Hollande , les choses sont plus compliquées  » c’est un homme de gauche qui subit trés fort l’hégémonie de droite  »  » il ne propose rien qui relève de l’utopie «  or Emmanuel Terray pense que « sans utopie il n’y a pas vraiment de pensée de gauche »
>Sur Mélenchon, il précise « Si les valeurs de la gauche, c’est le refus de l’ordre établi, la recherche de l’égalité, l’idée qu’il n’y a pas d’ordre sans justice, et que toute injustice est un désordre, indiscutablement, Mélenchon et le Front de Gauche sont les porteurs des valeurs de la gauche classique »
MISE A JOUR
un autre interview ICI avec Alain Gerard Slama le 5 mai 2012 sur Marianne 2

Que choisir ? Environnement ou écologie.

Billet publié le 9 avril modifié le 12 avril en italique .

Fort d’un sondage IFOP selon lequel seulement 27 % des français considèrent que la protection de l’environnement est « tout à fait prioritaire », le journal LM (8 et 9 avril 2012) a demandé aux prétendants à l’Elysée leur position sur des sujets précis et nous livre le résultat de son enquête dans le tableau çi après

ecologiecandidatssondage1682222_5_ccb6_reponses-des-candidats-a-la-presidentielle-au_ddf4109cfec6348e17c20f6bd1e44d02

L’ENQUETE

Quelle est la position du Front de Gauche face aux partis dominants ?

Sur le nucléaire

Pour Sarkozy et Hollande pas question d’abandonner la filière nucléaire 75 % de la production électrique est d’origine nucléaire tout juste Hollande envisage-t-il de réduire ce chiffre à 50 % à l’horizon 2050. Mélenchon est favorable à la sortie du nucléaire et préconise de faire trancher la question par un référendum à partir d’une politique alternative énergétique programmée.

Sur les énergies fossiles

Sarkozy fait semblant d’oublier qu’en 2011 la France a continué à aider ces énergies fossiles  par des niches fiscales  à hauteur de 5,8 milliards d’euros en 2011 (chiffres officiels confirmés par son ministère de l’économie et l’OCDE) alors que l’Agence internationale de l’Energie plaide pour l’abandon des énergies créatrices de CO2. Mélenchon et Hollande sont prêts à s’aligner sur cette  recommandation internationale et à favoriser les énergies renouvelables.

Sur le gaz de schiste

Sous le gouvernement de Sarkozy  la loi du 13 juillet 2011 interdit l’usage de la fracturation hydraulique et autoriseraient l’usage de techniques respectueuses de l’environnement. Pas question pour Mélenchon de maintenir les autorisations d’exploiter déjà accordées, tandis que Hollande s’en tient à la loi.

Sur le réchauffement climatique.

Tous les candidats sont favorables à une taxe carbone à acquitter par les compagnies aériennes dont les avions décollent ou se posent dans l’Union européenne comme semble l’avoir décrété la commission européenne.

Sur le péage urbain ( villes de + de 300 000 habitants ) Sarkozy et Hollande sont pour le principe Mélenchon contre.

Sur la biodiversité et la trame verte opposable à tout projet d’infrastructure, Sarkozy et Hollande y sont favorables , Mélenchon aussi

Sur le projet de l’aeroport de Notre DAME des Landes ( grand ouest Nantes : maire JM Ayraut) Sarkozy et Hollande d’accord Mélenchon contre

Sur les OGM : l’interdiction de la culture des OGM en France a fait consensus, sous réserve disent les deux majoritaires de laisser une place à l’expérimentation. Danger : le lobbying ( Monsanto) n’est donc pas à exclure.

Sur les pesticides : Le fait de rendre obligatoire l’objectif de réduire de 50%  l’usage des pesticides d’ici 2018, à cause de leur action nocive sur la santé largement démontré scientifiquement , fait également consensus

Sur la pollution de l’eau dans les estuaires et les marées d’algues vertes: Mélenchon est pour une réduction drastique et autoritaire de la taille des élevages (aux épandages nocifs) à condition de prendre des mesures sociales appropriées, tandis que Sarkozy et Hollande font des circonvolutions pour ne pas se mettre le monde agricole à dos. Point d’orgue sur la pollution de l’eau, la France ne fait pas d’efforts suffisants pour appliquer la règlementation européenne, raison pour laquelle elle se voit traduite devant la CJUE par la Commission.

Parmi les sujets qui fâchent, reste  la question du pic pétrolier et de l’industrie automobile (avec le moteur à explosion du siècle dernier comme technologie à dépasser) un sujet qui n’a pas été abordé par le journal Le Monde et pour cause: l’automobile est le signe social par excellence de notre société de consommation. Je rappelle que l’ambition du Front de gauche est de sortir des énergies carbonées.

LES INTERROGATIONS

Au delà des réponses des candidats, il convient de s’interroger sur ce qu’il faut entendre par les mots environnement et écologie. Je remarque que les journalistes du Monde tout en laissant entendre que dans la campagne présidentielle « l’environnement semble oublié » évoquent en  même temps le  « défi écologique » sur lequel il conviendrait donc  d’interpeller les candidats.

Que signifie ce va-et-vient langagier aussi bien chez les commentateurs que chez les hommes politiques, entre la notion d’environnement et celle d’écologie. Peut-on indistinctement utiliser l’une et l’autre de ces notions en faisant comme si elles désignaient la même réalité ? Je ne le crois pas.

J’entends par écologie, l’écologie politique, référence faite à une façon de remettre en question notre mode de développement économique fondé sur la croissance continue et l’accaparement des richesses et les inégalités croissantes. Il s’agit alors de percevoir un tournant historique auquel invite la pensée écologiste : autrement dit, selon les tenants de l’écologie politique, notre humanité, dans ce qui est la colonne dorsale de notre vie collective, l’économie, est confrontée à un nécessaire changement de cap,  radical et déterminant. Le résultat : un savant mélange de démocratie et d’économie politique qui mène à un changement de mentalités, de comportements librement consenti à l’échelle locale et planétaire.

J’entends par environnement, le droit environnemental et sa place dans l’organisation de nos sociétés à l’intérieur desquelles se construit ce droit indépendamment d’une remise en cause du système capitaliste. Ce droit a pour finalité de corriger les excès d’un productivisme capitaliste qui dégrade la planète, la biodiversité et l’éco-systéme de l’homme sans lequel il n’y a même plus de vie possible. Ce sont toutes les dégradations environnementales qui sont visées et dont il convient de se préoccuper  (le réchauffement climatique, les pollutions en tous genres, de l’eau, de la terre et de l’air, la déforestation, l’urbanisation etc..) Ce sont ces  dégradations, outre les catastrophes naturelles devenues de plus en plus fréquentes,  dont il convient de protéger l’homme, où qu’il soit, où qu’il habite, où qu’il vive. Ce sont ces dégradations dont il convient de se prémunir dans l’ici et le maintenant commandé par l’urgence et par le combat nécessaire pour un  droit de l’environnement effectif en tant que droit humain fondamental.

Il n’est donc pas étonnant que la notion d’environnement rejoigne celle  d’écologie politique, bien que chacune d’entre elles ne soit pas réductible à l’autre , la première influant sur la seconde et vice versa .

Force est de constater que les acteurs économiques dans l’activité qui est la leur supportent mal les contraintes environnementales qui passent le plus souvent  pour des règles tatillonnes, soit qu’elles gênent le travail des uns ( les agriculteurs) soit qu’elles réduisent la compétitivité des autres ( les industriels), des règles indésirables pour ceux qui , forcés par la concurrence et la compétition continuent de piloter leurs entreprises le nez dans le guidon. L’objectif de maximalisation des profits dans le système du capitalisme « avancé » qui est le nôtre, a cette caractéristique d’être un objectif à-tout-prix, surtout au prix  d’une croissance productiviste qui dégrade de plus en plus notre Planète.

JL Mélenchon en avançant l’idée de faire de  la « dette écologique  » une  nouvelle règle de gouvernance, tant dans la cité que dans l’entreprise, propose de dépasser cette tension entre deux directions apparemment séparées, l’une révolutionnaire, l’autre réformiste.  Que choisir ? Au Front de Gauche nous ne voulons pas Il ne s’agit  pas de choisir   la protection de l’environnement indépendamment d’une vision écologique de la société. Une société écologique serait une société qui réintroduirait de la durabilité dans toute chose, un contre modèle à l’instantanéité du privatif, peu soucieux du futur et du bien commun qui s’y attache, le bien commun de tous, la Terre. Une société de responsabilité et de conscience collective.

Le capitalisme « vert » tel qu’il est proposé par les tenants du libéralisme économique fait le choix de dissocier l’environnement de l’écologie politique car l’écologie politique remet en question un des fondamentaux du libéralisme qui est : pas de pilotage politique et les hommes seront bien gardés par la loi du marché. Les mêmes , lorsque la crise est là, détournent le regard, souffrant de voir leurs propres contradictions et à ce stade , choisir l’environnement sans l’écologie politique relève du même aveuglement.

Voilà pourquoi  Mélenchon préconise d’ inscrire dans notre loi fondamentale  le principe de la  « dette écologique » . Cela consiste  à prévenir les atteintes à l’environnement en un temps où l’on voit déjà se profiler des seuils d’irréversibilité irréparables pour l’être humain et son milieu naturel. Mieux vaut prévenir que guérir. (un principe de médecine traditionnelle chinoise qui donne un autre motif de se tourner vers la Chine pour voir ce qu’il est devenu .)

Conclusion : Révolution citoyenne + planification écologique = révolution écologique