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Retour sur la dette publique à l’occasion d’une motion de renvoi en commission du PLFR 2017,présentée par JL Mélenchon au nom du groupe La France Insoumise

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pour le compte rendu intégral des débats qui se sont tenus le 13 novembre 2017 à l’Assemblée nationale

Motion de renvoi en commission

Mme la présidente. J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de renvoi en commission déposée en application de l’article 91, alinéa 6, du règlement.

La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Madame la présidente, monsieur le ministre, chers collègues, je demande, au nom du groupe La France insoumise, le renvoi en commission de ce projet de loi. En effet, j’estime que les deux cadres qui organisent la pensée de ce budget sont erronés.

Beaucoup croient que le budget est une création particulière, résultant de l’imagination du gouvernement en place. Non, monsieur le ministre, vous suivez sans originalité, permettez-moi de vous le dire, la feuille de route que délivre la Commission européenne tous les ans, à l’issue du fameux semestre européen. C’est du reste, dans un passé récent, ce que tous les gouvernements français, quels qu’ils soient, ont fait – plus ou moins bien.

Ainsi, la réforme du cadre administratif du pays, qui ne répondait à aucune espèce de nécessité, n’a été faite par M. Hollande que parce que l’Europe l’avait demandé. Comme sa première copie n’était pas au point, il a lui-même réformé sa propre réforme qui n’était pas entrée en vigueur : c’est l’organisation des régions. Depuis, la Commission n’a cessé de réclamer une réforme du code du travail. À chaque semestre européen, elle nous demande de fluidifier, de flexibiliser, et que sais-je encore, les relations de travail. C’est ce par quoi vous avez commencé.

Je ne donne que ces deux exemples car il me faut en venir à la critique de fond que je veux adresser à cette pensée inspirée par la Commission et ses préjugés idéologiques. Commençons par l’absurdité de la règle des 3 %. À supposer que ce soit le bon chiffre, elle s’applique, quelle que soit la situation, quel que soit le contexte. Il est donc devenu impossible de prendre des mesures contracycliques, alors que la France, du fait de son organisation, s’est caractérisée pendant des décennies par son économie contracyclique !

Évidemment, on peut toujours se piquer de sérieux avec ces 3 %. Mais c’est une blague ! Lorsque la limite du déficit a été fixée, les Allemands proposaient 5 %. Ce sont les Français qui ont proposé 3 %. C’est un inspecteur des finances, Guy Abeille, qui est l’auteur des 3 %, un homme dans son bureau qui a trouvé que 5 %, c’était beaucoup trop, 1 %, c’était ridicule, et que 3 %, au milieu, ça faisait sérieux…

Ça fait sérieux, mais ça ne l’est pas ! Il suffit de regarder le bilan du pays auquel ce remède de cheval a été appliqué contre tout bon sens : la Grèce. Quand la crise a commencé, en 2010, la dette représentait 146 % du PIB. Six ans plus tard, après que le PIB s’est écroulé du quart, comme les salaires, et que les pensions de retraite ont chuté de 20 %, après que le taux de chômage a grimpé jusqu’à 22,5 % et que 400 000 personnes ont émigré parce qu’elles ne pouvaient plus vivre dans leur pays, la dette de la Grèce représente… 186 % du PIB ! Rien n’a été réglé. Qu’attendez-vous donc de remèdes de cheval qui ne guérissent rien et ont plutôt tendance à faire mourir la bête ?

Si l’on veut regarder de plus près encore, on s’étonnera d’apprendre que la Grèce dégage chaque année 3,9 % d’excédent primaire. En France, nous en sommes loin ! Mais cela signifie qu’il faudra encore cinquante ans aux Grecs pour écluser leur dette, en son état actuel. Cinquante ans ! Ce que la Commission est en train de faire, c’est de dire aux jeunes Grecs que l’unique objectif politique de leur pays, pendant les cinquante prochaines années, sera de rembourser la dette !

Et tout cela sur la base de calculs dont je mets en cause la nature, et l’existence même. Enfin, pourquoi devrait-on comparer le niveau d’une dette à la production de richesses d’une année, monsieur le ministre ? Qu’est-ce que cela signifie ? Quel rapport objectif cela décrit-il ? Qui d’entre nous voit son endettement évalué par rapport à son revenu annuel ?

M. Charles de Courson. Moi !

M. Jean-Luc Mélenchon. Allons, monsieur, pas pour les dettes privées !

M. Charles de Courson. Voyez mon banquier, il vous expliquera !

M. Jean-Luc Mélenchon. Reprenez-vous, je vous prie, et ne m’interrompez pas. Ou attendez que je vous en donne la permission ! (Sourires.)

Si vous rapportez la dette de la France à la durée moyenne d’un titre de dette conclu par l’État – 7 ans et 31 jours – l’endettement total de la France est, par rapport au PIB des années considérées, de 12 % : rien qui justifie les sacrifices et les destructions auxquels nous sommes appelés ! Bref, le cadre intellectuel et conceptuel de l’économie tel que le pense la Commission est une absurdité, qui ne permettra pas de faire face aux événements qui s’annoncent.

Deuxième cadre de votre budget, la théorie du ruissellement : on empile de l’argent en haut, et les grosses miettes finissent par dégringoler sur ceux qui sont en dessous. C’est une idée que vous avez récusée, monsieur le ministre, je m’en souviens très bien. Vous avez pourtant expliqué que les 10 milliards que vous allez donner entraîneront des investissements, qui produiront eux-mêmes des emplois, lesquels rapporteront des taxes et des impôts – créant ainsi le monde meilleur auquel vous aspirez, mais que vous ne verrez pas advenir avec de telles méthodes.

Cette théorie butte sur un point : il n’est prouvé nulle part que l’argent supplémentaire que l’on donne au capital va au travail et à l’investissement. Il n’existe aucune preuve de cette affirmation. Cela a l’air de vous amuser, monsieur le ministre. Je suis sûr que vous avez une bonne raison, mais pour ma part, je prends cela très au sérieux. Après tout, vous pourriez avoir raison… Mais le fait est que personne ne critique ce point de la doctrine économique.

Vous m’avez répondu précédemment que le bon sens veut que l’argent aille à la production. Mais nulle part on ne voit trace de ce bon sens ! Alors que les mesures contenues dans le projet de loi de finances pour 2018 sont quasiment acquises, le journal L’Opinion a rapporté la semaine dernière que les investisseurs avaient décidé de ralentir leurs investissements en France pour l’année 2017 et qu’ils ne prévoyaient rien pour l’année 2018. Ils estiment en effet que les outils de production sont déjà utilisés au maximum de leur capacité.

Cela signifie qu’ils n’attendent absolument rien de la décision qui vient d’être prise de leur rendre 10 milliards d’euros. Cette théorie part de l’idée que le marché, au fond, place naturellement les ressources au bon endroit, au bon moment. Ça, c’est l’ancien capitalisme, le capitalisme rhénan, celui que l’on a connu pendant les dernières décennies du siècle passé. Mais il n’existe plus. Le capitalisme de notre époque, c’est d’abord une accumulation disproportionnée dans la bulle financière, sans aucun rapport avec la production réelle.

Ce phénomène s’est développé d’une manière fulgurante à partir des années 1970, et précisément de la décision de M. Richard Nixon, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité du dollar en or. Les États-Unis d’Amérique ont alors commencé à imprimer des billets sans aucune limite, et leur monnaie à régler le commerce mondial. Entre cette époque et 2016, on est passé de 20 milliards à 5 000 milliards de dollars d’échanges financiers par jour, soit 115 fois, chaque jour, le montant annuel du commerce mondial. Si cela ne démontre pas l’existence d’une sphère financière absolument coupée de la réalité de l’économie productive, qu’est-ce qui le démontrera jamais !

La bulle boursière qui en a résulté, c’est-à-dire une accumulation de richesses sans cause, est elle aussi considérable. Nous sommes passés de 1 400 milliards en 1975, soit quelques années après la décision de Nixon, à 65 000 milliards en 2017. Entendez bien ce chiffre : il est supérieur au pic qu’a atteint la capitalisation boursière à la veille de la crise de 2008 ! Cette crise, causée par l’éclatement de la bulle financière, a été la plus grave depuis celle de 1929 selon les déclarations de nos responsables politiques, le président Sarkozy et le président des États-Unis de l’époque, mais aujourd’hui, nous sommes à un niveau supérieur ! Il suffit d’ouvrir un journal économique ou financier pour voir que nous sommes dans un état sur-critique. Et c’est le moment que nous avons choisi pour aller, avec nos petits seaux, grossir encore l’océan de cet argent fictif !

Alors que la valeur boursière a été multipliée par 45 en trente ans, la production réelle, elle, n’a été multipliée que par 3,5. Soyons clairs : un océan de papier flotte au-dessus de nos têtes. Une bulle gigantesque englobe l’économie réelle. C’est elle, et non la production réelle, qui donne le rythme. Le danger est donc extrême, et il ne faut pas l’accroître.

Or, je vous l’ai dit il y a un instant, les investisseurs ne se préparent pas à investir l’argent qu’on va leur donner. Du reste, au cours des dernières années, ils n’ont pas davantage investi, au contraire. Et cela se comprend ! Ce n’est pas un complot, c’est juste qu’il est plus facile d’accumuler dans la bulle financière que dans l’économie réelle. Autrefois – en l’an 2000, ce n’est pas si vieux que cela ! – les entreprises du CAC 40 distribuaient 33 % de leurs bénéfices aux actionnaires. Aujourd’hui, elles en distribuent 57 %. Cela signifie qu’elles comptent sur des gens pour placer leur argent de manière opportune.

On sait, depuis les Paradise papers et, avant cela, les Panama papers, ce que ces personnes font de leur argent. Si ceux qui devraient investir n’investissent pas, si les riches préfèrent les dividendes, si la bulle boursière nous menace, alors il faut que nous regardions s’il existe des théories ou des pratiques économiques qui aboutissent à un résultat inverse. Voilà ce qui nous intéresse.

Je vais chercher la preuve de ma démonstration à la Banque centrale européenne – BCE –, même si cela peut paraître curieux de prime abord. La BCE a commencé par annoncer qu’elle donnerait 400 milliards aux banques, à la condition que celles-ci donnent, en échange, des titres de prêts immobiliers. Résultat ? Rien. Ce sont 60 milliards à peine qui ont été consommés. Les banques ont préféré ne rien prendre que de lâcher ce qu’elles considéraient comme un placement plus sûr que de l’argent à placer dans l’économie réelle – car c’est la deuxième condition que posait la Banque centrale.

M. Jean-Claude Juncker a proposé 300 milliards de plan de relance. Que s’est-il passé ? Rien. Cette somme n’a pas été utilisée non plus. Il a fallu que le banquier central adhère, avec un peu d’humour, à la théorie la plus folle de M. Keynes, qui disait que tout était bon pour relancer la machine, y compris jeter des sacs de billets depuis des hélicoptères, parce que cela obligeait les gens à dépenser immédiatement l’argent, pour qu’on ne le leur reprenne pas. Ce que je suis en train de vous raconter n’est pas une invention : c’est ce qu’il a dit lors d’une conférence de presse, avec humour, pour répondre à un journaliste qui lui demandait quelle était la limite de ce qu’il était prêt à faire pour relancer l’économie. Il a répondu qu’il n’y en avait pas, et a fait cette hypothèse.

M. Charles de Courson. C’était une plaisanterie !

M. Jean-Luc Mélenchon. Un jour, on a donc compris que lorsqu’on posait des conditions, les banques ne plaçaient pas leur argent dans l’économie réelle. Qu’a-t-on fait ? On leur a dit qu’on leur donnait tout l’argent qu’elles voulaient, contre rien. On leur a donné 80 milliards par mois. Au bout de quatre ou cinq mois seulement, alors que l’économie était entrée en dépression dans la zone euro, ce qui est la catastrophe totale, l’argent a commencé à ruisseler et on a vu la production européenne remonter la pente, si bien qu’on considère aujourd’hui qu’il y a un « mieux ». Le mieux, c’est une croissance de 2 %. Il a fallu injecter gratuitement dans l’économie européenne plus de 2 000 milliards d’euros, ce qui correspond à une année de production totale de la France, pour qu’aussitôt on voie la machine se relancer ! C’est bien la preuve qu’il suffit d’injecter de l’argent dans l’économie réelle pour que la machine redémarre et que les impôts et les taxes remettent les budgets d’équerre.

Oui, cette question se pose avec une urgence absolue. On évoque sans cesse la dette publique, et tout le monde oublie la dette privée. Or celle-ci, en France, est supérieure à la dette publique. Les Français ne doivent pas seulement 2 200 milliards de dette publique ; ils doivent un peu plus de la même somme en dette privée, ce qui fait un total de 4 500 milliards. La seule manière de soigner la dette privée, surtout quand vous avez une bulle financière, c’est de relancer l’économie réelle, parce que c’est elle qui va permettre, au moins à ceux qui ont emprunté, de ne pas être défaillants – car c’est par là que les bulles éclatent. C’est la première remarque que je voulais faire, qui n’entre nulle part dans les hypothèses économiques qui ont servi à construire ce budget.

Évidemment, la question de la dette se pose à l’Europe entière, et je vous propose donc une mesure qui me semble indispensable. Si nous ne faisons rien, si nous continuons avec l’absurde règle d’or, qui ne tient aucun compte des effets des cycles économiques, si nous n’en finissons pas avec tout cela, que va-t-il se passer ? Les tensions entre les nations vont s’exacerber, parce que, partout, l’État et les services publics reculent, ce qui vide de son sens même l’existence de la nation, qui ne peut pas être autre chose qu’une communauté de solidarité. Il faut régler la question de la dette, parce que c’est en son nom que ces politiques de coupes claires sur les services publics sont menées. C’est à cause d’elle qu’ont lieu les manifestations absurdes de ces 60 000 voyous d’extrême droite en Pologne…

M. Éric Coquerel. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. …ou que se font jour des crises d’identité nationale comme celle qui se déroule actuellement en Espagne.

Il faut arrêter cette machine à perdre et à tuer, en organisant une conférence de la dette au niveau européen. Je demande qu’on me démente si ce que je dis ne tient pas ou si mon addition n’est pas juste : si la totalité des dettes publiques des États d’Europe était achetée directement par la Banque centrale européenne au lieu d’être rachetée sur le second marché, comme cela a été le cas jusqu’à une date récente – ce qui a conduit à cette situation ridicule où la Grèce a procuré 8 milliards à la Banque centrale européenne – dans le pire des cas nous aurions 5 à 6 % d’inflation. Eh bien, je vous le dis, je préfère 5 ou 6 % d’inflation et une Europe qui vit dans la paix et la prospérité, plutôt que la guerre qui s’avance. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.),,,0

Le ministére public roumain en tête de la lutte anti corruption avec la magistrate Laura Codruta Kovesi,procureur général

 

330px-Laura_Codruta_KövesiArte TV a réalisé une enquête en Roumanie où la corruption sévit et rend la situation explosive dans ce pays, membre de l’Union Européenne depuis 2007 et se penche sur le rôle de la justice.

Face à la déliquescence du pouvoir politique ( celui du parti social democrate) au plus haut du sommet de l’Etat, le reportage salut en particulier l’action de Laura Codruta Kovesi,42 ans procureur général à la tête de la Direction Nationale anti corruption.

Le reportage  permet de souligner le caractère courageux , volontaire et déterminée de cette magistrate qui incarne pour beaucoup de roumains l’espoir d’un changement .

CLIQUEZ ICI pour en savoir plus  https://www.arte.tv/fr/videos/071436-007-A/arte-regards/

23 octobre 2017 AN : Harangue dans l’hémicycle du député JL Mélenchon sur l’insoutenabilité de l’Europe

« Entre les traités budgétaires et les peuples , nous avons choisi , ce sont les peuples »

Après le sommet du Plan B de l’Europe Insoumise qui s’est déroulé à Lisbonne les 21 et 22 octobre 2017 , JL Mélenchon remet le couvert à l’Assemblee nationale   sur le prélèvement européen lors des débats concernant le PLF 2018  . Il ne se prive pas de critiquer l’Union Européenne et dire en quoi elle est insoutenable dans sa politique budgetaire  Il dénonce  d’une part la politique d’austérité anti sociale qu’elle fait subir aux peuples qui la composent et d’autre part les privilèges financiers qu’elle octroie voire qu’elle conforte en faveur d’une élite ou d’une caste politico-économique , celle du monde de la finance qui dirige le monde à sa manière sans le contrôle d’une souveraineté populaire.

Au cours d’une session parlementaire ( auj celle qui a commencé le 3 octobre 2017) le portail vidéo de l’Assemblée Nationale vous offre la possibilité de visionner les interventions lors des débats . Vous cliquez sur l’intervenani de votre choix .

VIDEO Pour visionner JL Mélenchon  CLIQUEZ ICI  http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5035633_59edf407ef49f.1ere-seance–projet-de-loi-de-finances-pour-2018-premiere-partie-suite–debat-sur-le-preleveme-23-octobre-2017

Sur le site de l’Assemblée Nationale ( à découvrir impérativement pour tout  intellectuel insoumis qui se respecte ) vous pouvez prendre connaissance ( en cliquant sur l’onglet >dans l’hémicycle >comptes rendus de séances > Vous cliquez ensuite sur l’intervenant de votre choix

Pour lire , dans son intégralité et à tête reposée, l’intervention de JL Mélenchon

RETRANSCRIPTION INTEGRALE : SOURCE CLIQUEZ  ICI http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180023.asp#P1057880

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Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon, pour le groupe La France insoumise.

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M. Jean-Luc Mélenchon. Présidente, ministre, collègues, bonjour ! (Murmures.) Depuis le discours du Président de la République à la Sorbonne, j’estime que la campagne des prochaines élections européennes est commencée, et c’est une bonne chose.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Formidable !

M. Jean-Luc Mélenchon. Il a raison de dire que c’est une occasion pour nous, Français – nous tous –, de proposer une issue à l’impasse politique, économique et morale dans laquelle se trouve enfermée l’Union européenne, dont la construction semble en quelque sorte bloquée par les circonstances.

Ce débat, il faut l’aborder dans le respect, c’est-à-dire dans le refus de caricaturer les positions en présence. La caricature ne convaincra jamais que ceux qui la prononcent, et pas ceux qui la reçoivent. C’est la raison pour laquelle, lorsque je lis dans un journal que je suis dans la « tentation souverainiste », l’ancien enfant de chœur que je suis souris, sachant que la tentation est un désir peccamineux et la préfiguration du mal. (Sourires.) Franchement, est-ce que la discussion porte sur le mal ou le bien, sur le beau, le juste ou l’infâme nationalisme ? Non, je ne le crois pas.

Je vais vous rassurer, pour la qualité de notre débat : non, le problème n’est pas l’Europe, c’est le capitalisme financier à laquelle elle est rivée par ses traités financiers. Pour nous, le problème n’est pas l’étranger : c’est le refus absolu d’assurer une situation d’égalité des droits avec lui. Pour nous, le problème n’est pas de faire l’Europe, c’est de refuser de défaire la France pour y parvenir.

Défaire la France, c’est-à-dire tout ce qui la constitue : sa laïcité, d’abord – pas seulement son drapeau, mais les symboles de sa laïcité, sa laïcité réelle – ; ses services publics ; ses champions industriels ; sa vocation égalitaire ; son identité universaliste ;…

Mme Anne Genetet. Elle n’est pas menacée !

M. Jean-Luc Mélenchon. …enfin, son refus d’être contrôlée, sa volonté d’être indépendante. Voilà l’idée que je m’en fais, et rien d’autre.

Cela ne devrait pas me valoir d’être enfermé, avec mes amis, dans une confusion : parler d’indépendantisme, cela signifierait se replier sur soi. Mais quoi ? Depuis quand l’affirmation de soi et de ses valeurs est-elle un repli ? C’est tout le contraire : c’est l’enthousiasme qui nous meut !

M. Jean-Michel Jacques. Vous n’êtes pas seuls : vous avez le Front national avec vous !

M. Jean-Luc Mélenchon. Lorsqu’on nous traitera de souverainistes, moi et mes amis, je n’aurai qu’une chose à vous dire : appelez-nous comme vous voulez, du moment que, lorsqu’on parle de souverainisme, on entende bien qu’il s’agit de la souveraineté du peuple, la seule souveraineté acceptable.

Et pourquoi en parler ? Est-ce faire un procès d’intention ? Dois-je rappeler qu’avant le Brexit, c’est-à-dire le moment où un peuple décide de s’en aller, il y a eu d’autres votes ? Or comment ont-ils été traités ? Le Danemark, refusant le traité de Maastricht : obligé de revoter ! L’Irlande, refusant le traité de Nice : obligée de revoter ! La France et les Pays-Bas votant contre : il n’en est tenu aucun compte ! Le référendum grec, se prononçant contre un mémorandum : tout le monde s’en fout !

Il y a une dérive autoritaire, dont M. Juncker a fini par exprimer l’esprit tout entier en prétendant qu’il n’y avait pas de démocratie possible en Europe en dehors des traités. Si ! Et je me pose même la question de savoir s’il n’y a pas de démocratie qu’à la condition de sortir des traités, notamment des traités budgétaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Ce sont eux qui créent la tension à l’intérieur des nations et entre elles, au point que les peuples en viennent à s’affronter, non seulement entre eux, mais à l’intérieur des nations, jusqu’à ce qu’elles se démembrent après avoir été transformées en coquilles vides.

J’en viens au rapport : ce n’est pas de cela qu’il parle. (Sourires.) Le rapporteur a fait son boulot,…

Mme Valérie Rabault. C’est déjà un bon point !

M. Jean-Luc Mélenchon. …le rapport est bien fait, et je veux en souligner la qualité. J’en désapprouve totalement la conclusion, mais la qualité, elle, est indiscutable : il pointe de vrais problèmes et de vrais sujets de discussion.

Mais enfin, qu’observe-t-on, après toutes ces chansons sur l’Europe, son caractère bienfaisant, son ouverture, etc. ? L’Europe dépend de plus en plus de la contribution des nations que, par ailleurs, on décrie, on montre du doigt et à qui on jette des pierres. Au début, en 1988, c’était un petit 10 % pour les États membres et nous voici maintenant rendus à 60 % des recettes totales de l’Union.

Ensuite, concernant les recettes – vous verrez que cela a des implications politiques –, après avoir constaté que les nations font tout, on regarde la case des recettes propres de l’Union européenne, en l’occurrence les droits de douane. Et que voit-on ? Ils sont tombés de 30 % à 14 % à peine. Et pourquoi ? Parce que les traités de libre-échange qui, par ailleurs, détruisent nos emplois, défigurent nos sociétés, etc., font que les recettes de douane de l’Union européenne vont décroissant.

Mme Anne Genetet. Ce n’est pas vrai !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà un organisme qui est en train de se tuer lui-même !

Et puis, dans cette affaire, il faut bien observer que cette Europe, qui donne tant de leçons aux autres, est certainement l’organisme européen le plus mal géré. Comment expliquez-vous que, jusqu’à l’année dernière, nous en étions à presque 20 milliards d’impayés ?

Mme Valérie Rabault. Plutôt 24 milliards !

M. Jean-Luc Mélenchon. Grandiose, non ? Cette année, ce montant a baissé, je le reconnais, mais quand arrivera à la fin du cycle du budget pluriannuel – car il y a aussi cette étrangeté, qui dépasse le mandat d’un député, chère madame Rabault –, figurez-vous que nous serons à découvert de 240 milliards, car 240 milliards de dépenses auront été décidées sans avoir été payées. Voilà les exploits de gestion de l’Union européenne !

Je vous passe le reste, tous ces organismes qui ne servent strictement à rien, comme le Service européen pour l’action extérieure, dont la baronne Ashton a eu la franchise de dire qu’elle ne savait pas à quoi il servait, quoiqu’elle soit placée à sa tête, mais qu’elle pensait que l’organe finirait par définir la fonction.

Voilà où nous sommes rendus dans cette affaire. Pour la France, c’est de plus en plus cher. Je vous rassure, madame Rabault : je n’ai jamais dit que j’étais contre le prélèvement.

Mme Valérie Rabault. Si, si : c’est dans compte rendu de la réunion de la commission !

M. Jean-Luc Mélenchon. Mais écoutez, vous et les autres ! Ne vous contentez pas de lire les fiches qui viennent de Solférino ! (Rires.)

Mme Valérie Rabault. Solférino ?

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Solférino ne répond plus ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Je suis contre le paiement de l’excédent et je vais vous expliquer pourquoi. La contribution de la France est de plus en plus importante. Le prélèvement a été multiplié par cinq depuis 1982 et vous verrez qu’il y en aura pour la prochaine période pour 5 milliards de plus. C’est très cher payé pour ce que nous avons.

Oui, je suis contre le paiement de l’excédent positif de la France. En effet nous donnons 20 milliards et nous en recevons 14 pour appliquer une politique agricole que je condamne de toutes les manières possibles. Nous cotisons donc pour 6 milliards net. Si ces 6 milliards étaient restés dans les caisses de l’État, nous respecterions le critère des 3 % et il n’y aurait pas besoin d’engager les mesures que nous prenons pour réduire le déficit structurel.

J’ajoute que, dans ce projet de loi de finances, 16 milliards sont rognés sur le budget de l’État : 10 milliards pour compenser les baisses d’impôt, 6 milliards d’économies pures. Eh bien, ces 6 milliards, ce sont ceux que nous donnons à l’Europe.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois puisque, depuis 2012, la totalité de l’excédent, c’est-à-dire les économies faites sur le périmètre de l’État, a été versée à l’Europe. Vous ne croyez pas que cela mérite une discussion un tant soit peu plus approfondie que la confrontation des dénonciations et des bêlements d’enthousiasme ?

Je suis donc contre le fait qu’on paie l’excédent.

Par ailleurs, je suis pour que l’on ouvre contre l’Allemagne une procédure pour excédents commerciaux excessifs, parce que ce qui est en train de se construire, c’est un modèle économique calqué sur celui de l’Allemagne. Les traités européens condamnent ces excédents parce qu’ils sont toujours faits sur le dos des autres. Pourquoi n’ouvre-t-on pas une procédure ? N’a-t-on pas le droit de dire à nos amis allemands qu’ils exagèrent ?

Quand les Anglais nous ont dit qu’ils voulaient un rabais, qui a représenté 60 % de leur contribution, les Allemands ont dit qu’ils ne paieraient que 25 % du reste. Et c’est nous, les Français, qui payons le plus ! Est-ce une situation normale, alors que nous sommes censés être en déficit excessif ?

M. Thibault Bazin. C’est injuste !

M. Jean-Luc Mélenchon. S’ils ne respectent pas les règles, il faut qu’on les leur fasse respecter.

Tout ça tourne autour d’une question : la dette.

M. André Chassaigne. Ah !

M. Jean-Luc Mélenchon. C’est la grande question du continent européen. Il faut solder la dette. Vous n’y parviendrez pas par des excédents bruts d’année en année. Avec ce que le gouvernement actuel est en train de faire – et il fait un effort dans ce sens, vous le savez comme moi, on en dénonce assez la violence – cinq points, il faudra cent ans pour finir de payer cette dette.

La dette doit donc être annulée, notamment celle des Français, parce qu’elle est excessive. Une part trop importante est due aux taux d’intérêt des années 1990, qui n’ont pas d’autre raison d’être que le fait que les Allemands ont décidé de donner pour 1 mark de l’Est 1 mark de l’Ouest, et que pour contrer l’inflation qui s’est ensuivie, les taux d’intérêt sont montés à 6 %, 7 %, voire 8 %.

Si nous avions à l’époque emprunté à un taux de 2 % – soit le taux actuel, et même moins –, la dette de la France serait de 30 % inférieure.

Un député du groupe LR. Et si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce sont des réalités. Nous ne pouvons pas accepter que cette situation perdure et que nous, les Français, nous ayons comme unique ambition d’être, comme l’avait dit le président Hollande, les meilleurs élèves de la classe. Pas question ! Il faut revenir sur cette dette, il faut la réévaluer, il faut l’effacer. Et pour ça, il n’y a qu’à faire un moratoire ou à la geler. Il n’y a rien de plus facile.

J’en viens à ma conclusion avant qu’on m’y invite. Tout le monde doit avoir un plan B, et vous autres de La République en marche, comme nous, vous en avez un.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Ça vaut mieux qu’un plan T ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Maurice, arrêtez de faire le singe ! (Nouveaux sourires.)

Il y a un problème de financement ? Vous instaurez une taxe carbone. Le Président veut une taxe carbone aux frontières. Vous avez tous compris que cela s’appelle du protectionnisme. Proposez-la : nous voterons pour. Nous aussi nous proposons une taxe sociale.

Nous avons un plan B à notre manière. En avez-vous un ? S’ils refusent, que ferez-vous ? S’ils ne veulent pas taxer les GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon –, s’ils ne veulent pas changer le statut de travailleur détaché, que ferez-vous ? Les bras croisés, vous protesterez ? Ou bien avez-vous une méthode pour répliquer ?

Nous, nous avons un plan B. Je le résume à une phrase prononcée par ma camarade Catarina Martins à Lisbonne, à l’occasion du grand rassemblement du plan B : « Entre les traités budgétaires et les peuples, nous avons choisi les peuples. » (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

 

AGENDA POLITIQUE : Lisbonne 21et 22 Octobre 2017 . Plan B en Europe de la gauche radicale européenne .

Cinquième sommet  des partenaires européens de la gauche radicale qui proposent de transformer l’Union européenne en cas de victoire électorale avec un plan A , rester dans l’Europe, et un plan B , sortir de l’Europe, de ses traités de discipline budgétaire et de la politique d’austérité.

L’Europe insoumise se retrouve à Lisbonne pour le 5ème sommet du plan B

Face à l’offensive ultralibérale tous azimut de l’Union Européenne, qui en France s’incarne dans les politiques mises en oeuvre par Macron, la sortie des traités européens est plus que jamais d’actualité, de manière concertée (plan A) ou unilatérale avec ceux qui seront en accord avec nous (plan B). C’est le message que portera la délégation du Parti de Gauche (représentés par Eric Coquerel, Corinne Morel-Darleux, Sophie Rauszer et Djordje Kuzmanovic) ces 21 et 22 octobre à Lisbonne lors du cinquième sommet du « plan B ».

Après Paris et Madrid en 2015, Copenhague en 2016 et Rome en mars dernier, ce moment poursuivra la construction d’une alternative « revendiquant la démocratie pour les peuples d’Europe et affirmant la coopération démocratique et la solidarité comme alternative au déficit démocratique et social imposé par le traité de Lisbonne il y a dix ans ». Il s’agit là d’un jalon important pour les élections européennes de 2019 qui permettra au peuple français de choisir la France Insoumise plutôt que le couple Macron-Merkel et à leur Europe de la crise sociale.

L’appel pour le sommet du plan B à Lisbonne :
Le programme du Plan B à Lisbonne :
Live streaming de l’ouverture er de la clôture de plan B à Lisbonne : https://www.facebook.com/PortugalLeftNews
Eric Coquerel, député de la France Insoumise et Co-Coordinateur du Parti de Gauche et Djordje Kuzmanovic, Secrétaire National du Parti de Gauche pour les questions internationales et de défense

https://youtu.be/0GkAtXH_TBY Discours de Jean-Luc Mélenchon prononcé le dimanche 24 janvier 2016 en conclusion du premier sommet pour un plan B en Europe.

https://www.lepartidegauche.fr/3031/; sommet du plan B de Rome le s11 et 12 mars 2017

https://europeinsoumise.org/index.php/fr/content_page/19-a-la-une/41-olivier#.WetecHBXi5Q.facebook 

As a new financial crisis threatens the world, actors of the radical Left convene at the fifth Plan B summit to save Europe from the neoliberal regime leading it to destruction. The future is being invented in Lisbon.

Le cinquième sommet du plan B en Europe s’ouvre aujourd’hui à Lisbonne. Il réunira des acteurs de la gauche transformatrice d’une vingtaine de pays européens et de tous horizons politiques, associatifs ou scientifiques. Cette rencontre est significative: selon Hervé Hannoun et Peter Dittus, respectivement Directeur Général Adjoint et Secrétaire Général de la Banque des Règlements Internationaux, nous sommes à la veille de la pire crise bancaire de notre histoire. Cette paire franco-allemande qui ne peut être soupçonnée de clémence envers le gauchisme a tiré une conclusion de ces découvertes qui se traduisaient par le titre de leur livre: « Révolution requise».

Lors de la fondation du Parti de la gauche française, il y a plus de huit ans, une autre paire franco-allemande composée de Jean-Luc Mélenchon et d’Oskar Lafontaine était parvenue à la même conclusion. Ils n’ont pas été écoutés, la crise de 2008 a eu lieu et, par conséquent, la Grèce a été outrageusement placée sous surveillance. Le premier Plan B Summit a eu lieu à Paris à l’initiative de Jean-Luc Mélenchon, Zoé Konstantopoulou en Grèce, Stefano Fassina, ancien ministre des Finances italien, Oskar Lafontaine, fondateur de Die Linke, sociologues, juristes et acteurs de mouvements nationaux et européens. Notant que la capitulation de la Grèce «a été réalisée par la fermeture des banques grecques par la Banque centrale européenne (BCE) et la menace de ne pas leur permettre de rouvrir jusqu’à ce que le gouvernement grec accepte une nouvelle version d’un programme raté», ne plus jamais laisser chanter les peuples d’Europe! Cette initiative a rapidement rejoint une vingtaine de pays représentés aux sommets de Madrid, de Copenhague et de Rome et est devenue le creuset de la réinvention européenne.

L’observation faite au premier Sommet est maintenant largement acceptée: «Nous devons échapper à l’inanité et à l’inhumanité des traités européens actuels et les remanier afin de jeter la camisole de force du néolibéralisme, abroger le traité budgétaire et rejeter l’accord de libre échange avec le États (TTIP) ». Ces traités sapent la capacité des États à intervenir économiquement et les obligent ainsi à déléguer leurs tâches au secteur privé, menant à une marchandisation du monde qui n’a préservé aucun aspect de la vie humaine – santé, éducation, transport, nourriture, logement et même la terre elle-même. Après neuf ans de politiques d’austérité, même les partis sociaux-démocrates qui ont contribué à leur mise en œuvre commencent lentement à admettre que le retrait des traités est nécessaire. Oui mais comment? C’est là que le plan A entre en action.

Certains soulignent que ces traités ne sont pas négociables; ils ne pourraient être modifiés qu’à l’unanimité par les 28 (bientôt 27) États membres, condition improbable. Il n’y aurait donc d’autre solution que de faire usage, comme le Royaume-Uni, du fameux article 50 qui déclenche la sortie de l’Union européenne – tous les États membres étant totalement isolés et incapables de négocier quoi que ce soit, l’UE ne cédant jamais à quoi que ce soit. En réalité, la force des traités est pour la plupart une illusion. Il devrait suffire de se rappeler qu’après s’être enfoncé aussi loin que possible dans une austérité absurde et contre-productive, la Banque centrale européenne a manqué à son mandat d’inonder le continent de liquidités; Personne ne s’y opposa, à part quelques ordolibéraux à l’esprit unique en Allemagne. Mario Draghi a même été célébré comme un grand sauveur pour faire exactement ce que les économistes de gauche l’avaient pressé de faire depuis le début – sauf qu’il l’a fait mal, puisque son stimulus monétaire a profité aux banques privées qui n’ont pas manqué l’occasion de spéculer l’argent public. Aucun État n’a été sanctionné pour ne pas avoir respecté des règles budgétaires insoutenables. L’Allemagne, dont l’excédent commercial viole les règles de l’UE sur les déséquilibres excessifs, est tout sauf félicité pour cela. Les traités, comme les promesses, ne lient que ceux qui y croient.

L’Union européenne n’est pas asphyxiée par ses traités mais par des institutions qui décident de les faire respecter quand elles en ont envie. Cela dit, il est communément admis que l’ennemi est «Bruxelles», une puissance qui domine les États membres. C’est une autre idée fausse. La Commission européenne, loin d’être un organe exécutif européen, n’est pas le vrai pouvoir. Le pouvoir est en fait au Conseil européen et au Conseil de l’Union européenne, c’est-à-dire aux chefs d’État et à leurs ministres. Sa définition officielle indique que le Conseil européen n’a pas de fonction législative, mais qu’il est néanmoins un «véritable centre de décision politique» et «donne l’impulsion nécessaire au développement de l’Union», définissant des orientations et des priorités politiques générales. En d’autres termes, c’est le Conseil européen qui détermine l’esprit des lois proposées ultérieurement par la Commission et soumises au Conseil des ministres européens. Pour sa part, le Parlement européen joue uniquement le rôle de chambre d’enregistrement.

De plus, le Conseil n’est pas un organe supranational, mais un lieu où les États s’affrontent et où la volonté de l’un ou de plusieurs d’entre eux s’impose aux autres. «Bruxelles» et «Europe» sont donc des entités abstraites qui masquent simplement une lutte à l’ancienne entre des puissances rivales. Parmi ces pouvoirs, le gouvernement conservateur allemand a été celui qui a le plus réussi à imposer sa volonté à ses partenaires. Il est donc tentant de considérer que la lutte pour la transformation de l’Europe est avant tout une lutte contre l’Allemagne. C’est seulement partiellement vrai.

D’abord parce qu’il y a une opposition en Allemagne. De plus, les conservateurs allemands n’ont pu agir qu’avec la complicité d’autres gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates à travers l’Europe. Ils ont continué à l’ériger en modèle tout en se cachant pitoyablement derrière son soi-disant pouvoir pour justifier leurs renonciations. Les conservateurs allemands n’ont jamais eu un adversaire assez déterminé ou assez préparé – mais il n’en prend qu’un. Il n’en prend qu’une parce que le système est de nouveau au bord de la panne. Un seul lien dans la chaîne des institutions systémiques doit rompre pour que toute la chaîne s’effondre. Cela arrivera finalement à moins que les mesures contenues dans le plan A empêchent une telle catastrophe; la menace de le déclencher pourrait faire sortir la tête des autruches.

L’accession au pouvoir d’un gouvernement de gauche transformateur est donc l’un des enjeux du Sommet Plan B. Cependant, un gouvernement de ce type devra pouvoir s’appuyer sur une grande mobilisation populaire, conscient de ce qui est en jeu et prêt pour un bras de fer. Il est également possible que la réforme de l’Union européenne en laissant ses traités échoue. L’Appel à l’action de Lisbonne a-t-il défini comme un plan B l’invention «d’autres formes de coopération européenne, le rétablissement de la souveraineté et la mise en place de nouveaux mécanismes pour les choix monétaires et économiques des peuples»? Même si l’Union européenne s’effondrait sous le poids de ses contradictions, ce ne serait pas la fin de l’histoire.

Le plan B est une désobéissance unilatérale mais coordonnée à l’égard de l’Union européenne. Si, par exemple, un État souhaitant introduire une taxe écologique et sociale aux frontières de l’Union européenne devait faire face à un mur de rejet par d’autres États, il l’introduirait à ses frontières nationales, assurant ainsi un effet d’entraînement sur autres partenaires intéressés. « Il ne s’agit pas d’obtenir les meilleurs résultats possibles dans chacun de nos pays en s’appuyant sur des degrés de latitude relatifs accordés par leur puissance économique et leur poids démographique respectifs », explique Eric Coquerel, mais de travailler ensemble sur un plan B concret qui prend tenir compte des caractéristiques de chaque pays, c’est-à-dire de leurs réalités politiques, économiques et sociales. Ce n’est qu’ainsi que le slogan d’une «autre Europe» peut être surmonté – ce dernier étant systématiquement empêché par la règle de l’unanimité, qui consacre de facto la doctrine néolibérale. Sur les questions monétaires, par exemple, il existe de nombreuses réponses politiques qui peuvent varier en fonction du contexte, de la sortie de la zone euro à une monnaie commune ou à un système monétaire remanié. Mais tous sont d’accord avec la devise du Bloco portugais: ne plus sacrifier pour l’Euro!

Si le plan B devait être mis en œuvre, il serait crucial que le plan A ait effectivement déclenché une mobilisation populaire. Ce dernier vise non seulement à doter les États désireux d’initier une refondation européenne, mais aussi à donner vie à un idéal internationaliste de solidarité qui a été miné par l’UE en opposant les peuples les uns aux autres. Cet internationalisme renouvelé est une priorité absolue. Les partisans de l’Union européenne telle que nous la connaissons ont en effet déployé des moyens considérables pour faire connaître une lecture téléologique de la construction européenne qui aboutirait à un «idéal». L’Europe serait le berceau de la démocratie et des droits de l’homme, elle aurait une cohérence et une unité essentielles qui auraient attendu des siècles avant d’être réalisées politiquement, et cela serait en cours. Une fois ce mythe accepté, l’Union européenne devient un projet sacro-saint qui doit être protégé au prix de tous les sacrifices: sa valeur métaphysique justifierait d’accepter des catastrophes matérielles et même des brutalités physiques plutôt que de les remettre en question.

Il est donc important de souligner que le mythe européen vient avec un brin de preuve. Il n’y a pas de définition précise de ce qu’est «l’Europe». La déclaration de Charles de Gaulle sur l’Europe s’étend de l’Atlantique à l’Oural, sa frontière naturelle avec l’Asie. Pourtant, l’Oural n’a aucune frontière: les peuples asiatiques et caucasiens vivent de part et d’autre de cette chaîne de montagnes de basse altitude. L’Oural ne sépare pas non plus les entités politiques, car elles traversent la Russie. La frontière orientale de l’Europe n’est pas plus claire: la Grèce était ottomane pendant six siècles. Au sud, l’Europe est naturellement délimitée par le détroit de Gibraltar, mais cette frontière naturelle n’a pas empêché les Arabes de s’installer en Espagne ou dans les Etats européens de coloniser l’Afrique. La complexité de l’histoire du continent n’est cependant pas du tout prise en compte par le mythe européen, celui-ci se résumant généralement à la Grèce antique, à la Joconde et au Goethe. Des discussions sans fin sur les limites des frontières de l’Union européenne s’ensuivent également.

Ce spectre culturel rétréci, réduit à quelques symboles, pourrait facilement être confondu avec un colonialisme démodé: la privation de souveraineté des pays d’Europe du Sud est allée de pair avec une stigmatisation de leurs peuples – comme ce fut le cas pour les Grecs, un jour honorés comme les inventeurs de la démocratie, et le lendemain évoqués avec des stéréotypes infâmes habituellement réservés aux peuples de l’autre côté de la Méditerranée. Rejeter le mythe européaniste, c’est donc aussi rouvrir l’horizon des possibles. Si la construction européenne actuelle s’avérait impossible à réformer, toutes les options resteraient ouvertes pour forger de véritables relations de coopération et d’échanges égalitaires dont notre monde a tant besoin pour ne pas tomber dans l’abîme.

C’est cet espoir que le Sommet Plan B entend donner à la vie. Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire, mais c’est un espace de dialogue et de propositions qui n’a jamais été vu auparavant au niveau européen. Il ouvre la voie à des majorités sociales dans chaque pays. Ce 5 ème Sommet de Lisbonne sera l’occasion de faire un nouveau pas en avant: rendre la structure permanente, créer une plateforme unique au lieu des différents sites créés pour chaque Sommet pour permettre une plus grande ouverture, produire du matériel argumentatif – en d’autres termes , pour fédérer la résistance.

Olivier Tonneau et Sophie Rausze

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APPEL POUR UN PLAN B LISBONNE   #planBLisboa

https://euro-planb.pt/appel-plan-b-lisbonne/Pour une Europe de la coopération démocratique et de la solidarité

Après Paris, Madrid, Copenhague et Rome, le 5ème sommet du Plan B se tiendra les 21 et 22 octobre 2017 à Lisbonne, revendiquant la démocratie pour les peuples d’Europe et affirmant la coopération démocratique et la solidarité comme alternative au déficit démocratique et social imposé par le traité de Lisbonne il y a dix ans.

 

Le traité de Lisbonne, avec l’Acte unique européen, le Marché commun et les directives principales les mettant en place (directive Bolkestein et travailleurs détachés) est une pierre angulaire  de la contradiction entre l’intégration européenne néolibérale et les démocraties européennes garantissant aux peuples la pleine jouissance des droits civiques, politiques et sociaux. Le traité de Lisbonne a imposé le même projet de concentration du pouvoir et d’affaiblissement des démocraties rejeté par le « non » français et néerlandais aux référendums de 2005.

 

En 2015, un autre référendum a été brutalement méprisé, en violation directe du mandat populaire et de la souveraineté populaire : le glorieux « non » grec du 5 juillet aux mesures austéritaires extrêmes et antidémocratiques imposées par les institutions européennes et le FMI. Le coup d’État contre le « non » du  peuple grec a été fait par la Commission Européenne et la BCE, via le refus de liquidité et l’étranglement financier utilisés comme moyen d’extorsion. Depuis juillet 2015, l’Union européenne, le FMI et le gouvernement grec ont imposé au peuple grec les mêmes mesures que celles rejetées par référendum et ont continué à soumettre le pays et le peuple à une dette qui a été jugée illégale, illégitime, odieuse et insoutenable par la Commission de la vérité sur la dette du Parlement. Le coup d’État contre le peuple grec est un coup d’État contre la démocratie en Europe, face auquel nous somme obliger de réagir, résister et répondre avec un plan politique solide. Et en effet, ce fut après ce coup d’État que l’initiative du Plan B a été lancée pour protéger les peuples européens, restaurer la démocratie en Europe et assurer la prospérité et l’égalité pour les sociétés européennes.

 

Les règles du Pacte de Stabilité et de Croissance et maintenant du TSCG font partie des principales raisons de l’inégalité et de l’échec économique, parce qu’elles refusent aux démocraties la capacité financière de mettre en œuvre des politiques sociales majeures. À l’intérieur et à l’extérieur de la zone euro, l’austérité et le mercantilisme basés sur la dévaluation des coûts du travail approfondissent les fractures sociales et les inégalités en Europe. Alimenté par cette destruction sociale, un autre ennemi de la démocratie se développe : les forces ultranationalistes et xénophobes.

 

Compte tenu de cette désintégration sociale et politique, les anciens partis sociaux-démocrates et conservateurs insistent sur la formule d’une intégration plus antidémocratique, d’un contrôle austéritaire sur les budgets nationaux et d’attaques des politiques sociales et politique du travail, créant des conditions non viables pour les générations actuelles et futures, et privant la jeunesse de l’espoir de vivre dans la dignité, la prospérité et la liberté.

 

Le CETA et les autres accords de libre-échange similaires, soutenus par les partis conservateurs et sociaux-démocrates, sont le cheval de Troie qui subordonne les démocraties au pouvoir des entreprises et des fonds d’investissements.

 

L’échec des traités et institutions de l’UE et n’est pas l’échec de l’Europe et de ses peuples. Les démocraties européennes ont besoin d’une alliance internationale des forces progressistes, démocratiques et populaires, des syndicats et des mouvements sociaux qui luttent pour une rupture avec les traités  de l’Union européenne et qui construisent une nouvelle coopération qui sert les intérêts de nos peuples et protège la démocratie et les droits civiques, politiques, sociaux, économiques et environnementaux. Une coopération qui favorise la paix internationale à travers le rejet du militarisme et de l’industrie de l’armement, la solidarité avec les migrants et les réfugiés, et la lutte pour un développement international de normes démocratiques, sociales et environnementales élevées.

 

Le sommet du Plan B à Lisbonne sera l’occasion d’approfondir davantage les voies alternatives développées lors du sommet de Rome. Le point de départ de notre analyse est que les traités actuels de l’UE sont une camisole de force pour nos démocraties, nos sociétés et nos économies. Nous voulons initier des mouvements civiques de désobéissance et obtenir des majorités dans chacun de nos pays pour exiger la négociation d’un nouveau cadre européen qui permette : des politiques de développement social qui rompent avec le pouvoir de la Banque centrale européenne (BCE), des prêts directs aux États,  une redistribution des investissements publics et une restructuration et mutualisation des dettes publiques qui éliminent les dettes illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables.

 

Si ce plan A échoue, à cause de l’hostilité prévisible des institutions de l’UE, le résultat ne sera pas la capitulation à Bruxelles. Dans ce cas, le ou les pays devraient ouvrir la voie à un plan B qui rende possible d’autres formes de coopération européenne, restaurant la souveraineté et mettant en place de nouveaux mécanismes pour les choix monétaires et économiques des peuples.

 

Les grandes mobilisations anti-austérité et les diverses luttes sociales qui mobilisent les peuples dans toute l’Europe et au-delà sont une force-clef dans notre cause commune pour la démocratie et la justice sociale et environnementale. La désobéissance civile aux exigences de l’austérité permanente s’inscrit dans le chemin vers une mobilisation sociale et une résistance démocratique importantes.

 

Les partis politiques progressistes, les syndicats, les féministes, les écologistes, les défenseurs des droits humains, les autres mouvements sociaux et militants qui se sont rassemblées dans les forums du Plan B sont unis : entre sauver l’Union européenne et l’Euro et sauver nos peuples des griffes de l’austérité, nous choisirons toujours les droits sociaux et démocratiques de nos peuples.

 

 

Melenchon dans le débat sur l’avenir de l’EUROPE

LA VIDÉO de l’intervention de JL Mélenchon ( pour lire le compte rendu integral de toutes les interventions à l’Assemblée nationale CLIQUEZ ICI)

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Retranscription intégrale de l’intervention de Melenchon

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« M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la ministre, mes chers collègues, la géopolitique a toujours commandé la politique, et la longue histoire de France en atteste. Encerclés je ne sais combien de fois sous l’Ancien régime, envahis quatre fois par notre voisin au cours d’un peu plus d’un siècle, agressés par toute l’Europe lorsque nous avons fondé la République, nous avons, comme leçon de notre histoire, décidé finalement de nous orienter vers la construction d’une union européenne. C’est notre histoire, et rien ne sert de revenir sur les conditions dans lesquelles elle s’est faite.

En revanche, nous pouvons faire ce que nous voulons de l’avenir. La cause est devenue confuse en France, et la nation française, qui est la nation politique en Europe, comme le reconnaissent tous nos voisins, a besoin de savoir où elle va. De ce point de vue, depuis 2005, tout est confus. On a voulu nous faire croire, avec le traité de Lisbonne, que le vote de la France en faveur du « non » était en fait un « oui ». Puis le président Hollande, après avoir dit qu’il renégocierait le traité budgétaire, a fini par le signer sans rien avoir renégocié.

C’est pourquoi les deux interventions du président Macron, celle qu’il a faite à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs et celle qu’il a faite à la Sorbonne, sont les bienvenues : nous sortons enfin de cette politique en demi-teinte qui était celle des petits pas, qui ne disait ni où elle allait ni par quel chemin elle comptait passer. C’est donc une opération de clarification à laquelle je souscris.

J’ajoute que je partage le diagnostic du Président : on ne peut plus continuer ainsi. Le chemin actuel ne mène nulle part, sinon à une dislocation dont chacun risque de renvoyer la responsabilité à son voisin. Nous avons besoin de transformer la prochaine élection européenne en un vrai débat politique sur l’avenir de l’Europe. Cela, j’y souscris.

Mais l’essentiel du discours du président Macron consiste en un basculement du paradigme européen. Pour la première fois, un président de la République française définit la souveraineté de la France comme étant conditionnée par celle de l’Europe. Devant les ambassadeurs, M. Macron déclare : « Pour la France, […] le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. » À la Sorbonne, il affirme : « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle ». Je suis en désaccord complet avec cette formule. Et je voudrais qu’on l’entende comme un moment de pensée philosophique, politique, car c’est sur ce terrain qu’on arrivera à avoir un débat.

Qu’est-ce que la souveraineté ? Elle est évoquée dix-huit fois dans le discours de la Sorbonne, mais elle n’est jamais définie. La souveraineté, c’est l’autorité sans partage d’un groupe sur la population qui le compose et le territoire qu’il occupe. Et la légitimité de cette autorité sans partage, c’est la démocratie. C’est parce que la loi est votée par tous qu’elle s’applique à tous. Il n’y a donc de souveraineté que dans le peuple, et il n’y a de communauté que la communauté légale constituée par le peuple constituant qui décide des lois qui s’appliquent à lui. Voilà où est la souveraineté de la France : dans son peuple. Et cette définition est celle de son histoire ; il n’en existe pas d’autre. Il n’y a pas de lieu de la souveraineté. Il ne faut pas confondre la souveraineté et la puissance. La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux !

M. Adrien Quatennens. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Elle est liée à la souveraineté du peuple, parce que c’est le peuple qui a toujours tiré la France des impasses dans lesquelles ses élites maintes fois l’ont enfermée.

Je vous mets en garde contre l’idée qu’au paradigme central de l’autorité populaire viendraient se substituer des chiffons rouges qu’on partagerait. L’Europe de la défense serait ainsi devenue la nouvelle mode, par exemple, et on en oublie quel sort a connu la Communauté européenne de défense quand elle nous a été proposée. La défense n’est pas un projet commun. La défense, c’est l’Europe de la guerre. La guerre contre qui ? Il faut dire les choses comme elles sont, d’un bout à l’autre des résolutions de l’Union européenne : contre la Russie. Je ne suis pas d’accord : la Russie est non pas un ennemi, mais un partenaire. Nous n’avons pas à nous organiser contre les Russes.

M. Jean-Louis Bourlanges. Voilà qui est embêtant.

M. Jean-Luc Mélenchon. En revanche, nous devons nous souvenir que la stratégie de défense de la France repose sur la dissuasion nucléaire. On en pense ce qu’on veut, mais c’est l’arme ultime des Français. La dissuasion nucléaire ne se partage pas. On ne met pas vingt-neuf doigts sur le bouton – c’est déjà assez grave qu’un seul puisse appuyer. Et cette stratégie, qui est celle de la France, n’est pas compatible avec les batteries antimissiles que l’OTAN a installées en Pologne et dans les pays périphériques de la Russie comme une menace, car cela signifie que l’Europe pourrait devenir un théâtre d’opérations, ce que nous, Français, avons toujours refusé. La dissuasion nucléaire est tous azimuts. Quand on demandait au général de Gaulle s’il ne trouvait pas que c’était un peu excessif, compte tenu de l’existence d’un allié, les États-Unis d’Amérique, il soutenait que le monde n’allait pas plus mal depuis qu’on avait pris cette décision. Il avait raison.

M. Julien Aubert. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce qui tue l’Europe, c’est d’avoir rendu impossible l’expression d’un intérêt général européen, c’est-à-dire d’avoir empêché son peuple, ses peuples de constituer ensemble un intérêt général, qui est nécessairement un intérêt social. Les traités européens interdisent l’harmonisation sociale, ils interdisent l’harmonisation fiscale. Ils ne connaissent qu’une règle : la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire la compétition de chacun contre tous à l’intérieur des nations et entre les nations. C’est parce qu’on agit de cette manière que progressivement les nations deviennent des coquilles vides où ceux qui sont les plus avantagés ne veulent plus prendre en charge ceux qui le sont moins. Cela mène à un indépendantisme régional généralisé des plus favorisés vis-à-vis de ceux qui le sont moins.

Je voudrais vous montrer que le résultat de cette logique est déjà sous vos yeux, sous nos yeux à tous. Les frontières, à la stabilité desquelles nous sommes tous attachés, car nous savons les dangers que leur déplacement fait peser sur tout le continent, n’ont cessé de bouger autour de nous : en Yougoslavie, il y a désormais sept États à la place d’un, et on compte 400 000 déplacés ; la Tchécoslovaquie s’est divisée en Tchéquie et Slovaquie, heureusement sans cris ni heurts.

Et le mouvement se poursuit aujourd’hui : le Brexit soulève de nouveau la question des frontières entre l’Écosse et le Royaume-Uni, entre les deux Irlande. Les Flamands en Belgique récriminent contre l’appartenance des Wallons au royaume. Et la Catalogne s’agite sous nos yeux. Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que la substance de la nation, le contrat qui la fonde, c’est-à-dire la souveraineté du peuple et son intérêt social commun sont démembrés.

M. Jean-Louis Bourlanges. Cela n’a pas de sens !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà ce qui tue l’Europe plus que tout autre égoïsme, plus que toute autre construction bureaucratique incompréhensible.

Il faut donc changer de cap. Ce sera l’objet de cette élection, du moins c’est ce que je souhaite ; et cela doit apparaître aussi clairement que possible. On m’a soutenu que, parce qu’il y avait un Parlement européen, le peuple était représenté, mais ce n’est pas du tout le cas. Le Parlement européen est le seul Parlement au monde qui n’a pas la possibilité de proposer une loi. Dans le meilleur des cas, il partage son pouvoir avec la Commission et le Conseil ; le reste du temps, c’est-à-dire 70 % de l’activité du Parlement européen, les textes pourraient tout aussi bien être votés dans un club de philatélistes, car ils n’ont pas la moindre incidence pratique sur le reste de l’Europe.

Il faut changer de cap, il faut rendre possible l’harmonisation sociale et fiscale entre les peuples d’Europe. C’est ce que nous avons appelé le plan A ; il faut un plan A pour changer de cap.

Vous en avez proposé un avec une dizaine ou une quinzaine de propositions, monsieur le ministre, mais je vous invite à les regarder dans le détail. Quelqu’un a sans doute mal rédigé les fiches du président Macron, car ses propositions sur le volet numérique existent déjà et devraient voir le jour en 2019. De même, il existe déjà un office de la sécurité alimentaire et une police des frontières. La seule chose qui n’existait pas jusque-là, c’est l’idée absconse que la France n’ait plus de commissaire à la Commission européenne. Et puisque nous avons déjà cinq présidents, pourquoi n’aurions-nous pas deux parlements, par-dessus le marché ? C’est bien ce qui est proposé !

C’est la confusion. Il nous faut des règles claires sur le nerf qui agite tout le reste de l’organisme. Il faut mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, organiser le rachat de la dette publique directement aux États, car on en a pour cent ans à rembourser cette dette dans toute l’Europe. Personne ne la remboursera jamais, sachez-le, mes chers collègues ! Et c’est absurde de proposer aux générations qui viennent d’avoir pour seul objectif d’acquitter une dette. La liquider n’est rien, c’est de la technique, et je pourrais m’en ouvrir à vous quand vous le voudrez.

Ensuite, il faut maintenir le niveau de l’euro au niveau du dollar ; chaque fois que l’euro est surévalué, nous nous ruinons. Il faut prohiber les instruments financiers toxiques, taxer les transactions financières, contrôler les mouvements de capitaux, organiser la conférence européenne sur les dettes souveraines, arrêter la libéralisation des services publics, mettre en place un protectionnisme solidaire. J’ai vu que le Président commence à le proposer en mettant une taxe carbone aux frontières de l’Europe, ce qui est un début ; si ça vaut pour le carbone, ça doit valoir pour le reste. Il faut mettre fin au dumping à l’intérieur de l’Union européenne, refonder la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, laquelle était d’ailleurs garantie par la première PAC et ne l’est plus aujourd’hui. Enfin, il faut abandonner le marché carbone, qui est un droit à salir quand on en a les moyens.

Mes chers collègues, la France n’est pas mineure, la France est souveraine, et elle peut l’être. La France est contributeur net au budget de l’Union européenne : les 7 milliards d’euros qu’elle verse servent à organiser les infrastructures de nos concurrents. La France n’est ni occidentale ni européenne, la France est universaliste parce qu’elle est présente sur les cinq continents. La France est francophone, et le français sera d’ici peu la troisième langue la plus parlée dans le monde.

Pour conclure, si j’ai moi aussi, bien sûr, le souci de l’Europe, ce que je veux d’abord partager, c’est l’optimisme de ma patrie républicaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)

Reflexions et commentaires  sur l’ avenir de l’UE et l’opposition  Macron – Mélenchon

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Le mardi 10 octobre 2017, Jean-Luc Mélenchon s’est donc exprimé à la tribune de l’Assemblée nationale dans le cadre du débat sur l’avenir de l’Union européenne qui suivait une déclaration du gouvernement ( pou voir le compte rendu integral de toutes les interventions CLIQUEZ ICI ).

JL Mélenchon dénonce le fait que la souveraineté populaire ait été bafouée après le référendum de 2005 sur l’adoption ou non d’une Constitution européenne. De la même façon  il dénonce  le manque  d’honnêteté   du Président Hollande d’avoir laissé croire que le traité budgétaire européen serait renégocié avant sa ratification par la France . Il appelle ensuite à une harmonisation sociale et fiscale inexistante en Europe . Il propose, à l’appui du programme du mouvement la France insoumise, des mesures de nature à refonder l’Europe sur le plan économique et financier ( voir son intervention à l’Assemblée Nationale)) , sans abandonner sur le terrain de la Défense nationale , la logique française de la dissuasion nucléaire.

JL Mélenchon revient sur la notion fondamentale de  souveraineté, encouragé par la prétention de E Macron à refonder « une «  Europe souveraine, unie et démocratique. »

JL Mélenchon pense que E Macron confond  la notion de souveraineté et celle de puissance et il critique ses propos, ceux  prononcés devant les étudiants de la Sorbonne « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts.Il y a une souveraineté européenne à construire,» (  discours de la Sorbonne sur la refondation de l’Union Européenne ) et ceux prononcés devant les ambassadeurs de France  » Pour la France, le lieu où construire les outils de notre puissance et apporter la juste réponse aux défis qui se présentent, le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. »( discours du President de la republique à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs)

Avec JL mélenchon on comprend mal cette distinction entre « souveraineté » et « puissance »  tout comme reste énigmatique la distinction faite par le Président E. Macron  entre « souveraineté réelle » et « souveraineté européenne «   .

Essayons de deviner . Où s’exerce la souveraineté ? s’exerce -t-elle à Bruxelles  ? à Paris ? à Berlin ? ou ailleurs ?  Et est ce que, comme le prétend Mélenchon ,  » le discours de E Macron consiste à bouleverser le paradigme européen « ?

Sans l’Europe, point de souveraineté réelle du pays semble nous dire  le Président Macron pour qui  l’effectivité de la souveraineté de la France  passe par l’échelon européen. Une façon de dire que, dans l’Union européenne, les délégations de compétence des Etats membres en faveur de l’Union ne sont pas des abandons de souverainété. Toute chose connue et maitrisée suivant le principe de subsidiarité . La nouveauté vient du constat fait par E Macron « je le dis aujourd’hui avec une conviction intacte : l’Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace, » Le Président français en tire une conséquence : il n’est plus envisageable de faire face aux défis mondiaux sans « détermination commune » c’est pourquoi il entend ainsi construire une  » « souveraineté européenne «  dans l’union . Toute chose non connue, et c’est là que se situe le débat et l’ insoumission de JL Mélenchon .

JL Mélenchon argumente . « Il n’y a de souveraineté que dans le peuple «  

C’est notre histoire institutionnelle qui nous l’enseigne . Chez nous  en effet, on entend par le mot souveraineté , l’exercice souverain du pouvoir politique. Hier ce pouvoir était de droit divin,  aujourd’hui il est attribué au peuple qui l’exerce.  C’est l’histoire de la Révolution française. Le peuple et la souveraineté populaire (l’exercice du pouvoir par le peuple )deviennent alors seule source de la légitimité politique et la démocratie le seul régime soutenable . Ainsi en démocratie Il n’y a de souveraineté que dans le peuple , la démocratie est co-substantielle au princeps de la souveraineté populaire qui fonde la Nation . Dont acte.

Mélenchon ajoute « La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux ! » L’affirmation n’est pas évidente dans un monde dominée par l’économique, le commerce et la finance .Il est vrai que le pouvoir économique conditionne le souveraineté des Etats, plus un Etat est fort économiquement plus il gagne  en indépendance , c’est presque une lapalissade. Cependant force est de constater que dans l’économie de marché qui s’est imposée sur le continent européen et dans le monde entier, les Etats sont devenus interdépendants. C’est la règle du marché, jugée la plus juste par la doctrine du libéralisme économique, qui prévaut . Dans ce contexte systémique de l’économie contemporaine ,il n’a échappé à personne la méfiance envers les Etats qui sont enclins à intervenir dans l’économie et fausser la concurrence . La prévalence  de la souveraineté politique, un tantinet nationale, a cédé le pas en faveur d’une politique du profit , de la croissance économique et de l’emploi et pour faire bref , ce sont les sociétés dites  multinationales qui sont en fait transnationales, voire supranationales qui font la loi et fixent les règles du jeu. Que les paradis fiscaux soient pérennes n’est pas un hasard .Toute chose qui sort du constat macronien.

 S’il s’agit de débattre de l’avenir de l’Union Européenne, autant s’interroger sur le présent L’Union Européenne n’est ni un Etat fédéral, ni une confédération d’Etats. L’ Union européenne ce sont des instances qui fonctionnent depuis plus d’un demi siècle : on ne parle pas de l’Europe en tant que  nation européenne mais comme la première puissance économique mondiale . Au delà de la concorde voulue entre les pays européens ayant connu  deux guerres mondiales sur leur continent , l’interêt à l’origine du marché commun, était dans les premiers temps de la construction européenne , la volonté commune de réguler la libre concurrence affichée comme un princeps de l’économie . Cette volonté a cédé le pas à une volonté de dérégulation sous le diktat des puissances de l’argent  dans un monde financiarisé à outrance. La crise financière de 2008  en a fait déchanter  quelques uns . Pour certains,  les plus visionnaires à notre avis, la seule plus value d’une Union serait  de démocratiser la décision économique par une souveraineté européenne plus démocratique et nécessairement écologique.  Le Président Macron , fin connaisseur de Machiavel, ne dit pas un mot sur l’Ecologie politique et le bras de fer avec la Haute Finance .  » Dans le monde tel qu’il va  » comme il a l’habitude de dire ce n’est pas sa préoccupation .Tout le débat est là.

Le monde de demain sera écologique ou ne sera pas . Nous pensons que le défi de l’Europe est dans l’écologie politique, une conviction sur le projet européen que nous partageons avec tous les utopistes comme l’étaient …les pères fondateurs de la Communauté européenne qui ont eu le mérite d’avoir été des précurseurs et dont l’oeuvre n’est pas à jeter aux orties si l’on a le souci de l’Europe.

Juan BRANCO , un insoumis visionnaire

Présentation par citation interposée

« Un peuple de moutons finit par engendrer un gouvernement de   loups ( A .CHRISTIE)

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Avocat de WIKILEAKS pendant un temps et conseiller juridique de son fondateur Julian ASSANGE, Juan BRANCO d’origine espagnole né le 28 aout 1989 dans la province de Malaga est juriste de formation , spécialisé en droit international ( L’ordre et le Monde chez fayard ,essai critique sur le fonctionnement de la Cour pénale internationale)  et dans le domaine du numérique auteur d un livre sur le sujet [Réponses à Hadopi, Capricci, 2011].

Il a travaillé , sous la Présidence Hollande , auprès de la ministre Aurélie FILIPETTI en 2012 puis comme conseiller dans le cabinet de Laurent FABIUS , alors ministre des affaires étrangères

Il est agé aujourd’hui de 28 ans . Militant de la France Insoumise , il a fait la campagne de JL Melenchon en 2017 et  a porté les couleurs de ce mouvement aux législatives  , en tant que candidat dans la 12e circonscription ( la plus pauvre : Clichy sous bois) de Seine-Saint-Denis.

Interviewé le 8 octobre 2017, par Natacha POLONY, il affiche une maturité peu ordinaire dans sa vision des choses et des hommes. Son engagement dans la France Insoumise participe de sa volonté de vouloir transformer le monde , sous les auspices d’une responsabilité  entièrement tournée vers le souci de l’autre,  une manière de définir la politique comme un sacerdoce, une abnégation de soi  allergique au conflits d’intérets  qui caractérisent le monde politique actuel.

Servi par une journaliste de qualité apparemment subjuguée par sa capacité d’explication intelligente et courageuse , il gagne à être écouté.( voir les videos ci apres )

20 juin 2007 https://youtu.be/uBaAvHxdShw

6 juin 2017 http://www.numerama.com/politique/263074-itw-juan-branco.html

Discours du Président de la République à l’Assemblée Générale des Nations Unies: New York 19 Septembre 2017

https://www.pscp.tv/Elysee/1kvJpjerZBmKE?t=31m1s

Voici la retranscription de son discours :

« Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies, Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Si j’ai aujourd’hui le privilège de m’exprimer devant vous, je sais à qui je le dois. Je le dois à tous ceux qui, voici un peu plus de soixante-dix ans, se sont levés contre un régime barbare qui s’était emparé de mon pays, la France. Je le dois aux Nations qui ont entendu le cri de ces résistants et qui, d’Amérique, d’Afrique, d’Océanie, d’Asie, ont, vers les côtes françaises, envoyé à leurs secours leurs filles et leurs fils. Ils ne savaient pas tous ce qu’était la France, mais ils savaient que la défaite de la France était aussi la défaite d’idéaux qu’ils partageaient, dont ils étaient fiers et pour lesquels ils étaient prêts à mourir. Ils savaient que leur liberté et leurs valeurs, dépendaient de la liberté d’autres femmes, d’autres hommes vivant à des milliers de kilomètres d’eux.

Je le dois à ceux qui, la guerre finie, ont osé la réconciliation et ont reconstruit un nouvel ordre international. A ceux qui, comme René CASSIN, ont compris que les Droits de l’Homme étaient au cœur de la légitimité internationale. A ceux qui ont jugé les coupables, recueilli les victimes, réparé les fautes, à ceux qui ont voulu croire que les valeurs, que cette guerre avait bafouées, devaient reprendre leur place, les valeurs de tolérance, de liberté, d’humanité qui sont fondatrices des Nations unies. Pas parce que ces valeurs étaient belles, mais parce qu’elles étaient justes et permettaient d’éviter que le pire n’advienne.

Si je vous dis tout cela, ça n’est pas simplement pour vous parler d’Histoire, mais lorsqu’aujourd’hui, j’entends nombre de nos collègues parler du monde tel qu’il va, ils oublient un peu de cette Histoire dont nous venons, et que ce qui nous paraît exotique ou si loin de nous, si loin de nos intérêts immédiats est peut-être ce qui détermine et déterminera le plus nos vies.

Mesdames et Messieurs, si mon pays aujourd’hui possède, dans l’ordre des Nations, cette place un peu singulière, cela lui confère une dette, une dette à l’égard de tous ceux qu’on a privés de leur voix. Et je sais que le devoir de la France est de parler pour ceux qu’on n’entend pas. Car parler pour eux, c’est aussi parler pour nous, aujourd’hui ou demain. Et en ce jour, ce sont ces voix oubliées que je veux porter.

>>>>>J’ai entendu Bana, citoyenne d’Alep, et c’est sa voix que je veux ici porter. Elle a vécu sous la terreur des bombardements, des polices et des milices, elle a connu les camps de réfugiés. Le peuple syrien a assez souffert pour que la Communauté internationale prenne acte d’un échec collectif et s’interroge sur ses méthodes.

Pour établir une paix durable et juste, il y a urgence à nous concentrer sur le règlement politique de la crise, par la transition, comme le Conseil de sécurité l’a acté à l’unanimité dans la résolution 2254, de 2015. La France est à l’initiative, avec ses partenaires, pour soutenir les efforts des Nations unies et enclencher enfin une feuille de route politique inclusive en Syrie. C’est pour cela que je souhaite que nous puissions lancer un groupe de contact avec tous les membres du P5 et l’ensemble des parties prenantes. Aujourd’hui, le format dit « d’Astana » peut être utile, mais il ne suffit pas. Et ces derniers jours ont mis en lumière bien des difficultés.

Donnons-nous les moyens réels d’enclencher les négociations. Car la solution sera, à terme, politique, et non militaire. C’est notre intérêt à tous, et d’abord bien entendu celui des Syriens.

Dans ce contexte, j’ai indiqué quelles étaient nos deux lignes rouges. D’abord une intransigeance absolue sur l’emploi d’armes chimiques. Les auteurs de l’attaque du 4 avril dernier devront être traduits devant la Justice internationale, et cela ne doit plus jamais se produire.

Ensuite, l’absolue nécessité d’aménager les accès aux soins de tous et toutes, de permettre les structures médicales, de protéger les populations civiles. La France a décidé d’en faire l’une des priorités de sa présidence du Conseil de sécurité le mois prochain.

Agir pour le pays en Syrie, c’est agir pour le peuple syrien, mais c’est aussi nous protéger tous du terrorisme islamiste. Car en Syrie, en Irak, c’est contre le terrorisme que nous nous battons au premier chef. Nous agissons pour tous ceux qui ont péri dans ces attaques au cours des derniers mois. Car le terrorisme djihadiste a frappé sur tous les continents nos concitoyens, quelle que soit leur religion. Nous devons ainsi tous nous protéger en unissant nos forces, et notre sécurité devient la première priorité. C’est le sens des initiatives que la France porte pour lutter contre l’utilisation d’Internet par les terroristes, et contre toutes les sources de leur financement.

C’est pourquoi j’ai souhaité que nous puissions organiser en 2018 une conférence sur ce combat durant laquelle je vous appelle toutes et tous à vous engager. Mais c’est aussi le sens de l’action militaire que la France mène au sein de la Coalition en Syrie et en Irak, dans le respect du Droit international. Ce combat contre le terrorisme, il est militaire, il est diplomatique, mais il est aussi éducatif, culturel, moral. Il passe par notre action au Moyen-Orient en Afrique, mais aussi en Asie, et il doit tous et toutes nous réunir.

>>>>>J’ai entendu Ousmane, écolier à Gao, et c’est sa voix que je veux ici porter. Son enfance se passe au Mali dans la hantise des attentats aveugles. Et pourtant, son seul rêve est d’aller à l’école sans risquer la mort. Au Sahel, nous sommes tous et toutes désormais engagés. Nations unies, pays de la région au sein de la Minusma et de la Force conjointe du G5, Union européenne et ses Etats-membres, et je veux ici rendre hommage à tous ces acteurs en rappelant que c’est un effort particulièrement douloureux et cher en vies humaines.

Notre défi est aujourd’hui, là aussi, d’éradiquer le terrorisme, et pour ce faire, de renforcer les capacités nationales pour que les Etats eux-mêmes prennent en charge leur sécurité. Quels que soient les moyens que nous mettrons, nous ne réussirons pas dans notre mission collective si les pays les plus concernés ne sont pas en mesure d’assumer leurs propres responsabilités. C’est pourquoi j’ai soutenu, dès ma prise de fonction, le déploiement de la force conjointe du G5 Sahel, et j’en appelle ici à votre mobilisation collective.

C’est pourquoi aussi je veux m’investir dans le renforcement du soutien aux opérations africaines de paix, car c’est cela, l’avenir. Nous devons repenser collectivement l’articulation entre maintien de la paix, organisations régionales et pays hôtes. Et notre capacité à répondre aux aspirations de paix des populations en dépend.

Assurément, la réponse militaire ne pourra jamais être la seule réponse, et je veux ici insister sur la nécessité d’une réponse politique, et je pense bien sûr à la mise en œuvre de l’Accord d’Alger et a notre politique de développement.

>>>>>J’ai entendu aussi Kouamé, et c’est sa voix que je veux ici porter. Jeté sur les routes, il a traversé l’Afrique avant de remettre son sort en Libye entre les mains de passeurs. Il a traversé la Méditerranée, il est parvenu à bon port, quand tant d’autres périssaient en mer. Le réfugié, le déplacé, ou celui qu’on appelle tristement le « migrant », est en réalité devenu le symbole de notre époque. Le symbole d’un monde où aucune barrière ne pourra s’opposer à la marche du désespoir, si nous ne transformons pas les routes de la nécessité en route de la liberté.

Ces migrations sont politiques, climatiques, ethniques ; ce sont à chaque fois ces routes de la nécessité. La nécessité, c’est aujourd’hui la fuite, face aux persécutions dont sont victimes les Rohingyas. Plus de 400.000 réfugiés dont la majorité sont des enfants. Les opérations militaires doivent cesser, l’accès humanitaire doit être assuré, et le droit rétabli face à ce qui est, nous le savons, un nettoyage ethnique. La France prendra l’initiative au Conseil de sécurité sur ce sujet.

La nécessité, c’est le départ pour sauver sa famille quand la guerre fait rage et que le droit international humanitaire n’est plus respecté, mais instrumentalisé, comme en Syrie dans la stratégie de violence des acteurs ; l’exil, quand les défenseurs de la liberté sont les premières cibles des pouvoirs en place. La protection des réfugiés est un devoir moral et politique dans lequel la France a décidé de jouer son rôle. En soutenant le Haut-commissariat aux Réfugiés partout où il doit intervenir, en ouvrant des voies légales de réinstallation au plus proche des zones de conflit, au Liban, en Jordanie, en Turquie, mais aussi au Niger et au Tchad, en défendant le droit d’asile et le respect absolu de la convention de Genève.

Le 28 août dernier à Paris, nous avons réuni des pays africains et européens les plus directement concernés par les flux migratoires sur la route de la Méditerranée centrale. Nous avons adopté une feuille de route dont la priorité est de lutter contre les trafiquants qui font commerce de la misère. Nous devons mettre un terme aux violations insupportables des droits fondamentaux en mettant en place une infrastructure humanitaire avec le HCR et l’OIM, en aidant les pays d’origine et de transit à mieux contrôler les flux.

Mais si, face au terrorisme, aux migrations, les réponses de court terme s’imposent afin de gérer les crises, c’est notre volonté politique de traiter les causes profondes de toutes ces instabilités qui est aujourd’hui en jeu. Ces migrations, ce terrorisme, ce sont des défis politiques avant tout, profonds, pour nous tous et toutes. Car les causes profondes, morales, civilisationnelles, si nous voulons les relever, c’est par une véritable politique de développement que nous pouvons le faire.

C’est pourquoi j’ai décidé que la France jouerait son rôle en fixant l’objectif de consacrer 0,55 % de notre revenu national pour l’aide publique au développement d’ici cinq ans.

Je vous remercie pour vos applaudissements, mais je veux les tempérer en quelque sorte. D’abord parce que je sais que certains attendent davantage et que ça n’est jamais assez et la France aujourd’hui n’est pas suffisamment à ce rendez-vous ; mais surtout parce que ça n’est pas tellement l’argent qui est la question principale. C’est l’efficacité de cet argent. C’est ce à quoi nous le destinons. C’est de mieux évaluer, c’est de mieux être en responsabilité sur cet argent, que tous et toutes nous mettons.

Alors, oui, je veux que la France soit au rendez-vous de l’aide publique au développement mais je veux surtout que cette aide publique au développement fasse l’objet de plus d’innovations, de plus d’intelligence, de méthodes différentes, d’une plus grande responsabilité sur le terrain, c’est cela ce que je veux avec vous. L’enjeu aujourd’hui c’est que cette aide publique au développement arrive bien sur le terrain de manière simple, efficace, en étant évaluée, aille bien à la destination initialement recherchée, c’est cela ce que nous avons voulu faire par exemple avec l’Alliance pour le Sahel que nous avons lancée avec l’Union européenne, la banque mondiale et le PNUD.

Ensuite, c’est d’avoir des priorités claires, la première c’est d’investir dans l’éducation parce que c’est par l’éducation que nous gagnerons cette bataille contre l’obscurantisme, celle qui est aujourd’hui en train de faire basculer des pays, des régions entières, en Afrique comme au Proche et Moyen-Orient. Et j’appelle ici la communauté internationale à être au rendez-vous en février 2018 à Dakar pour la reconstitution du partenariat mondial pour l’éducation que la France coprésidera avec le Sénégal. C’est une bataille essentielle que nous mènerons là, c’est celle qui consiste précisément à donner la possibilité aux jeunes filles et aux jeunes garçons de ne pas sombrer dans l’obscurantisme, de pouvoir choisir leur avenir, pas celui qui leur sera imposé par nécessité ou celui que nous leur choisirions ici dans cette salle.

La deuxième priorité c’est d’investir dans la santé, dans la lutte contre les grandes pandémies et contre la malnutrition parce qu’aucun espoir n’est permis quand on ne peut pas se former ni se soigner.

Dans ce combat pour le développement nous avons aussi besoin de soutenir la place des femmes, la culture et la liberté d’expression. Partout où la place de la femme est remise en cause, bafouée, c’est le développement qui est bloqué, c’est la capacité d’une société à s’émanciper, à prendre sa juste place qui est ainsi bloquée, ce ne sont pas des sujets de société anodins, c’est un combat de civilisation profond, c’est notre combat, ce sont nos valeurs et elles ne sont pas relatives, elles sont éminemment universelles sur tous les continents, toutes les latitudes. Partout où la culture est bafouée là aussi c’est notre capacité collective à relever ces défis qui est réduite.

C’est pourquoi l’UNESCO est aujourd’hui une institution particulièrement essentielle et a à cet égard un rôle clé, conserver au monde un visage humain quand tant d’obscurantismes voudraient en supprimer l’incroyable diversité. C’est pour que la culture et la langue de chacun vivent et perdurent que nous nous battons pour que continue le progrès de l’esprit.

Et la liberté d’expression est elle aussi une bataille dont l’actualité n’est pas moins importante. L’ONU a vocation à protéger la liberté de ceux qui pensent, réfléchissent, s’expriment et notamment la liberté de la presse. C’est pourquoi j’appelle à la désignation d’un représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies sur la protection des journalistes dans le monde car en aucun cas la lutte contre le terrorisme, le durcissement du monde dans lequel nous vivons ne saurait justifier la réduction de cette liberté.

>>>>>Je parle enfin au nom de Jules, mon compatriote, vivant sur l’île de Saint-Martin, je songe à sa maison détruite, à sa peur que cela ne recommence encore et encore parce que le réchauffement climatique multiplie les catastrophes. L’avenir du monde c’est celui de notre planète qui est en train de se venger de la folie des hommes, la nature nous rappelle à l’ordre et nous intime d’assumer notre devoir d’humanité et de solidarité. Elle ne négociera pas, il revient à l’humanité de se défendre en la protégeant. Les dérèglements climatiques font voler en éclats la traditionnelle opposition entre le Nord et le Sud, les plus fragiles sont toujours les premières victimes emportées dans un tourbillon d’injustices, nous sommes tous frapper par les emballements terribles du climat de la Chine aux Caraïbes en passant par la Russie ou la corne de l’Afrique.

Mon pays devant cette assemblée avait promis un accord universel à paris, il a été obtenu et signé dans cette salle. Cet accord ne sera pas renégocié, il nous lie, il nous rassemble, le détricoter serait détruire un pacte qui n’set pas seulement entre les états mais aussi entre les générations. Il pourra être enrichi de nouvelles contributions, de nouveaux apports mais nous ne reculerons pas. Je respecte profondément la décision des Etats-Unis et la porte leur sera toujours ouverte mais nous continuerons avec tous les gouvernements, avec les collectivités locales, les villes, les entreprises, les ONG, les citoyens du monde à mettre en œuvre l’Accord de Paris. Nous avons pour nous la force des pionniers, l’endurance, la certitude et l’énergie de ceux qui veulent construire un monde meilleur et, oui, ce monde meilleur créera de l’innovation, des emplois n’en déplaise à ceux et celles qui veulent croire que l’avenir ne se regarde qu’en arrière.

Nous le construirons sans attendre en mettant en œuvre nos contributions comme la France l’a fait en adoptant son plan Climat qui la place sur le chemin de la neutralité carbone. En rassemblant à Paris le 12 décembre prochain tous ceux qui sont décidés à avancer autour de solutions concrètes en mobilisant les financements publics et privés et je confirme ici que la France y prendra sa part en allouant cinq milliards d’euros par an à l’action sur le climat d’ici à 2020. Nous redoublerons d’ambitions en présentant dès cet après-midi un pacte mondial pour l’environnement dont l’ambition sera de forger le droit international du siècle qui vient avec l’appui des agences de l’ONU. Quand certains voudraient s’arrêter nous devons continuer à avancer, à aller plus loin parce que le réchauffement climatique, lui, ne s’arrête pas, parce que nos dérèglements ne s’arrêtent pas, parce que notre devoir de solidarité et d’humanité ne s’arrête pas.

Mesdames et Messieurs, derrière chacun de nos décisions il y a ces voix, il y a ces vies, il y a le cortège invisible de ceux que nous devons défendre parce qu’un jour on nous a nous-mêmes défendus. Toutes ces voix qui appellent pourquoi ne les entendons-nous pas davantage ? Pourquoi ne savons-nous plus faire ce qui voici 70 ans avait redonné à l’humanité entière la force de croire en elle, la responsabilité planétaire, le goût de l’entraide, la foi dans le progrès ? Et oui, lorsque je vous parle de Bana, d’Ousmane, de Kouamé ou de Jules je parle de mes concitoyens, je parle de vos concitoyens et de chacun d’entre eux car nos intérêts, notre sécurité ce sont aussi les leurs ! Nous sommes irrémédiablement liés les uns aux autres dans une communauté de destins pour aujourd’hui et pour demain. Alors les équilibres du monde, oui, ont profondément changé ces dernières années, le monde est redevenu multipolaire, cela veut dire qu’il nous faut réapprendre la complexité du dialogue mais aussi sa fécondité.

Notre action collective se heurte à l’instabilité des états, ainsi de la Libye, six ans après son intervention armée je prends acte devant cette assemblée de la responsabilité particulière de la France pour que ce pays retrouve la stabilité. La rencontre de La Celle-Saint-Cloud du 25 juillet dernier a permis de faire avancer la réconciliation indispensable à la réussite du processus politique sous l’égide des Nations Unies. Aux côtés du secrétaire général et de son représentant spécial nous devons parvenir en 2018 à l’organisation d’élections qui marqueront le début d’une restauration effective de l’Etat et j’y mettrai toute mon énergie.

Ainsi pour le Venezuela l’action collective doit maintenir dans ce pays le respect de la démocratie, le respect de toutes les forces politiques et ne rien céder aux tendances dictatoriales qui sont aujourd’hui à l’œuvre.

Ainsi en Ukraine nous devons inlassablement là aussi faire respecter les engagements pris et permettre le cessez-le-feu effectif et progressivement comme nous le faisons avec l’Allemagne tout particulièrement permettre là aussi aux parties en présence de respecter le droit international et parvenir à la fin de ce conflit.

Le multilatéralisme peine à faire face aux défis de la prolifération nucléaire, il ne parvient pas à conjurer des menaces que nous pensions à jamais révolues et qui sont réapparues brutalement dans notre présent.

Ainsi Pyongyang a franchi en le revendiquant un seuil majeur dans l’escalade militaire. La menace nous concerne tous immédiatement, existentiellement, collectivement. A ce jour, la Corée du nord n’a donné aucun signe d’une volonté de négocier, ses dirigeants s’enferment dans une surenchère acharnée, notre responsabilité avec tous nos partenaires dont la Chine et la Russie est de ramener par la fermeté à la table des négociations d’un règlement politique de la crise. La France refusera toute escalade et ne fermera aucune porte au dialogue, si les conditions sont réunies pour que ce dialogue soit utile à la paix.

C’est ce même objectif qui me conduit à défendre l’accord nucléaire avec l’Iran. Notre engagement sur la non prolifération nucléaire a permis d’obtenir, le 14 juillet 2015, un accord solide, robuste et vérifiable, qui permet de garantir que l’Iran ne se dotera pas de l’arme nucléaire. Le dénoncer aujourd’hui, sans rien proposer d’autre, serait une lourde erreur. Ne pas le respecter serait irresponsable. Parce que c’est un accord utile, essentiel à la paix, à l’heure où le risque d’une spirale infernale ne saurait être exclu. C’est ce que j’ai dit hier aux Etats-Unis et à l’Iran.Je souhaite, pour ma part, que nous complétions cet accord par un travail qui permettra d’encadrer l’activité balistique de l’Iran, par un travail qui permettra d’encadrer la situation après 2025 que ne couvre pas l’accord de 2015. Soyons plus exigeants, mais en rien ne détricotons ce que les accords précédents ont déjà permis de sécuriser. Regardons la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, avons-nous, par l’absence de dialogue, mieux endiguer la situation en Corée du Nord ? Pas une seule seconde. Partout où le dialogue, le contrôle, le multilatéralisme se dote d’armes efficaces, il est utile. C’est cela ce que je veux pour nous tous et toutes.

Alors, je ne sais si mon lointain successeur aura, dans soixante-dix ans, le privilège de s’exprimer devant vous. Le multilatéralisme survivra-t-il à la période de doutes et de dangers que nous connaissons ? En vérité, il faudrait que nous nous souvenions de l’état du monde, voici soixante-dix ans, brisé par la guerre, stupéfait par les génocides. Il faudrait que nous retrouvions aujourd’hui l’optimisme, l’ambition, le courage que nous avons opposés à ces raisons de douter, que nous retrouvions foi en ce qui nous unit. C’est-à-dire que nous retrouvions confiance en ces valeurs fondatrices de l’ONU qui sont universelles et qui protègent les individus partout sur la planète et garantissent leur dignité.

Mais Mesdames et Messieurs, pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Parce que nous avons laissé s’installer que le multilatéralisme était en quelque sorte un sport confortable, un jeu pour diplomates assis, l’instrument des faibles, c’est cela ce qui s’est passé depuis tant et tant d’années. Parce que nous avons laissé croire qu’on était plus crédibles et plus forts lorsqu’on agissait de manière unilatérale. C’est faux. Parce que nous avons laissé croire, parfois par cynisme, que le multilatéralisme ne pouvait pas tout régler.

Alors, nous avons laissé les dérèglements du monde prendre le dessus. Nous avons trainé à régler le réchauffement climatique, à traiter des inégalités contemporaines qu’un capitalisme déréglé s’est mis à produire. Nous avons laissé des voix discordantes s’élever. Mais à chaque fois, c’est la voix du plus fort qui l’emporte à ce jeu. Nous avons, par langueur, par oubli de l’Histoire qui nous a faits, nous avons laissé s’installer l’idée qu’on est plus forts hors du multilatéralisme.

Mais notre défi contemporain, celui de notre génération, c’est de savoir le refonder. C’est d’expliquer qu’aujourd’hui, dans le monde tel qu’il va, il n’y a rien de plus efficace que le multilatéralisme. Pourquoi ? Parce que tous nos défis sont mondiaux : le terrorisme, les migrations, le réchauffement climatique, la régulation du numérique, tout cela, nous ne les règlerons qu’à l’échelle de la planète, de manière multilatérale. A chaque fois que nous acceptons que ce ne soit pas le multilatéralisme, alors nous laissons la loi du plus fort l’emporter.

Parce que, oui, mes amis, consacrer notre vision du monde, c’est par le multilatéralisme que nous pourrons le faire. Parce que cette vision est universelle. Elle n’est pas régionale. Parce qu’à chaque fois que nous avons cédé à certains qui disaient que la place de la femme, c’était l’affaire de quelques-uns, à un certain bout de la planète, mais pas des autres, que l’égalité entre les citoyens, c’était l’affaire d’une civilisation, mais pas d’une autre, nous avons abandonné ce qui nous a rassemblés ici, dans ce lieu, l’universalité de ces valeurs. Là aussi, nous avons cédé, dans certains pays, à la loi du plus fort.

Parce qu’à chaque fois que les grandes puissances, assises à la table du Conseil de sécurité, ont cédé à la loi du plus fort, ont cédé à l’unilatéralisme, ont pu dénoncer des accords qu’elles avaient elles-mêmes signés, elles n’ont pas respecté le ciment du multilatéralisme qui est la règle du droit. C’est cela ce qui nous a fait, c’est cela qui construit la paix dans la durée.

Alors oui, aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin du multilatéralisme, non pas parce que ce serait un mot confortable, non pas parce que ce serait en quelque sorte un refuge pour gens intelligents. Parce que le multilatéralisme, c’est la règle du droit, c’est l’échange entre les peuples, c’est l’égalité de chacune et chacun d’entre nous, c’est ce qui permet de construire la paix et de relever chacun de nos défis.

Alors oui, pour ce faire, l’Organisation des Nations unies a toute légitimité pour agir et préserver les équilibres du monde. C’est pourquoi je veux une ONU plus responsable, plus efficace, plus agile et je soutiens pleinement le projet du secrétaire général des Nations unies, son ambition, sa volonté de porter une organisation à l’échelle des défis de la planète. Nous avons besoin de sortir de nos bureaux, des rencontres entre Etats et entre Gouvernements pour aller chercher d’autres énergies, pour représenter différemment le monde tel qu’il est et pour revenir sur des dogmes dans lesquels nous nous sommes parfois installés.

Nous avons besoin d’un Conseil de sécurité qui puisse prendre des décisions efficaces et ne pas être enfermé dans le droit de veto, quand des atrocités de masse sont commises. Nous avons besoin d’une meilleure représentation de toutes les forces en présence de tous les continents. Nous avons besoin d’une articulation dans la gestion des crises, avec l’Union européenne, l’Union africaine, les organisations sous-régionales qui sont des acteurs essentiels. C’est pourquoi la France sera là, aux côtés des Nations unies, pour la réforme en cours.

Pour conclure, Mesdames et Messieurs, je voulais vous dire que les voix oubliées que j’ai voulu porter ce jour ne peuvent résonner que dans une enceinte comme celle-ci. Une enceinte où chacun a sa place, où chacun peut se faire entendre de ceux qui ne veulent pas écouter. A ceux-ci, je dirai : ne pas écouter la voix des opprimés et des victimes, c’est laisser leur malheur grandir, prospérer, jusqu’au jour où il nous frappera tous. C’est d’oublier que nous-mêmes, chacune et chacun, à un moment de notre Histoire, nous avons été ces opprimés et d’autres ont entendu nos voix. C’est oublier que notre sécurité, c’est leur sécurité, que leur vie engage la nôtre et que nous saurions restés indemnes dans un monde qui s’embrase.

Ne pas écouter ceux qui nous appellent à l’aide, c’est croire que les murs et les frontières nous protègent. Mais ce ne sont pas les murs qui nous protègent. C’est notre volonté d’agir, c’est notre volonté d’influencer le cours de l’Histoire. C’est notre refus d’accepter que l’Histoire s’écrive sans nous, pendant que nous nous croyons à l’abri. Ce qui nous protège, c’est notre souveraineté et l’exercice souverain de nos forces au service du progrès. C’est cela l’indépendance des Nations dans l’interdépendance qui est la nôtre.

Ne pas écouter ces voix, c’est croire que leur misère n’est pas la nôtre. Que nous posséderons pour toujours les biens dont ils ne pourront que rêver. Mais lorsque ce bien, c’est la planète, lorsque ce bien, c’est la paix, la justice, la liberté, pensez-vous que nous puissions en jouir seuls, dans un coin ?

Si nous ne prenons pas la défense de ces biens communs, nous serons tous balayés. Nous laissons s’enflammer des brasiers où demain l’Histoire jettera nos propres enfants.

Oui, aujourd’hui encore plus qu’hier, nos biens communs, c’est aussi notre intérêt, notre sécurité, c’est aussi leur sécurité. Il n’y aurait pas d’un côté l’irénisme  ( désir de concorde ) de ceux qui croient à la règle de droit et au multilatéralisme et, de l’autre côté, le pragmatisme de certains unilatéraux. C’est faux.

Notre efficacité réelle se joue dans ce combat ici. Alors, avec vous, je veux croire aujourd’hui dans un multilatéralisme fort, responsable. C’est la responsabilité de notre génération, si elle ne veut pas laisser place à la fatalité. Nous n’avons qu’un courage à avoir, Mesdames et Messieurs, celui d’entendre ces voix, celui de ne pas dévier de la trace que nous devons laisser dans l’Histoire et celui, à chaque instant, de considérer que nous devons réconcilier notre intérêt et nos valeurs, notre sécurité et les biens communs de la planète. Notre génération n’a pas le choix, car elle doit parler pour aujourd’hui et pour demain.

Je vous remercie. »

 

Le Parti de Gauche HORS RADAR

 

Le dimanche 18 juin 2017,à Marseille  au soir du second tour des élections législatives,  avant les résultats définitifs du scrutin sur la quatrième circonscription de Marseille où il se présentait, Jean-Luc Mélenchon prenait la parole,  sans doute conforté par sa probable victoire . Voici son discours qu’il a lu contrairement à ses habitudes , c’est dire que chaque mot pèse et peut  légitimement engager le débat au delà de la simple polémique que les médias de la pensée dominante n’ont pas tardé à lui  opposer par la suite.

NB : en gras les mots ou expressions qui me paraissent devoir appeler des commentaires

DISCOURS DE MELENCHON 20170618

“ Ce soir, nos adversaires dans l’Histoire et dans la société semblent remporter une victoire qui paraît écrasante.

Néanmoins, dans cette ambiance, il y a aussi des bonnes nouvelles. Et même des très bonnes.

La première

est que l’abstention écrasante qui s’est exprimée aujourd’hui a une signification politique offensive : notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique dans cette élection, faisant ainsi la démonstration de l’état d’épuisement d’institutions qui prétendent organiser la vie de la société avec un mode de scrutin où une minorité étriquée a tous les pouvoirs. C’est pourquoi je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat avec les mots et dans les formes qui conviendront à la compréhension et aux possibilités de chacun. Pour peu que nous la sollicitions, alors cette force peut se déployer et passer de l’abstention à l’offensive. C’est à cela que nous l’appelons.

La deuxième bonne nouvelle,

c’est que pour le faire, le peuple français dispose à l’Assemblée nationale d’un groupe « La France insoumise » cohérent, discipliné, offensif. Et c’est lui, avec tous ceux qui voudront le rejoindre – et qui sont les bienvenus – dans un combat où l’on cherchera toujours à rallier le maximum de ceux qui veulent entrer dans la lutte, c’est lui qui appellera le pays, le moment venu, à la résistance sociale. Et j’informe le nouveau pouvoir que pas un mètre du terrain du droit social ne lui sera cédé sans lutte.

Cette majorité boursoufflée qui est constituée à l’Assemblée nationale n’a pas, à nos yeux, la légitimité – à supposer qu’une quelconque en ait jamais – n’a pas la légitimité pour perpétrer le coup d’État social qui était en prévision. C’est à dire : la destruction de tout l’ordre public social par l’abrogation du code du travail.

Cette majorité n’a pas la légitimité pour transformer le régime des libertés publiques dans le sens restrictif qui est prévu par l’idée de faire passer dans la loi ordinaire les dispositions, pour le coup vraiment extraordinaires, de l’état d’urgence. Non : elle n’en a pas la légitimité.

C’est au contraire la résistance la plus totale qui est légitime dans cette circonstance. Et c’est la raison pour laquelle je dis que le nouveau pouvoir, s’il juge que c’est vraiment la nécessité pour le pays, et que cela est conforme à son intérêt, alors il faut qu’il procède par la voie la plus démocratique qui est en son pouvoir. C’est à dire : que le peuple français soit consulté par référendum pour savoir si oui ou non il veut de ce que cette minorité prétend lui imposer.

Voilà, mesdames et messieurs, mes bien chers amis, la raison pour laquelle je peux dire, sans m’éloigner trop de la conscience aiguë que j’ai de la gravité du moment, mes remerciements pour toutes celles et tous ceux qui ont permis l’élection de tant de nouveaux députés « France insoumise ». Notre mouvement a à peine un an, je le sais bien. Et nous marchons sur des sentiers inconnus de nous. Nous allons donc tâcher d’avancer en ayant toujours à l’esprit d’abord que c’est notre utilité pour les autres qui justifie notre existence.

Je me réjouis de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes, pour certains – et non les moins nombreux – à peine trentenaires, devenir vos porte-parole. La jeune génération est là. Le combat est assuré, en toute hypothèse, de sa pérennité.

Bien sûr, j’ai de la tristesse pour tous ceux qui auront, à la fin de leurs efforts, eu l’unique récompense de toucher de près le but, hélas sans l’atteindre. Ils vont me manquer, je vous le dis.

Mais notre groupe et notre mouvement, fort de ses 500 000 affiliés, est une force immense. Une élection est une élection. Ce qui compte, c’est la permanence, la fermeté des convictions et les formes d’organisation qui les portent. Et bien tout cela, tout cela a été atteint ! Tout cela a réussi !

Le peuple français n’a donné aucune chance aux survivants de l’ancien monde. Et il nous a désignés pour, dorénavant, porter devant le fanal du combat.

J’appelle, comme à l’Assemblée, dans le pays, dans les villes et les campagnes, à la formation partout d’un nouveau front populaire politique, social et culturel, capable de rassembler dans toute leur diversité de méthodes d’action, de pensées, toutes celles et tous ceux qui savent et qui ont compris que le moment de l’Histoire qui se présente devant nous s’écrit avec un grand « H ». Et que nous allons choisir d’une façon ou d’une autre, encore, dans les mois et les années qui viennent, dans quel monde nous voulons vivre, dans quelle société nous voulons vivre. C’est à dire que l’espérance d’un monde des jours heureux reste intacte à la condition que, dorénavant, la force de l’abstention devienne la force de la révolution citoyenne. »

 COMMENTAIRES

1)Selon les médias , 6 inscrits sur 10 , ne sont pas allés voter au second tour des législatives ce qui signifierait que la majorité présidentielle de La République en Marche ( LRM)ne représente pas la majorité arithmétique de tous ceux qui avaient droit de vote lors du scrutin des législatives . Depuis l’avènement de la V république en 1958, cette abstention battrait un nouveau record que Jean Luc Mélenchon qualifie de  » gréve générale civique « . Il parait nécessaire d’y regarder de plus prés.

Dans notre droit constitutionnel les votes blancs ne sont toujours pas considérés comme suffrages exprimés , mais en 2012 une réforme du début du quinquennat de Hollande a permis de les comptabiliser officiellement et de les distinguer des votes nuls .(La loi n° 2014-172 visant à reconnaître le vote blanc aux élections a été adoptée le 21 février 2014    https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2014/2/21/INTX1240667L/jo/texte)

Avant cette loi , les resultats officiels des scrutins se contentaient  de mentionner le nombre d’inscrits , le nombre de votants et le nombre de suffrages exprimés ( lesquels représentaient l’ensemble des bulletins, moins les blancs et les nuls). Depuis cette loi ( voir la circulaire d’application)  une nouvelle comptabilisation des votes s’impose de nature à rendre visible le vote blanc qui exprime une volonté de ne voter pour aucun candidat . Ces nouvelles données publiques rendent aléatoires les comparaissons entre avant et aprés 2014 sur le phénomène de l’abstention en général.

2)Le vote blanc ne peut pas être assimilé à de la résignation au même titre que  » d’aller à la pêche » le jour des elections , ce qui pose une autre question : le fait de ne pas utiliser volontairement son bulletin de vote pourrait -il signifier un acte de protestation face à l’offre politique du moment ? et dans ce cas dans quelles proportions ?. Les conclusions des politologues , à cet égard, devraient pouvoir s’entourer d’ études plus approfondies afin de dépasser la simple logique arithmétique .

3)Le discours sur une  révolution citoyenne qui supposerait  une implication par les urnes d’une nouvelle mentalité politique populaire fondée sur l’urgence écologique , sociale et démocratique a -t-il des chances de se concrétiser  dans une majorité de pouvoir,  sans  le préalable d’une opinion favorable  ? Et le ralliement des abstentionnistes à la France Insoumise de Melenchon y suffirait il  ? La rupture avec le capitalisme financier , signe distinctif de la France insoumise , ouvre -t-elle la voie à une adhésion sinon massive , disons majoritaire sur cette ligne d’action ?

4) Quid du Parti de Gauche , totalement absent des radars  ? Le PG créé par Mélenchon dont les principaux cadres ont porté le mouvement de la France Insoumise,est-il obsolète ?
Pourquoi la crise de la représentativité qui affecte le monde politique passe par la crise des partis politiques ? Une des réponses se situe dans l’incapacité de prouver à l’intérieur de la vie interne d’un parti l’esprit démocratique qu’il prône pour la gouvernance d’un pays. La démocratie ne peut pas se passer de règles, on peut même avancer que  la démocratie et la diversité qu’elle contient , est incarnée par un état de droit  qui doit être respecté et respectable afin d’éviter l’évanescence  d’un droit formel servant d’alibi . Comme le dit Jean Luc le politique est au service des autres, et les autres sont tous ceux qui désirent un avenir meilleur . Le meilleur est loin de faire l’unanimité , il nécessite une organisation au service d’un idéal de vie  , et , à ce titre la vision du meilleur pousse à nous confronter à la diversité et à la complexité du vivant . Sans organisation, sans expérience du collectif , l’idéal démocratique est peu de choses . Il va donc falloir pour tous ceux qui partagent cette nouvelle mentalité politique axée sur l’urgence écologique, sociale et démocratique d’opter pour un type d’organisation ,et d’adapter les moyens aux objectifs dans l’ordre et si possible dans la discipline comme le suggère Mélenchon. L’appel au combat de Jean Luc , l’appel à un front populaire  a mis hors radar le Parti de Gauche . Revient-il aux militants de le remettre en perspective et comment ? Faut-il envisager sa dissolution ? Ou bien faut-il réfléchir aux modalités de la relation entre FI et le PG ? Où se trouvent les temps de la démocratie politique , hors les temps de vote , et  hors la  logique électoraliste de la conquête du pouvoir à laquelle est confiné tout groupement politique au moins dans son acceptation  la plus usuelle ? Que reste-t-il du PG , que reste -t-il de la France Insoumise ? et comment organiser la conquête de l’opinion sur le programme de l’avenir en commun?

5) S’agissant de l’opinion locale , l’analyse des chiffres électoraux ,circonscription par circonscription est incontournable , tout comme l’expérience des candidats PG aux élections .