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Reflexions sur ce qui arrive et la condition des gens , retour sur la démocratie vivante au fil de l’actualité

l’alibi de la confiance

La confiance n’est qu’un alibi à l’absence de règles et au principe d’obéissance qui s’y attache . D’un point de vue sociologique et institutionnel , si l’organisation humaine commande d’avoir des règles , l’absence de règles ne signifie pas pour autant un défaut  d’organisation , mais un  défaut de démocratie. L’échange né  de la discussion participe du contrat de confiance qui rend vivante une démocratie .

Pareillement au plan  psychologique  et relationnel,  l’injonction  » Aies confiance «   est tout à fait paradoxale comme le serait l’injonction  » sois spontané » .  Confiance et spontanéité disparaissent à partir du moment où  elles  sont sollicités . On a envie de dire que ces dispositions psychologiques , la confiance , la spontanéité  se méritent plus qu’elles ne se dictent. La confiance ne se donne pas , elle se partage.

Entrons maintenant dans le jeu de l’analyse économique . Un chercheur du CNRS , Thibault Gajdos , vient d’ écrire une tribune publiée dans le journal LM du 17 Novembre 2017 ,intitulée  » Peut-on faire confiance aux riches« 

C’est apparemment ce que fait Macron , sacrifiant ainsi à la logique de la confiance  » le bien le plus précieux pour une économie «  selon l’expression de  son ministre de l’économie Bruno Lemaire lors de l’Université d’été du Medef le 30 aout 2017. Macron ,alors qu’il était ministre de l’économie sous la Présidence Hollande  a fait voter et mis en oeuvre le CICE , le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi , une baisse des charges inconditionnelle en faveur des patrons . En tant que Président il continue sur la même lancée en supprimant l’ISF .  Il compte sur les plus riches pour investir et relancer l’économie et embaucher plutôt que d’augmenter les dividendes et les salaires des dirigeants. Les statisticiens ont du mal à le démontrer . Peu importe Macron croit aux vertus de la confiance et on ne trahit pas la confiance du Président … des riches !!! Allo , quoi ? Les « paradise papers  ? Des riches qui veulent échapper à l’impôt grâce aux paradis fiscaux , c’est normal  mais comment peut-on faire confiance dans leur sens du bien commun , s’interroge T Gadjos , si les mêmes  » cherchent à diminuer «   leur contribution fiscale par l’optimisation fiscale ( une évasion fiscale qui ne dit pas son nom) . Qui est le dindon de la farce ? Surement pas Macron et son ministre de droite qui dénonce depuis des lustres  » l »assistanat »des plus défavorisés. Or il résulterait d’études menées par l’Université de Berkeley ou de  l’Institut européen d’administration des affaires (Insead) que les classes supérieures , sous l’emprise de l’appât du gain , sont plus enclines à tricher que les classes inférieures . Et  Gadjos de conclure  » la menace semble le meilleur moyen d’amener les riches à respecter les règles « 

On ne peut pas , ne pas faire allusion ici au « verrou fiscal de Bercy » . C’est quoi? En France l’administration fiscale dispose historiquement ,d’un pouvoir exorbitant , notamment celui d’être le maitre d’oeuvre des poursuites pénales en matière de fraude fiscale . C’est le ministre du budget qui dénonce au Procureur de la République les contribuables susceptibles de comparaitre devant un tribunal correctionnel où des peines de prison peuvent être requises et prononcées . Régulariser un dossier fiscal par le paiement d’une amende fiscale pour le contribuable indélicat , le fait en général échapper aux poursuites pénales infamantes et à la peine de prison . On comprend des lors que la majorité présidentielle LRM Nait pas voter la suppression du verrou fiscal , ce qui aurait eu le mérite de traiter de la même manière les riches  et les pauvres en cas de désobeissance à la loi pénale.

 

 

Retour sur la dette publique à l’occasion d’une motion de renvoi en commission du PLFR 2017,présentée par JL Mélenchon au nom du groupe La France Insoumise

Cliquez ici  http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180051.asp#P1090631

pour le compte rendu intégral des débats qui se sont tenus le 13 novembre 2017 à l’Assemblée nationale

Motion de renvoi en commission

Mme la présidente. J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de renvoi en commission déposée en application de l’article 91, alinéa 6, du règlement.

La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Madame la présidente, monsieur le ministre, chers collègues, je demande, au nom du groupe La France insoumise, le renvoi en commission de ce projet de loi. En effet, j’estime que les deux cadres qui organisent la pensée de ce budget sont erronés.

Beaucoup croient que le budget est une création particulière, résultant de l’imagination du gouvernement en place. Non, monsieur le ministre, vous suivez sans originalité, permettez-moi de vous le dire, la feuille de route que délivre la Commission européenne tous les ans, à l’issue du fameux semestre européen. C’est du reste, dans un passé récent, ce que tous les gouvernements français, quels qu’ils soient, ont fait – plus ou moins bien.

Ainsi, la réforme du cadre administratif du pays, qui ne répondait à aucune espèce de nécessité, n’a été faite par M. Hollande que parce que l’Europe l’avait demandé. Comme sa première copie n’était pas au point, il a lui-même réformé sa propre réforme qui n’était pas entrée en vigueur : c’est l’organisation des régions. Depuis, la Commission n’a cessé de réclamer une réforme du code du travail. À chaque semestre européen, elle nous demande de fluidifier, de flexibiliser, et que sais-je encore, les relations de travail. C’est ce par quoi vous avez commencé.

Je ne donne que ces deux exemples car il me faut en venir à la critique de fond que je veux adresser à cette pensée inspirée par la Commission et ses préjugés idéologiques. Commençons par l’absurdité de la règle des 3 %. À supposer que ce soit le bon chiffre, elle s’applique, quelle que soit la situation, quel que soit le contexte. Il est donc devenu impossible de prendre des mesures contracycliques, alors que la France, du fait de son organisation, s’est caractérisée pendant des décennies par son économie contracyclique !

Évidemment, on peut toujours se piquer de sérieux avec ces 3 %. Mais c’est une blague ! Lorsque la limite du déficit a été fixée, les Allemands proposaient 5 %. Ce sont les Français qui ont proposé 3 %. C’est un inspecteur des finances, Guy Abeille, qui est l’auteur des 3 %, un homme dans son bureau qui a trouvé que 5 %, c’était beaucoup trop, 1 %, c’était ridicule, et que 3 %, au milieu, ça faisait sérieux…

Ça fait sérieux, mais ça ne l’est pas ! Il suffit de regarder le bilan du pays auquel ce remède de cheval a été appliqué contre tout bon sens : la Grèce. Quand la crise a commencé, en 2010, la dette représentait 146 % du PIB. Six ans plus tard, après que le PIB s’est écroulé du quart, comme les salaires, et que les pensions de retraite ont chuté de 20 %, après que le taux de chômage a grimpé jusqu’à 22,5 % et que 400 000 personnes ont émigré parce qu’elles ne pouvaient plus vivre dans leur pays, la dette de la Grèce représente… 186 % du PIB ! Rien n’a été réglé. Qu’attendez-vous donc de remèdes de cheval qui ne guérissent rien et ont plutôt tendance à faire mourir la bête ?

Si l’on veut regarder de plus près encore, on s’étonnera d’apprendre que la Grèce dégage chaque année 3,9 % d’excédent primaire. En France, nous en sommes loin ! Mais cela signifie qu’il faudra encore cinquante ans aux Grecs pour écluser leur dette, en son état actuel. Cinquante ans ! Ce que la Commission est en train de faire, c’est de dire aux jeunes Grecs que l’unique objectif politique de leur pays, pendant les cinquante prochaines années, sera de rembourser la dette !

Et tout cela sur la base de calculs dont je mets en cause la nature, et l’existence même. Enfin, pourquoi devrait-on comparer le niveau d’une dette à la production de richesses d’une année, monsieur le ministre ? Qu’est-ce que cela signifie ? Quel rapport objectif cela décrit-il ? Qui d’entre nous voit son endettement évalué par rapport à son revenu annuel ?

M. Charles de Courson. Moi !

M. Jean-Luc Mélenchon. Allons, monsieur, pas pour les dettes privées !

M. Charles de Courson. Voyez mon banquier, il vous expliquera !

M. Jean-Luc Mélenchon. Reprenez-vous, je vous prie, et ne m’interrompez pas. Ou attendez que je vous en donne la permission ! (Sourires.)

Si vous rapportez la dette de la France à la durée moyenne d’un titre de dette conclu par l’État – 7 ans et 31 jours – l’endettement total de la France est, par rapport au PIB des années considérées, de 12 % : rien qui justifie les sacrifices et les destructions auxquels nous sommes appelés ! Bref, le cadre intellectuel et conceptuel de l’économie tel que le pense la Commission est une absurdité, qui ne permettra pas de faire face aux événements qui s’annoncent.

Deuxième cadre de votre budget, la théorie du ruissellement : on empile de l’argent en haut, et les grosses miettes finissent par dégringoler sur ceux qui sont en dessous. C’est une idée que vous avez récusée, monsieur le ministre, je m’en souviens très bien. Vous avez pourtant expliqué que les 10 milliards que vous allez donner entraîneront des investissements, qui produiront eux-mêmes des emplois, lesquels rapporteront des taxes et des impôts – créant ainsi le monde meilleur auquel vous aspirez, mais que vous ne verrez pas advenir avec de telles méthodes.

Cette théorie butte sur un point : il n’est prouvé nulle part que l’argent supplémentaire que l’on donne au capital va au travail et à l’investissement. Il n’existe aucune preuve de cette affirmation. Cela a l’air de vous amuser, monsieur le ministre. Je suis sûr que vous avez une bonne raison, mais pour ma part, je prends cela très au sérieux. Après tout, vous pourriez avoir raison… Mais le fait est que personne ne critique ce point de la doctrine économique.

Vous m’avez répondu précédemment que le bon sens veut que l’argent aille à la production. Mais nulle part on ne voit trace de ce bon sens ! Alors que les mesures contenues dans le projet de loi de finances pour 2018 sont quasiment acquises, le journal L’Opinion a rapporté la semaine dernière que les investisseurs avaient décidé de ralentir leurs investissements en France pour l’année 2017 et qu’ils ne prévoyaient rien pour l’année 2018. Ils estiment en effet que les outils de production sont déjà utilisés au maximum de leur capacité.

Cela signifie qu’ils n’attendent absolument rien de la décision qui vient d’être prise de leur rendre 10 milliards d’euros. Cette théorie part de l’idée que le marché, au fond, place naturellement les ressources au bon endroit, au bon moment. Ça, c’est l’ancien capitalisme, le capitalisme rhénan, celui que l’on a connu pendant les dernières décennies du siècle passé. Mais il n’existe plus. Le capitalisme de notre époque, c’est d’abord une accumulation disproportionnée dans la bulle financière, sans aucun rapport avec la production réelle.

Ce phénomène s’est développé d’une manière fulgurante à partir des années 1970, et précisément de la décision de M. Richard Nixon, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité du dollar en or. Les États-Unis d’Amérique ont alors commencé à imprimer des billets sans aucune limite, et leur monnaie à régler le commerce mondial. Entre cette époque et 2016, on est passé de 20 milliards à 5 000 milliards de dollars d’échanges financiers par jour, soit 115 fois, chaque jour, le montant annuel du commerce mondial. Si cela ne démontre pas l’existence d’une sphère financière absolument coupée de la réalité de l’économie productive, qu’est-ce qui le démontrera jamais !

La bulle boursière qui en a résulté, c’est-à-dire une accumulation de richesses sans cause, est elle aussi considérable. Nous sommes passés de 1 400 milliards en 1975, soit quelques années après la décision de Nixon, à 65 000 milliards en 2017. Entendez bien ce chiffre : il est supérieur au pic qu’a atteint la capitalisation boursière à la veille de la crise de 2008 ! Cette crise, causée par l’éclatement de la bulle financière, a été la plus grave depuis celle de 1929 selon les déclarations de nos responsables politiques, le président Sarkozy et le président des États-Unis de l’époque, mais aujourd’hui, nous sommes à un niveau supérieur ! Il suffit d’ouvrir un journal économique ou financier pour voir que nous sommes dans un état sur-critique. Et c’est le moment que nous avons choisi pour aller, avec nos petits seaux, grossir encore l’océan de cet argent fictif !

Alors que la valeur boursière a été multipliée par 45 en trente ans, la production réelle, elle, n’a été multipliée que par 3,5. Soyons clairs : un océan de papier flotte au-dessus de nos têtes. Une bulle gigantesque englobe l’économie réelle. C’est elle, et non la production réelle, qui donne le rythme. Le danger est donc extrême, et il ne faut pas l’accroître.

Or, je vous l’ai dit il y a un instant, les investisseurs ne se préparent pas à investir l’argent qu’on va leur donner. Du reste, au cours des dernières années, ils n’ont pas davantage investi, au contraire. Et cela se comprend ! Ce n’est pas un complot, c’est juste qu’il est plus facile d’accumuler dans la bulle financière que dans l’économie réelle. Autrefois – en l’an 2000, ce n’est pas si vieux que cela ! – les entreprises du CAC 40 distribuaient 33 % de leurs bénéfices aux actionnaires. Aujourd’hui, elles en distribuent 57 %. Cela signifie qu’elles comptent sur des gens pour placer leur argent de manière opportune.

On sait, depuis les Paradise papers et, avant cela, les Panama papers, ce que ces personnes font de leur argent. Si ceux qui devraient investir n’investissent pas, si les riches préfèrent les dividendes, si la bulle boursière nous menace, alors il faut que nous regardions s’il existe des théories ou des pratiques économiques qui aboutissent à un résultat inverse. Voilà ce qui nous intéresse.

Je vais chercher la preuve de ma démonstration à la Banque centrale européenne – BCE –, même si cela peut paraître curieux de prime abord. La BCE a commencé par annoncer qu’elle donnerait 400 milliards aux banques, à la condition que celles-ci donnent, en échange, des titres de prêts immobiliers. Résultat ? Rien. Ce sont 60 milliards à peine qui ont été consommés. Les banques ont préféré ne rien prendre que de lâcher ce qu’elles considéraient comme un placement plus sûr que de l’argent à placer dans l’économie réelle – car c’est la deuxième condition que posait la Banque centrale.

M. Jean-Claude Juncker a proposé 300 milliards de plan de relance. Que s’est-il passé ? Rien. Cette somme n’a pas été utilisée non plus. Il a fallu que le banquier central adhère, avec un peu d’humour, à la théorie la plus folle de M. Keynes, qui disait que tout était bon pour relancer la machine, y compris jeter des sacs de billets depuis des hélicoptères, parce que cela obligeait les gens à dépenser immédiatement l’argent, pour qu’on ne le leur reprenne pas. Ce que je suis en train de vous raconter n’est pas une invention : c’est ce qu’il a dit lors d’une conférence de presse, avec humour, pour répondre à un journaliste qui lui demandait quelle était la limite de ce qu’il était prêt à faire pour relancer l’économie. Il a répondu qu’il n’y en avait pas, et a fait cette hypothèse.

M. Charles de Courson. C’était une plaisanterie !

M. Jean-Luc Mélenchon. Un jour, on a donc compris que lorsqu’on posait des conditions, les banques ne plaçaient pas leur argent dans l’économie réelle. Qu’a-t-on fait ? On leur a dit qu’on leur donnait tout l’argent qu’elles voulaient, contre rien. On leur a donné 80 milliards par mois. Au bout de quatre ou cinq mois seulement, alors que l’économie était entrée en dépression dans la zone euro, ce qui est la catastrophe totale, l’argent a commencé à ruisseler et on a vu la production européenne remonter la pente, si bien qu’on considère aujourd’hui qu’il y a un « mieux ». Le mieux, c’est une croissance de 2 %. Il a fallu injecter gratuitement dans l’économie européenne plus de 2 000 milliards d’euros, ce qui correspond à une année de production totale de la France, pour qu’aussitôt on voie la machine se relancer ! C’est bien la preuve qu’il suffit d’injecter de l’argent dans l’économie réelle pour que la machine redémarre et que les impôts et les taxes remettent les budgets d’équerre.

Oui, cette question se pose avec une urgence absolue. On évoque sans cesse la dette publique, et tout le monde oublie la dette privée. Or celle-ci, en France, est supérieure à la dette publique. Les Français ne doivent pas seulement 2 200 milliards de dette publique ; ils doivent un peu plus de la même somme en dette privée, ce qui fait un total de 4 500 milliards. La seule manière de soigner la dette privée, surtout quand vous avez une bulle financière, c’est de relancer l’économie réelle, parce que c’est elle qui va permettre, au moins à ceux qui ont emprunté, de ne pas être défaillants – car c’est par là que les bulles éclatent. C’est la première remarque que je voulais faire, qui n’entre nulle part dans les hypothèses économiques qui ont servi à construire ce budget.

Évidemment, la question de la dette se pose à l’Europe entière, et je vous propose donc une mesure qui me semble indispensable. Si nous ne faisons rien, si nous continuons avec l’absurde règle d’or, qui ne tient aucun compte des effets des cycles économiques, si nous n’en finissons pas avec tout cela, que va-t-il se passer ? Les tensions entre les nations vont s’exacerber, parce que, partout, l’État et les services publics reculent, ce qui vide de son sens même l’existence de la nation, qui ne peut pas être autre chose qu’une communauté de solidarité. Il faut régler la question de la dette, parce que c’est en son nom que ces politiques de coupes claires sur les services publics sont menées. C’est à cause d’elle qu’ont lieu les manifestations absurdes de ces 60 000 voyous d’extrême droite en Pologne…

M. Éric Coquerel. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. …ou que se font jour des crises d’identité nationale comme celle qui se déroule actuellement en Espagne.

Il faut arrêter cette machine à perdre et à tuer, en organisant une conférence de la dette au niveau européen. Je demande qu’on me démente si ce que je dis ne tient pas ou si mon addition n’est pas juste : si la totalité des dettes publiques des États d’Europe était achetée directement par la Banque centrale européenne au lieu d’être rachetée sur le second marché, comme cela a été le cas jusqu’à une date récente – ce qui a conduit à cette situation ridicule où la Grèce a procuré 8 milliards à la Banque centrale européenne – dans le pire des cas nous aurions 5 à 6 % d’inflation. Eh bien, je vous le dis, je préfère 5 ou 6 % d’inflation et une Europe qui vit dans la paix et la prospérité, plutôt que la guerre qui s’avance. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.),,,0

Le ministére public roumain en tête de la lutte anti corruption avec la magistrate Laura Codruta Kovesi,procureur général

 

330px-Laura_Codruta_KövesiArte TV a réalisé une enquête en Roumanie où la corruption sévit et rend la situation explosive dans ce pays, membre de l’Union Européenne depuis 2007 et se penche sur le rôle de la justice.

Face à la déliquescence du pouvoir politique ( celui du parti social democrate) au plus haut du sommet de l’Etat, le reportage salut en particulier l’action de Laura Codruta Kovesi,42 ans procureur général à la tête de la Direction Nationale anti corruption.

Le reportage  permet de souligner le caractère courageux , volontaire et déterminée de cette magistrate qui incarne pour beaucoup de roumains l’espoir d’un changement .

CLIQUEZ ICI pour en savoir plus  https://www.arte.tv/fr/videos/071436-007-A/arte-regards/

Muriel Resseguier député France insoumise de l’Herault (34)

Vidéo de son intervention lors des debats sur le PLF 2018

Retranscription intégrale de son discours

Le contenu du projet de loi Finances ne nous a guère surpris.

Pour certains adeptes de la calculatrice et de l’argent-roi, il s’agit de compter « ce qui rapporte et ce qui coûte ». Et voici où l’état souhaite faire des économies : l’éducation, la santé, le logement, la sécurité sociale… Or qui peut croire aujourd’hui que les services publics vivent dans l’opulence ? Certainement pas les usagers, les enseignants, ou le personnel hospitalier…

Non, on ne peut pas assimiler le budget de l’État à celui d’une entreprise, car chaque ligne budgétaire aura un impact sur la vie des gens au quotidien.

Nous voilà désormais clairement en marche mais en marche vers quoi ? Vers la fin du code du travail ! Vers la fin de l’Assurance Chômage ! Et probablement vers la fin de la Sécurité Sociale – déjà 22 000 postes supprimés en 10 ans ! Soyons vigilants : une fois que les gens ne cotiseront plus, les assurances privées qui galvaudent le nom de mutuelles, prendront le pas sur le système actuel et tant pis pour ceux qui ne pourront pas se soigner par manque d’argent.

S’il doit y avoir un constat politique de la situation économique de notre pays, c’est bien celui concernant la montée vertigineuse des inégalités. Ce qui ne semble plus choquer grand monde. Le projet de loi de finances écarte d’un revers de main ce principe fondamental qui veut que nous ne soyons pas une addition d’individus en compétition les uns avec les autres, mais un collectif uni et solidaire.

Depuis plusieurs années, la prétendue impossibilité de s’écarter de la feuille de route dictée par Bruxelles, le marasme économique et la dette sont invoqués pour justifier toujours plus de sacrifices. Et ce gouvernement adhère pleinement à cette logique folle. Il suffit de voir le contenu du Projet de Loi de Programmation des finances publiques 2018-2022 et les objectifs qu’il fixe.

En attendant, les dix plus grandes fortunes françaises ont vu leur patrimoine passer de 22,9 milliards à 240,8 milliards d’euros entre 1997 et 2017. Soit une progression de plus de 950% sur la période ! A titre de comparaison, l’indice des prix à la consommation harmonisé n’a augmenté en parallèle que de 35%. Le tout alors qu’une cure austéritaire est imposée au même moment à la dépense publique.

Et rien ou si peu pour les 30 000 enfants qui vivent dans la rue, les plus de 9 millions de pauvres, les 6 millions de chômeurs, le monde rural et agricole, ou les quartiers populaires.

Monsieur Le Maire nous a dit en commission finances : « il est nécessaire d’alléger la fiscalité sur le capital  » et Monsieur Darmanin a ajouté le même jour que : ce « budget est celui du pouvoir d’achat »…

Cette fois-ci, dans la boîte il y a un cadeau : le petit livret jaune ! Le fameux « livret du pouvoir d’achat » ! Une belle brochure de 11 pages compilant quelques mesures en faveur du pouvoir d’achat, dont certaines existaient déjà, pour que ceux qui ne sont rien et ne comprennent pas tout ne se sentent pas trop perdus dans les 212 pages du projet de loi de finances. Un bel outil de propagande dans lequel tout le monde semble gagnant !

Dans ce gouvernement on n’a pas toujours le temps de réfléchir, on veut aller vite parce que le temps c’est de l’argent !

On n’a pas le temps de tergiverser car on n’est pas des fainéants !

Alors quand Edouard Philippe intervient en septembre pour dire, je cite, que « nombre de contrats aidés répondent véritablement à des besoins prioritaires et que pour faire face à l’urgence il va falloir les conserver »… d’un côté c’est rassurant puisqu’il revoit sa copie même si c’est insuffisant et de l’autre c’est stupéfiant parce que c’était une évidence.

Autre tour de passe-passe, la suppression progressive de la taxe d’habitation, source de financement des collectivités locales, dont il faut bien sûr revoir les modalités de calcul pour la rendre plus juste, que le gouvernement déguise en restitution de pouvoir d’achat, est en réalité un cadeau empoisonné. Car, le manque à gagner de 13 milliards d’euros rendra plus difficile le financement des écoles, des crèches, des équipements sportifs, ou des transports en communs.

La même logique s’abat sur les régions : le fond de soutien en matière de développement économique de 450 millions est en passe d’être supprimé.

Tout le monde remarque que la politique menée par le gouvernement est concentrée en faveur des plus fortunés.

Ainsi la transformation de l’ISF en Impôt sur la Fortune Immobilière permettra aux 1% les plus riches d’économiser 3,6 milliards d’euros ! Aux oubliettes, la lutte contre l’évasion et la fraude fiscale, la taxe sur les transactions financières infrajournalières, la taxe sur les dividendes…

Le choix est clair, l’économie financière, qui appauvrit les gens et dévaste la planète a de beaux jours devant elle. Exit l’économie réelle.

Aujourd’hui, certains disent : « profitons ». Et demain que diront-ils ? « Sauve qui peut ? ».

Pour conclure, je dirais avec Denis Duclos : « Une métamorphose du libéralisme en autoritarisme s’annonce. Un dispositif de contraintes et de hiérarchisation s’esquisse, analogue à celui des anciens empires. Nous entrons dans un règne qui vise comme jadis à parachever son hégémonie par l’exaltation des fantaisies des puissants, l’abaissement de citoyens libres et l’écrasement des indigents. »

23 octobre 2017 AN : Harangue dans l’hémicycle du député JL Mélenchon sur l’insoutenabilité de l’Europe

« Entre les traités budgétaires et les peuples , nous avons choisi , ce sont les peuples »

Après le sommet du Plan B de l’Europe Insoumise qui s’est déroulé à Lisbonne les 21 et 22 octobre 2017 , JL Mélenchon remet le couvert à l’Assemblee nationale   sur le prélèvement européen lors des débats concernant le PLF 2018  . Il ne se prive pas de critiquer l’Union Européenne et dire en quoi elle est insoutenable dans sa politique budgetaire  Il dénonce  d’une part la politique d’austérité anti sociale qu’elle fait subir aux peuples qui la composent et d’autre part les privilèges financiers qu’elle octroie voire qu’elle conforte en faveur d’une élite ou d’une caste politico-économique , celle du monde de la finance qui dirige le monde à sa manière sans le contrôle d’une souveraineté populaire.

Au cours d’une session parlementaire ( auj celle qui a commencé le 3 octobre 2017) le portail vidéo de l’Assemblée Nationale vous offre la possibilité de visionner les interventions lors des débats . Vous cliquez sur l’intervenani de votre choix .

VIDEO Pour visionner JL Mélenchon  CLIQUEZ ICI  http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5035633_59edf407ef49f.1ere-seance–projet-de-loi-de-finances-pour-2018-premiere-partie-suite–debat-sur-le-preleveme-23-octobre-2017

Sur le site de l’Assemblée Nationale ( à découvrir impérativement pour tout  intellectuel insoumis qui se respecte ) vous pouvez prendre connaissance ( en cliquant sur l’onglet >dans l’hémicycle >comptes rendus de séances > Vous cliquez ensuite sur l’intervenant de votre choix

Pour lire , dans son intégralité et à tête reposée, l’intervention de JL Mélenchon

RETRANSCRIPTION INTEGRALE : SOURCE CLIQUEZ  ICI http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180023.asp#P1057880

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Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon, pour le groupe La France insoumise.

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M. Jean-Luc Mélenchon. Présidente, ministre, collègues, bonjour ! (Murmures.) Depuis le discours du Président de la République à la Sorbonne, j’estime que la campagne des prochaines élections européennes est commencée, et c’est une bonne chose.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Formidable !

M. Jean-Luc Mélenchon. Il a raison de dire que c’est une occasion pour nous, Français – nous tous –, de proposer une issue à l’impasse politique, économique et morale dans laquelle se trouve enfermée l’Union européenne, dont la construction semble en quelque sorte bloquée par les circonstances.

Ce débat, il faut l’aborder dans le respect, c’est-à-dire dans le refus de caricaturer les positions en présence. La caricature ne convaincra jamais que ceux qui la prononcent, et pas ceux qui la reçoivent. C’est la raison pour laquelle, lorsque je lis dans un journal que je suis dans la « tentation souverainiste », l’ancien enfant de chœur que je suis souris, sachant que la tentation est un désir peccamineux et la préfiguration du mal. (Sourires.) Franchement, est-ce que la discussion porte sur le mal ou le bien, sur le beau, le juste ou l’infâme nationalisme ? Non, je ne le crois pas.

Je vais vous rassurer, pour la qualité de notre débat : non, le problème n’est pas l’Europe, c’est le capitalisme financier à laquelle elle est rivée par ses traités financiers. Pour nous, le problème n’est pas l’étranger : c’est le refus absolu d’assurer une situation d’égalité des droits avec lui. Pour nous, le problème n’est pas de faire l’Europe, c’est de refuser de défaire la France pour y parvenir.

Défaire la France, c’est-à-dire tout ce qui la constitue : sa laïcité, d’abord – pas seulement son drapeau, mais les symboles de sa laïcité, sa laïcité réelle – ; ses services publics ; ses champions industriels ; sa vocation égalitaire ; son identité universaliste ;…

Mme Anne Genetet. Elle n’est pas menacée !

M. Jean-Luc Mélenchon. …enfin, son refus d’être contrôlée, sa volonté d’être indépendante. Voilà l’idée que je m’en fais, et rien d’autre.

Cela ne devrait pas me valoir d’être enfermé, avec mes amis, dans une confusion : parler d’indépendantisme, cela signifierait se replier sur soi. Mais quoi ? Depuis quand l’affirmation de soi et de ses valeurs est-elle un repli ? C’est tout le contraire : c’est l’enthousiasme qui nous meut !

M. Jean-Michel Jacques. Vous n’êtes pas seuls : vous avez le Front national avec vous !

M. Jean-Luc Mélenchon. Lorsqu’on nous traitera de souverainistes, moi et mes amis, je n’aurai qu’une chose à vous dire : appelez-nous comme vous voulez, du moment que, lorsqu’on parle de souverainisme, on entende bien qu’il s’agit de la souveraineté du peuple, la seule souveraineté acceptable.

Et pourquoi en parler ? Est-ce faire un procès d’intention ? Dois-je rappeler qu’avant le Brexit, c’est-à-dire le moment où un peuple décide de s’en aller, il y a eu d’autres votes ? Or comment ont-ils été traités ? Le Danemark, refusant le traité de Maastricht : obligé de revoter ! L’Irlande, refusant le traité de Nice : obligée de revoter ! La France et les Pays-Bas votant contre : il n’en est tenu aucun compte ! Le référendum grec, se prononçant contre un mémorandum : tout le monde s’en fout !

Il y a une dérive autoritaire, dont M. Juncker a fini par exprimer l’esprit tout entier en prétendant qu’il n’y avait pas de démocratie possible en Europe en dehors des traités. Si ! Et je me pose même la question de savoir s’il n’y a pas de démocratie qu’à la condition de sortir des traités, notamment des traités budgétaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Ce sont eux qui créent la tension à l’intérieur des nations et entre elles, au point que les peuples en viennent à s’affronter, non seulement entre eux, mais à l’intérieur des nations, jusqu’à ce qu’elles se démembrent après avoir été transformées en coquilles vides.

J’en viens au rapport : ce n’est pas de cela qu’il parle. (Sourires.) Le rapporteur a fait son boulot,…

Mme Valérie Rabault. C’est déjà un bon point !

M. Jean-Luc Mélenchon. …le rapport est bien fait, et je veux en souligner la qualité. J’en désapprouve totalement la conclusion, mais la qualité, elle, est indiscutable : il pointe de vrais problèmes et de vrais sujets de discussion.

Mais enfin, qu’observe-t-on, après toutes ces chansons sur l’Europe, son caractère bienfaisant, son ouverture, etc. ? L’Europe dépend de plus en plus de la contribution des nations que, par ailleurs, on décrie, on montre du doigt et à qui on jette des pierres. Au début, en 1988, c’était un petit 10 % pour les États membres et nous voici maintenant rendus à 60 % des recettes totales de l’Union.

Ensuite, concernant les recettes – vous verrez que cela a des implications politiques –, après avoir constaté que les nations font tout, on regarde la case des recettes propres de l’Union européenne, en l’occurrence les droits de douane. Et que voit-on ? Ils sont tombés de 30 % à 14 % à peine. Et pourquoi ? Parce que les traités de libre-échange qui, par ailleurs, détruisent nos emplois, défigurent nos sociétés, etc., font que les recettes de douane de l’Union européenne vont décroissant.

Mme Anne Genetet. Ce n’est pas vrai !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà un organisme qui est en train de se tuer lui-même !

Et puis, dans cette affaire, il faut bien observer que cette Europe, qui donne tant de leçons aux autres, est certainement l’organisme européen le plus mal géré. Comment expliquez-vous que, jusqu’à l’année dernière, nous en étions à presque 20 milliards d’impayés ?

Mme Valérie Rabault. Plutôt 24 milliards !

M. Jean-Luc Mélenchon. Grandiose, non ? Cette année, ce montant a baissé, je le reconnais, mais quand arrivera à la fin du cycle du budget pluriannuel – car il y a aussi cette étrangeté, qui dépasse le mandat d’un député, chère madame Rabault –, figurez-vous que nous serons à découvert de 240 milliards, car 240 milliards de dépenses auront été décidées sans avoir été payées. Voilà les exploits de gestion de l’Union européenne !

Je vous passe le reste, tous ces organismes qui ne servent strictement à rien, comme le Service européen pour l’action extérieure, dont la baronne Ashton a eu la franchise de dire qu’elle ne savait pas à quoi il servait, quoiqu’elle soit placée à sa tête, mais qu’elle pensait que l’organe finirait par définir la fonction.

Voilà où nous sommes rendus dans cette affaire. Pour la France, c’est de plus en plus cher. Je vous rassure, madame Rabault : je n’ai jamais dit que j’étais contre le prélèvement.

Mme Valérie Rabault. Si, si : c’est dans compte rendu de la réunion de la commission !

M. Jean-Luc Mélenchon. Mais écoutez, vous et les autres ! Ne vous contentez pas de lire les fiches qui viennent de Solférino ! (Rires.)

Mme Valérie Rabault. Solférino ?

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Solférino ne répond plus ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Je suis contre le paiement de l’excédent et je vais vous expliquer pourquoi. La contribution de la France est de plus en plus importante. Le prélèvement a été multiplié par cinq depuis 1982 et vous verrez qu’il y en aura pour la prochaine période pour 5 milliards de plus. C’est très cher payé pour ce que nous avons.

Oui, je suis contre le paiement de l’excédent positif de la France. En effet nous donnons 20 milliards et nous en recevons 14 pour appliquer une politique agricole que je condamne de toutes les manières possibles. Nous cotisons donc pour 6 milliards net. Si ces 6 milliards étaient restés dans les caisses de l’État, nous respecterions le critère des 3 % et il n’y aurait pas besoin d’engager les mesures que nous prenons pour réduire le déficit structurel.

J’ajoute que, dans ce projet de loi de finances, 16 milliards sont rognés sur le budget de l’État : 10 milliards pour compenser les baisses d’impôt, 6 milliards d’économies pures. Eh bien, ces 6 milliards, ce sont ceux que nous donnons à l’Europe.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois puisque, depuis 2012, la totalité de l’excédent, c’est-à-dire les économies faites sur le périmètre de l’État, a été versée à l’Europe. Vous ne croyez pas que cela mérite une discussion un tant soit peu plus approfondie que la confrontation des dénonciations et des bêlements d’enthousiasme ?

Je suis donc contre le fait qu’on paie l’excédent.

Par ailleurs, je suis pour que l’on ouvre contre l’Allemagne une procédure pour excédents commerciaux excessifs, parce que ce qui est en train de se construire, c’est un modèle économique calqué sur celui de l’Allemagne. Les traités européens condamnent ces excédents parce qu’ils sont toujours faits sur le dos des autres. Pourquoi n’ouvre-t-on pas une procédure ? N’a-t-on pas le droit de dire à nos amis allemands qu’ils exagèrent ?

Quand les Anglais nous ont dit qu’ils voulaient un rabais, qui a représenté 60 % de leur contribution, les Allemands ont dit qu’ils ne paieraient que 25 % du reste. Et c’est nous, les Français, qui payons le plus ! Est-ce une situation normale, alors que nous sommes censés être en déficit excessif ?

M. Thibault Bazin. C’est injuste !

M. Jean-Luc Mélenchon. S’ils ne respectent pas les règles, il faut qu’on les leur fasse respecter.

Tout ça tourne autour d’une question : la dette.

M. André Chassaigne. Ah !

M. Jean-Luc Mélenchon. C’est la grande question du continent européen. Il faut solder la dette. Vous n’y parviendrez pas par des excédents bruts d’année en année. Avec ce que le gouvernement actuel est en train de faire – et il fait un effort dans ce sens, vous le savez comme moi, on en dénonce assez la violence – cinq points, il faudra cent ans pour finir de payer cette dette.

La dette doit donc être annulée, notamment celle des Français, parce qu’elle est excessive. Une part trop importante est due aux taux d’intérêt des années 1990, qui n’ont pas d’autre raison d’être que le fait que les Allemands ont décidé de donner pour 1 mark de l’Est 1 mark de l’Ouest, et que pour contrer l’inflation qui s’est ensuivie, les taux d’intérêt sont montés à 6 %, 7 %, voire 8 %.

Si nous avions à l’époque emprunté à un taux de 2 % – soit le taux actuel, et même moins –, la dette de la France serait de 30 % inférieure.

Un député du groupe LR. Et si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce sont des réalités. Nous ne pouvons pas accepter que cette situation perdure et que nous, les Français, nous ayons comme unique ambition d’être, comme l’avait dit le président Hollande, les meilleurs élèves de la classe. Pas question ! Il faut revenir sur cette dette, il faut la réévaluer, il faut l’effacer. Et pour ça, il n’y a qu’à faire un moratoire ou à la geler. Il n’y a rien de plus facile.

J’en viens à ma conclusion avant qu’on m’y invite. Tout le monde doit avoir un plan B, et vous autres de La République en marche, comme nous, vous en avez un.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Ça vaut mieux qu’un plan T ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Maurice, arrêtez de faire le singe ! (Nouveaux sourires.)

Il y a un problème de financement ? Vous instaurez une taxe carbone. Le Président veut une taxe carbone aux frontières. Vous avez tous compris que cela s’appelle du protectionnisme. Proposez-la : nous voterons pour. Nous aussi nous proposons une taxe sociale.

Nous avons un plan B à notre manière. En avez-vous un ? S’ils refusent, que ferez-vous ? S’ils ne veulent pas taxer les GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon –, s’ils ne veulent pas changer le statut de travailleur détaché, que ferez-vous ? Les bras croisés, vous protesterez ? Ou bien avez-vous une méthode pour répliquer ?

Nous, nous avons un plan B. Je le résume à une phrase prononcée par ma camarade Catarina Martins à Lisbonne, à l’occasion du grand rassemblement du plan B : « Entre les traités budgétaires et les peuples, nous avons choisi les peuples. » (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

 

18 octobre 2017 AN: Intervention du député Mélenchon sur la contribution de la France au bubget européen en commission des affaires étrangères


Vous pouvez écouter la video  ICI >>>http://melenchon.fr/2017/10/20/7762/  de Jean-Luc Mélenchon en commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale le mercredi 18 octobre 2017 sur la question de la contribution de la France au budget de l’Union européenne. Le président du groupe « La France insoumise » a expliqué pourquoi il critiquait la gestion de l’Union  . Au titre du budget européen , la France  souscrirait environ 20 milliards , il lui en reviendrait directement ou indirectement mais pour l’essentiel dans le cadre de la PAC  autour de 14 milliards , le solde en contribution nette serait donc de 6 milliards dont la gestion lui parait des plus opaques .Dans ces conditions , la somme de 6 miliards apparaitrait comme une dépense somptuaire puisque la France est inscrite, selon les critères européens , comme pays excessivement endettée.

 

Le Média : lancement live du 11 octobre 2017

https://www.youtube.com/watch?v=Do-P0c37E0U

Le Média est votre nouveau média indépendant, collaboratif, pluraliste, culturel, francophone, humaniste, féministe, antiraciste, écologiste et progressiste. Ce mercredi 11 octobre 2017 débute la campagne de souscription et d’élaboration de ce média. Son lancement officiel, lui, est programmé pour le lundi 15 janvier 2018. Mais rien, absolument rien, ne se fera sans vous. NOS ENGAGEMENTS 1. Ce média, coopératif, sera indépendant : sa gouvernance impliquera ses sociétaires, ses salariés et ses « bénéficiaires ». 2. Ce média sera collaboratif : s’appuyant sur un réseau de correspondants, d’associations, d’ONG, il fera appel aux collaborations citoyennes. 3. Ce média sera pluraliste : s’affranchissant de la dictature de l’urgence, il laissera sa place à la confrontation des idées et aux débats de fond. 4. Ce média sera culturel et francophone : sans se limiter au seul hexagone, il contribuera à la valorisation et à la création culturelle de la francophonie. 5. Ce média sera humaniste et antiraciste : il s’engagera dans la lutte contre les discriminations et travaillera au renforcement des solidarités humaines. 6. Ce média sera écologiste et progressiste : il soutiendra les initiatives qui favorisent l’harmonie entre les hommes et la nature. Retrouvez notre manifeste sur https://www.change.org/p/media-citoyen Devenez co-propriétaire du Média : http://lemediatv.fr/socios/

AGENDA POLITIQUE : Lisbonne 21et 22 Octobre 2017 . Plan B en Europe de la gauche radicale européenne .

Cinquième sommet  des partenaires européens de la gauche radicale qui proposent de transformer l’Union européenne en cas de victoire électorale avec un plan A , rester dans l’Europe, et un plan B , sortir de l’Europe, de ses traités de discipline budgétaire et de la politique d’austérité.

L’Europe insoumise se retrouve à Lisbonne pour le 5ème sommet du plan B

Face à l’offensive ultralibérale tous azimut de l’Union Européenne, qui en France s’incarne dans les politiques mises en oeuvre par Macron, la sortie des traités européens est plus que jamais d’actualité, de manière concertée (plan A) ou unilatérale avec ceux qui seront en accord avec nous (plan B). C’est le message que portera la délégation du Parti de Gauche (représentés par Eric Coquerel, Corinne Morel-Darleux, Sophie Rauszer et Djordje Kuzmanovic) ces 21 et 22 octobre à Lisbonne lors du cinquième sommet du « plan B ».

Après Paris et Madrid en 2015, Copenhague en 2016 et Rome en mars dernier, ce moment poursuivra la construction d’une alternative « revendiquant la démocratie pour les peuples d’Europe et affirmant la coopération démocratique et la solidarité comme alternative au déficit démocratique et social imposé par le traité de Lisbonne il y a dix ans ». Il s’agit là d’un jalon important pour les élections européennes de 2019 qui permettra au peuple français de choisir la France Insoumise plutôt que le couple Macron-Merkel et à leur Europe de la crise sociale.

L’appel pour le sommet du plan B à Lisbonne :
Le programme du Plan B à Lisbonne :
Live streaming de l’ouverture er de la clôture de plan B à Lisbonne : https://www.facebook.com/PortugalLeftNews
Eric Coquerel, député de la France Insoumise et Co-Coordinateur du Parti de Gauche et Djordje Kuzmanovic, Secrétaire National du Parti de Gauche pour les questions internationales et de défense

https://youtu.be/0GkAtXH_TBY Discours de Jean-Luc Mélenchon prononcé le dimanche 24 janvier 2016 en conclusion du premier sommet pour un plan B en Europe.

https://www.lepartidegauche.fr/3031/; sommet du plan B de Rome le s11 et 12 mars 2017

https://europeinsoumise.org/index.php/fr/content_page/19-a-la-une/41-olivier#.WetecHBXi5Q.facebook 

As a new financial crisis threatens the world, actors of the radical Left convene at the fifth Plan B summit to save Europe from the neoliberal regime leading it to destruction. The future is being invented in Lisbon.

Le cinquième sommet du plan B en Europe s’ouvre aujourd’hui à Lisbonne. Il réunira des acteurs de la gauche transformatrice d’une vingtaine de pays européens et de tous horizons politiques, associatifs ou scientifiques. Cette rencontre est significative: selon Hervé Hannoun et Peter Dittus, respectivement Directeur Général Adjoint et Secrétaire Général de la Banque des Règlements Internationaux, nous sommes à la veille de la pire crise bancaire de notre histoire. Cette paire franco-allemande qui ne peut être soupçonnée de clémence envers le gauchisme a tiré une conclusion de ces découvertes qui se traduisaient par le titre de leur livre: « Révolution requise».

Lors de la fondation du Parti de la gauche française, il y a plus de huit ans, une autre paire franco-allemande composée de Jean-Luc Mélenchon et d’Oskar Lafontaine était parvenue à la même conclusion. Ils n’ont pas été écoutés, la crise de 2008 a eu lieu et, par conséquent, la Grèce a été outrageusement placée sous surveillance. Le premier Plan B Summit a eu lieu à Paris à l’initiative de Jean-Luc Mélenchon, Zoé Konstantopoulou en Grèce, Stefano Fassina, ancien ministre des Finances italien, Oskar Lafontaine, fondateur de Die Linke, sociologues, juristes et acteurs de mouvements nationaux et européens. Notant que la capitulation de la Grèce «a été réalisée par la fermeture des banques grecques par la Banque centrale européenne (BCE) et la menace de ne pas leur permettre de rouvrir jusqu’à ce que le gouvernement grec accepte une nouvelle version d’un programme raté», ne plus jamais laisser chanter les peuples d’Europe! Cette initiative a rapidement rejoint une vingtaine de pays représentés aux sommets de Madrid, de Copenhague et de Rome et est devenue le creuset de la réinvention européenne.

L’observation faite au premier Sommet est maintenant largement acceptée: «Nous devons échapper à l’inanité et à l’inhumanité des traités européens actuels et les remanier afin de jeter la camisole de force du néolibéralisme, abroger le traité budgétaire et rejeter l’accord de libre échange avec le États (TTIP) ». Ces traités sapent la capacité des États à intervenir économiquement et les obligent ainsi à déléguer leurs tâches au secteur privé, menant à une marchandisation du monde qui n’a préservé aucun aspect de la vie humaine – santé, éducation, transport, nourriture, logement et même la terre elle-même. Après neuf ans de politiques d’austérité, même les partis sociaux-démocrates qui ont contribué à leur mise en œuvre commencent lentement à admettre que le retrait des traités est nécessaire. Oui mais comment? C’est là que le plan A entre en action.

Certains soulignent que ces traités ne sont pas négociables; ils ne pourraient être modifiés qu’à l’unanimité par les 28 (bientôt 27) États membres, condition improbable. Il n’y aurait donc d’autre solution que de faire usage, comme le Royaume-Uni, du fameux article 50 qui déclenche la sortie de l’Union européenne – tous les États membres étant totalement isolés et incapables de négocier quoi que ce soit, l’UE ne cédant jamais à quoi que ce soit. En réalité, la force des traités est pour la plupart une illusion. Il devrait suffire de se rappeler qu’après s’être enfoncé aussi loin que possible dans une austérité absurde et contre-productive, la Banque centrale européenne a manqué à son mandat d’inonder le continent de liquidités; Personne ne s’y opposa, à part quelques ordolibéraux à l’esprit unique en Allemagne. Mario Draghi a même été célébré comme un grand sauveur pour faire exactement ce que les économistes de gauche l’avaient pressé de faire depuis le début – sauf qu’il l’a fait mal, puisque son stimulus monétaire a profité aux banques privées qui n’ont pas manqué l’occasion de spéculer l’argent public. Aucun État n’a été sanctionné pour ne pas avoir respecté des règles budgétaires insoutenables. L’Allemagne, dont l’excédent commercial viole les règles de l’UE sur les déséquilibres excessifs, est tout sauf félicité pour cela. Les traités, comme les promesses, ne lient que ceux qui y croient.

L’Union européenne n’est pas asphyxiée par ses traités mais par des institutions qui décident de les faire respecter quand elles en ont envie. Cela dit, il est communément admis que l’ennemi est «Bruxelles», une puissance qui domine les États membres. C’est une autre idée fausse. La Commission européenne, loin d’être un organe exécutif européen, n’est pas le vrai pouvoir. Le pouvoir est en fait au Conseil européen et au Conseil de l’Union européenne, c’est-à-dire aux chefs d’État et à leurs ministres. Sa définition officielle indique que le Conseil européen n’a pas de fonction législative, mais qu’il est néanmoins un «véritable centre de décision politique» et «donne l’impulsion nécessaire au développement de l’Union», définissant des orientations et des priorités politiques générales. En d’autres termes, c’est le Conseil européen qui détermine l’esprit des lois proposées ultérieurement par la Commission et soumises au Conseil des ministres européens. Pour sa part, le Parlement européen joue uniquement le rôle de chambre d’enregistrement.

De plus, le Conseil n’est pas un organe supranational, mais un lieu où les États s’affrontent et où la volonté de l’un ou de plusieurs d’entre eux s’impose aux autres. «Bruxelles» et «Europe» sont donc des entités abstraites qui masquent simplement une lutte à l’ancienne entre des puissances rivales. Parmi ces pouvoirs, le gouvernement conservateur allemand a été celui qui a le plus réussi à imposer sa volonté à ses partenaires. Il est donc tentant de considérer que la lutte pour la transformation de l’Europe est avant tout une lutte contre l’Allemagne. C’est seulement partiellement vrai.

D’abord parce qu’il y a une opposition en Allemagne. De plus, les conservateurs allemands n’ont pu agir qu’avec la complicité d’autres gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates à travers l’Europe. Ils ont continué à l’ériger en modèle tout en se cachant pitoyablement derrière son soi-disant pouvoir pour justifier leurs renonciations. Les conservateurs allemands n’ont jamais eu un adversaire assez déterminé ou assez préparé – mais il n’en prend qu’un. Il n’en prend qu’une parce que le système est de nouveau au bord de la panne. Un seul lien dans la chaîne des institutions systémiques doit rompre pour que toute la chaîne s’effondre. Cela arrivera finalement à moins que les mesures contenues dans le plan A empêchent une telle catastrophe; la menace de le déclencher pourrait faire sortir la tête des autruches.

L’accession au pouvoir d’un gouvernement de gauche transformateur est donc l’un des enjeux du Sommet Plan B. Cependant, un gouvernement de ce type devra pouvoir s’appuyer sur une grande mobilisation populaire, conscient de ce qui est en jeu et prêt pour un bras de fer. Il est également possible que la réforme de l’Union européenne en laissant ses traités échoue. L’Appel à l’action de Lisbonne a-t-il défini comme un plan B l’invention «d’autres formes de coopération européenne, le rétablissement de la souveraineté et la mise en place de nouveaux mécanismes pour les choix monétaires et économiques des peuples»? Même si l’Union européenne s’effondrait sous le poids de ses contradictions, ce ne serait pas la fin de l’histoire.

Le plan B est une désobéissance unilatérale mais coordonnée à l’égard de l’Union européenne. Si, par exemple, un État souhaitant introduire une taxe écologique et sociale aux frontières de l’Union européenne devait faire face à un mur de rejet par d’autres États, il l’introduirait à ses frontières nationales, assurant ainsi un effet d’entraînement sur autres partenaires intéressés. « Il ne s’agit pas d’obtenir les meilleurs résultats possibles dans chacun de nos pays en s’appuyant sur des degrés de latitude relatifs accordés par leur puissance économique et leur poids démographique respectifs », explique Eric Coquerel, mais de travailler ensemble sur un plan B concret qui prend tenir compte des caractéristiques de chaque pays, c’est-à-dire de leurs réalités politiques, économiques et sociales. Ce n’est qu’ainsi que le slogan d’une «autre Europe» peut être surmonté – ce dernier étant systématiquement empêché par la règle de l’unanimité, qui consacre de facto la doctrine néolibérale. Sur les questions monétaires, par exemple, il existe de nombreuses réponses politiques qui peuvent varier en fonction du contexte, de la sortie de la zone euro à une monnaie commune ou à un système monétaire remanié. Mais tous sont d’accord avec la devise du Bloco portugais: ne plus sacrifier pour l’Euro!

Si le plan B devait être mis en œuvre, il serait crucial que le plan A ait effectivement déclenché une mobilisation populaire. Ce dernier vise non seulement à doter les États désireux d’initier une refondation européenne, mais aussi à donner vie à un idéal internationaliste de solidarité qui a été miné par l’UE en opposant les peuples les uns aux autres. Cet internationalisme renouvelé est une priorité absolue. Les partisans de l’Union européenne telle que nous la connaissons ont en effet déployé des moyens considérables pour faire connaître une lecture téléologique de la construction européenne qui aboutirait à un «idéal». L’Europe serait le berceau de la démocratie et des droits de l’homme, elle aurait une cohérence et une unité essentielles qui auraient attendu des siècles avant d’être réalisées politiquement, et cela serait en cours. Une fois ce mythe accepté, l’Union européenne devient un projet sacro-saint qui doit être protégé au prix de tous les sacrifices: sa valeur métaphysique justifierait d’accepter des catastrophes matérielles et même des brutalités physiques plutôt que de les remettre en question.

Il est donc important de souligner que le mythe européen vient avec un brin de preuve. Il n’y a pas de définition précise de ce qu’est «l’Europe». La déclaration de Charles de Gaulle sur l’Europe s’étend de l’Atlantique à l’Oural, sa frontière naturelle avec l’Asie. Pourtant, l’Oural n’a aucune frontière: les peuples asiatiques et caucasiens vivent de part et d’autre de cette chaîne de montagnes de basse altitude. L’Oural ne sépare pas non plus les entités politiques, car elles traversent la Russie. La frontière orientale de l’Europe n’est pas plus claire: la Grèce était ottomane pendant six siècles. Au sud, l’Europe est naturellement délimitée par le détroit de Gibraltar, mais cette frontière naturelle n’a pas empêché les Arabes de s’installer en Espagne ou dans les Etats européens de coloniser l’Afrique. La complexité de l’histoire du continent n’est cependant pas du tout prise en compte par le mythe européen, celui-ci se résumant généralement à la Grèce antique, à la Joconde et au Goethe. Des discussions sans fin sur les limites des frontières de l’Union européenne s’ensuivent également.

Ce spectre culturel rétréci, réduit à quelques symboles, pourrait facilement être confondu avec un colonialisme démodé: la privation de souveraineté des pays d’Europe du Sud est allée de pair avec une stigmatisation de leurs peuples – comme ce fut le cas pour les Grecs, un jour honorés comme les inventeurs de la démocratie, et le lendemain évoqués avec des stéréotypes infâmes habituellement réservés aux peuples de l’autre côté de la Méditerranée. Rejeter le mythe européaniste, c’est donc aussi rouvrir l’horizon des possibles. Si la construction européenne actuelle s’avérait impossible à réformer, toutes les options resteraient ouvertes pour forger de véritables relations de coopération et d’échanges égalitaires dont notre monde a tant besoin pour ne pas tomber dans l’abîme.

C’est cet espoir que le Sommet Plan B entend donner à la vie. Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire, mais c’est un espace de dialogue et de propositions qui n’a jamais été vu auparavant au niveau européen. Il ouvre la voie à des majorités sociales dans chaque pays. Ce 5 ème Sommet de Lisbonne sera l’occasion de faire un nouveau pas en avant: rendre la structure permanente, créer une plateforme unique au lieu des différents sites créés pour chaque Sommet pour permettre une plus grande ouverture, produire du matériel argumentatif – en d’autres termes , pour fédérer la résistance.

Olivier Tonneau et Sophie Rausze

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APPEL POUR UN PLAN B LISBONNE   #planBLisboa

https://euro-planb.pt/appel-plan-b-lisbonne/Pour une Europe de la coopération démocratique et de la solidarité

Après Paris, Madrid, Copenhague et Rome, le 5ème sommet du Plan B se tiendra les 21 et 22 octobre 2017 à Lisbonne, revendiquant la démocratie pour les peuples d’Europe et affirmant la coopération démocratique et la solidarité comme alternative au déficit démocratique et social imposé par le traité de Lisbonne il y a dix ans.

 

Le traité de Lisbonne, avec l’Acte unique européen, le Marché commun et les directives principales les mettant en place (directive Bolkestein et travailleurs détachés) est une pierre angulaire  de la contradiction entre l’intégration européenne néolibérale et les démocraties européennes garantissant aux peuples la pleine jouissance des droits civiques, politiques et sociaux. Le traité de Lisbonne a imposé le même projet de concentration du pouvoir et d’affaiblissement des démocraties rejeté par le « non » français et néerlandais aux référendums de 2005.

 

En 2015, un autre référendum a été brutalement méprisé, en violation directe du mandat populaire et de la souveraineté populaire : le glorieux « non » grec du 5 juillet aux mesures austéritaires extrêmes et antidémocratiques imposées par les institutions européennes et le FMI. Le coup d’État contre le « non » du  peuple grec a été fait par la Commission Européenne et la BCE, via le refus de liquidité et l’étranglement financier utilisés comme moyen d’extorsion. Depuis juillet 2015, l’Union européenne, le FMI et le gouvernement grec ont imposé au peuple grec les mêmes mesures que celles rejetées par référendum et ont continué à soumettre le pays et le peuple à une dette qui a été jugée illégale, illégitime, odieuse et insoutenable par la Commission de la vérité sur la dette du Parlement. Le coup d’État contre le peuple grec est un coup d’État contre la démocratie en Europe, face auquel nous somme obliger de réagir, résister et répondre avec un plan politique solide. Et en effet, ce fut après ce coup d’État que l’initiative du Plan B a été lancée pour protéger les peuples européens, restaurer la démocratie en Europe et assurer la prospérité et l’égalité pour les sociétés européennes.

 

Les règles du Pacte de Stabilité et de Croissance et maintenant du TSCG font partie des principales raisons de l’inégalité et de l’échec économique, parce qu’elles refusent aux démocraties la capacité financière de mettre en œuvre des politiques sociales majeures. À l’intérieur et à l’extérieur de la zone euro, l’austérité et le mercantilisme basés sur la dévaluation des coûts du travail approfondissent les fractures sociales et les inégalités en Europe. Alimenté par cette destruction sociale, un autre ennemi de la démocratie se développe : les forces ultranationalistes et xénophobes.

 

Compte tenu de cette désintégration sociale et politique, les anciens partis sociaux-démocrates et conservateurs insistent sur la formule d’une intégration plus antidémocratique, d’un contrôle austéritaire sur les budgets nationaux et d’attaques des politiques sociales et politique du travail, créant des conditions non viables pour les générations actuelles et futures, et privant la jeunesse de l’espoir de vivre dans la dignité, la prospérité et la liberté.

 

Le CETA et les autres accords de libre-échange similaires, soutenus par les partis conservateurs et sociaux-démocrates, sont le cheval de Troie qui subordonne les démocraties au pouvoir des entreprises et des fonds d’investissements.

 

L’échec des traités et institutions de l’UE et n’est pas l’échec de l’Europe et de ses peuples. Les démocraties européennes ont besoin d’une alliance internationale des forces progressistes, démocratiques et populaires, des syndicats et des mouvements sociaux qui luttent pour une rupture avec les traités  de l’Union européenne et qui construisent une nouvelle coopération qui sert les intérêts de nos peuples et protège la démocratie et les droits civiques, politiques, sociaux, économiques et environnementaux. Une coopération qui favorise la paix internationale à travers le rejet du militarisme et de l’industrie de l’armement, la solidarité avec les migrants et les réfugiés, et la lutte pour un développement international de normes démocratiques, sociales et environnementales élevées.

 

Le sommet du Plan B à Lisbonne sera l’occasion d’approfondir davantage les voies alternatives développées lors du sommet de Rome. Le point de départ de notre analyse est que les traités actuels de l’UE sont une camisole de force pour nos démocraties, nos sociétés et nos économies. Nous voulons initier des mouvements civiques de désobéissance et obtenir des majorités dans chacun de nos pays pour exiger la négociation d’un nouveau cadre européen qui permette : des politiques de développement social qui rompent avec le pouvoir de la Banque centrale européenne (BCE), des prêts directs aux États,  une redistribution des investissements publics et une restructuration et mutualisation des dettes publiques qui éliminent les dettes illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables.

 

Si ce plan A échoue, à cause de l’hostilité prévisible des institutions de l’UE, le résultat ne sera pas la capitulation à Bruxelles. Dans ce cas, le ou les pays devraient ouvrir la voie à un plan B qui rende possible d’autres formes de coopération européenne, restaurant la souveraineté et mettant en place de nouveaux mécanismes pour les choix monétaires et économiques des peuples.

 

Les grandes mobilisations anti-austérité et les diverses luttes sociales qui mobilisent les peuples dans toute l’Europe et au-delà sont une force-clef dans notre cause commune pour la démocratie et la justice sociale et environnementale. La désobéissance civile aux exigences de l’austérité permanente s’inscrit dans le chemin vers une mobilisation sociale et une résistance démocratique importantes.

 

Les partis politiques progressistes, les syndicats, les féministes, les écologistes, les défenseurs des droits humains, les autres mouvements sociaux et militants qui se sont rassemblées dans les forums du Plan B sont unis : entre sauver l’Union européenne et l’Euro et sauver nos peuples des griffes de l’austérité, nous choisirons toujours les droits sociaux et démocratiques de nos peuples.

 

 

Melenchon dans le débat sur l’avenir de l’EUROPE

LA VIDÉO de l’intervention de JL Mélenchon ( pour lire le compte rendu integral de toutes les interventions à l’Assemblée nationale CLIQUEZ ICI)

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Retranscription intégrale de l’intervention de Melenchon

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« M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la ministre, mes chers collègues, la géopolitique a toujours commandé la politique, et la longue histoire de France en atteste. Encerclés je ne sais combien de fois sous l’Ancien régime, envahis quatre fois par notre voisin au cours d’un peu plus d’un siècle, agressés par toute l’Europe lorsque nous avons fondé la République, nous avons, comme leçon de notre histoire, décidé finalement de nous orienter vers la construction d’une union européenne. C’est notre histoire, et rien ne sert de revenir sur les conditions dans lesquelles elle s’est faite.

En revanche, nous pouvons faire ce que nous voulons de l’avenir. La cause est devenue confuse en France, et la nation française, qui est la nation politique en Europe, comme le reconnaissent tous nos voisins, a besoin de savoir où elle va. De ce point de vue, depuis 2005, tout est confus. On a voulu nous faire croire, avec le traité de Lisbonne, que le vote de la France en faveur du « non » était en fait un « oui ». Puis le président Hollande, après avoir dit qu’il renégocierait le traité budgétaire, a fini par le signer sans rien avoir renégocié.

C’est pourquoi les deux interventions du président Macron, celle qu’il a faite à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs et celle qu’il a faite à la Sorbonne, sont les bienvenues : nous sortons enfin de cette politique en demi-teinte qui était celle des petits pas, qui ne disait ni où elle allait ni par quel chemin elle comptait passer. C’est donc une opération de clarification à laquelle je souscris.

J’ajoute que je partage le diagnostic du Président : on ne peut plus continuer ainsi. Le chemin actuel ne mène nulle part, sinon à une dislocation dont chacun risque de renvoyer la responsabilité à son voisin. Nous avons besoin de transformer la prochaine élection européenne en un vrai débat politique sur l’avenir de l’Europe. Cela, j’y souscris.

Mais l’essentiel du discours du président Macron consiste en un basculement du paradigme européen. Pour la première fois, un président de la République française définit la souveraineté de la France comme étant conditionnée par celle de l’Europe. Devant les ambassadeurs, M. Macron déclare : « Pour la France, […] le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. » À la Sorbonne, il affirme : « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle ». Je suis en désaccord complet avec cette formule. Et je voudrais qu’on l’entende comme un moment de pensée philosophique, politique, car c’est sur ce terrain qu’on arrivera à avoir un débat.

Qu’est-ce que la souveraineté ? Elle est évoquée dix-huit fois dans le discours de la Sorbonne, mais elle n’est jamais définie. La souveraineté, c’est l’autorité sans partage d’un groupe sur la population qui le compose et le territoire qu’il occupe. Et la légitimité de cette autorité sans partage, c’est la démocratie. C’est parce que la loi est votée par tous qu’elle s’applique à tous. Il n’y a donc de souveraineté que dans le peuple, et il n’y a de communauté que la communauté légale constituée par le peuple constituant qui décide des lois qui s’appliquent à lui. Voilà où est la souveraineté de la France : dans son peuple. Et cette définition est celle de son histoire ; il n’en existe pas d’autre. Il n’y a pas de lieu de la souveraineté. Il ne faut pas confondre la souveraineté et la puissance. La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux !

M. Adrien Quatennens. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Elle est liée à la souveraineté du peuple, parce que c’est le peuple qui a toujours tiré la France des impasses dans lesquelles ses élites maintes fois l’ont enfermée.

Je vous mets en garde contre l’idée qu’au paradigme central de l’autorité populaire viendraient se substituer des chiffons rouges qu’on partagerait. L’Europe de la défense serait ainsi devenue la nouvelle mode, par exemple, et on en oublie quel sort a connu la Communauté européenne de défense quand elle nous a été proposée. La défense n’est pas un projet commun. La défense, c’est l’Europe de la guerre. La guerre contre qui ? Il faut dire les choses comme elles sont, d’un bout à l’autre des résolutions de l’Union européenne : contre la Russie. Je ne suis pas d’accord : la Russie est non pas un ennemi, mais un partenaire. Nous n’avons pas à nous organiser contre les Russes.

M. Jean-Louis Bourlanges. Voilà qui est embêtant.

M. Jean-Luc Mélenchon. En revanche, nous devons nous souvenir que la stratégie de défense de la France repose sur la dissuasion nucléaire. On en pense ce qu’on veut, mais c’est l’arme ultime des Français. La dissuasion nucléaire ne se partage pas. On ne met pas vingt-neuf doigts sur le bouton – c’est déjà assez grave qu’un seul puisse appuyer. Et cette stratégie, qui est celle de la France, n’est pas compatible avec les batteries antimissiles que l’OTAN a installées en Pologne et dans les pays périphériques de la Russie comme une menace, car cela signifie que l’Europe pourrait devenir un théâtre d’opérations, ce que nous, Français, avons toujours refusé. La dissuasion nucléaire est tous azimuts. Quand on demandait au général de Gaulle s’il ne trouvait pas que c’était un peu excessif, compte tenu de l’existence d’un allié, les États-Unis d’Amérique, il soutenait que le monde n’allait pas plus mal depuis qu’on avait pris cette décision. Il avait raison.

M. Julien Aubert. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce qui tue l’Europe, c’est d’avoir rendu impossible l’expression d’un intérêt général européen, c’est-à-dire d’avoir empêché son peuple, ses peuples de constituer ensemble un intérêt général, qui est nécessairement un intérêt social. Les traités européens interdisent l’harmonisation sociale, ils interdisent l’harmonisation fiscale. Ils ne connaissent qu’une règle : la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire la compétition de chacun contre tous à l’intérieur des nations et entre les nations. C’est parce qu’on agit de cette manière que progressivement les nations deviennent des coquilles vides où ceux qui sont les plus avantagés ne veulent plus prendre en charge ceux qui le sont moins. Cela mène à un indépendantisme régional généralisé des plus favorisés vis-à-vis de ceux qui le sont moins.

Je voudrais vous montrer que le résultat de cette logique est déjà sous vos yeux, sous nos yeux à tous. Les frontières, à la stabilité desquelles nous sommes tous attachés, car nous savons les dangers que leur déplacement fait peser sur tout le continent, n’ont cessé de bouger autour de nous : en Yougoslavie, il y a désormais sept États à la place d’un, et on compte 400 000 déplacés ; la Tchécoslovaquie s’est divisée en Tchéquie et Slovaquie, heureusement sans cris ni heurts.

Et le mouvement se poursuit aujourd’hui : le Brexit soulève de nouveau la question des frontières entre l’Écosse et le Royaume-Uni, entre les deux Irlande. Les Flamands en Belgique récriminent contre l’appartenance des Wallons au royaume. Et la Catalogne s’agite sous nos yeux. Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que la substance de la nation, le contrat qui la fonde, c’est-à-dire la souveraineté du peuple et son intérêt social commun sont démembrés.

M. Jean-Louis Bourlanges. Cela n’a pas de sens !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà ce qui tue l’Europe plus que tout autre égoïsme, plus que toute autre construction bureaucratique incompréhensible.

Il faut donc changer de cap. Ce sera l’objet de cette élection, du moins c’est ce que je souhaite ; et cela doit apparaître aussi clairement que possible. On m’a soutenu que, parce qu’il y avait un Parlement européen, le peuple était représenté, mais ce n’est pas du tout le cas. Le Parlement européen est le seul Parlement au monde qui n’a pas la possibilité de proposer une loi. Dans le meilleur des cas, il partage son pouvoir avec la Commission et le Conseil ; le reste du temps, c’est-à-dire 70 % de l’activité du Parlement européen, les textes pourraient tout aussi bien être votés dans un club de philatélistes, car ils n’ont pas la moindre incidence pratique sur le reste de l’Europe.

Il faut changer de cap, il faut rendre possible l’harmonisation sociale et fiscale entre les peuples d’Europe. C’est ce que nous avons appelé le plan A ; il faut un plan A pour changer de cap.

Vous en avez proposé un avec une dizaine ou une quinzaine de propositions, monsieur le ministre, mais je vous invite à les regarder dans le détail. Quelqu’un a sans doute mal rédigé les fiches du président Macron, car ses propositions sur le volet numérique existent déjà et devraient voir le jour en 2019. De même, il existe déjà un office de la sécurité alimentaire et une police des frontières. La seule chose qui n’existait pas jusque-là, c’est l’idée absconse que la France n’ait plus de commissaire à la Commission européenne. Et puisque nous avons déjà cinq présidents, pourquoi n’aurions-nous pas deux parlements, par-dessus le marché ? C’est bien ce qui est proposé !

C’est la confusion. Il nous faut des règles claires sur le nerf qui agite tout le reste de l’organisme. Il faut mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, organiser le rachat de la dette publique directement aux États, car on en a pour cent ans à rembourser cette dette dans toute l’Europe. Personne ne la remboursera jamais, sachez-le, mes chers collègues ! Et c’est absurde de proposer aux générations qui viennent d’avoir pour seul objectif d’acquitter une dette. La liquider n’est rien, c’est de la technique, et je pourrais m’en ouvrir à vous quand vous le voudrez.

Ensuite, il faut maintenir le niveau de l’euro au niveau du dollar ; chaque fois que l’euro est surévalué, nous nous ruinons. Il faut prohiber les instruments financiers toxiques, taxer les transactions financières, contrôler les mouvements de capitaux, organiser la conférence européenne sur les dettes souveraines, arrêter la libéralisation des services publics, mettre en place un protectionnisme solidaire. J’ai vu que le Président commence à le proposer en mettant une taxe carbone aux frontières de l’Europe, ce qui est un début ; si ça vaut pour le carbone, ça doit valoir pour le reste. Il faut mettre fin au dumping à l’intérieur de l’Union européenne, refonder la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, laquelle était d’ailleurs garantie par la première PAC et ne l’est plus aujourd’hui. Enfin, il faut abandonner le marché carbone, qui est un droit à salir quand on en a les moyens.

Mes chers collègues, la France n’est pas mineure, la France est souveraine, et elle peut l’être. La France est contributeur net au budget de l’Union européenne : les 7 milliards d’euros qu’elle verse servent à organiser les infrastructures de nos concurrents. La France n’est ni occidentale ni européenne, la France est universaliste parce qu’elle est présente sur les cinq continents. La France est francophone, et le français sera d’ici peu la troisième langue la plus parlée dans le monde.

Pour conclure, si j’ai moi aussi, bien sûr, le souci de l’Europe, ce que je veux d’abord partager, c’est l’optimisme de ma patrie républicaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)

Reflexions et commentaires  sur l’ avenir de l’UE et l’opposition  Macron – Mélenchon

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Le mardi 10 octobre 2017, Jean-Luc Mélenchon s’est donc exprimé à la tribune de l’Assemblée nationale dans le cadre du débat sur l’avenir de l’Union européenne qui suivait une déclaration du gouvernement ( pou voir le compte rendu integral de toutes les interventions CLIQUEZ ICI ).

JL Mélenchon dénonce le fait que la souveraineté populaire ait été bafouée après le référendum de 2005 sur l’adoption ou non d’une Constitution européenne. De la même façon  il dénonce  le manque  d’honnêteté   du Président Hollande d’avoir laissé croire que le traité budgétaire européen serait renégocié avant sa ratification par la France . Il appelle ensuite à une harmonisation sociale et fiscale inexistante en Europe . Il propose, à l’appui du programme du mouvement la France insoumise, des mesures de nature à refonder l’Europe sur le plan économique et financier ( voir son intervention à l’Assemblée Nationale)) , sans abandonner sur le terrain de la Défense nationale , la logique française de la dissuasion nucléaire.

JL Mélenchon revient sur la notion fondamentale de  souveraineté, encouragé par la prétention de E Macron à refonder « une «  Europe souveraine, unie et démocratique. »

JL Mélenchon pense que E Macron confond  la notion de souveraineté et celle de puissance et il critique ses propos, ceux  prononcés devant les étudiants de la Sorbonne « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts.Il y a une souveraineté européenne à construire,» (  discours de la Sorbonne sur la refondation de l’Union Européenne ) et ceux prononcés devant les ambassadeurs de France  » Pour la France, le lieu où construire les outils de notre puissance et apporter la juste réponse aux défis qui se présentent, le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. »( discours du President de la republique à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs)

Avec JL mélenchon on comprend mal cette distinction entre « souveraineté » et « puissance »  tout comme reste énigmatique la distinction faite par le Président E. Macron  entre « souveraineté réelle » et « souveraineté européenne «   .

Essayons de deviner . Où s’exerce la souveraineté ? s’exerce -t-elle à Bruxelles  ? à Paris ? à Berlin ? ou ailleurs ?  Et est ce que, comme le prétend Mélenchon ,  » le discours de E Macron consiste à bouleverser le paradigme européen « ?

Sans l’Europe, point de souveraineté réelle du pays semble nous dire  le Président Macron pour qui  l’effectivité de la souveraineté de la France  passe par l’échelon européen. Une façon de dire que, dans l’Union européenne, les délégations de compétence des Etats membres en faveur de l’Union ne sont pas des abandons de souverainété. Toute chose connue et maitrisée suivant le principe de subsidiarité . La nouveauté vient du constat fait par E Macron « je le dis aujourd’hui avec une conviction intacte : l’Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace, » Le Président français en tire une conséquence : il n’est plus envisageable de faire face aux défis mondiaux sans « détermination commune » c’est pourquoi il entend ainsi construire une  » « souveraineté européenne «  dans l’union . Toute chose non connue, et c’est là que se situe le débat et l’ insoumission de JL Mélenchon .

JL Mélenchon argumente . « Il n’y a de souveraineté que dans le peuple «  

C’est notre histoire institutionnelle qui nous l’enseigne . Chez nous  en effet, on entend par le mot souveraineté , l’exercice souverain du pouvoir politique. Hier ce pouvoir était de droit divin,  aujourd’hui il est attribué au peuple qui l’exerce.  C’est l’histoire de la Révolution française. Le peuple et la souveraineté populaire (l’exercice du pouvoir par le peuple )deviennent alors seule source de la légitimité politique et la démocratie le seul régime soutenable . Ainsi en démocratie Il n’y a de souveraineté que dans le peuple , la démocratie est co-substantielle au princeps de la souveraineté populaire qui fonde la Nation . Dont acte.

Mélenchon ajoute « La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux ! » L’affirmation n’est pas évidente dans un monde dominée par l’économique, le commerce et la finance .Il est vrai que le pouvoir économique conditionne le souveraineté des Etats, plus un Etat est fort économiquement plus il gagne  en indépendance , c’est presque une lapalissade. Cependant force est de constater que dans l’économie de marché qui s’est imposée sur le continent européen et dans le monde entier, les Etats sont devenus interdépendants. C’est la règle du marché, jugée la plus juste par la doctrine du libéralisme économique, qui prévaut . Dans ce contexte systémique de l’économie contemporaine ,il n’a échappé à personne la méfiance envers les Etats qui sont enclins à intervenir dans l’économie et fausser la concurrence . La prévalence  de la souveraineté politique, un tantinet nationale, a cédé le pas en faveur d’une politique du profit , de la croissance économique et de l’emploi et pour faire bref , ce sont les sociétés dites  multinationales qui sont en fait transnationales, voire supranationales qui font la loi et fixent les règles du jeu. Que les paradis fiscaux soient pérennes n’est pas un hasard .Toute chose qui sort du constat macronien.

 S’il s’agit de débattre de l’avenir de l’Union Européenne, autant s’interroger sur le présent L’Union Européenne n’est ni un Etat fédéral, ni une confédération d’Etats. L’ Union européenne ce sont des instances qui fonctionnent depuis plus d’un demi siècle : on ne parle pas de l’Europe en tant que  nation européenne mais comme la première puissance économique mondiale . Au delà de la concorde voulue entre les pays européens ayant connu  deux guerres mondiales sur leur continent , l’interêt à l’origine du marché commun, était dans les premiers temps de la construction européenne , la volonté commune de réguler la libre concurrence affichée comme un princeps de l’économie . Cette volonté a cédé le pas à une volonté de dérégulation sous le diktat des puissances de l’argent  dans un monde financiarisé à outrance. La crise financière de 2008  en a fait déchanter  quelques uns . Pour certains,  les plus visionnaires à notre avis, la seule plus value d’une Union serait  de démocratiser la décision économique par une souveraineté européenne plus démocratique et nécessairement écologique.  Le Président Macron , fin connaisseur de Machiavel, ne dit pas un mot sur l’Ecologie politique et le bras de fer avec la Haute Finance .  » Dans le monde tel qu’il va  » comme il a l’habitude de dire ce n’est pas sa préoccupation .Tout le débat est là.

Le monde de demain sera écologique ou ne sera pas . Nous pensons que le défi de l’Europe est dans l’écologie politique, une conviction sur le projet européen que nous partageons avec tous les utopistes comme l’étaient …les pères fondateurs de la Communauté européenne qui ont eu le mérite d’avoir été des précurseurs et dont l’oeuvre n’est pas à jeter aux orties si l’on a le souci de l’Europe.

Discours du President de la République pour une refondation de l’Union Européenne : Sorbonne le 26 septembre 2017

 Vous pouvez écouter à partir de cette video (cliquez)

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Vous pouvez lire l’integralité du discours ci aprés retranscrit

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«  »" »Je suis venu vous parler d’Europe. « Encore », diront certains. Ils devront s’habituer parce que je continuerai. Et parce que notre combat est bien là, c’est notre histoire, notre identité, notre horizon, ce qui nous protège et ce qui nous donne un avenir.

« Déjà ? Est-ce nécessaire ? », diront les autres. Parce que ce n’est pour eux jamais le bon moment pour parler d’Europe. C’est toujours trop tôt ou déjà trop tard. Ils se sont habitués à la tactique. Il est tellement plus simple de ne jamais expliquer où on veut aller, où nous voulons conduire nos peuples et de rester avec des arguments cachés, parce que simplement on a perdu l’objectif. Et il est tellement plus confortable de discuter à longueur de séances des instruments, sans savoir exactement où nous allons.

Chacun s’est donc habitué à ne plus dire ce qu’il pensait, ce qu’il voulait, en faisant croire que c’est de la tactique. L’expérience montre que cela ne conduit à rien.

Et venir en parler à La Sorbonne, Monsieur le Recteur, a beaucoup de sens. Tous, nous sommes sensibles au prestige de cet amphithéâtre. Mais La Sorbonne, ce ne fut pas d’abord ce bâtiment prestigieux. Ce fut d’abord une idée. Une idée portée par quelques érudits et leurs disciples qui construisaient leur avenir assis sur de la paille.

Ce n’est pas cet amphithéâtre qui fait que La Sorbonne existe. Si elle vit aujourd’hui, c’est de l’idée que ses professeurs et ses élèves se font du savoir : une idée dont la vigueur a déjà traversé huit siècles. L’Europe aussi est une idée. Une idée portée depuis des siècles par des pionniers, des optimistes, des visionnaires, et que sans cesse, il nous appartient de nous réapproprier. Car les plus belles idées, celles qui nous font avancer, qui améliorent le sort des hommes sont toujours fragiles. Et l’Europe ne vivra que par l’idée que nous nous en faisons. A nous de la vivifier, de la rendre toujours plus belle et plus forte, de ne pas nous laisser arrêter par la forme que lui donnent les circonstances historiques. Car cette forme passe, mais l’idée demeure, et son ambition doit être la nôtre.

Vivre collégialement, c’était l’idéal de Robert de SORBON. Et de partout affluaient les intellectuels et les érudits qui allaient forger la pensée européenne. A travers les guerres et les crises, à travers toutes ces péripéties de l’Histoire qui ont frappé l’Europe, cette pensée n’a cessé de grandir, de rayonner. Et là où le chaos aurait pu triompher, la civilisation, toujours, l’a emporté.

Nous sommes les héritiers de toute cette histoire. Nous sommes les héritiers de deux déflagrations qui auraient dû jeter la nuit sur notre Europe, celles du siècle passé, des deux guerres mondiales qui ont décimé l’Europe et auraient pu nous engloutir. Mais ensemble, nous avons surmonté l’épreuve sans jamais en oublier les leçons. L’idée a triomphé des ruines. Le désir de fraternité a été plus fort que la vengeance et la haine.

Ce fut la lucidité des pères fondateurs de transformer ce combat séculaire pour l’hégémonie européenne en coopérations fraternelles ou en rivalités pacifiques. Derrière la Communauté du Charbon et de l’Acier, ou le Marché commun, c’est la promesse de paix, de prospérité, de liberté que le projet forgeait.

Quand la Grèce, l’Espagne, le Portugal entraient dans le Marché commun une génération plus tard, ces mots n’étaient pas techniques. Ils étaient, pour chacun sortant de la dictature, l’écho de la liberté. Quand ce qu’on appelait alors l’Europe de l’Est, de la Pologne à la Bulgarie, a rejoint ce projet une génération après, c’est ce même souffle d’espoir qui nous animait. C’était réparer une histoire commencée en 1947, enfin. Pour nombre de pays qui avaient connu les pires oppressions, rejoindre l’Union européenne apparaissait comme une promesse inédite d’émancipation.

Sans doute alors, ne voyait-on pas assez que cette Europe rêvée grandissait à l’abri. A l’abri du reste du monde d’abord. Sa sécurité n’était pas son affaire : assurée par l’Amérique. Son économie connaissait déjà le chemin à suivre : rattraper l’Amérique. A l’abri des peuples aussi. Le projet européen, naissant, était la mission de quelques-uns, recousant les fils d’un continent déchiré en surmontant les passions populaires.

L’enjeu vital est toujours là. Mais les digues derrières lesquelles l’Europe pouvait s’épanouir ont disparu. La voici aujourd’hui plus fragile, exposée aux bourrasques de la mondialisation telle qu’elle va, et même ce qui sans doute est pire, à des idées qui se présentent comme des solutions préférables.

Ces idées ont un nom : nationalisme, identitarisme, protectionnisme, souverainisme de repli. Ces idées qui, tant de fois, ont allumé les brasiers où l’Europe aurait pu périr, les revoici sous des habits neufs encore ces derniers jours. Elles se disent légitimes parce qu’elles exploitent avec cynisme la peur des peuples. Trop longtemps, nous avons ignoré leur puissance. Trop longtemps, nous avons cru avec certitude que le passé ne reviendrait pas, nous avons pensé que la leçon était retenue, nous avons pensé que nous pouvions nous installer dans la langueur, l’habitude, abandonner un peu de cette ambition, de cet espoir que l’Europe devait porter puisqu’elle devenait comme une évidence dont nous aurions perdu le fil.

Mais les passions tristes de l’Europe sont bien là, qui se rappellent à nous, et elles fascinent. Elles savent faire oublier la cohorte de malheurs qui, dans l’Histoire, les a toujours suivies. Elles rassurent, et j’ose le dire, elles peuvent demain l’emporter, non parce que les peuples sont crédules ! Non parce que l’idée européenne est morte ! Mais parce que nous avons, par inconscience, faiblesse ou aveuglement, créé les conditions de leur victoire. Parce que nous avons oublié de vouloir le fil de cette ambition ! Parce que nous avons oublié de défendre l’Europe ! Parce que nous avons oublié de proposer pour l’Europe ! Parce que nous avons laissé s’installer le doute.

Que disent-ils à nos peuples ? Que, eux, ont la solution. Que, eux, protègeront. Mais face à quels défis ? Tous les défis qui nous attendent – du réchauffement climatique, à la transition numérique, en passant par les migrations, le terrorisme, tout cela, ce sont des défis mondiaux face auxquels une nation qui se rétrécit sur elle-même ne peut faire qu’à peu près et peu de chose.

Ils mentent aux peuples, mais nous avons laissé faire cela, parce que nous avons voulu installer l’idée que l’Europe était devenue une bureaucratie impuissante. Nous avons, partout en Europe, expliqué que quand la contrainte était là, elle était européenne ! Que quand l’impuissance était à la porte, ce n’était pas nous mais Bruxelles ! Oubliant, ce faisant, que Bruxelles, c’est nous, toujours, à chaque instant ! Nous n’avons plus proposé, nous n’avons plus voulu. Je ne laisserai rien, rien à toutes celles et ceux qui promettent la haine, la division ou le repli national. Je ne leur laisserai aucune proposition. C’est à l’Europe de les faire, c’est à nous de les porter, aujourd’hui et maintenant.

Parce que oui, nous ne pouvons pas nous permettre de garder les mêmes habitudes, les mêmes politiques, le même vocabulaire, les mêmes budgets. Nous ne pouvons pas davantage choisir la voie du repli national, qui serait un naufrage collectif. Nous ne devons pas nous laisser intimider par l’illusion du repli ! Et c’est en refusant ce mensonge que nous serons à la hauteur de notre époque, de son urgence, de sa gravité.

La seule voie qui assure notre avenir, celle dont je veux vous parler aujourd’hui, c’est à nous, à vous de la tracer. C’est la refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique. Ayons ensemble l’audace de frayer ce chemin. Comme je l’ai assumé à chaque instant devant les Français, je le dis aujourd’hui avec une conviction intacte : l’Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace, mais l’Europe seule peut nous donner une capacité d’action dans le monde, face aux grands défis contemporains.

L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts. Il y a une souveraineté européenne à construire, et il y a la nécessité de la construire. Pourquoi ? Parce que ce qui constitue, ce qui forge notre identité profonde, cet équilibre de valeur, ce rapport à la liberté, aux Droits de l’Homme, à la justice est inédit sur la Planète. Cet attachement à une économie de marché, mais à la justice sociale l’est tout autant. Ce que l’Europe représente, nous ne pouvons pas le confier aveuglement, ni de l’autre côté de l’Atlantique, ni aux confins de l’Asie. C’est à nous de le défendre et de le construire dans cette mondialisation.

Et donc au lieu de concentrer toute notre énergie sur nos divisions internes, comme nous le faisons maintenant depuis trop longtemps, au lieu de perdre nos débats dans une guerre civile européenne – car de débat budgétaire en débat financier, en débats politiques c’est bien de cela dont il s’agit – nous devons plutôt considérer comment faire une Europe forte, dans le monde tel qu’il va. Et comme construire, ainsi, les six clés de la souveraineté indispensables pour y réussir.

>>>>>>Face à chacun de ces enjeux, nous devons désormais engager des actions concrètes. La première clé, le fondement de toute communauté politique, c’est la sécurité. Nous vivons en Europe un double mouvement : un désengagement progressif et inéluctable des Etats-Unis, et un phénomène terroriste durable qui a pour projet assumé de fracturer nos sociétés libres. L’Europe, dans ces domaines, a enfin pris conscience de ses fragilités et de la nécessité d’agit ensemble. Nous devons amplifier les travaux engagés pour lutter contre le financement du terrorisme, et la propagande terroriste sur Internet. Nous avons commencé à le faire, à quelques-uns. Nous devons renforcer notre cybersécurité et créer un espace de sécurité et de justice commun.

En matière de défense, notre objectif doit être la capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’OTAN. Le socle de cette autonomie a été posé, avec des progrès historiques intervenus ces derniers mois. En juin dernier, nous avons posé les bases de cette Europe de la Défense ; une coopération structurée permanente, permettant de prendre des engagements accrus, d’avancer ensemble et de mieux nous coordonner ; mais aussi un Fonds européen de défense afin de financer nos capacités et notre recherche. Ce socle indispensable, nous sommes en train de lui donner un contenu, à travers les échanges des différents Etats-membres qui souhaitent avancer en cette direction.

Mais il nous faut aller plus loin. Ce qui manque le plus à l’Europe aujourd’hui, cette Europe de la Défense, c’est une culture stratégique commune. Notre incapacité à agir ensemble de façon convaincante met en cause notre crédibilité en tant qu’Européens. Nous n’avons pas les mêmes cultures, parlementaires, historiques, politiques ni les mêmes sensibilités. Et nous ne changerons pas cela en un jour. Mais je propose dès à présent d’essayer de construire cette culture en commun, en proposant une initiative européenne d’intervention visant à développer cette culture stratégique partagée.

Pour créer ce rapprochement, nous avons besoin d’un changement profond. Je propose ainsi à nos partenaires d’accueillir dans nos armées nationales – et j’ouvre cette initiative dans les armées françaises – des militaires venant de tous les pays européens volontaires pour participer, le plus en amont possible, à nos travaux d’anticipation, de renseignement, de planification et de soutien aux opérations. Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra ainsi être dotée d’une Force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir.

Je veux que cette culture commune s’étende, dans la lutte contre le terrorisme, à nos services de renseignement. Je souhaite ainsi la création d’une Académie européenne du renseignement pour renforcer les liens entre nos pays, par des actions de formation et d’échanges.

Face à l’internationale du terrorisme, l’Europe de la sécurité doit être notre bouclier. Ils s’infiltrent partout en Europe, leurs ramifications sont là ; c’est donc ensemble que nous nous devons d’agir. De la prévention à la répression. C’est pourquoi nous devons instituer un Parquet européen contre la criminalité organisée et le terrorisme, au-delà des compétences actuelles qui viennent d’être établies.

La sécurité, nous l’avons tragiquement perçu ces derniers jours, ce ne sont pas seulement les bombes et les kalachnikovs. Les bouleversements climatiques menacent eux aussi comme jamais notre sécurité, et chaque semaine en Europe volent des vies humaines. C’est pourquoi je souhaite que nous puissions créer une Force européenne de protection civile qui mettra en commun nos moyens de secours et d’intervention, qui permettra ainsi de répondre aux catastrophes de moins en moins naturelles, des incendies aux ouragans, des inondations aux séismes.

Une Europe qui s’unit pour protéger, intervenir, sauver des vies, c’est une Europe qui retrouve le sens de cette fraternité que nous avons placée en son centre, qui sort de l’incantation pour agir concrètement et démontrer la force de l’action collective.

>>>>>Assurer notre souveraineté, c’est la deuxième clé, à l’échelle européenne, c’est maîtriser nos frontières en préservant nos valeurs. La crise migratoire n’est pas une crise, c’est un défi qui durera pour longtemps. Il s’est installé sur les inégalités profondes de la mondialisation. Et l’Europe n’est pas une île. Nous sommes là, et notre destin est lié à celui du Proche et Moyen Orient comme à celui de l’Afrique. Face à ce défi, c’est là aussi, au niveau européen, que nous devons répondre. Ca n’est qu’avec l’Europe que nous pourrons efficacement protéger nos frontières, accueillir dignement ceux qui ont droit à l’asile, les intégrer réellement, et dans le même temps renvoyer rapidement ceux qui ne sont pas éligibles à cette protection.

Tant que nous laisserons certains de nos partenaires submergés par des arrivées massives, sans les aider à gérer leurs frontières, tant que nos procédures d’asile resteront lentes et disparates, tant que nous serons incapables d’organiser ensemble le retour des migrants qui n’ont pas le droit d’asile, nous manquerons tout à la fois d’efficacité et d’humanité.

Dans les années qui viennent, l’Europe doit assumer qu’il y a là son défi majeur. Et nous n’avons qu’un choix, qu’une alternative : le repli sur nous frontières, qui serait à la fois illusoire et inefficace, ou la construction d’un espace commun des frontières, de l’asile et de l’immigration.

C’est pourquoi je souhaite que soient adoptés dans l’année qui vient les différents textes en discussion qui réforment notre politique migratoire. Je souhaite que soit créé un véritable Office européen de l’asile, qui accélère et harmonise nos procédures, que l’on ait enfin des fichiers connectés et des documents d’identité biométriques sécurisés, car on traite aujourd’hui en France des dizaines de milliers de demandes d’asile que nos partenaires européens ont déjà refusées ; que l’on établisse progressivement une police des frontières européennes qui garantisse partout en Europe une gestion rigoureuse des frontières et assure le retour de ceux qui ne peuvent rester. Que l’on finance de manière solidaire un large programme de formation et d’intégration pour les réfugiés, car faire une place aux réfugiés qui ont risqué leur vie, chez eux et sur leur chemin, c’est notre devoir commun d’Européen et nous ne devons pas le perdre de vue.

Mais nous devons le faire sans laisser le fardeau à quelques-uns, qu’ils soient pays d’arrivée ou pays d’accueil final. En construisant les termes d’une véritable solidarité, choisie, organisée et concertée. Et c’est à travers ce socle, cet espace commun que je propose que nous y parviendrons.

Cette solidarité, ce souci d’efficacité commence par le travail de chacun. C’est pourquoi j’ai engagé en France un vaste travail de réforme pour mieux accueillir les réfugiés, augmenter les relocalisations dans notre pays, accélérer les procédures d’asile en nous inspirant du modèle allemand, être plus efficaces dans les reconduites indispensables. Ce que je souhaite pour l’Europe, la France commence dès à présent à le faire elle-même.

Il faut aussi voir plus loin et je vous le dis clairement, les plus robustes des frontières, les politiques de sécurité les plus ambitieuses ne pourront pas endiguer les migrations qui durent. Seuls la stabilisation et le développement des pays d’origine les tariront. Ce qui nourrit les grandes migrations contemporaines, ce sont les inégalités qui se sont installées et les crises qui en découlent. Si l’Europe doit avoir une frontière que nous devons protéger et faire respecter, l’Europe se doit avant tout d’avoir un horizon et cet horizon, c’est celui de sa politique étrangère qui se doit d’avoir des priorités claires : la Méditerranée d’abord, le cœur de notre civilisation. Nous lui avons tourné le dos n’osant pas voir les crises. Or, aujourd’hui, elles jalonnent cet espace.

Notre politique commune en Méditerranée et en Afrique doit aujourd’hui se consolider. C’est ce que ces dernières semaines nous avons cherché à faire à quelques-uns en associant constamment l’Union européenne dans les initiatives prises pour la Libye, pour le Sahel.

>>>>>Mais plus largement, notre politique européenne ne doit plus voir l’Afrique comme un voisin menaçant mais comme le partenaire stratégique avec lequel nous avons à affronter les défis de demain : l’emploi de la jeunesse, la mobilité, la lutte contre le changement climatique, les révolutions technologiques.

Je souhaite que notre partenariat avec l’Afrique soit un élément de la refonte du projet européen. L’aide au développement doit augmenter, je m’y suis engagé pour la France et, année après année, nous l’augmenterons à chaque fois, nous l’augmenterons aussi pour faire mieux parce qu’un chiffre à lui seul ne signifie pas une politique et nous avons sur ce sujet bien souvent l’obsession des symboles. Et on pense qu’une politique du développement se réduit à un chiffre. Nous ferons mieux avec les sociétés civiles.

Mais cette aide publique au développement, elle doit aussi être européenne, avec une ambition refondée et je suis prêt à ce titre, je souhaite à ce titre relancer sur de nouvelles bases le projet de taxe sur les transactions financières européennes afin de financer cette politique.

Nous connaissons par cœur le débat. Pourquoi à chaque fois ces initiatives se traduisent-elles par un échec ? Parce que les modalités techniques que nous finissons par retenir pénalisent un pays plutôt que l’autre. J’ai donc une proposition simple. Il y a deux pays en Europe qui ont une taxe sur les transactions financières : la France – et je le dis avec d’autant plus d’humilité que c’est un de mes prédécesseurs qui l’a choisie. Prenons cette taxe, généralisons-la au niveau de l’Europe et je suis prêt, je suis même volontaire pour en donner l’intégralité des ressources à l’aide publique au développement européenne.

Mais il y a un autre pays qui a aussi sa taxe sur les transactions financières, c’est la Grande-Bretagne, bien avant nous, ce qu’on appelle le Stamp Duty. Si d’aucuns craignent une concurrence déloyale parce qu’en effet, si nous venions à mettre une taxe sur les transactions financières incommensurable – ce qui avait été prévu par certains prédécesseurs pour les autres – et qui vient briser votre capacité même à créer de l’activité économique, ça n’est pas soutenable. Mais si nous décidions collectivement d’adopter la taxe britannique, personne ne pourrait nous dire que cela viendrait créer des désagréments ou des biais à la compétitivité de l’Union européenne. Non ! Alors, retenons l’un ou l’autre de ces schémas simples, avec une assiette large, mais enfin, faisons-le. En tout cas, je ferai tout pour.

Vous l’avez compris, la troisième clé de notre souveraineté, c’est cette politique étrangère, ce partenariat avec l’Afrique, cette politique de développement qui doit nous conduire à fonder un vaste projet reposant sur des investissements croisés, sur l’éducation, la santé, l’énergie. Si l’Europe ne saisit pas cette chance, d’autres le feront et si nul ne le fait, l’Europe seule en subira toutes les conséquences.

>>>>>La quatrième clé de notre souveraineté, c’est d’être capable de répondre à la première des grandes transformations du monde, la transition écologique. Cette transformation complète révolutionne notre manière de produire, de redistribuer, de nous comporter. L’Europe, aujourd’hui, est dans un entre-deux mais notre choix est simple : voulons-nous continuer à produire comme hier et défendre une compétitivité face à des puissances qui sont en train de faire ce choix ou l’ont fait ou souhaitons-nous accélérer et devenir les leaders d’un nouveau modèle productif qui ne sera pas qu’un modèle économique mais qui sera un modèle de société, de civilisation qui permettra aussi de repenser les inégalités, les externalités d’une société dont les principales victimes des déséquilibres sont les plus faibles et les plus fragiles ?

J’ai fait mon choix, je crois très profondément que l’Europe doit être à l’avant-garde de la transition écologique efficace et équitable. Pour cela, il nous faut transformer nos transports, nos logements, nos industries. Pour cela, il faut investir et inciter puissamment à cette transformation. Il faut d’abord donner un juste prix au carbone, suffisamment élevé pour assurer cette transition. Là aussi, ce sera un combat. Là aussi, il y aura des lobbies, des résistances pour dire que c’est une bonne idée mais quelques euros seulement. Si nous n’avons pas, dans les années qui viennent, un prix du carbone à la tonne significatif pour permettre des réorientations profondes de nos économies, alors ce sera inutile.

Les études sont là qui montrent qu’en dessous de 25 à 30 euros la tonne, ça n’est pas efficace. C’est vers cet horizon que nous devons nous destiner et, dès aujourd’hui, nous devons nous organiser pour le faire, c’est indispensable. Un prix plancher significatif, un vrai prix unique, une vraie transition pour engager cette transformation de nos économies, accompagner les secteurs qui en auront besoin, accompagner les territoires qui seront les victimes de ces changements par des contrats pensés au plus près du terrain qui permettront de favoriser les territoires où les modèles productifs passés étaient les plus présents afin de leur faire bénéficier des créations d’emplois nouvelles.

Cette transition, elle impose aussi d’avoir un marché européen de l’énergie qui fonctionne vraiment et donc de vouloir enfin et de favoriser les interconnexions. Longtemps, nous les avons freinées, là aussi, parce que ce n’était pas forcément le cœur de nos intérêts corporatistes. Nous avons besoin, avec l’Espagne, avec le Portugal, avec l’ensemble de nos voisins, de développer ces interconnexions. Pourquoi ? Parce qu’à certaines saisons, là où le renouvelable se produit en masse, nous devons en faire bénéficier toute l’Europe. À d’autres moments, là où l’énergie nucléaire est indispensable, peu carbonée, pas carbonée et à bas coût, nous devons aussi la mutualiser. Nous aurons un marché européen de l’énergie qui fonctionne mieux si nous développons enfin de manière accélérée ces interconnexions.

Il nous faut aussi, pour réussir cette stratégie, assurer pour nos industriels les plus exposés à la mondialisation d’être sur un pied d’égalité avec les entreprises, les industries concurrentes venant d’autres régions du monde qui n’ont pas les mêmes exigences environnementales. C’est pour cela qu’il nous faut une taxe aux frontières de l’Europe sur le carbone, c’est indispensable.

Prix plancher, interconnexions, contrat de transition de territoire, taxe aux frontières sur le carbone, ce sont les quatre piliers de cette ambition énergétique pour l’Europe. Cela ne se fera pas en un jour, je sais les résistances de certains, mais si nous refusons d’en parler ou d’avancer dans cette direction, je sais une chose, cela ne se fera jamais. Alors, donnons-nous un objectif ferme : à cinq ans, à dix ans, construisons les transitions pour le faire mais, dès aujourd’hui, avançons. L’Europe doit être le fer de lance de cette transition énergétique et elle a besoin de cette ambition, de ce marché unifié pour construire ce modèle.

Cette ambition européenne ne doit bien évidemment pas être seulement défensive. C’est la raison pour laquelle je propose aussi la mise en place d’un programme industriel européen de soutien aux véhicules propres et de déploiement d’infrastructures communes afin qu’il soit possible de traverser l’Europe sans l’abîmer. Nous avons besoin de nouveaux grands projets, celui-ci en est un qui réconciliera le cœur de nos ambitions industrielles en la matière.

Une Europe qui garantit notre vision exigeante du développement durable, c’est aussi une Europe de la sécurité et de la souveraineté alimentaires et c’est à dessein que je place ici cette ambition. Nous devons sans tabou nous poser les bonnes questions : est-ce que notre Politique agricole commune protège bien nos agriculteurs et nos consommateurs ? Je regarde les dernières années, je n’en ai pas totalement le sentiment et nous sommes arrivés à cette forme de paradoxe où la PAC est devenue un tabou français alors que nos agriculteurs ne cessent d’en dénoncer le fonctionnement.

La politique agricole ne doit pas être une politique de suradministration de tous les territoires de l’Union européenne, de toutes les filières et, bien souvent, une politique de revenus accompagnant approximativement les transitions, produisant parfois des schémas complexes que nous avons bien du mal à expliquer à nos peuples.

 

La politique agricole européenne doit permettre de faire vivre dignement les agriculteurs de leurs revenus en les protégeant face aux aléas du marché et aux grandes crises, elle doit les aider à évoluer pour construire une agriculture plus responsable. Il y aura toujours en Europe plusieurs modèles agricoles et je souhaite que chaque pays puisse accompagner cette transformation selon ses ambitions et ses préférences. Et cette nouvelle politique agricole commune, pour ne pas être bureaucratique et injuste, doit être l’instrument de la transition agricole, de notre souveraineté face aux grands défis de la mondialisation. Elle doit redonner une vitalité, une ambition à nos territoires ruraux.

En d’autres termes, je souhaite que nous puissions ouvrir de manière décomplexée et inédite une Politique agricole commune qui se pense d’abord avec deux objectifs : nous protéger face à ces grands aléas, à la volatilité des marchés mondiaux qui pourrait mettre en péril la souveraineté alimentaire de l’Europe ; favoriser la grande transition agricole européenne et laisser plus de flexibilité au niveau des pays pour organiser la vie des territoires et des filières, mettre moins de bureaucratie, laisser au niveau régional, accompagner de manière plus souple les filières partout où des choix qui restent des choix collectifs de terrains sont nécessaires.

L’exigence des Européens, c’est d’avoir confiance dans les aliments et les produits qu’ils utilisent au quotidien et cela participe de cette sécurité alimentaire que j’évoquais. Et on voit là aussi que l’échelle européenne est incontournable. Nous l’avons vécu l’été dernier avec ce qu’il convient d’appeler désormais la crise des œufs. Nous avons vu que les dysfonctionnements à un endroit de l’Europe, parce que nous sommes un marché intégré, ont des conséquences partout en Europe qui peuvent jeter le doute sur notre sécurité alimentaire, avec une demande parfaitement légitime de nos concitoyens qui est d’avoir la vérité en temps réel sur tous ces sujets.

Il nous faut donc établir une force européenne d’enquête et de contrôle pour lutter contre les fraudes, garantir la sécurité alimentaire, assurer le respect des standards de qualité partout en Europe. Cette transformation, nous devons aussi la conduire. Et à cet égard, je soutiens le choix du président JUNCKER de mettre fin partout en Europe au double standard alimentaire et de faire que cette force puisse être le garant de cette convergence légitime.

L’exigence des Européens, c’est d’avoir aussi confiance dans les experts qui nous éclairent. Nos récents débats sur le glyphosate, les perturbateurs endocriniens montrent la nécessité d’évaluation scientifique européenne plus transparente, plus indépendante, d’une recherche mieux financée qui permet d’identifier les risques et de proposer des alternatives. C’est indispensable. Nous avons aujourd’hui des débats politiques qui, parfois, cherchent à se substituer au débat scientifique. C’est la science qui doit éclairer la dangerosité mais qui doit ensuite, de manière indépendante, transparente, indiquer les alternatives possibles scientifiquement démontrées. En aucun cas cette science ne doit s’effacer au profit d’engagements politiques qui deviennent à ce moment des paroles de sachants ou des paroles d’autorité ni a fortiori ne doivent accepter de laisser la place à une parole publique qui est celle de lobbies, d’intérêts industriels et qui construisent l’opacité sur des décisions collectives qu’attendent nos concitoyens.

>>>>>La cinquième clé de notre souveraineté passe par le numérique. Ce défi est aussi celui d’une transformation profonde de nos économies, de nos sociétés, de nos imaginaires même. La transformation numérique, ce n’est pas un secteur d’activité, ça n’est pas une anecdote contemporaine et l’Europe a beaucoup à y perdre comme à y gagner. L’Europe a cet attachement unique à l’équilibre permanent entre la liberté, la solidarité et la sécurité et c’est bien cela qui est en jeu dans la révolution numérique. L’Europe, qui a construit après-guerre un modèle économique de rattrapage, doit prendre la tête de cette révolution par l’innovation radicale. Et donc, oui, partout en Europe, nous devons tout faire pour avoir ces champions du numérique, attirer les talents scientifiques et entrepreneuriaux.

Je sais bien que ça contrarie parfois certains. C’est la politique que je souhaite mener en France sur le plan économique. Le temps n’est plus où nos économies peuvent se construire comme si elles étaient fermées, comme si les talents ne bougeaient plus et comme si les entrepreneurs étaient attachés à un piquet. On peut le déplorer mais c’est là. Cette révolution du numérique est celle des talents et les attirer, c’est en attirer d’autres et c’est bien le sens de ce que le gouvernement conduit, ce que le Premier ministre, le ministre de l’Économie et des Finances et la ministre de l’Innovation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche entre autres mènent au sein du gouvernement.

Nous continuerons à poursuivre ces réformes mais l’Europe a aussi besoin d’une ambition sur ce point. Je souhaite que l’Europe prenne la tête de cette révolution par l’innovation radicale. Créons dans les deux ans qui viennent une Agence européenne pour l’innovation de rupture, à l’instar de ce qu’ont su faire les États-Unis avec la DARPA au moment de la conquête spatiale. Cette ambition doit être la nôtre. Nous avons aujourd’hui une fenêtre unique pour le faire. Prenons cette ambition, finançons les recherches dans les domaines nouveaux comme l’intelligence artificielle, acceptons la prise de risque. Cette agence mettrait l’Europe en situation d’innovateur et non de suiveur.

Et plutôt que de déplorer que les grands champions du numérique soient aujourd’hui américains, demain chinois, mettons-nous en situation de créer des champions européens, sachons inventer dans ce bouleversement global les sécurités justes et les régulations efficaces. Je veux une Europe qui réussisse dans cette transition numérique mais elle bouscule à la fois nos repères et nos organisations économiques et sociales. Et aujourd’hui, ce continent du numérique n’a pas de normes ou, plus exactement, il a une loi, la loi du plus fort. C’est à l’Europe d’en définir le cadre de régulation pour ne pas subir de fait la loi du plus fort qui s’importe chez nous.

Le projet du marché unique du numérique est à ce titre une occasion unique que nous devons saisir pour construire les modalités qui nous permettront de défendre les règles qui protégeront les libertés individuelles et le respect du secret auquel chacun a droit, qui permettra de protéger les données économiques de nos entreprises et qui permettra de créer précisément la régulation européenne qui toute à la fois protégera les personnes, les entreprises de manière légitime, qui permettra aux acteurs européens d’émerger dans un marché loyal et qui permettra aussi de compenser les profondes désorganisations sur l’économie traditionnelle que cette transformation parfois crée. Les grandes plateformes numériques, la protection des données sont au cœur de notre souveraineté à cet égard.

Et il en est de même pour la taxation, nous devons avoir ce débat, pourquoi ? Parce que je crois très profondément dans cette économie de l’innovation, je crois très profondément dans un monde ouvert mais le monde ouvert ne vaut que si la concurrence qui s’y joue est loyale ! Et nous ne pouvons pas accepter d’avoir des acteurs européens qui sont taxés et des acteurs internationaux qui ne le sont pas, des acteurs du numérique qui n’ont aucune taxe et qui viennent concurrencer des acteurs de l’économie traditionnelle qui eux la paient !

A ce titre, la France a commencé avec ses partenaires à pousser au niveau des ministres de l’Economie et des Finances une initiative que je souhaite voir reprendre au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, celle de la taxation de la valeur créée, là où elle est produite, qui nous permettra de revoir profondément nos systèmes fiscaux, de taxer sans complaisance les entreprises qui s’implantent hors d’Europe dans le seul but d’échapper à l’impôt. Cette taxe est juste parce qu’elle taxe partout pour la valeur qui est créée dans un pays et elle rappelle simplement un élément fondamental de nos philosophies communes et démocratiques, c’est qu’il y a des biens communs à financer et que tous les acteurs économiques doivent y contribuer. Il ne peut pas y avoir des acteurs de la nouvelle économie qui sont les passagers clandestins du monde contemporain parce que cette nouvelle économie, on le sait, elle crée aussi des désorganisations, elle crée des inégalités, elle perturbe des territoires et donc elle crée des situations qui supposent des compensations et des accompagnements que la puissance publique doit justement permettre de résoudre. Il est donc juste et légitime qu’accumulant des profits par ailleurs elle participe à cette solidarité là où elle crée de la valeur.

Vous le voyez, ce que je veux pour l’Europe ça n’est pas simplement réussir dans cette transition du numérique mais c’est construire un cadre juste de celle-ci, un cadre qui nous permettra de défendre nos valeurs, les fondamentaux civilisationnels qui sont les nôtres et les équilibres économiques indispensables. C’est pourquoi dans cette Europe du numérique nous devons aussi défendre nos droits d’auteur, nous devons défendre partout où elle existe la valeur créée par celui qui crée vraiment. Ça n’est pas un débat d’un autre âge, ça n’est pas un débat, pardon de cette familiarité, ringard, le droit d’auteur. On stigmatise la France en disant « on sait bien ce que vous allez nous dire, vous allez nous parler de vos droits d’auteur ». Des réalisateurs de talent qui viennent de partout en Europe le savent, si nous n’avons pas l’imaginaire européen, et j’y reviendrai dans quelques instants, l’Europe n’est plus elle-même, mais c’est là aussi un élément de justice.

Le numérique serait donc le seul continent où la valeur créée n’est pas chez celui qui la crée vraiment mais celui qui la transporte, chez celui qui l’achemine jusqu’à son consommateur final ? Allons, si nous sommes là aujourd’hui, si nous avons relevé tous les défis que j’évoquais tout à l’heure, si nous nous tenons droit c’est bien parce que nous avons eu des émotions, une culture commune, parce que ceux qui sont les porteurs étymologiquement de ce qui nous tient vraiment, de la véritable autorité en Europe ce sont les auteurs. Les droits d’auteur doivent donc être défendus dans cet espace numérique contemporain. Et c’est la dignité de l’Europe, c’est sa capacité même à exister et à ne pas se dissoudre dans un continent de semblables qui fait que, pour réussir cette transition, nous devons défendre la juste rémunération de l’ensemble des auteurs et de toutes les formes de création dans le numérique.

>>>>>La souveraineté, enfin, c’est la puissance économique industrielle et monétaire. Faire du cœur de l’Europe une puissance économique et industrielle, cela passe bien entendu par la politique énergétique et la politique du numérique que je viens d’évoquer. C’est aussi la poursuite d’une politique spatiale ambitieuse et de la consolidation d’une industrie européenne compétitive à l’échelle mondiale. Mais une puissance économique durable ne peut se construire qu’autour d’une même monnaie, c‘est pourquoi je suis profondément attaché à l’ambition de la zone euro. Je n’ai pas la zone euro honteuse, je suis désolé de cela et je pense d’ailleurs que ça ne soulage ni ne fait plaisir à aucun membre de l’Union européenne hors de la zone euro que celles et ceux qui partagent cette monnaie n’osent pas dire qu’ils la partagent pour en faire quelque chose.

Parce que c’est à partir de cette Union économique et monétaire, en son sein, que nous pouvons créer le cœur d’une Europe intégrée. J’entends les questions et les préoccupations sur ce sujet et je veux être clair : l’enjeu fondamental ce n’est pas un mécanisme qui par magie résoudrait tous les problèmes, s’il existait nous l’aurions déjà créé. Ce n’est pas de mutualiser nos dettes du passé, ce n’est pas de régler les problèmes de finances publiques d’un Etat ou de l’autre, l’enjeu c’est de réduire le chômage qui frappe encore un jeune sur cinq dans la zone euro. C’est donc une stratégie économique et politique dans la durée dont nous avons besoin, l’enjeu qui est le nôtre au cœur de la zone euro c’est de savoir comment nous arrivons à faire de cette zone une puissance économique concurrente de la Chine et des Etats-Unis et c’est comment nous arrivons à résoudre ce que depuis dix ans nous échouons à faire, de créer de l’emploi et de faire qu’une génération, celle de la jeunesse actuelle, ne soit pas une génération vouée au chômage par nos dysfonctionnements, par nos déséquilibres !

Alors pour ce faire chacun doit prendre dans son pays ses responsabilités, c’est pour cela qu’en France nous avons engagé des réformes inédites, je les avais annoncées, le gouvernement les met en œuvre. Les réformes du marché du travail, de la formation professionnelle, du financement de l’économie permettront justement de créer la croissance, l’emploi et de faire ce que nous devons faire chez nous. Car nous ne serions pas écoutés une seule seconde si nos ambitions européennes n’étaient là que pour régler nos problèmes internes, ça n’est pas de cela dont il s’agit, et je ne permets à personne en Europe compte tenu de ce que nous sommes en train de faire en France d’essayer d’expliquer que la France aujourd’hui n’est pas légitime pour proposer. Nous faisons les réformes, nous transformons notre pays mais nous le faisons aussi avec une ambition européenne. Moi je n’ai pas de ligne rouge, je n’ai que des horizons.

Et cette responsabilité que nous avons dans notre pays, je l’assume et je l’assumerai car c’est l’intérêt de la France et de l’Europe mais nous avons aussi besoin de règles et d’instruments communs. Nous avons besoin de convergence et de stabilité par les réformes nationales, mais aussi par une coordination de nos politiques économiques et un budget commun. Si l’on veut réduire les divergences et développer nos biens communs - tout ce que je viens d’évoquer, la sécurité, la protection face aux migrations, la transition numérique, la transition écologique, une vraie politique de développement et de partenariat – ces biens communs avec le premier d’entre eux la monnaie, nous nous devons de les financer. Et donc nous avons besoin de davantage d’investissements, il nous faut des moyens de stabilisation face aux chocs économiques, un Etat ne peut pas seul faire face à une crise lorsqu’il ne décide plus de sa politique monétaire. Et donc pour toutes ces raisons, oui, nous avons besoin d’un budget plus fort au cœur de l’Europe, au cœur de la zone euro.

Les ressources de ce budget devront refléter cette ambition. Les taxes européennes dans le domaine numérique ou environnemental pourront ainsi constituer une vraie ressource européenne finançant des dépenses communes. Et au-delà nous devons réfléchir à affecter en partie au moins un impôt à ce budget, par exemple l’impôt sur les sociétés une fois son harmonisation réalisée.

La solidarité qu’implique un budget ne peut aller qu’avec une responsabilité accrue qui commence par le respect des règles que nous nous sommes donnés et la mise en œuvre des réformes indispensables.

Un budget ne peut aller aussi qu’avec un pilotage politique fort par un ministre commun et un contrôle parlementaire exigeant au niveau européen. Seule la zone euro avec une monnaie forte et internationale peut offrir à l’Europe le cadre d’une puissance économique mondiale.

Alors prenons le problème dans le bon sens : si l’euro a vocation à devenir la monnaie de tous les Etats de l’Union lorsqu’ils remplissent les critères, construisons sans tarder une zone euro forte, efficace, solidaire et cette puissance bénéficiera demain à tous ceux qui la rejoindront.

C’est au fond la question de l’unité qui est ici posée. Cette unité européenne de la réconciliation franco‑allemande à la réunification entre l’Est et l’Ouest, c’est notre plus belle réussite et notre atout le plus précieux. Aussi, à côté de ces six batailles pour la souveraineté, c’est la bataille pour l’unité que je veux conduire. Nous n’aurons pas d’Europe forte et souveraine si elle n’est pas unie, tenue en elle‑même, cohérente. Perdre cette unité c’est prendre le risque de revenir à nos déchirements mortifères et à l’hégémonie destructrice. Assurer l’unité sans chercher l’uniformité, voilà notre défi.

L’Europe des Vingt-huit ne peut fonctionner comme l’Europe des Six et notre projet, l’avenir de nos peuples ne peut consister à rechercher le plus grand dénominateur commun. C’est en articulant constamment l’ambition motrice de quelques-uns et le respect du rythme de chacun que nous créerons le désir d’avancer et que l’Europe progressera au bénéfice de tous. Pour forger cette unité sans craindre l’avancée des précurseurs nous avons deux ciments, la solidarité et la culture. La solidarité je veux y insister parce que depuis dix ans en Europe nous avons beaucoup parlé de responsabilité, mais nous avons oublié la solidarité entre nous.

L’Europe et même le marché unique qui en est le socle, ce n’est pas la course au moins disant ; ça c’est que nous avons cru au tournant des années 1990 en dénaturant l’ambition du marché commun, en laissant croire que le marché commun c’était la règle du moins disant, c’était la dictature d’un marché qui ne savait plus où il allait ! Non, le marché commun, l’esprit même de l’Europe, c’est, comme le disait Jacques DELORS, « la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit ». En même temps. Il nous faut donc retrouver le sel de cet équilibre, sans quoi la compétition sans règles deviendra la division sans retour.

C’est le sens du combat que je mène aujourd’hui pour réviser la directive sur le travail détaché, elle n’est pas anecdotique au moment où la France se bat pour réformer son marché du travail. Nous devons nous donner plus de vitalité au dialogue social, mais jamais je ne ferai cela en ne sachant pas défendre celles et ceux qui travaillent face au dumping social. Or, aujourd’hui l’Europe ne protège pas face au dumping social, aujourd’hui nous avons laissé s’installer un marché européen contournant la philosophie même de l’unité de notre marché du travail. Nul n’est heureux de cette situation et partout où je me suis déplacé en Europe, j’ai constaté cela.

Et donc ce combat pour revoir cette directive, c’est un combat pour plus de justice et de convergence sociale en Europe. A ce titre, je salue la proposition de Jean-Claude JUNCKER de créer une Autorité européenne de contrôle pour vérifier le respect des règles, c’est une nécessité, mais il faut aller plus loin et construire un véritable projet de convergence fiscale et sociale.

A ce titre, j’ai deux propositions concrètes. La première sur l’impôt sur les sociétés : nous avons commencé, mais nous devons accélérer l’harmonisation des bases de cet impôt ; et entre la France et l’Allemagne les quatre prochaines années doivent permettre de la finaliser. Nous avons l’opportunité d’une mandature claire, achevons-la. Mais au-delà, dans l’Union européenne, nous ne pouvons pas avoir une telle divergence des taux d’impôt sur les sociétés. Cette divergence fiscale elle aussi nourrit une forme de désunion, désagrège nos propres modèles et fragilise toute l’Europe.

C’est pourquoi je souhaite que nous puissions définir d’ici le prochain budget européen en 2020 une fourchette de taux qui engagerait les Etats membres. Le respect de cette fourchette conditionnerait l’accès aux fonds européens de cohésion, car on ne peut pas bénéficier de la solidarité européenne et jouer contre les autres. A cet égard, je salue la Commission européenne qui a commencé ces derniers mois à bouger et qui, par le travail de Margrethe VESTAGER et de Pierre MOSCOVICI, a commencé à bousculer certains acteurs ou certains pays. Nous devons aller plus loin, on ne peut pas avoir des fonds structurels qui financent la baisse des taux d’impôt sur les sociétés. C’est l’Europe qui marche à l’envers, c’est l’Europe qui se désunit.

La deuxième proposition, c’est que nous puissions définir une vraie convergence sociale et rapprocher progressivement nos modèles sociaux, c’est profondément compatible avec notre compétitivité mondiale. Je ne veux pas que nous opposions ces ambitions, pourquoi ? Parce que regardez le monde tel qu’il va, certains il y a quelques années disaient « vous savez, avoir une ambition européenne pour nous c’est une mauvaise idée, nous c’est la compétitivité notre priorité » ; ceux qui l’ont essayé ont perdu leur peuple. Qu’a dit le peuple britannique au moment du Brexit ? Les classes moyennes britanniques ont dit « j’aime bien votre compétitivité mais elle ne me concerne pas, l’attractivité de la place de Londres n’est pas faite pour moi ». Qu’a dit le peuple américain quand on écoute bien ? Cette Amérique ouverte à tous les vents, cette compétitivité que vous nous avez expliquée, elle n’est pas faite pour nous classes moyennes ». Un repli s’opère, qui vient de là, partout où les démocraties ont été au bout de cette ambition unique pour une compétitivité sans justice, elles en ont touché les limites.

Donc en Europe nous avons besoin de reconstruire la grammaire d’un modèle social rénové, pas celui du XXème siècle, pas celui d’une économie de rattrapage, non. Mais nous devons en penser les termes et les construire au niveau européen, c’est pour cela que c’est la bonne échelle pour mener ce combat. Je souhaite donc dès le mois de novembre prochain que nous ayons une discussion concrète sur ce qu’est ce socle social européen et pour le bâtir je souhaite que nous construisions là aussi des règles de convergence. Nous devrions définir un salaire minimum adapté à la réalité économique de chaque pays, mais progressivement rentrer dans cette logique pour les faire converger.

Nos niveaux de cotisations sociales sont aujourd’hui trop disparates ; quand un travailleur est détaché dans un autre pays, aujourd’hui la principale source d’inégalité sont les cotisations. C’est pourquoi, au‑delà de la réforme sur le travail détaché que je souhaite que nous puissions conduire d’ici la fin de l’année, je propose que le niveau le plus élevé de cotisations soit payé, mais au profit du pays d’origine. Cet argent alimentera un fonds de solidarité qui bénéficiera aux pays les moins riches pour les aider à converger.

Nous devons dans les prochains mois définir de manière simple, adaptée, des critères d’une convergence sociale qui permettra d’une part de structurer le débat budgétaire de 2020 pour construire plus de cohérence dans les fonds structurels et, d’autre part, de structurer l’accès au marché et à ce budget du cœur de l’Europe car c’est avec cette convergence que nous devons conjuguer la solidarité que j’évoquais tout à l’heure.

C’est cela la solidarité qui unit : l’Europe juste, protectrice et ambitieuse. « Unir les hommes », disait sobrement MONNET. « Vivre collégialement », disait SORBON. C’est toujours le même objectif. C’est à toujours cela qu’il nous faut revenir.

Et le ciment le plus fort de l’Union sera toujours la culture et le savoir. Car cette Europe où chaque Européen reconnaît son destin dans le profil d’un temple grec ou le sourire de Mona Lisa, qui a pu connaître des émotions à travers toute l’Europe en lisant MUSIL ou PROUST, cette Europe des cafés, dont parle STEINER, cette Europe dont SUARES disait qu’elle est « une loi, un esprit, une coutume », cette Europe des paysages et des folklores, cette Europe dont ERASME, dont on disait qu’il en était le précepteur, disait qu’il fallait demander à chaque jeune, déjà, de « parcourir le continent pour apprendre d’autres langues » et « se défaire de son naturel sauvage », cette Europe, parcourue par tant de guerres, de conflits : ce qui la tient, c’est sa culture.

Notre fragmentation n’est que superficielle. Elle est en fait notre meilleure chance. Et au lieu de déplorer le foisonnement de nos langues, nous devons en faire un atout ! L’Europe doit être cet espace où chaque étudiant devra parler au moins deux langues européennes d’ici 2024. Au lieu de regretter le morcellement de nos contrées, renforçons les échanges ! En 2024, la moitié d’une classe d’âge doit avoir passé, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays européen. Qu’il soit étudiant ou apprenti. Et ici même où quelques pionniers, comme à Bologne, Montpellier, Oxford ou Salamanque ont cru dans le pouvoir de l’apprentissage, de l’esprit critique et de la culture, je veux que nous soyons à la hauteur de ce grand dessein.

Je propose la création d’universités européennes qui seront un réseau d’universités de plusieurs pays d’Europe, mettant en place un parcours où chacun de leurs étudiants étudiera à l’étranger et suivra des cours dans deux langues au moins. Des universités européennes qui seront aussi des lieux d’innovation pédagogique, de recherche d’excellence. Nous devons nous fixer, d’ici à 2024, en construire au moins une vingtaine. Mais nous devons, dès la prochaine rentrée universitaire, structurer les premières, avec de véritables semestres européens et de véritables diplômes européens.

Et ces liens doivent être tissés dès le lycée. Je souhaite que nous engagions un processus d’harmonisation ou de reconnaissance mutuelle de diplômes de l’enseignement secondaire. Comme nous l’avons fait, justement, pour les étudiants avec le processus de Bologne, lançons dès aujourd’hui, un processus de la Sorbonne qui permettra de parachever un vrai cursus permettant les échanges, les changements et les transitions dans tout le système secondaire européen.

Parce que comme le rappelait MOUNIER, « l’universel se parle aux hommes en plusieurs langues, qui chacune en révèle un aspect singulier ». A travers ces initiatives, ce ne sont pas des actes de résistance que je vous propose. Ce sont des actes de conquête pour les générations à venir. Parce que ce qu’il reste à la fin, c’est ce qui unit les hommes ! C’est cette vie collégiale que vous aurez vécue à Paris, à Milan, à Berlin ou à Gdansk ! C’est cela qui compte, ce qui fera ce ciment européen, ce fil insécable qui tient l’Europe, qui fait que quand les gouvernements se brouillent, quand les politiques parfois ne sont plus les mêmes, il y a des femmes et des hommes qui portent les histoires communes.

Mais je veux surtout vous faire toucher du doigt que vos générations ont à conjuguer cette Europe en plusieurs langues ! L’Europe du multilinguisme est une chance inédite. L’Europe, ça n’est pas une homogénéité dans laquelle chacune et chacun devraient se dissoudre. Cette sophistication européenne, c’est cette capacité à penser les fragments d’Europe sans lesquels l’Europe n’est jamais tout à fait elle-même. Mais c’est ce qui fait que partout, quand un Européen voyage, il est un peu plus qu’un Français, qu’un Grec, qu’un Allemand ou qu’un Néerlandais. Il est un Européen parce qu’il a déjà en lui cette part d’universel que recèlent l’Europe et son multilinguisme.

Et l’Europe doit être faite de ces langues et elle sera toujours faite d’intraduisible. Et cela, il faut le porter. Le débat politique et journalistique est nourri de ces intraduisibles. Vous savez, je vais vous faire une confidence : demain, les uns et les autres souhaiteront voir les petites divergences, les discussions qu’il y aura sur ce discours, et ceux qui n’ont pas d’idées essaieront de voir tous les blocages, en disant « regardez, là » … Ces blocages, je l’ai constaté bien souvent, parfois cela existe, mais bien souvent, ce ne sont pas des blocages fondamentaux. Ce sont des parts de cet intraduisible. C’est une différence de langue, de culture. C’est ce qui fait que quand on prononce le mot « dette », il n’a pas tout à fait le même sens et les mêmes implications en France et en Allemagne ! Il faut prendre cela en compte lorsqu’on se parle.

Nos débats politiques sont toujours plus compliqués en Europe que dans le reste du monde. Parce que, en quelque sorte, le Sisyphe européen a toujours son intraduisible à rouler. Mais cet intraduisible, c’est notre chance ! C’est la part de mystère qu’il y a dans chacune et chacun, et c’est la part de confiance qu’il y a dans le projet européen. C’est le fait que, à un moment donné, ne parlant pas la même langue et ayant cette part d’inconnu et d’irréductible différence, nous décidons de faire ensemble, alors que nous aurions dû nous séparer. Je revendique cette part d’intraduisible, d’irréductible différence, parce que je veux imaginer Sisyphe heureux.

Et parce qu’au fond, la circulation des idées et des hommes, ce que la jeunesse européenne aura à porter, à vouloir pour l’Europe, c’est ce qui nous a toujours unis, bien plus que la raideur des règles ou des frontières. C’est pourquoi nous devons faire confiance à l’Europe, à ce que nous avons appris les uns des autres au fil des siècles, pour trouver le chemin de cette unité.

Enfin, l’essence du projet européen, c’est la démocratie. Je dis même que c’est sa force la plus grande, son aliment véritable. A l’instar des années 1930, la démocratie est accusée de faiblesse. Il y a aujourd’hui en Europe, une fascination pour les démocraties « illibérales ». Il y a une fascination pour un unilatéralisme brutal parce que l’Europe serait devenue inefficace et avec elle, la démocratie. C’est le contraire que je défendrai sans relâche.

Souveraineté, unité et démocratie sont, pour l’Europe, indissociables. Et ceux qui pensent qu’on pourrait choisir la souveraineté sans la démocratie se trompent ! Ceux qui pensent qu’on pourrait simplement, de manière anecdotique, donner des « gadgets » démocratiques, sans vouloir un projet de souveraineté et d’unité se trompent tout autant ! C’est ce triptyque indissociable que nous devons porter.

Mais, je vous le dis avec beaucoup de force en cet après-midi, nous avons tourné la page d’une forme de construction européenne. Les pères fondateurs ont construit l’Europe à l’abri des peuples, parce qu’ils étaient une avant-garde éclairée, parce qu’on pouvait peut-être le faire, et ils ont avancé prouvant ensuite que cela fonctionnait. Ils jouissaient peut-être d’une confiance dont les gouvernants n’ont plus l’exclusive, c’est ainsi. Ils vivaient dans d’autres temps où les moyens de communication n’étaient pas les mêmes.

Cette page s’est fracassée sur le doute démocratique européen, celui que les « non » aux referendums français et néerlandais nous ont fait vivre. Et je pense que nous n’avons pas eu raison de faire avancer l’Europe malgré les peuples. Il y a eu un moment où on a pensé qu’on devait, en quelque sorte, bousculer nos démocraties en faisant avancer l’Europe malgré tout. C’était une erreur, et cette erreur s’est doublée d’une absence de propositions : on a forcé la main et on a dit « mais attention, on ne proposera plus et on ne viendra plus vous demander votre avis ». Et nous sommes rentrés dans cette « glaciation » où la France, comme beaucoup d’autres, avait peur de proposer parce qu’elle avait peur d’un indicible, de quelque chose d’affreux : le changement de traité.

L’indicible allemand, c’est le transfert de financement ; l’indicible français, c’est le changement de traité. Si nous voulons l’Europe à terme, nous viendrons aux deux, je veux rassurer tout le monde, mais n’ayons plus peur des peuples. Simplement, en méthode, nous ne devons plus faire notre Europe à l’abri de ces derniers. Mais nous ne devons pas tomber dans le piège des populistes ou des extrêmes qui consistent à dire « allons poser directement la question de manière simpliste : oui ou non ? ». La réponse est connue, c’est toujours « non », quelle que soit la question. Nous devons refonder le projet européen, par et avec le peuple, avec une exigence démocratique beaucoup plus forte qu’une simple question binaire.

C’est pourquoi, si nous voulons avancer à nouveau, je souhaite que nous passions par des conventions démocratiques qui feront partie intégrante de la refondation européenne. Je souhaite qu’une fois que nous aurons défini des termes simples d’une feuille de route partagée par les principaux gouvernements qui seront prêts à aller dans ce sens, nous puissions, pendant six mois, l’année prochaine, dans tous les pays qui le souhaitent, organiser autour des mêmes questions un vaste débat pour identifier les priorités, les préoccupations, les idées qui nourriront notre feuille de route pour l’Europe de demain. Remettre les choses dans le bon ordre, au lieu de demander, en fin de course, perclus de fantasmes et d’incompréhension, si c’est oui ou si c’est non, sur un texte illisible, écrit dans le secret, organisons un débat ouvert, libre, transparent, européen pour construire ce projet qui donner enfin un contenu et un enjeu à nos élections européennes de 2019.

Et je le dis clairement : tous ceux qui ont peur de cela se sont trop habitués à l’idée qu’on construit les projets intelligents dans la complexité et l’opacité : ce n’est pas vrai. Tous ceux qui sont tombés dans le piège de ceux qui détestent l’Europe, allez interroger nombre des agriculteurs qui souffrent aujourd’hui, ils pourront vous dire : « L’Europe, je n’en veux plus ». Le Front national, en France, est nourri de cela ! Mais commencez à rentrer dans la discussion, « d’accord, alors qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce qui va mieux te protéger ? ». Il veut parfois une autre Europe ! Mais il viendra lui-même à l’idée que l’Europe le protégerait mieux qu’une politique nationale absurde.

Ce débat exigeant est celui qui permettra aussi de retrouver le fil et l’exigence de nombre de nos politiques communes ! N’ayons pas peur de celui-ci. Mais surtout, n’ayons pas peur d’avoir, pour les élections de 2019, un débat européen ! Et j’entends déjà toutes celles et ceux, frileux, qui se sont habitués à l’idée que les élections européennes, ce serait uniquement un agrégat de débats nationaux, ce serait de petites habitudes où l’on place nos pions, où l’on ne parle jamais d’Europe, mais toutes nos postures. Alimentons les élections européennes d’un projet et voyons qui est pour et qui est contre ! Et ayons un débat démocratique sur celui-ci.

C’est aussi pour construire cet espace démocratique inachevé que je défends, pour 2019, des listes transnationales qui permettront aux Européens de voter pour un projet cohérent et commun. Comment ? Et je rends ici la paternité de cette idée à quelques-uns et quelques-unes dans cette salle… Les Britanniques ont décidé de nous quitter, libérant 73 postes de députés européens. Nous avons un choix simple : nous répartir les dépouilles, avec élégance et dignité ; et décider que l’Europe, à défaut d’avoir un souffle commun, c’est un syndic de copropriété ; avec une clé de répartition savamment étudiée, nous nous répartirons les postes de députés laissés vacants. Ou vous décidez que ces 73 députés doivent être la réponse européenne au Brexit. Et ce sera une liste transnationale où l’on vote pour les mêmes parlementaires européens partout en Europe. Chiche !

Et à tous les grands partis européens qui nous ont expliqué que ce serait formidable d’avoir un « Spitzenkandidat » pour la Commission européenne, qui voulaient communautariser, européaniser ces élections, je leur dis : « Allez jusqu’au bout du raisonnement ! N’ayez pas peur ! Ayez des vraies élections européennes ! N’ayez pas des calculs au trébuchet pour vos intérêts d’hier ! Allons ! » Mais vous verrez ainsi, les uns et les autres au niveau européen, ce qui est apparu clairement en France en mai dernier, c’est que ce qui vous tient parfois dans des partis communs n’existe plus. C’est que votre rapport à l’Europe n’est plus le même, au sein des mêmes grands partis. C’est que vous ne croyez plus dans les mêmes choses.

Je ne laisserai pas à ces grands partis européens, le monopole du débat sur l’Europe et les élections européennes ! Parce qu’il faut que les citoyens le refondent, par la base, par le bas, par le vrai. Et je souhaite qu’aux élections suivantes, le vrai pas en avant puisse être que la moitié du Parlement européen soit élue sur ces listes transnationales.

Ce Parlement, la France l’a souvent vu comme la seconde division de la politique nationale, et je le dis ici devant plusieurs parlementaires français et parlementaires européens. C’est une faute grave. Si l’on veut construire une Europe souveraine, mettre en commun des compétences pour être plus forts, rendre notre politique commerciale plus transparente, contrôler le budget qu’il nous faut pour la zone euro, ce Parlement des européens doit être le creuset de notre projet commun.

Cette ambition, ce doit être notre projet politique avec un horizon : 2024, en tenant ensemble l’urgence d’agir et le sens du temps long.

En 2019, les Européens éliront leurs députés. Ce sera le moment du Brexit. Ce sera aussi, si nous lançons maintenant la refondation de l’Europe, un moment de confiance retrouvée dans notre avenir. Avec un mandat clair, nos députés européens doivent agir pour transformer l’Europe. Et cinq ans plus tard, c’est une Europe nouvelle qu’ils devront laisser à 500 millions d’Européens.

Quelques semaines après les élections européennes, Paris accueillera les Jeux olympiques. Mais ce n’est pas Paris qui reçoit. C’est la France et avec elle, l’Europe qui feront vivre l’esprit olympique né sur ce continent. Ce sera un moment de rassemblement unique, une occasion magnifique de célébrer l’unité européenne. En 2024, l’Hymne à la joie retentira, et le drapeau européen pourra être fièrement arboré aux côtés de nos emblèmes nationaux.

C’est pour cela que ce débat, cette ambition doivent être portés maintenant. C’est le bon moment. Qu’il doit construit pour les élections européennes de 2019. C’est le bon moment ! Et ce mandat de 2019 à 2024, c’est celui de la transformation européenne. Ceux qui vous disent qu’il faut attendre, disent qu’il faut attendre depuis des années ou des décennies. La procrastination, c’est le cousin de cette langueur que j’évoquais tout à l’heure. Ils veulent encore passer une occasion ! Nous sommes bousculés ! Il y a des menaces ! L’audace est notre seule réponse. L’ambition renouvelée, c’est la seule opposition. N’ayons pas peur, avançons.

A quoi ressemblera cette Europe de 2024 ? Je l’ai dit : l’unité de l’Europe, c’est le socle de cette refondation. L’Union européenne en 2024 sera rassemblée autour de deux piliers à mes yeux. Le premier : les valeurs de la démocratie et de l’Etat de droit. Elles ne sont pas négociables, elles ne sont pas « à la carte ». Sur les valeurs, il ne peut pas y avoir une Europe à deux vitesses. Elles sont le ferment de notre unité et de notre liberté. Et à ce titre, je veux saluer le travail constant de la Commission ces derniers mois, et en particulier de Frans TIMMERMANS.

Le deuxième pilier, c’est le marché unique qui reste la meilleure garantie de notre puissance, de notre prospérité, de notre attractivité. Le travail de simplification engagé depuis trois ans par l’actuelle Commission doit être poursuivi et amplifié. Je souhaite que nous reprenions le débat européen que nous avions lancé avant le vote britannique.

Nous avons besoin à 28, d’une Europe plus simple, plus transparente, moins bureaucratique ! Si la vigueur du droit fait la force de l’Europe, la profusion des normes en précipite le rejet. Avec des chefs d’entreprise, des ONG, des panels de citoyens, passons en revue progressivement les règles européennes pour vérifier qu’elles sont adaptées, comprise, utiles.

Simple, efficace, protecteur, le marché unique doit redevenir cet espace de convergence plus que de concurrence. Et il en est de même pour son miroir extérieur qu’est la politique commerciale. J’entends les ambitions portées par certains, mais je leur dis : « Attention, je suis prêt à vous suivre, mais à condition que cette politique commerciale soit profondément renouvelée, profondément changée. Je ne veux pas de nouvelles discussions commerciales avec les règles d’hier, qui nous ont conduits à ces situations absurdes que nous avons aujourd’hui sur l’accord entre l’Europe et le Canada ». Nous avons besoin d’avoir une transparence des négociations et de la mise en œuvre des accords commerciaux. Nous avons besoin d’une exigence sociale et environnementale dans nos débats commerciaux. Et nous avons besoin d’une réciprocité en créant un procureur commercial européen, chargé de vérifier le respect des règles, par nos concurrents, et de sanctionner sans délais toute pratique déloyale.

Pour fonctionner mieux, cette Union européenne ne pourra échapper à la question de ses institutions. Nous ne pourrons pas continuer avec une Commission à près de 30 membres, comme si chacun devait veiller aux intérêts de son pays. Ce n’est ni le sens, ni l’esprit du projet européen. Une Commission de 15 membres devra être notre horizon et pour avancer, soyons simples : que les grands pays fondateurs renoncent à leurs commissaires pour commencer ! Nous donnerons l’exemple. Cela permettra de rassembler les compétences, plutôt que de les fragmenter.

Cette Union du marché et du droit a vocation à accueillir dans quelques années plus largement. Pourquoi ? Parce que cette Union européenne, fondée sur ces valeurs et ce marché unique, ainsi simplifiée, refondée, plus proche de nos citoyens, plus exigeante en matière commerciale, c’est une Europe dont les frontières ne sont pas parachevées.

Cette Union, lorsqu’ils respecteront pleinement l’acquis et les exigences démocratiques, devra s’ouvrir aux pays des Balkans. Car notre Union reste attractive et son aura est un facteur essentiel de paix et de stabilité sur notre continent. Ils devront respecter les conditions prévues, mais les arrimer à l’Union européenne ainsi repensée, c’est une condition pour qu’ils ne tournent pas le dos à l’Europe pour aller ou vers la Russie, ou vers la Turquie, ou vers des puissances autoritaires qui ne défendent pas aujourd’hui nos valeurs.

De la même façon, dans cette Union recentrée sur des valeurs intransigeantes, un marché efficace, dans quelques années, s’il le souhaite, le Royaume-Uni pourra trouver la place qui est la sienne. C’est pourquoi vous ne m’avez pas entendu parler du Brexit cet après-midi. Les discussions sont en cours qui ne définissent pas le futur de l’Europe. Mais dans cette Union européenne repensée, simplifiée que je propose, je ne m’imagine pas que le Royaume-Uni ne puisse trouver sa place.

Si nous pouvons accepter cet élargissement exigeant, c’est aussi parce que le socle renforcé de l’Union européenne permettra des différenciations plus grandes. Et j’assume pleinement cette philosophie. L’Europe est déjà à plusieurs vitesses alors, n’ayons pas peur de le dire et de le vouloir ! C’est parce que ceux qui vont plus vite n’osent plus aller de l’avant que le goût même de cette ambition s’est perdu, que les autres les ont regardés avancer pour finir par se dire : « ça n’a pas l’air d’être si bien cette avant-garde de l’Europe, ils n’osent même plus se réunir, ils n’osent plus proposer, ils n’osent plus avancer ».

Non, allons vers ces différenciations, vers cette avant-garde, ce cœur de l’Europe dont je parlais tout à l’heure. Sur tous nos grands défis, nous devons avancer en accélérant le rythme et en élevant nos ambitions. Aucun État ne doit être exclu de cette dynamique, mais aucun pays ne doit pouvoir bloquer ceux qui veulent avancer plus vite ou plus loin.

Je le dis ici, reprenant les propositions de Mario MONTI et Sylvie GOULARD faites il y a quelques années, l’idée que celui qui veut le moins peut bloquer les autres est une hérésie. Acceptons ces différences multiples et, comme à chaque moment clé de son histoire, l’Europe avancera d’abord par la détermination de quelques-uns. Cette ambition n’est jamais une source d’exclusion, elle est le ferment de l’unité et de la souveraineté européennes.

Le temps où la France décidait pour l’Europe n’a jamais existé, si ce n’est dans les fantasmes de quelques nationalistes égarés. Le temps où la France prétendait décider pour l’Europe a pu exister, ce n’est pas ce que je souhaite faire. Mais le temps où la France propose pour avancer avec l’Europe et avec tous les Européens qui le souhaitent, ce temps-là est revenu, et je pense à cet instant à Robert SCHUMAN le 9 mai 1950, à Paris, osant proposer de construire l’Europe. Je pense à ses mots saisissants lorsqu’il dit : « L’Europe n’a pas été faite et nous avons eu la guerre. »

Alors, aujourd’hui, je prends la responsabilité de proposer, d’aller plus loin, d’oser parler d’Europe et de retrouver pour elle des mots d’affection et d’ambition. Non pas d’imposer, de forcer, de prétendre tout réinventer – beaucoup de choses ont déjà été dites, mais de prendre le risque de proposer une vision cohérente, ambitieuse, de proposer un chemin, un horizon plutôt que de débattre sur des instruments, de prendre le risque indispensable de l’initiative.

Deux jours après les élections chez notre principal partenaire, je veux féliciter à nouveau la chancelière Angela MERKEL avec laquelle je me réjouis de continuer à travailler car nous partageons le même engagement européen et je sais son engagement européen. Je sais aussi pour elle la blessure de voir des discours nationalistes et haineux avoir emporté tant de suffrages. Mais je sais que sa réponse ne sera ni le repli ni la timidité. Je sais que, comme à chaque fois que son pays a été face à des défis historiques, elle aura la même réaction : l’audace et le sens de l’histoire. Et c’est cela ce que je lui propose.

Aussi je propose en premier lieu à l’Allemagne un partenariat nouveau. Nous ne serons pas d’accord sur tout, ou pas tout de suite, mais nous discuterons de tout. À ceux qui disent que la tâche est impossible, je réponds : vous vous êtes habitués à la résignation, pas moi. À ceux qui disent que c’est trop dur, je dis : pensez à Robert SCHUMAN, cinq ans après une guerre dont le sang séchait à peine. Sur tous les sujets que j’ai évoqués, nous pouvons donner une impulsion franco-allemande décisive et concrète. Pourquoi ne pas commencer ensemble l’Agence de l’innovation de rupture, lancer un programme commun d’intelligence artificielle qui ferait de l’Europe le moteur de la croissance mondiale ? Pourquoi ne pas se donner d’ici à 2024 l’objectif d’intégrer totalement nos marchés en appliquant les mêmes règles à nos entreprises, du droit des affaires au droit des faillites ?

Cet esprit pionnier et concret, c’est celui du Traité de l’Élysée. Alors, travaillons et consignons ces engagements communs dans un nouveau traité de coopération que nous pourrons signer ensemble pour le 55e anniversaire du traité fondateur le 22 janvier 2018. Refaisons un Traité de l’Élysée le 22 janvier prochain.

Cette ambition, nous la partageons aussi avec l’Italie. Dès demain, je serai avec le président du Conseil, Paolo GENTILONI, et nous prendrons ensemble des premiers engagements allant dans ce sens. Mais cette vision, c’est avec l’Espagne, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et tant d’autres partenaires que nous la partageons. J’ai rencontré 22 de mes homologues depuis ces quelques mois, je veux travailler avec chacun d’entre eux, avec humilité mais détermination, parce que c’est notre moment.

Le temps où la France propose est revenu et, au-delà, je proposerai donc à tous ceux qui adhèrent à cette volonté d’une Europe souveraine, autour des axes que j’ai tracés, d’une Europe unie et différenciée, d’une Europe démocratique, en adhérant à la démarche des conventions, de lancer dans les prochaines semaines un groupe de la refondation européenne. Il accueillera les représentants de chaque État membre volontaire et associera les institutions européennes.

Avançons dès maintenant. D’ici l’été 2018, il travaillera pour préciser et proposer les mesures qui mettront en œuvre les six clés de la souveraineté en se nourrissant des débats issus des conventions démocratiques.

Vous le voyez, j’arrive à la fin de mon propos et vous ne m’avez presque pas entendu parler d’outils. Car l’obsession de l’Europe a été de parler de traité, de budget, de capacité, de mécanisme plutôt que de parler de projet. Cette méthode ne permet plus d’avancer. Changer un traité n’est pas une fin en soi, c’est un instrument au service d’une ambition. Et prenons là encore les choses dans le bon sens, thème par thème.

Le groupe pour la refondation européenne identifiera les changements nécessaires, sans tabou. Selon les cas, une coopération renforcée, un accord ad hoc, une nouvelle législation sera requise et, si le projet le nécessite, un changement de traité. Je suis prêt à l’assumer.

De la même façon, ne définissons pas le club fermé de celles et ceux qui pourraient y participer, définissons le chemin, la méthode et toutes celles et ceux qui en auront l’ambition, la volonté, la force en seront, sans bloquer les autres, sans les arrêter.

Ces propositions d’actions que je viens de formuler, ces initiatives que je propose aux partenaires qui le souhaitent, ce cap que j’ai voulu tracer devant vous n’ont qu’une ambition, rendre l’Europe à elle‑même et la rendre aux citoyens européens. Nous devons les convaincre que les 70 années que nous venons de vivre ne sont pas le fruit du hasard mais d’une volonté inflexible ancrée dans un optimisme sans partage.

Cette Europe qui a permis de tourner le dos à la guerre, nous devons en retrouver l’ambition. Nous ne savons presque plus rien aujourd’hui des villes détruites, de ces fils qui séparaient, de ces barbelés au cœur de l’Europe, de ces pères, de ces sœurs, de ces enfants qu’on enterre la gorge serrée par le malheur. Nous ne croisons plus dans nos rues les êtres que la guerre a laissés dans un deuil inconsolable parce que le fanatisme et le nationalisme avaient un temps pris le dessus sur la conscience des peuples.

Mais, déjà, nous voyons poindre de nouveau ce qui pourrait détruire cette paix qui nous berce. Alors je vous le dis, toute cette ambition que nous portons, c’est le sursaut des consciences que nous devons assumer au moment où cet obscurantisme se réveille en Europe un peu partout. Posons-nous sérieusement la question de l’avenir que nous voulons et ayons tous ensemble le courage de le construire.

Et je le dis à tous les dirigeants européens, je le dis à tous les parlementaires en Europe, je le dis à tous les peuples européens : regardez notre époque, regardez-la en face et vous verrez que vous n’avez pas le choix, vous n’avez pas le luxe de la génération qui nous a précédés et qui a pu gérer ce qui était acquis et à peine construit. Vous n’avez pas le luxe de celle-ci. Vous n’avez qu’un choix simple, celui de choisir de laisser un peu plus de place à chaque élection aux nationalistes, à ceux qui détestent l’Europe et, dans cinq ans, dans dix ans, dans quinze ans, ils seront là. Nous les avons déjà vus gagner ici !

Ou vous avez le choix de prendre vos responsabilités, partout, et de vouloir cette Europe en prenant tous les risques, chacun dans nos pays, parce que cet attachement au cœur, nous devons l’avoir, parce que les cicatrices qui ont balafré notre Europe, ce sont nos cicatrices !

Alors cette ambition, nous devons la porter maintenant. Maintenant, parce que c’est ce temps-là qui est venu, celui du sursaut de nos concitoyens, mais parce que c’est surtout notre responsabilité pour notre jeunesse partout en Europe. La responsabilité que prennent aujourd’hui les gestionnaires, c’est de laisser notre jeunesse dans la main de tous les extrêmes, c’est d’offrir à notre jeunesse un avenir qui n’aura pas notre luxe, celui de choisir son propre destin, c’est de promettre notre jeunesse à tous les bégaiements de l’Histoire.

Alors je le dis à tous les dirigeants d’Europe, quelles que soient nos difficultés, quels que soient les soubresauts, nous n’avons qu’une responsabilité, celle à laquelle notre jeunesse nous oblige, celle pour les générations qui viennent, celle de gagner leur gratitude sinon nous mériterons leur mépris. J’ai choisi.

Je vous remercie.