Archives pour la catégorie Parlementaires

parlementaires via les thèmes :députés,sénateurs, parlementaires europeens , groupe Mouvement démocrate, assemblée nationale, sénat, loi, constitution,

Retour sur la dette publique à l’occasion d’une motion de renvoi en commission du PLFR 2017,présentée par JL Mélenchon au nom du groupe La France Insoumise

Cliquez ici  http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180051.asp#P1090631

pour le compte rendu intégral des débats qui se sont tenus le 13 novembre 2017 à l’Assemblée nationale

Motion de renvoi en commission

Mme la présidente. J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de renvoi en commission déposée en application de l’article 91, alinéa 6, du règlement.

La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Madame la présidente, monsieur le ministre, chers collègues, je demande, au nom du groupe La France insoumise, le renvoi en commission de ce projet de loi. En effet, j’estime que les deux cadres qui organisent la pensée de ce budget sont erronés.

Beaucoup croient que le budget est une création particulière, résultant de l’imagination du gouvernement en place. Non, monsieur le ministre, vous suivez sans originalité, permettez-moi de vous le dire, la feuille de route que délivre la Commission européenne tous les ans, à l’issue du fameux semestre européen. C’est du reste, dans un passé récent, ce que tous les gouvernements français, quels qu’ils soient, ont fait – plus ou moins bien.

Ainsi, la réforme du cadre administratif du pays, qui ne répondait à aucune espèce de nécessité, n’a été faite par M. Hollande que parce que l’Europe l’avait demandé. Comme sa première copie n’était pas au point, il a lui-même réformé sa propre réforme qui n’était pas entrée en vigueur : c’est l’organisation des régions. Depuis, la Commission n’a cessé de réclamer une réforme du code du travail. À chaque semestre européen, elle nous demande de fluidifier, de flexibiliser, et que sais-je encore, les relations de travail. C’est ce par quoi vous avez commencé.

Je ne donne que ces deux exemples car il me faut en venir à la critique de fond que je veux adresser à cette pensée inspirée par la Commission et ses préjugés idéologiques. Commençons par l’absurdité de la règle des 3 %. À supposer que ce soit le bon chiffre, elle s’applique, quelle que soit la situation, quel que soit le contexte. Il est donc devenu impossible de prendre des mesures contracycliques, alors que la France, du fait de son organisation, s’est caractérisée pendant des décennies par son économie contracyclique !

Évidemment, on peut toujours se piquer de sérieux avec ces 3 %. Mais c’est une blague ! Lorsque la limite du déficit a été fixée, les Allemands proposaient 5 %. Ce sont les Français qui ont proposé 3 %. C’est un inspecteur des finances, Guy Abeille, qui est l’auteur des 3 %, un homme dans son bureau qui a trouvé que 5 %, c’était beaucoup trop, 1 %, c’était ridicule, et que 3 %, au milieu, ça faisait sérieux…

Ça fait sérieux, mais ça ne l’est pas ! Il suffit de regarder le bilan du pays auquel ce remède de cheval a été appliqué contre tout bon sens : la Grèce. Quand la crise a commencé, en 2010, la dette représentait 146 % du PIB. Six ans plus tard, après que le PIB s’est écroulé du quart, comme les salaires, et que les pensions de retraite ont chuté de 20 %, après que le taux de chômage a grimpé jusqu’à 22,5 % et que 400 000 personnes ont émigré parce qu’elles ne pouvaient plus vivre dans leur pays, la dette de la Grèce représente… 186 % du PIB ! Rien n’a été réglé. Qu’attendez-vous donc de remèdes de cheval qui ne guérissent rien et ont plutôt tendance à faire mourir la bête ?

Si l’on veut regarder de plus près encore, on s’étonnera d’apprendre que la Grèce dégage chaque année 3,9 % d’excédent primaire. En France, nous en sommes loin ! Mais cela signifie qu’il faudra encore cinquante ans aux Grecs pour écluser leur dette, en son état actuel. Cinquante ans ! Ce que la Commission est en train de faire, c’est de dire aux jeunes Grecs que l’unique objectif politique de leur pays, pendant les cinquante prochaines années, sera de rembourser la dette !

Et tout cela sur la base de calculs dont je mets en cause la nature, et l’existence même. Enfin, pourquoi devrait-on comparer le niveau d’une dette à la production de richesses d’une année, monsieur le ministre ? Qu’est-ce que cela signifie ? Quel rapport objectif cela décrit-il ? Qui d’entre nous voit son endettement évalué par rapport à son revenu annuel ?

M. Charles de Courson. Moi !

M. Jean-Luc Mélenchon. Allons, monsieur, pas pour les dettes privées !

M. Charles de Courson. Voyez mon banquier, il vous expliquera !

M. Jean-Luc Mélenchon. Reprenez-vous, je vous prie, et ne m’interrompez pas. Ou attendez que je vous en donne la permission ! (Sourires.)

Si vous rapportez la dette de la France à la durée moyenne d’un titre de dette conclu par l’État – 7 ans et 31 jours – l’endettement total de la France est, par rapport au PIB des années considérées, de 12 % : rien qui justifie les sacrifices et les destructions auxquels nous sommes appelés ! Bref, le cadre intellectuel et conceptuel de l’économie tel que le pense la Commission est une absurdité, qui ne permettra pas de faire face aux événements qui s’annoncent.

Deuxième cadre de votre budget, la théorie du ruissellement : on empile de l’argent en haut, et les grosses miettes finissent par dégringoler sur ceux qui sont en dessous. C’est une idée que vous avez récusée, monsieur le ministre, je m’en souviens très bien. Vous avez pourtant expliqué que les 10 milliards que vous allez donner entraîneront des investissements, qui produiront eux-mêmes des emplois, lesquels rapporteront des taxes et des impôts – créant ainsi le monde meilleur auquel vous aspirez, mais que vous ne verrez pas advenir avec de telles méthodes.

Cette théorie butte sur un point : il n’est prouvé nulle part que l’argent supplémentaire que l’on donne au capital va au travail et à l’investissement. Il n’existe aucune preuve de cette affirmation. Cela a l’air de vous amuser, monsieur le ministre. Je suis sûr que vous avez une bonne raison, mais pour ma part, je prends cela très au sérieux. Après tout, vous pourriez avoir raison… Mais le fait est que personne ne critique ce point de la doctrine économique.

Vous m’avez répondu précédemment que le bon sens veut que l’argent aille à la production. Mais nulle part on ne voit trace de ce bon sens ! Alors que les mesures contenues dans le projet de loi de finances pour 2018 sont quasiment acquises, le journal L’Opinion a rapporté la semaine dernière que les investisseurs avaient décidé de ralentir leurs investissements en France pour l’année 2017 et qu’ils ne prévoyaient rien pour l’année 2018. Ils estiment en effet que les outils de production sont déjà utilisés au maximum de leur capacité.

Cela signifie qu’ils n’attendent absolument rien de la décision qui vient d’être prise de leur rendre 10 milliards d’euros. Cette théorie part de l’idée que le marché, au fond, place naturellement les ressources au bon endroit, au bon moment. Ça, c’est l’ancien capitalisme, le capitalisme rhénan, celui que l’on a connu pendant les dernières décennies du siècle passé. Mais il n’existe plus. Le capitalisme de notre époque, c’est d’abord une accumulation disproportionnée dans la bulle financière, sans aucun rapport avec la production réelle.

Ce phénomène s’est développé d’une manière fulgurante à partir des années 1970, et précisément de la décision de M. Richard Nixon, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité du dollar en or. Les États-Unis d’Amérique ont alors commencé à imprimer des billets sans aucune limite, et leur monnaie à régler le commerce mondial. Entre cette époque et 2016, on est passé de 20 milliards à 5 000 milliards de dollars d’échanges financiers par jour, soit 115 fois, chaque jour, le montant annuel du commerce mondial. Si cela ne démontre pas l’existence d’une sphère financière absolument coupée de la réalité de l’économie productive, qu’est-ce qui le démontrera jamais !

La bulle boursière qui en a résulté, c’est-à-dire une accumulation de richesses sans cause, est elle aussi considérable. Nous sommes passés de 1 400 milliards en 1975, soit quelques années après la décision de Nixon, à 65 000 milliards en 2017. Entendez bien ce chiffre : il est supérieur au pic qu’a atteint la capitalisation boursière à la veille de la crise de 2008 ! Cette crise, causée par l’éclatement de la bulle financière, a été la plus grave depuis celle de 1929 selon les déclarations de nos responsables politiques, le président Sarkozy et le président des États-Unis de l’époque, mais aujourd’hui, nous sommes à un niveau supérieur ! Il suffit d’ouvrir un journal économique ou financier pour voir que nous sommes dans un état sur-critique. Et c’est le moment que nous avons choisi pour aller, avec nos petits seaux, grossir encore l’océan de cet argent fictif !

Alors que la valeur boursière a été multipliée par 45 en trente ans, la production réelle, elle, n’a été multipliée que par 3,5. Soyons clairs : un océan de papier flotte au-dessus de nos têtes. Une bulle gigantesque englobe l’économie réelle. C’est elle, et non la production réelle, qui donne le rythme. Le danger est donc extrême, et il ne faut pas l’accroître.

Or, je vous l’ai dit il y a un instant, les investisseurs ne se préparent pas à investir l’argent qu’on va leur donner. Du reste, au cours des dernières années, ils n’ont pas davantage investi, au contraire. Et cela se comprend ! Ce n’est pas un complot, c’est juste qu’il est plus facile d’accumuler dans la bulle financière que dans l’économie réelle. Autrefois – en l’an 2000, ce n’est pas si vieux que cela ! – les entreprises du CAC 40 distribuaient 33 % de leurs bénéfices aux actionnaires. Aujourd’hui, elles en distribuent 57 %. Cela signifie qu’elles comptent sur des gens pour placer leur argent de manière opportune.

On sait, depuis les Paradise papers et, avant cela, les Panama papers, ce que ces personnes font de leur argent. Si ceux qui devraient investir n’investissent pas, si les riches préfèrent les dividendes, si la bulle boursière nous menace, alors il faut que nous regardions s’il existe des théories ou des pratiques économiques qui aboutissent à un résultat inverse. Voilà ce qui nous intéresse.

Je vais chercher la preuve de ma démonstration à la Banque centrale européenne – BCE –, même si cela peut paraître curieux de prime abord. La BCE a commencé par annoncer qu’elle donnerait 400 milliards aux banques, à la condition que celles-ci donnent, en échange, des titres de prêts immobiliers. Résultat ? Rien. Ce sont 60 milliards à peine qui ont été consommés. Les banques ont préféré ne rien prendre que de lâcher ce qu’elles considéraient comme un placement plus sûr que de l’argent à placer dans l’économie réelle – car c’est la deuxième condition que posait la Banque centrale.

M. Jean-Claude Juncker a proposé 300 milliards de plan de relance. Que s’est-il passé ? Rien. Cette somme n’a pas été utilisée non plus. Il a fallu que le banquier central adhère, avec un peu d’humour, à la théorie la plus folle de M. Keynes, qui disait que tout était bon pour relancer la machine, y compris jeter des sacs de billets depuis des hélicoptères, parce que cela obligeait les gens à dépenser immédiatement l’argent, pour qu’on ne le leur reprenne pas. Ce que je suis en train de vous raconter n’est pas une invention : c’est ce qu’il a dit lors d’une conférence de presse, avec humour, pour répondre à un journaliste qui lui demandait quelle était la limite de ce qu’il était prêt à faire pour relancer l’économie. Il a répondu qu’il n’y en avait pas, et a fait cette hypothèse.

M. Charles de Courson. C’était une plaisanterie !

M. Jean-Luc Mélenchon. Un jour, on a donc compris que lorsqu’on posait des conditions, les banques ne plaçaient pas leur argent dans l’économie réelle. Qu’a-t-on fait ? On leur a dit qu’on leur donnait tout l’argent qu’elles voulaient, contre rien. On leur a donné 80 milliards par mois. Au bout de quatre ou cinq mois seulement, alors que l’économie était entrée en dépression dans la zone euro, ce qui est la catastrophe totale, l’argent a commencé à ruisseler et on a vu la production européenne remonter la pente, si bien qu’on considère aujourd’hui qu’il y a un « mieux ». Le mieux, c’est une croissance de 2 %. Il a fallu injecter gratuitement dans l’économie européenne plus de 2 000 milliards d’euros, ce qui correspond à une année de production totale de la France, pour qu’aussitôt on voie la machine se relancer ! C’est bien la preuve qu’il suffit d’injecter de l’argent dans l’économie réelle pour que la machine redémarre et que les impôts et les taxes remettent les budgets d’équerre.

Oui, cette question se pose avec une urgence absolue. On évoque sans cesse la dette publique, et tout le monde oublie la dette privée. Or celle-ci, en France, est supérieure à la dette publique. Les Français ne doivent pas seulement 2 200 milliards de dette publique ; ils doivent un peu plus de la même somme en dette privée, ce qui fait un total de 4 500 milliards. La seule manière de soigner la dette privée, surtout quand vous avez une bulle financière, c’est de relancer l’économie réelle, parce que c’est elle qui va permettre, au moins à ceux qui ont emprunté, de ne pas être défaillants – car c’est par là que les bulles éclatent. C’est la première remarque que je voulais faire, qui n’entre nulle part dans les hypothèses économiques qui ont servi à construire ce budget.

Évidemment, la question de la dette se pose à l’Europe entière, et je vous propose donc une mesure qui me semble indispensable. Si nous ne faisons rien, si nous continuons avec l’absurde règle d’or, qui ne tient aucun compte des effets des cycles économiques, si nous n’en finissons pas avec tout cela, que va-t-il se passer ? Les tensions entre les nations vont s’exacerber, parce que, partout, l’État et les services publics reculent, ce qui vide de son sens même l’existence de la nation, qui ne peut pas être autre chose qu’une communauté de solidarité. Il faut régler la question de la dette, parce que c’est en son nom que ces politiques de coupes claires sur les services publics sont menées. C’est à cause d’elle qu’ont lieu les manifestations absurdes de ces 60 000 voyous d’extrême droite en Pologne…

M. Éric Coquerel. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. …ou que se font jour des crises d’identité nationale comme celle qui se déroule actuellement en Espagne.

Il faut arrêter cette machine à perdre et à tuer, en organisant une conférence de la dette au niveau européen. Je demande qu’on me démente si ce que je dis ne tient pas ou si mon addition n’est pas juste : si la totalité des dettes publiques des États d’Europe était achetée directement par la Banque centrale européenne au lieu d’être rachetée sur le second marché, comme cela a été le cas jusqu’à une date récente – ce qui a conduit à cette situation ridicule où la Grèce a procuré 8 milliards à la Banque centrale européenne – dans le pire des cas nous aurions 5 à 6 % d’inflation. Eh bien, je vous le dis, je préfère 5 ou 6 % d’inflation et une Europe qui vit dans la paix et la prospérité, plutôt que la guerre qui s’avance. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.),,,0

Muriel Resseguier député France insoumise de l’Herault (34)

Vidéo de son intervention lors des debats sur le PLF 2018

Retranscription intégrale de son discours

Le contenu du projet de loi Finances ne nous a guère surpris.

Pour certains adeptes de la calculatrice et de l’argent-roi, il s’agit de compter « ce qui rapporte et ce qui coûte ». Et voici où l’état souhaite faire des économies : l’éducation, la santé, le logement, la sécurité sociale… Or qui peut croire aujourd’hui que les services publics vivent dans l’opulence ? Certainement pas les usagers, les enseignants, ou le personnel hospitalier…

Non, on ne peut pas assimiler le budget de l’État à celui d’une entreprise, car chaque ligne budgétaire aura un impact sur la vie des gens au quotidien.

Nous voilà désormais clairement en marche mais en marche vers quoi ? Vers la fin du code du travail ! Vers la fin de l’Assurance Chômage ! Et probablement vers la fin de la Sécurité Sociale – déjà 22 000 postes supprimés en 10 ans ! Soyons vigilants : une fois que les gens ne cotiseront plus, les assurances privées qui galvaudent le nom de mutuelles, prendront le pas sur le système actuel et tant pis pour ceux qui ne pourront pas se soigner par manque d’argent.

S’il doit y avoir un constat politique de la situation économique de notre pays, c’est bien celui concernant la montée vertigineuse des inégalités. Ce qui ne semble plus choquer grand monde. Le projet de loi de finances écarte d’un revers de main ce principe fondamental qui veut que nous ne soyons pas une addition d’individus en compétition les uns avec les autres, mais un collectif uni et solidaire.

Depuis plusieurs années, la prétendue impossibilité de s’écarter de la feuille de route dictée par Bruxelles, le marasme économique et la dette sont invoqués pour justifier toujours plus de sacrifices. Et ce gouvernement adhère pleinement à cette logique folle. Il suffit de voir le contenu du Projet de Loi de Programmation des finances publiques 2018-2022 et les objectifs qu’il fixe.

En attendant, les dix plus grandes fortunes françaises ont vu leur patrimoine passer de 22,9 milliards à 240,8 milliards d’euros entre 1997 et 2017. Soit une progression de plus de 950% sur la période ! A titre de comparaison, l’indice des prix à la consommation harmonisé n’a augmenté en parallèle que de 35%. Le tout alors qu’une cure austéritaire est imposée au même moment à la dépense publique.

Et rien ou si peu pour les 30 000 enfants qui vivent dans la rue, les plus de 9 millions de pauvres, les 6 millions de chômeurs, le monde rural et agricole, ou les quartiers populaires.

Monsieur Le Maire nous a dit en commission finances : « il est nécessaire d’alléger la fiscalité sur le capital  » et Monsieur Darmanin a ajouté le même jour que : ce « budget est celui du pouvoir d’achat »…

Cette fois-ci, dans la boîte il y a un cadeau : le petit livret jaune ! Le fameux « livret du pouvoir d’achat » ! Une belle brochure de 11 pages compilant quelques mesures en faveur du pouvoir d’achat, dont certaines existaient déjà, pour que ceux qui ne sont rien et ne comprennent pas tout ne se sentent pas trop perdus dans les 212 pages du projet de loi de finances. Un bel outil de propagande dans lequel tout le monde semble gagnant !

Dans ce gouvernement on n’a pas toujours le temps de réfléchir, on veut aller vite parce que le temps c’est de l’argent !

On n’a pas le temps de tergiverser car on n’est pas des fainéants !

Alors quand Edouard Philippe intervient en septembre pour dire, je cite, que « nombre de contrats aidés répondent véritablement à des besoins prioritaires et que pour faire face à l’urgence il va falloir les conserver »… d’un côté c’est rassurant puisqu’il revoit sa copie même si c’est insuffisant et de l’autre c’est stupéfiant parce que c’était une évidence.

Autre tour de passe-passe, la suppression progressive de la taxe d’habitation, source de financement des collectivités locales, dont il faut bien sûr revoir les modalités de calcul pour la rendre plus juste, que le gouvernement déguise en restitution de pouvoir d’achat, est en réalité un cadeau empoisonné. Car, le manque à gagner de 13 milliards d’euros rendra plus difficile le financement des écoles, des crèches, des équipements sportifs, ou des transports en communs.

La même logique s’abat sur les régions : le fond de soutien en matière de développement économique de 450 millions est en passe d’être supprimé.

Tout le monde remarque que la politique menée par le gouvernement est concentrée en faveur des plus fortunés.

Ainsi la transformation de l’ISF en Impôt sur la Fortune Immobilière permettra aux 1% les plus riches d’économiser 3,6 milliards d’euros ! Aux oubliettes, la lutte contre l’évasion et la fraude fiscale, la taxe sur les transactions financières infrajournalières, la taxe sur les dividendes…

Le choix est clair, l’économie financière, qui appauvrit les gens et dévaste la planète a de beaux jours devant elle. Exit l’économie réelle.

Aujourd’hui, certains disent : « profitons ». Et demain que diront-ils ? « Sauve qui peut ? ».

Pour conclure, je dirais avec Denis Duclos : « Une métamorphose du libéralisme en autoritarisme s’annonce. Un dispositif de contraintes et de hiérarchisation s’esquisse, analogue à celui des anciens empires. Nous entrons dans un règne qui vise comme jadis à parachever son hégémonie par l’exaltation des fantaisies des puissants, l’abaissement de citoyens libres et l’écrasement des indigents. »

23 octobre 2017 AN : Harangue dans l’hémicycle du député JL Mélenchon sur l’insoutenabilité de l’Europe

« Entre les traités budgétaires et les peuples , nous avons choisi , ce sont les peuples »

Après le sommet du Plan B de l’Europe Insoumise qui s’est déroulé à Lisbonne les 21 et 22 octobre 2017 , JL Mélenchon remet le couvert à l’Assemblee nationale   sur le prélèvement européen lors des débats concernant le PLF 2018  . Il ne se prive pas de critiquer l’Union Européenne et dire en quoi elle est insoutenable dans sa politique budgetaire  Il dénonce  d’une part la politique d’austérité anti sociale qu’elle fait subir aux peuples qui la composent et d’autre part les privilèges financiers qu’elle octroie voire qu’elle conforte en faveur d’une élite ou d’une caste politico-économique , celle du monde de la finance qui dirige le monde à sa manière sans le contrôle d’une souveraineté populaire.

Au cours d’une session parlementaire ( auj celle qui a commencé le 3 octobre 2017) le portail vidéo de l’Assemblée Nationale vous offre la possibilité de visionner les interventions lors des débats . Vous cliquez sur l’intervenani de votre choix .

VIDEO Pour visionner JL Mélenchon  CLIQUEZ ICI  http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5035633_59edf407ef49f.1ere-seance–projet-de-loi-de-finances-pour-2018-premiere-partie-suite–debat-sur-le-preleveme-23-octobre-2017

Sur le site de l’Assemblée Nationale ( à découvrir impérativement pour tout  intellectuel insoumis qui se respecte ) vous pouvez prendre connaissance ( en cliquant sur l’onglet >dans l’hémicycle >comptes rendus de séances > Vous cliquez ensuite sur l’intervenant de votre choix

Pour lire , dans son intégralité et à tête reposée, l’intervention de JL Mélenchon

RETRANSCRIPTION INTEGRALE : SOURCE CLIQUEZ  ICI http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180023.asp#P1057880

=====================

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon, pour le groupe La France insoumise.

======================

M. Jean-Luc Mélenchon. Présidente, ministre, collègues, bonjour ! (Murmures.) Depuis le discours du Président de la République à la Sorbonne, j’estime que la campagne des prochaines élections européennes est commencée, et c’est une bonne chose.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Formidable !

M. Jean-Luc Mélenchon. Il a raison de dire que c’est une occasion pour nous, Français – nous tous –, de proposer une issue à l’impasse politique, économique et morale dans laquelle se trouve enfermée l’Union européenne, dont la construction semble en quelque sorte bloquée par les circonstances.

Ce débat, il faut l’aborder dans le respect, c’est-à-dire dans le refus de caricaturer les positions en présence. La caricature ne convaincra jamais que ceux qui la prononcent, et pas ceux qui la reçoivent. C’est la raison pour laquelle, lorsque je lis dans un journal que je suis dans la « tentation souverainiste », l’ancien enfant de chœur que je suis souris, sachant que la tentation est un désir peccamineux et la préfiguration du mal. (Sourires.) Franchement, est-ce que la discussion porte sur le mal ou le bien, sur le beau, le juste ou l’infâme nationalisme ? Non, je ne le crois pas.

Je vais vous rassurer, pour la qualité de notre débat : non, le problème n’est pas l’Europe, c’est le capitalisme financier à laquelle elle est rivée par ses traités financiers. Pour nous, le problème n’est pas l’étranger : c’est le refus absolu d’assurer une situation d’égalité des droits avec lui. Pour nous, le problème n’est pas de faire l’Europe, c’est de refuser de défaire la France pour y parvenir.

Défaire la France, c’est-à-dire tout ce qui la constitue : sa laïcité, d’abord – pas seulement son drapeau, mais les symboles de sa laïcité, sa laïcité réelle – ; ses services publics ; ses champions industriels ; sa vocation égalitaire ; son identité universaliste ;…

Mme Anne Genetet. Elle n’est pas menacée !

M. Jean-Luc Mélenchon. …enfin, son refus d’être contrôlée, sa volonté d’être indépendante. Voilà l’idée que je m’en fais, et rien d’autre.

Cela ne devrait pas me valoir d’être enfermé, avec mes amis, dans une confusion : parler d’indépendantisme, cela signifierait se replier sur soi. Mais quoi ? Depuis quand l’affirmation de soi et de ses valeurs est-elle un repli ? C’est tout le contraire : c’est l’enthousiasme qui nous meut !

M. Jean-Michel Jacques. Vous n’êtes pas seuls : vous avez le Front national avec vous !

M. Jean-Luc Mélenchon. Lorsqu’on nous traitera de souverainistes, moi et mes amis, je n’aurai qu’une chose à vous dire : appelez-nous comme vous voulez, du moment que, lorsqu’on parle de souverainisme, on entende bien qu’il s’agit de la souveraineté du peuple, la seule souveraineté acceptable.

Et pourquoi en parler ? Est-ce faire un procès d’intention ? Dois-je rappeler qu’avant le Brexit, c’est-à-dire le moment où un peuple décide de s’en aller, il y a eu d’autres votes ? Or comment ont-ils été traités ? Le Danemark, refusant le traité de Maastricht : obligé de revoter ! L’Irlande, refusant le traité de Nice : obligée de revoter ! La France et les Pays-Bas votant contre : il n’en est tenu aucun compte ! Le référendum grec, se prononçant contre un mémorandum : tout le monde s’en fout !

Il y a une dérive autoritaire, dont M. Juncker a fini par exprimer l’esprit tout entier en prétendant qu’il n’y avait pas de démocratie possible en Europe en dehors des traités. Si ! Et je me pose même la question de savoir s’il n’y a pas de démocratie qu’à la condition de sortir des traités, notamment des traités budgétaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Ce sont eux qui créent la tension à l’intérieur des nations et entre elles, au point que les peuples en viennent à s’affronter, non seulement entre eux, mais à l’intérieur des nations, jusqu’à ce qu’elles se démembrent après avoir été transformées en coquilles vides.

J’en viens au rapport : ce n’est pas de cela qu’il parle. (Sourires.) Le rapporteur a fait son boulot,…

Mme Valérie Rabault. C’est déjà un bon point !

M. Jean-Luc Mélenchon. …le rapport est bien fait, et je veux en souligner la qualité. J’en désapprouve totalement la conclusion, mais la qualité, elle, est indiscutable : il pointe de vrais problèmes et de vrais sujets de discussion.

Mais enfin, qu’observe-t-on, après toutes ces chansons sur l’Europe, son caractère bienfaisant, son ouverture, etc. ? L’Europe dépend de plus en plus de la contribution des nations que, par ailleurs, on décrie, on montre du doigt et à qui on jette des pierres. Au début, en 1988, c’était un petit 10 % pour les États membres et nous voici maintenant rendus à 60 % des recettes totales de l’Union.

Ensuite, concernant les recettes – vous verrez que cela a des implications politiques –, après avoir constaté que les nations font tout, on regarde la case des recettes propres de l’Union européenne, en l’occurrence les droits de douane. Et que voit-on ? Ils sont tombés de 30 % à 14 % à peine. Et pourquoi ? Parce que les traités de libre-échange qui, par ailleurs, détruisent nos emplois, défigurent nos sociétés, etc., font que les recettes de douane de l’Union européenne vont décroissant.

Mme Anne Genetet. Ce n’est pas vrai !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà un organisme qui est en train de se tuer lui-même !

Et puis, dans cette affaire, il faut bien observer que cette Europe, qui donne tant de leçons aux autres, est certainement l’organisme européen le plus mal géré. Comment expliquez-vous que, jusqu’à l’année dernière, nous en étions à presque 20 milliards d’impayés ?

Mme Valérie Rabault. Plutôt 24 milliards !

M. Jean-Luc Mélenchon. Grandiose, non ? Cette année, ce montant a baissé, je le reconnais, mais quand arrivera à la fin du cycle du budget pluriannuel – car il y a aussi cette étrangeté, qui dépasse le mandat d’un député, chère madame Rabault –, figurez-vous que nous serons à découvert de 240 milliards, car 240 milliards de dépenses auront été décidées sans avoir été payées. Voilà les exploits de gestion de l’Union européenne !

Je vous passe le reste, tous ces organismes qui ne servent strictement à rien, comme le Service européen pour l’action extérieure, dont la baronne Ashton a eu la franchise de dire qu’elle ne savait pas à quoi il servait, quoiqu’elle soit placée à sa tête, mais qu’elle pensait que l’organe finirait par définir la fonction.

Voilà où nous sommes rendus dans cette affaire. Pour la France, c’est de plus en plus cher. Je vous rassure, madame Rabault : je n’ai jamais dit que j’étais contre le prélèvement.

Mme Valérie Rabault. Si, si : c’est dans compte rendu de la réunion de la commission !

M. Jean-Luc Mélenchon. Mais écoutez, vous et les autres ! Ne vous contentez pas de lire les fiches qui viennent de Solférino ! (Rires.)

Mme Valérie Rabault. Solférino ?

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Solférino ne répond plus ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Je suis contre le paiement de l’excédent et je vais vous expliquer pourquoi. La contribution de la France est de plus en plus importante. Le prélèvement a été multiplié par cinq depuis 1982 et vous verrez qu’il y en aura pour la prochaine période pour 5 milliards de plus. C’est très cher payé pour ce que nous avons.

Oui, je suis contre le paiement de l’excédent positif de la France. En effet nous donnons 20 milliards et nous en recevons 14 pour appliquer une politique agricole que je condamne de toutes les manières possibles. Nous cotisons donc pour 6 milliards net. Si ces 6 milliards étaient restés dans les caisses de l’État, nous respecterions le critère des 3 % et il n’y aurait pas besoin d’engager les mesures que nous prenons pour réduire le déficit structurel.

J’ajoute que, dans ce projet de loi de finances, 16 milliards sont rognés sur le budget de l’État : 10 milliards pour compenser les baisses d’impôt, 6 milliards d’économies pures. Eh bien, ces 6 milliards, ce sont ceux que nous donnons à l’Europe.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois puisque, depuis 2012, la totalité de l’excédent, c’est-à-dire les économies faites sur le périmètre de l’État, a été versée à l’Europe. Vous ne croyez pas que cela mérite une discussion un tant soit peu plus approfondie que la confrontation des dénonciations et des bêlements d’enthousiasme ?

Je suis donc contre le fait qu’on paie l’excédent.

Par ailleurs, je suis pour que l’on ouvre contre l’Allemagne une procédure pour excédents commerciaux excessifs, parce que ce qui est en train de se construire, c’est un modèle économique calqué sur celui de l’Allemagne. Les traités européens condamnent ces excédents parce qu’ils sont toujours faits sur le dos des autres. Pourquoi n’ouvre-t-on pas une procédure ? N’a-t-on pas le droit de dire à nos amis allemands qu’ils exagèrent ?

Quand les Anglais nous ont dit qu’ils voulaient un rabais, qui a représenté 60 % de leur contribution, les Allemands ont dit qu’ils ne paieraient que 25 % du reste. Et c’est nous, les Français, qui payons le plus ! Est-ce une situation normale, alors que nous sommes censés être en déficit excessif ?

M. Thibault Bazin. C’est injuste !

M. Jean-Luc Mélenchon. S’ils ne respectent pas les règles, il faut qu’on les leur fasse respecter.

Tout ça tourne autour d’une question : la dette.

M. André Chassaigne. Ah !

M. Jean-Luc Mélenchon. C’est la grande question du continent européen. Il faut solder la dette. Vous n’y parviendrez pas par des excédents bruts d’année en année. Avec ce que le gouvernement actuel est en train de faire – et il fait un effort dans ce sens, vous le savez comme moi, on en dénonce assez la violence – cinq points, il faudra cent ans pour finir de payer cette dette.

La dette doit donc être annulée, notamment celle des Français, parce qu’elle est excessive. Une part trop importante est due aux taux d’intérêt des années 1990, qui n’ont pas d’autre raison d’être que le fait que les Allemands ont décidé de donner pour 1 mark de l’Est 1 mark de l’Ouest, et que pour contrer l’inflation qui s’est ensuivie, les taux d’intérêt sont montés à 6 %, 7 %, voire 8 %.

Si nous avions à l’époque emprunté à un taux de 2 % – soit le taux actuel, et même moins –, la dette de la France serait de 30 % inférieure.

Un député du groupe LR. Et si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce sont des réalités. Nous ne pouvons pas accepter que cette situation perdure et que nous, les Français, nous ayons comme unique ambition d’être, comme l’avait dit le président Hollande, les meilleurs élèves de la classe. Pas question ! Il faut revenir sur cette dette, il faut la réévaluer, il faut l’effacer. Et pour ça, il n’y a qu’à faire un moratoire ou à la geler. Il n’y a rien de plus facile.

J’en viens à ma conclusion avant qu’on m’y invite. Tout le monde doit avoir un plan B, et vous autres de La République en marche, comme nous, vous en avez un.

M. Maurice Leroy, rapporteur pour avis. Ça vaut mieux qu’un plan T ! (Sourires.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Maurice, arrêtez de faire le singe ! (Nouveaux sourires.)

Il y a un problème de financement ? Vous instaurez une taxe carbone. Le Président veut une taxe carbone aux frontières. Vous avez tous compris que cela s’appelle du protectionnisme. Proposez-la : nous voterons pour. Nous aussi nous proposons une taxe sociale.

Nous avons un plan B à notre manière. En avez-vous un ? S’ils refusent, que ferez-vous ? S’ils ne veulent pas taxer les GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon –, s’ils ne veulent pas changer le statut de travailleur détaché, que ferez-vous ? Les bras croisés, vous protesterez ? Ou bien avez-vous une méthode pour répliquer ?

Nous, nous avons un plan B. Je le résume à une phrase prononcée par ma camarade Catarina Martins à Lisbonne, à l’occasion du grand rassemblement du plan B : « Entre les traités budgétaires et les peuples, nous avons choisi les peuples. » (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

 

Melenchon dans le débat sur l’avenir de l’EUROPE

LA VIDÉO de l’intervention de JL Mélenchon ( pour lire le compte rendu integral de toutes les interventions à l’Assemblée nationale CLIQUEZ ICI)

==================================================================

Retranscription intégrale de l’intervention de Melenchon

===============================================

« M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la ministre, mes chers collègues, la géopolitique a toujours commandé la politique, et la longue histoire de France en atteste. Encerclés je ne sais combien de fois sous l’Ancien régime, envahis quatre fois par notre voisin au cours d’un peu plus d’un siècle, agressés par toute l’Europe lorsque nous avons fondé la République, nous avons, comme leçon de notre histoire, décidé finalement de nous orienter vers la construction d’une union européenne. C’est notre histoire, et rien ne sert de revenir sur les conditions dans lesquelles elle s’est faite.

En revanche, nous pouvons faire ce que nous voulons de l’avenir. La cause est devenue confuse en France, et la nation française, qui est la nation politique en Europe, comme le reconnaissent tous nos voisins, a besoin de savoir où elle va. De ce point de vue, depuis 2005, tout est confus. On a voulu nous faire croire, avec le traité de Lisbonne, que le vote de la France en faveur du « non » était en fait un « oui ». Puis le président Hollande, après avoir dit qu’il renégocierait le traité budgétaire, a fini par le signer sans rien avoir renégocié.

C’est pourquoi les deux interventions du président Macron, celle qu’il a faite à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs et celle qu’il a faite à la Sorbonne, sont les bienvenues : nous sortons enfin de cette politique en demi-teinte qui était celle des petits pas, qui ne disait ni où elle allait ni par quel chemin elle comptait passer. C’est donc une opération de clarification à laquelle je souscris.

J’ajoute que je partage le diagnostic du Président : on ne peut plus continuer ainsi. Le chemin actuel ne mène nulle part, sinon à une dislocation dont chacun risque de renvoyer la responsabilité à son voisin. Nous avons besoin de transformer la prochaine élection européenne en un vrai débat politique sur l’avenir de l’Europe. Cela, j’y souscris.

Mais l’essentiel du discours du président Macron consiste en un basculement du paradigme européen. Pour la première fois, un président de la République française définit la souveraineté de la France comme étant conditionnée par celle de l’Europe. Devant les ambassadeurs, M. Macron déclare : « Pour la France, […] le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. » À la Sorbonne, il affirme : « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle ». Je suis en désaccord complet avec cette formule. Et je voudrais qu’on l’entende comme un moment de pensée philosophique, politique, car c’est sur ce terrain qu’on arrivera à avoir un débat.

Qu’est-ce que la souveraineté ? Elle est évoquée dix-huit fois dans le discours de la Sorbonne, mais elle n’est jamais définie. La souveraineté, c’est l’autorité sans partage d’un groupe sur la population qui le compose et le territoire qu’il occupe. Et la légitimité de cette autorité sans partage, c’est la démocratie. C’est parce que la loi est votée par tous qu’elle s’applique à tous. Il n’y a donc de souveraineté que dans le peuple, et il n’y a de communauté que la communauté légale constituée par le peuple constituant qui décide des lois qui s’appliquent à lui. Voilà où est la souveraineté de la France : dans son peuple. Et cette définition est celle de son histoire ; il n’en existe pas d’autre. Il n’y a pas de lieu de la souveraineté. Il ne faut pas confondre la souveraineté et la puissance. La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux !

M. Adrien Quatennens. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Elle est liée à la souveraineté du peuple, parce que c’est le peuple qui a toujours tiré la France des impasses dans lesquelles ses élites maintes fois l’ont enfermée.

Je vous mets en garde contre l’idée qu’au paradigme central de l’autorité populaire viendraient se substituer des chiffons rouges qu’on partagerait. L’Europe de la défense serait ainsi devenue la nouvelle mode, par exemple, et on en oublie quel sort a connu la Communauté européenne de défense quand elle nous a été proposée. La défense n’est pas un projet commun. La défense, c’est l’Europe de la guerre. La guerre contre qui ? Il faut dire les choses comme elles sont, d’un bout à l’autre des résolutions de l’Union européenne : contre la Russie. Je ne suis pas d’accord : la Russie est non pas un ennemi, mais un partenaire. Nous n’avons pas à nous organiser contre les Russes.

M. Jean-Louis Bourlanges. Voilà qui est embêtant.

M. Jean-Luc Mélenchon. En revanche, nous devons nous souvenir que la stratégie de défense de la France repose sur la dissuasion nucléaire. On en pense ce qu’on veut, mais c’est l’arme ultime des Français. La dissuasion nucléaire ne se partage pas. On ne met pas vingt-neuf doigts sur le bouton – c’est déjà assez grave qu’un seul puisse appuyer. Et cette stratégie, qui est celle de la France, n’est pas compatible avec les batteries antimissiles que l’OTAN a installées en Pologne et dans les pays périphériques de la Russie comme une menace, car cela signifie que l’Europe pourrait devenir un théâtre d’opérations, ce que nous, Français, avons toujours refusé. La dissuasion nucléaire est tous azimuts. Quand on demandait au général de Gaulle s’il ne trouvait pas que c’était un peu excessif, compte tenu de l’existence d’un allié, les États-Unis d’Amérique, il soutenait que le monde n’allait pas plus mal depuis qu’on avait pris cette décision. Il avait raison.

M. Julien Aubert. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ce qui tue l’Europe, c’est d’avoir rendu impossible l’expression d’un intérêt général européen, c’est-à-dire d’avoir empêché son peuple, ses peuples de constituer ensemble un intérêt général, qui est nécessairement un intérêt social. Les traités européens interdisent l’harmonisation sociale, ils interdisent l’harmonisation fiscale. Ils ne connaissent qu’une règle : la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire la compétition de chacun contre tous à l’intérieur des nations et entre les nations. C’est parce qu’on agit de cette manière que progressivement les nations deviennent des coquilles vides où ceux qui sont les plus avantagés ne veulent plus prendre en charge ceux qui le sont moins. Cela mène à un indépendantisme régional généralisé des plus favorisés vis-à-vis de ceux qui le sont moins.

Je voudrais vous montrer que le résultat de cette logique est déjà sous vos yeux, sous nos yeux à tous. Les frontières, à la stabilité desquelles nous sommes tous attachés, car nous savons les dangers que leur déplacement fait peser sur tout le continent, n’ont cessé de bouger autour de nous : en Yougoslavie, il y a désormais sept États à la place d’un, et on compte 400 000 déplacés ; la Tchécoslovaquie s’est divisée en Tchéquie et Slovaquie, heureusement sans cris ni heurts.

Et le mouvement se poursuit aujourd’hui : le Brexit soulève de nouveau la question des frontières entre l’Écosse et le Royaume-Uni, entre les deux Irlande. Les Flamands en Belgique récriminent contre l’appartenance des Wallons au royaume. Et la Catalogne s’agite sous nos yeux. Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que la substance de la nation, le contrat qui la fonde, c’est-à-dire la souveraineté du peuple et son intérêt social commun sont démembrés.

M. Jean-Louis Bourlanges. Cela n’a pas de sens !

M. Jean-Luc Mélenchon. Voilà ce qui tue l’Europe plus que tout autre égoïsme, plus que toute autre construction bureaucratique incompréhensible.

Il faut donc changer de cap. Ce sera l’objet de cette élection, du moins c’est ce que je souhaite ; et cela doit apparaître aussi clairement que possible. On m’a soutenu que, parce qu’il y avait un Parlement européen, le peuple était représenté, mais ce n’est pas du tout le cas. Le Parlement européen est le seul Parlement au monde qui n’a pas la possibilité de proposer une loi. Dans le meilleur des cas, il partage son pouvoir avec la Commission et le Conseil ; le reste du temps, c’est-à-dire 70 % de l’activité du Parlement européen, les textes pourraient tout aussi bien être votés dans un club de philatélistes, car ils n’ont pas la moindre incidence pratique sur le reste de l’Europe.

Il faut changer de cap, il faut rendre possible l’harmonisation sociale et fiscale entre les peuples d’Europe. C’est ce que nous avons appelé le plan A ; il faut un plan A pour changer de cap.

Vous en avez proposé un avec une dizaine ou une quinzaine de propositions, monsieur le ministre, mais je vous invite à les regarder dans le détail. Quelqu’un a sans doute mal rédigé les fiches du président Macron, car ses propositions sur le volet numérique existent déjà et devraient voir le jour en 2019. De même, il existe déjà un office de la sécurité alimentaire et une police des frontières. La seule chose qui n’existait pas jusque-là, c’est l’idée absconse que la France n’ait plus de commissaire à la Commission européenne. Et puisque nous avons déjà cinq présidents, pourquoi n’aurions-nous pas deux parlements, par-dessus le marché ? C’est bien ce qui est proposé !

C’est la confusion. Il nous faut des règles claires sur le nerf qui agite tout le reste de l’organisme. Il faut mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, organiser le rachat de la dette publique directement aux États, car on en a pour cent ans à rembourser cette dette dans toute l’Europe. Personne ne la remboursera jamais, sachez-le, mes chers collègues ! Et c’est absurde de proposer aux générations qui viennent d’avoir pour seul objectif d’acquitter une dette. La liquider n’est rien, c’est de la technique, et je pourrais m’en ouvrir à vous quand vous le voudrez.

Ensuite, il faut maintenir le niveau de l’euro au niveau du dollar ; chaque fois que l’euro est surévalué, nous nous ruinons. Il faut prohiber les instruments financiers toxiques, taxer les transactions financières, contrôler les mouvements de capitaux, organiser la conférence européenne sur les dettes souveraines, arrêter la libéralisation des services publics, mettre en place un protectionnisme solidaire. J’ai vu que le Président commence à le proposer en mettant une taxe carbone aux frontières de l’Europe, ce qui est un début ; si ça vaut pour le carbone, ça doit valoir pour le reste. Il faut mettre fin au dumping à l’intérieur de l’Union européenne, refonder la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, laquelle était d’ailleurs garantie par la première PAC et ne l’est plus aujourd’hui. Enfin, il faut abandonner le marché carbone, qui est un droit à salir quand on en a les moyens.

Mes chers collègues, la France n’est pas mineure, la France est souveraine, et elle peut l’être. La France est contributeur net au budget de l’Union européenne : les 7 milliards d’euros qu’elle verse servent à organiser les infrastructures de nos concurrents. La France n’est ni occidentale ni européenne, la France est universaliste parce qu’elle est présente sur les cinq continents. La France est francophone, et le français sera d’ici peu la troisième langue la plus parlée dans le monde.

Pour conclure, si j’ai moi aussi, bien sûr, le souci de l’Europe, ce que je veux d’abord partager, c’est l’optimisme de ma patrie républicaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)

Reflexions et commentaires  sur l’ avenir de l’UE et l’opposition  Macron – Mélenchon

===============================================

Le mardi 10 octobre 2017, Jean-Luc Mélenchon s’est donc exprimé à la tribune de l’Assemblée nationale dans le cadre du débat sur l’avenir de l’Union européenne qui suivait une déclaration du gouvernement ( pou voir le compte rendu integral de toutes les interventions CLIQUEZ ICI ).

JL Mélenchon dénonce le fait que la souveraineté populaire ait été bafouée après le référendum de 2005 sur l’adoption ou non d’une Constitution européenne. De la même façon  il dénonce  le manque  d’honnêteté   du Président Hollande d’avoir laissé croire que le traité budgétaire européen serait renégocié avant sa ratification par la France . Il appelle ensuite à une harmonisation sociale et fiscale inexistante en Europe . Il propose, à l’appui du programme du mouvement la France insoumise, des mesures de nature à refonder l’Europe sur le plan économique et financier ( voir son intervention à l’Assemblée Nationale)) , sans abandonner sur le terrain de la Défense nationale , la logique française de la dissuasion nucléaire.

JL Mélenchon revient sur la notion fondamentale de  souveraineté, encouragé par la prétention de E Macron à refonder « une «  Europe souveraine, unie et démocratique. »

JL Mélenchon pense que E Macron confond  la notion de souveraineté et celle de puissance et il critique ses propos, ceux  prononcés devant les étudiants de la Sorbonne « L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts.Il y a une souveraineté européenne à construire,» (  discours de la Sorbonne sur la refondation de l’Union Européenne ) et ceux prononcés devant les ambassadeurs de France  » Pour la France, le lieu où construire les outils de notre puissance et apporter la juste réponse aux défis qui se présentent, le lieu de notre souveraineté aujourd’hui c’est l’Europe. »( discours du President de la republique à l’ouverture de la conférence des ambassadeurs)

Avec JL mélenchon on comprend mal cette distinction entre « souveraineté » et « puissance »  tout comme reste énigmatique la distinction faite par le Président E. Macron  entre « souveraineté réelle » et « souveraineté européenne «   .

Essayons de deviner . Où s’exerce la souveraineté ? s’exerce -t-elle à Bruxelles  ? à Paris ? à Berlin ? ou ailleurs ?  Et est ce que, comme le prétend Mélenchon ,  » le discours de E Macron consiste à bouleverser le paradigme européen « ?

Sans l’Europe, point de souveraineté réelle du pays semble nous dire  le Président Macron pour qui  l’effectivité de la souveraineté de la France  passe par l’échelon européen. Une façon de dire que, dans l’Union européenne, les délégations de compétence des Etats membres en faveur de l’Union ne sont pas des abandons de souverainété. Toute chose connue et maitrisée suivant le principe de subsidiarité . La nouveauté vient du constat fait par E Macron « je le dis aujourd’hui avec une conviction intacte : l’Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace, » Le Président français en tire une conséquence : il n’est plus envisageable de faire face aux défis mondiaux sans « détermination commune » c’est pourquoi il entend ainsi construire une  » « souveraineté européenne «  dans l’union . Toute chose non connue, et c’est là que se situe le débat et l’ insoumission de JL Mélenchon .

JL Mélenchon argumente . « Il n’y a de souveraineté que dans le peuple «  

C’est notre histoire institutionnelle qui nous l’enseigne . Chez nous  en effet, on entend par le mot souveraineté , l’exercice souverain du pouvoir politique. Hier ce pouvoir était de droit divin,  aujourd’hui il est attribué au peuple qui l’exerce.  C’est l’histoire de la Révolution française. Le peuple et la souveraineté populaire (l’exercice du pouvoir par le peuple )deviennent alors seule source de la légitimité politique et la démocratie le seul régime soutenable . Ainsi en démocratie Il n’y a de souveraineté que dans le peuple , la démocratie est co-substantielle au princeps de la souveraineté populaire qui fonde la Nation . Dont acte.

Mélenchon ajoute « La puissance de la France est d’ailleurs liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, ni à ses échanges commerciaux ! » L’affirmation n’est pas évidente dans un monde dominée par l’économique, le commerce et la finance .Il est vrai que le pouvoir économique conditionne le souveraineté des Etats, plus un Etat est fort économiquement plus il gagne  en indépendance , c’est presque une lapalissade. Cependant force est de constater que dans l’économie de marché qui s’est imposée sur le continent européen et dans le monde entier, les Etats sont devenus interdépendants. C’est la règle du marché, jugée la plus juste par la doctrine du libéralisme économique, qui prévaut . Dans ce contexte systémique de l’économie contemporaine ,il n’a échappé à personne la méfiance envers les Etats qui sont enclins à intervenir dans l’économie et fausser la concurrence . La prévalence  de la souveraineté politique, un tantinet nationale, a cédé le pas en faveur d’une politique du profit , de la croissance économique et de l’emploi et pour faire bref , ce sont les sociétés dites  multinationales qui sont en fait transnationales, voire supranationales qui font la loi et fixent les règles du jeu. Que les paradis fiscaux soient pérennes n’est pas un hasard .Toute chose qui sort du constat macronien.

 S’il s’agit de débattre de l’avenir de l’Union Européenne, autant s’interroger sur le présent L’Union Européenne n’est ni un Etat fédéral, ni une confédération d’Etats. L’ Union européenne ce sont des instances qui fonctionnent depuis plus d’un demi siècle : on ne parle pas de l’Europe en tant que  nation européenne mais comme la première puissance économique mondiale . Au delà de la concorde voulue entre les pays européens ayant connu  deux guerres mondiales sur leur continent , l’interêt à l’origine du marché commun, était dans les premiers temps de la construction européenne , la volonté commune de réguler la libre concurrence affichée comme un princeps de l’économie . Cette volonté a cédé le pas à une volonté de dérégulation sous le diktat des puissances de l’argent  dans un monde financiarisé à outrance. La crise financière de 2008  en a fait déchanter  quelques uns . Pour certains,  les plus visionnaires à notre avis, la seule plus value d’une Union serait  de démocratiser la décision économique par une souveraineté européenne plus démocratique et nécessairement écologique.  Le Président Macron , fin connaisseur de Machiavel, ne dit pas un mot sur l’Ecologie politique et le bras de fer avec la Haute Finance .  » Dans le monde tel qu’il va  » comme il a l’habitude de dire ce n’est pas sa préoccupation .Tout le débat est là.

Le monde de demain sera écologique ou ne sera pas . Nous pensons que le défi de l’Europe est dans l’écologie politique, une conviction sur le projet européen que nous partageons avec tous les utopistes comme l’étaient …les pères fondateurs de la Communauté européenne qui ont eu le mérite d’avoir été des précurseurs et dont l’oeuvre n’est pas à jeter aux orties si l’on a le souci de l’Europe.

Le Parti de Gauche HORS RADAR

 

Le dimanche 18 juin 2017,à Marseille  au soir du second tour des élections législatives,  avant les résultats définitifs du scrutin sur la quatrième circonscription de Marseille où il se présentait, Jean-Luc Mélenchon prenait la parole,  sans doute conforté par sa probable victoire . Voici son discours qu’il a lu contrairement à ses habitudes , c’est dire que chaque mot pèse et peut  légitimement engager le débat au delà de la simple polémique que les médias de la pensée dominante n’ont pas tardé à lui  opposer par la suite.

NB : en gras les mots ou expressions qui me paraissent devoir appeler des commentaires

DISCOURS DE MELENCHON 20170618

“ Ce soir, nos adversaires dans l’Histoire et dans la société semblent remporter une victoire qui paraît écrasante.

Néanmoins, dans cette ambiance, il y a aussi des bonnes nouvelles. Et même des très bonnes.

La première

est que l’abstention écrasante qui s’est exprimée aujourd’hui a une signification politique offensive : notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique dans cette élection, faisant ainsi la démonstration de l’état d’épuisement d’institutions qui prétendent organiser la vie de la société avec un mode de scrutin où une minorité étriquée a tous les pouvoirs. C’est pourquoi je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat avec les mots et dans les formes qui conviendront à la compréhension et aux possibilités de chacun. Pour peu que nous la sollicitions, alors cette force peut se déployer et passer de l’abstention à l’offensive. C’est à cela que nous l’appelons.

La deuxième bonne nouvelle,

c’est que pour le faire, le peuple français dispose à l’Assemblée nationale d’un groupe « La France insoumise » cohérent, discipliné, offensif. Et c’est lui, avec tous ceux qui voudront le rejoindre – et qui sont les bienvenus – dans un combat où l’on cherchera toujours à rallier le maximum de ceux qui veulent entrer dans la lutte, c’est lui qui appellera le pays, le moment venu, à la résistance sociale. Et j’informe le nouveau pouvoir que pas un mètre du terrain du droit social ne lui sera cédé sans lutte.

Cette majorité boursoufflée qui est constituée à l’Assemblée nationale n’a pas, à nos yeux, la légitimité – à supposer qu’une quelconque en ait jamais – n’a pas la légitimité pour perpétrer le coup d’État social qui était en prévision. C’est à dire : la destruction de tout l’ordre public social par l’abrogation du code du travail.

Cette majorité n’a pas la légitimité pour transformer le régime des libertés publiques dans le sens restrictif qui est prévu par l’idée de faire passer dans la loi ordinaire les dispositions, pour le coup vraiment extraordinaires, de l’état d’urgence. Non : elle n’en a pas la légitimité.

C’est au contraire la résistance la plus totale qui est légitime dans cette circonstance. Et c’est la raison pour laquelle je dis que le nouveau pouvoir, s’il juge que c’est vraiment la nécessité pour le pays, et que cela est conforme à son intérêt, alors il faut qu’il procède par la voie la plus démocratique qui est en son pouvoir. C’est à dire : que le peuple français soit consulté par référendum pour savoir si oui ou non il veut de ce que cette minorité prétend lui imposer.

Voilà, mesdames et messieurs, mes bien chers amis, la raison pour laquelle je peux dire, sans m’éloigner trop de la conscience aiguë que j’ai de la gravité du moment, mes remerciements pour toutes celles et tous ceux qui ont permis l’élection de tant de nouveaux députés « France insoumise ». Notre mouvement a à peine un an, je le sais bien. Et nous marchons sur des sentiers inconnus de nous. Nous allons donc tâcher d’avancer en ayant toujours à l’esprit d’abord que c’est notre utilité pour les autres qui justifie notre existence.

Je me réjouis de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes, pour certains – et non les moins nombreux – à peine trentenaires, devenir vos porte-parole. La jeune génération est là. Le combat est assuré, en toute hypothèse, de sa pérennité.

Bien sûr, j’ai de la tristesse pour tous ceux qui auront, à la fin de leurs efforts, eu l’unique récompense de toucher de près le but, hélas sans l’atteindre. Ils vont me manquer, je vous le dis.

Mais notre groupe et notre mouvement, fort de ses 500 000 affiliés, est une force immense. Une élection est une élection. Ce qui compte, c’est la permanence, la fermeté des convictions et les formes d’organisation qui les portent. Et bien tout cela, tout cela a été atteint ! Tout cela a réussi !

Le peuple français n’a donné aucune chance aux survivants de l’ancien monde. Et il nous a désignés pour, dorénavant, porter devant le fanal du combat.

J’appelle, comme à l’Assemblée, dans le pays, dans les villes et les campagnes, à la formation partout d’un nouveau front populaire politique, social et culturel, capable de rassembler dans toute leur diversité de méthodes d’action, de pensées, toutes celles et tous ceux qui savent et qui ont compris que le moment de l’Histoire qui se présente devant nous s’écrit avec un grand « H ». Et que nous allons choisir d’une façon ou d’une autre, encore, dans les mois et les années qui viennent, dans quel monde nous voulons vivre, dans quelle société nous voulons vivre. C’est à dire que l’espérance d’un monde des jours heureux reste intacte à la condition que, dorénavant, la force de l’abstention devienne la force de la révolution citoyenne. »

 COMMENTAIRES

1)Selon les médias , 6 inscrits sur 10 , ne sont pas allés voter au second tour des législatives ce qui signifierait que la majorité présidentielle de La République en Marche ( LRM)ne représente pas la majorité arithmétique de tous ceux qui avaient droit de vote lors du scrutin des législatives . Depuis l’avènement de la V république en 1958, cette abstention battrait un nouveau record que Jean Luc Mélenchon qualifie de  » gréve générale civique « . Il parait nécessaire d’y regarder de plus prés.

Dans notre droit constitutionnel les votes blancs ne sont toujours pas considérés comme suffrages exprimés , mais en 2012 une réforme du début du quinquennat de Hollande a permis de les comptabiliser officiellement et de les distinguer des votes nuls .(La loi n° 2014-172 visant à reconnaître le vote blanc aux élections a été adoptée le 21 février 2014    https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2014/2/21/INTX1240667L/jo/texte)

Avant cette loi , les resultats officiels des scrutins se contentaient  de mentionner le nombre d’inscrits , le nombre de votants et le nombre de suffrages exprimés ( lesquels représentaient l’ensemble des bulletins, moins les blancs et les nuls). Depuis cette loi ( voir la circulaire d’application)  une nouvelle comptabilisation des votes s’impose de nature à rendre visible le vote blanc qui exprime une volonté de ne voter pour aucun candidat . Ces nouvelles données publiques rendent aléatoires les comparaissons entre avant et aprés 2014 sur le phénomène de l’abstention en général.

2)Le vote blanc ne peut pas être assimilé à de la résignation au même titre que  » d’aller à la pêche » le jour des elections , ce qui pose une autre question : le fait de ne pas utiliser volontairement son bulletin de vote pourrait -il signifier un acte de protestation face à l’offre politique du moment ? et dans ce cas dans quelles proportions ?. Les conclusions des politologues , à cet égard, devraient pouvoir s’entourer d’ études plus approfondies afin de dépasser la simple logique arithmétique .

3)Le discours sur une  révolution citoyenne qui supposerait  une implication par les urnes d’une nouvelle mentalité politique populaire fondée sur l’urgence écologique , sociale et démocratique a -t-il des chances de se concrétiser  dans une majorité de pouvoir,  sans  le préalable d’une opinion favorable  ? Et le ralliement des abstentionnistes à la France Insoumise de Melenchon y suffirait il  ? La rupture avec le capitalisme financier , signe distinctif de la France insoumise , ouvre -t-elle la voie à une adhésion sinon massive , disons majoritaire sur cette ligne d’action ?

4) Quid du Parti de Gauche , totalement absent des radars  ? Le PG créé par Mélenchon dont les principaux cadres ont porté le mouvement de la France Insoumise,est-il obsolète ?
Pourquoi la crise de la représentativité qui affecte le monde politique passe par la crise des partis politiques ? Une des réponses se situe dans l’incapacité de prouver à l’intérieur de la vie interne d’un parti l’esprit démocratique qu’il prône pour la gouvernance d’un pays. La démocratie ne peut pas se passer de règles, on peut même avancer que  la démocratie et la diversité qu’elle contient , est incarnée par un état de droit  qui doit être respecté et respectable afin d’éviter l’évanescence  d’un droit formel servant d’alibi . Comme le dit Jean Luc le politique est au service des autres, et les autres sont tous ceux qui désirent un avenir meilleur . Le meilleur est loin de faire l’unanimité , il nécessite une organisation au service d’un idéal de vie  , et , à ce titre la vision du meilleur pousse à nous confronter à la diversité et à la complexité du vivant . Sans organisation, sans expérience du collectif , l’idéal démocratique est peu de choses . Il va donc falloir pour tous ceux qui partagent cette nouvelle mentalité politique axée sur l’urgence écologique, sociale et démocratique d’opter pour un type d’organisation ,et d’adapter les moyens aux objectifs dans l’ordre et si possible dans la discipline comme le suggère Mélenchon. L’appel au combat de Jean Luc , l’appel à un front populaire  a mis hors radar le Parti de Gauche . Revient-il aux militants de le remettre en perspective et comment ? Faut-il envisager sa dissolution ? Ou bien faut-il réfléchir aux modalités de la relation entre FI et le PG ? Où se trouvent les temps de la démocratie politique , hors les temps de vote , et  hors la  logique électoraliste de la conquête du pouvoir à laquelle est confiné tout groupement politique au moins dans son acceptation  la plus usuelle ? Que reste-t-il du PG , que reste -t-il de la France Insoumise ? et comment organiser la conquête de l’opinion sur le programme de l’avenir en commun?

5) S’agissant de l’opinion locale , l’analyse des chiffres électoraux ,circonscription par circonscription est incontournable , tout comme l’expérience des candidats PG aux élections .

 

Affaire FILLON : ce qui n’est pas interdit n’est pas forcément autorisé .

 

Qu il dégage

Qu il dégage

Né en 1954 François Fillon est un homme politique qui a fait carrière en exerçant différents mandats locaux dans la région des pays de la Loire notamment la Sarthe , ainsi que des mandats nationaux comme sénateur ou député ,  avant de devenir ministre sous différents gouvernements de droite et premier ministre sous la présidence de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012.

C’est un chrétien à titre privé et un conservateur ordo-libéral au plan politique( modèle allemand)

Son entrée  à Matignon n’était pas passée  inaperçue à l’époque . A peine nommé chef du gouvernement par Sarkozy , il déclarait, sans prendre de pincettes   » être à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier ». Nicolas Sarkozy au lieu de lui dire  » casse toi pov’ con »  l’a convaincu de prendre son mal en patience en le maintenant durant tout le quinquennat à ses cotés comme » simple collaborateur « . Après avoir bataillé contre Jean Francois Copé au sein de son parti après le défaite de Nicolas Sarkozy aux présidentielles de 2012 gagnées par François Hollande , il fallait s’attendre à voir le sourcilleux mais  ambitieux   Fillon présenter sa candidature pour les élections présidentielles de 2017 .  Il remportait haut la main les primaires de la droite et du Centre en Novembre 2016 , exit Nicolas Sarkozy et Alain Juppé . Dans l’élan de sa victoire il décidait , le bougre ,  de se rendre peu de temps après en Allemagne,  faire sa génuflexion devant Angela Merkel toute prête déjà à le canoniser Président comme l’ensemble des médias … sauf un  » Le Canard enchainé » journal satirique spécialisé dans le décryptage des gens de pouvoir et de leurs vérités cachées.

Que s’est-il passé?  Fin janvier 2017 à la suite des révélations du « Canard Enchainé » , journal qui est , rappelons le ,  une véritable institution dans la presse écrite, française , incontournable dans les travées du pouvoir , éclate ce que l’on appelle le Pénélopegate . De quoi s’agit-il ?

Mme Pénélope Fillon , l’épouse de F Fillon a été employée  comme assistante parlementaire de son mari  de 1988 à 1990, de 1998 à 2000 , et de 2012 à 2013 et comme assistante parlementaire du suppléant  Marc Joulaud de 2002 à 2007 . Son traitement mensuel avoisinait 4000euros et  le montant total des revenus tirés de cette activité était évalué selon le Canard Enchainé à une somme de l’ordre de 800 000 euros en 15ans .  Mais c’est là que le bât blesse . Cet emploi familial ne cacherait-il pas un cadeau  financé par l’argent public dont disposait son mari  ou son suppléant au titre de la députation ? F. Fillon  n’avait pas besoin de répéter « J’aime ma femme » , n’est-il pas normal  entre mari et femme de  se faire de petits cadeaux, mais si l’intention libérale ( vouloir faire un cadeau) suinte d’un emploi de complaisance payé avec de l’argent public , c’est autre chose . Curieusement  Pénélope Fillon qui avait donné 5 enfants à son homme d’Etat de mari et restait fidèlement à ses cotés,  affirmait en 2007 , à un journal britannique lors d’une interview,  qu’elle n’ avait jamais été l’assistante parlementaire de son mari. Epouse , mère de famille , mais pas assistante parlementaire, ou quoique ce soit d’autre. C’était dit, et qui plus est, filmé . Faut-il voir dans de tels propos  une  discrétion convenue autour d’un emploi fictif qui ferait mauvais genre s’il venait à l’idée d’un journaliste d’y voir de plus prés.

Quoiqu’il en soit, la suspicion d’emplois fictifs pour le candidat à la Présidentielle , conduisait le Parquet de Paris ,via le Parquet Financier National ( PNF) à ouvrir dès le 25 janvier 2017 un enquête confiée à l’ Office Central de Lutte contre le Corruption et les Infractions Financières et Fiscales ( OCLCIF) . Au bout d’un mois d’enquête, après audition notamment des époux Fillon , une information judiciaire était ouverte contre X par requisitoire introductif en date du 27 février 2017 des chefs notamment de détournement de fonds publics et  recel : étaient également visés  pour des faits distincts l’abus de biens sociaux  , le trafic d’influence et le manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique.

Fillon clame son innocence et met en cause l’autorité de la justice , notamment celle du Parquet de Paris et par conséquent de ses chefs hiérarchiques François Molins Procureur de la République et Christian Marin Procureur général.Il n’est pas inutile de remarquer  que la saisine des juges d’instruction , qui est en soi une orientation procédurale équilibrée lorsque les personnes mises en cause sont des gens de pouvoir,  a le mérite de mettre en mouvement l’action publique et d’échapper à la toute récente réforme des délais de prescriptions qui réduit la prescription des infractions  » occultes et dissimulées  » à une periode de 12 ans après les faits . Dans l’affaire Fillon les faits antérieurs à 2005 auraient été prescrits  et légalement pardonnés .

Pardon , vous avez dit pardon ! Oui ,  Fillon en présentant ses excuses au peuple de France a sollicité  son pardon pour avoir prêté le flanc aux reproches de favoritisme ou d’appât du gain à travers des emplois familiaux non  interdits par la loi française certes,  mais ce qui n’est déjà plus le cas pour les institutions européennes  et la réglementation européenne et on ferait mieux de s’en inspirer .

D’un point de vue général, on peut avancer l’idée que la rémunération de l’assistant parlementaire , dans une démocratie bien ordonnée, est censée être la juste contrepartie d’obligations professionnelles exercées par l’intéréssé dans le cadre de sa mission,  à savoir faciliter le travail  de l’élu : en France cet élu est autorisé à embaucher , grâce à une indemnité financière de l’Etat en sus de son traitement, une équipe à son service dans le cadre de son activité parlementaire . Qui définit son activité parlementaire et celle de son assistant , SVP?

L’erreur de M Fillon est de croire  qu’il suffit d’affirmer que sa femme était à son service pour être dispensé d’en justifier le poste de travail précis surtout lorsque le montant du salaire est important, de l’ordre de 4000 euros nets mensuels et  qu’il implique des contraintes de formation, de compétence et de disponibilité à la hauteur de la rémunération … sauf à admettre qu’il s’agit d’un emploi fictif . Or Mme Fillon a été si discrète que la question se pose , mais la défense des époux Fillon  a désormais toute latitude pour présenter aux juges d’instruction les éléments de preuve de nature à donner une réelle consistance à l’activité d’assistante parlementaire de Mme Fillon.

Certains pourraient être conduits à penser que ce Pénélopegate est dérisoire par rapport aux enjeux démocratiques attachés à la candidature de F Fillon aux présidentielles , comme tente de le faire admettre implicitement celui-ci , en se maintenant dans la course à l’Elysée. Tout dépend comment on définit le dérisoire , n’est-ce pas ?

Pour le citoyen contribuable , ce n’est pas dérisoire d’être salarié  de la République sans contrepartie . Souvenons nous du témoignage émouvant de Martine Crnkovic,

 filloniste de toujours , d’au moins 30 ans , et maire de Louailles : quelle n’a pas été sa surprise d’apprendre que Mme Fillon était l’assistante parlementaire de son mari  (toujours la même discrétion autour de cet emploi ccomme s’il convenait de ne pas l’ébruiter)  et bouleversée par la suspicion de détournement d’argent public qui pèse sur le couple Fillon  dont elle est une proche  « J’espère , dit-elle , qu’elle l’a mérité (l’argent public). » Qui juge du mérite , SVP ?

Pour le citoyen appelé aux urnes  , ce n’est pas dérisoire qu’un homme d’Etat candidat  aux plus hautes fonctions , n’assume pas les principes éthiques exigés de lui , en se dissimulant derrière des excuses inopérantes mais révélatrices d’une lâcheté malsaine qui va jusqu’à désavouer le travail de la justice républicaine de son pays comme le fait , par ailleurs une autre responsable politique Marine Le Pen, porte parole de l’extrême droite en France. On serait tentés de dire « C’est bonnet blanc et blanc bonnet « 

La leçon de l’histoire !  chacun pourra en décider . Qu’il soit cependant permis de rappeler à tous les démocrates que ce qui n’est pas interdit n’est pas forcément autorisé . C’est l’interprétation que les spécialistes donne de l’Etat de droit : celui-ci chevillé au corps de la démocratie  inclut l’abus de droit et l’apparence de légalité n’excuse pas tout . Le droit peut devenir un instrument de fraude et la maxime latine  » Fraus omnia corrumpit «  est toujours d’application. La dictature et la corruption  vont de pair et l’humoriste pourrait rajouter :  « l’homme est un Dieu car comme lui il ne change pas » ( réplique tirée des épisodes de la série : The Young Pope) Lorsque Fillon, les poings fermés tancent ses amis en leur lançant   » je resterai inébranlable »  … comme Dieu … , il n’est pas sûr que le peuple soit du même avis lors du prochain rendez vous électoral.

*****************************************************************************************

Oyez ,oyez  Nîmois,  jeudi 2 mars 2017 Môssieur François Fillon, sorti tout droit de son manoir , vient vous rendre visite , il vient vous dire qu’il n’a commis aucune faute …. alors n’oubliez pas les casseroles . Au Parnasse à 19h.

****************************************************************************************

MISE A JOUR : On apprend ce 1er mars que FILLON est convoqué le 15 mars devant les juges d’instruction pour sa mise en examen au vu du dossier transmis par le Parquet . Bruno LEMAIRE fait savoir par communiqué  qu’il démissionne de la campagne de F .FILLON, celui-ci ayant déclaré,  qu’ il retirerait sa candidature s’il était mis en examen. Il aura intêret à respecter sa parole le moment venu , càd après sa mise en examen.

S’il ne le fait pas et il ne semble pas disposer à le faire à ce jour M Fillon n’ayant pas fait l’objet d’un placement en garde à vue au cours de l’enquête le concernant , le principe de sa mise en accusation commencerait à dater de sa mise en examen à partir de laquelle il bénéficierait jusqu’au jugement d’une présomption  d’innocence  qui lui garantirait d’être traité  dignement et équitablement par la justice de son pays. S’agissant d’un candidat potentiel aux élections présidentielles aucune disposition légale ne lui interdit de déposer officiellement sa candidature s’il dispose des parrainages voulus .


MISE A JOUR  : la conference de presse de F Fillon du 1 mars 2017 cliquez ICI http://www.rtl.fr/actu/politique/video-francois-fillon-revivez-sa-conference-de-presse-7787477724 . F Fillon promet de rapporter la preuve que son épouse l’a réellement assisté dans son travail parlementaire, tout en continuant à délégitimer la justice  en charge d’évaluer cette preuve exigée de lui et de lui seul en tant que candidat aux fonctions suprêmes de l’Etat . 

Nous pensons que l’opinion publique, et c’est heureux , est en situation de réclamer  un haut niveau de sens éthique de la part des candidats à l’election présidentielle , un moment fort de notre démocratie qui engage l’avenir du pays . 

L’emploi familial sur les deniers publics de l’Etat ( cela concernerait environ un quart des députés) est un choix hasardeux pour le parlementaire qui  a l’ ambition de devenir Président de la République.  C’est le cas de F Fillon . Hasardeux , pourquoi ?

Parce que dans le contexte d’une campagne électorale  la faute de F Fillon et non pas l’erreur comme il le prétend, c’est d’avoir , en tant que candidat à l’élection présidentielle, prêté le flanc à une vérification judiciaire de sa situation professionnelle , comme une société démocratique l’ exige, et d’avoir ainsi forcé la justice à intervenir  sur un terrain où elle n’a pas vocation à intervenir , le terrain de la moralité politique , lequel cependant ne saurait être exclu de son champ de compétence , voire de sa mission légale et constitutionnelle .  Le recours à un emploi familial pour un parlementaire , dans l’état de notre droit , peut difficilement échapper aux suspicions d’emplois de complaisance à partir du moment où la frontière entre le professionnel, le privé ou l’intime est difficile à faire.

A cotoyer le pouvoir de prés pendant de longues années on peut en venir à se considérer au dessus des lois et  les exemples ne manquent pas de cette triste réalité qui forge chez nos hommes politiques ce sentiment « d’ être intouchable » et de le croire . Comme N Sarkozy , F Fillon ne sera jamais quitte de ses attaques outrancières contre l’ institution judiciaire  dont il critique publiquement l’autorité, voire la légitimité démocratique.

N’oublions pas que le Pénélopegate n’est qu’un volet de l’affaire Fillon dont l’activité de conseil d’un groupe d’assurances est inquiétante lorsqu’il inclut dans son programme politique de presidentiable  une espèce de privatisation de la Sécurité sociale  et donc de la disparition de cette institution, de sa mort .  Cela donne tout son sens ( son sang …!!! ) à l’expression  « assassinat politique » utilisée par Fillon pour  défendre son image contre le système mediatico-judiciaire dont il se dit la victime , tout comme le serait le processus démocratique . C’est  » l’hôpital qui se fout de la charité » .

La malhonnêteté de F Fillon  n’échappe pas  au bon sens populaire . Sommé de s’expliquer sur un usage de l’argent public, comme tout homme d’Etat doit s’y attendre ( il a été premier ministre de la France pendant 5 ans), il nie tout comportement fautif et déplace la faute sur  « celui » qui lui demande des comptes , le peuple à travers ses institutions démocratiques . C’est F Fillon qui porte atteinte au processus démocratique au moment même où il désigne comme traitre son juge, le peuple et les institutions qui le représentent dans la société démocratique qui est la nôtre . Car au delà du fait d’avoir eu recours intentionnellement ou pas à un emploi fictif , cette attitude anti républicaine le disqualifie pour la fonction présidentielle. Au bout du bout , le candidat à la Présidence de la République doit pouvoir afficher  une moralité exemplaire dans sa vie publique c’est une marque de respect pour le peuple  , les citoyens qui sont appelés à l’élire .Si ce n’est pas le cas il doit s’abstenir ou dégager .F Fillon n’accepte ni l’un ni l’autre .

MISE A JOUR : communiqué du 1 mars 2017 du premier président et du procureur général de la Cour de Cassation , presidents du Conseil Superieur de la Magistrature cliquez ICIgoo.gl/75DTjE 

On peut y lire notamment un rappel du principe  d’indépendance des magistrats même si ,à y regarder de prés , c’est de l’indépendance de  l’autorité judiciaire qu » il s’agit  dans la Constitution, loi fondamentale où les magistrats  puisent leur légitimité, celle de rendre la justice au nom du peuple français : leur légitimité ne découle pas de  l’élection comme dans d’autres pays. Mais il est aussi question du devoir des magistrats  » de ne pas s’engager publiquement dans le débat électoral » , la forme concise du communiqué n’a sans doute pas permis de préciser : sauf  s’ils sont eux mêmes candidats à des élections publiques , ce qui peut les conduire,  s’ils sont élus , à devoir faire un choix de carrière , ce qui ne leur est pas interdit mais fortement déconseillé …au moins jusqu’à leur retraite .

MISE A JOUR  La presse étrangère

Un vent mauvais souffle sur l’élite française  à l’image de F Fillon qui en porte une lourde responsabilité .

Selon La Tribune de Genève « 

la présidentielle 2017 est d’ores et déjà abîmée…D’ordinaire les politiques appellent au calme, en 2017 en France ils veulent que la rue les protége de la justice « 

Fillon -Le Pen même discours

Selon le Telegrah(anglais) « le scandale François Fillon ( en accusant l’Etat français de tentative d’assassinat politique pas seulement contre lui mais aussi contre le processus démocratique ) conduit la politique française dans le caniveau » 

Le caniveau : le choix de sortir du pacte républicain et de la cohésion républicaine .

 

 

 

 

La députée allemande Sahra Wagenknecht nous parle ,

 

wikipedia-Sahra_Wagenknecht_2636cb979c

Sahra Wagenknecht, 45 ans, vice presidente de Die Linke

Mme la députée Sahra Wagenknecht a prononcé un discours remarqué le 19 mars 2015 devant le parlement allemand ( le Bundestag ) en tant que porte parole  du groupe DIE LINKE. Inacceptable , a -t-elle répété , est la politique de la chancelière Angela Merkel en Europe .

Elle y critique la politique d’austérité et de pillage à l’égard de la Grèce,  la protection affichée de la Chancelière à l’égard  des banquiers , et son alignement sur les intérêts de l’OTAN et des États-Unis d’Amérique à l’égard de la Russie.( voir vidéo çi dessous)

Un discours engagé , sérieux critique et forcément bien documenté à la place qu’elle occupe.Elle tance  la  chancelière dans des termes peu amènes ( » faculté de décision et tête haute ne font pas partie de vos caractéristiques « ) La chancellière  lui opposait un sourire narquois depuis le début de  son  intervention .


Si vous voulez faire plus ample connaissance avec Sahra Wagenknecht, voir ICI sa présentation sur Wikipedia,  ça vaut le détour .

 

 

L’Europe économique est une pétaudière

JL Mélenchon  examine pour nous le fonctionnement des instances bruxelloises , à commencer par le parlement européen et sa mission celle de voter un budget qui fixe la liberté de manoeuvre des politiques communes sous l’oeil scrutateur du conseil européen( les chefs d’Etat) et la commission ( les technocrates)

Pétaudière , le budget européen c’est  bien une pétaudière pour  Mélenchon : il développe son argumentation  sur son blog  Voir son billet du 22/12/2014 ICI dont nous reproduisons l’intégralité çi après.

 » Il va à vau l’eau. Il s’élève à 145 milliards. En apparence. Car on reporte d’une année sur l’autre les factures qui n’ont pas été honorées dans l’année en cours. Et qui ne le seront pas dans la suivante. Dans les États membres, ça s’appellerait un déficit. Ici, on ne doit pas prononcer le mot de la chose dont madame Merkel et Ingeborg Grässle pensent qu’il ne se dit qu’en français. Donc, en Europe, ça s’appelle des « impayés ». Ne nous coupons pas les cheveux entre nous et allons au fait : accumulés depuis 2010, ces « impayés » devraient atteindre 30 milliards d’euros fin 2014. Cela représente plus de 20 % du budget annuel de l’Union ! Dont près de 25 milliards « d’impayés » au titre des fonds structurels. Concrètement cela se passe de la façon suivante : l’Europe s’engage à financer des programmes ou annonce des subventions mais ne verse pas les crédits correspondants dans les temps. Ça c’est grave. Car ces milliards engagés sont dus en particulier à des collectivités locales ou à des ONG. Pour réaliser le projet approuvé, celles-ci doivent donc emprunter et donner en gage la promesse de subvention. Ce qui revient à dire que les banques prennent un impôt privé sur toutes les sommes que l’Union européenne verse aux collectivités et aux associations. Ce n’est pas beau l’économie de marché ?

Tout cela, c’est le résultat d’une méthode de travail. En effet pour grossir les effets d’affichages financiers, la Commission et les États ont pris l’habitude de voter ce qui est appelé des « budgets d’engagements ». Cela ouvre le droit de passer des commandes ou de décider des subventions. Mais ces « budgets d’engagements » sont beaucoup plus élevés que les « budgets de paiements ». Ceux-là, ce sont les crédits effectivement disponibles pour payer. Entre 2007 et 2013, l’UE s’est ainsi engagée sur 976 milliards de dépenses. Mais elle n’a budgété que 925 milliards de crédits ! Alors même qu’elle n’a pas le droit d’emprunter, l’Europe a ainsi créé ce que partout ailleurs on appellerait un « déficit ». Mais comme c’est interdit par les Traités, on les appelle des « impayés ». On aurait pu les baptiser « carpes » ou « lapins » ou « coupeurs de cheveux » ce serait pareil. Mais c’est quand même un déficit.

Comment ces braves gens expliquent-ils ce monstrueux accroc à leur prétendu sérieux ? Ils disent : « C’est de l’argent qui nous est dû par les États et qu’ils ne nous ont pas payé ». Ah ! Que voilà une bonne excuse pour cette pagaille comptable. Les Français devraient en faire autant, sans se couper les cheveux entre eux, comme dirait cette brave Ingeborg ! On retirerait du déficit budgétaire 85 milliards. Et on pleurerait : « c’est un impayé, juste un impayé. De l’argent que les contribuables nous doivent mais qu’ils ne nous ont pas payé. C’est de la fraude fiscale. D’ailleurs ils ont caché cet argent chez vous monsieur Junker ! » Ça serait classe, non ?

Puisque j’en suis à badiner voyons de plus près la gestion de ces donneurs de leçon. Pourquoi les États ne payent-ils pas ? Simple ! Parce que chaque année ils ne savent pas combien ils doivent. Comment est-ce possible ? Simple. Chaque année l’Union contrôle les États pour savoir combien ils devront payer compte tenu des nombreux critères d’évaluation de cette somme pour ne pas en perdre une miette ! Mais ce contrôle dure un bon moment. A vrai dire, il dure tant et plus. Car la bureaucratie européenne, qui couvre de sarcasmes les « lourdeurs » des États-nations est, elle, un modèle de poids mort tortueux et inefficace. Donc, quand arrive la facture de l’Union dans les États et avant qu’ils aient réglé, les impayés ont eu le temps de s’accumuler faute d’argent disponibles pour payer au fur et à mesure. Et ensuite, les États contestent le montant. Et ainsi de suite. Certains États ont ainsi accumulé de très importants retards de versements. Comme ces retards sont liés aux contrôles de la Commission, les États refusent de les payer en bloc. La Commission a donc proposé un mécanisme « provisoire ». Il s’agit de permettre… le report de ces versements révisés. La pagaille est alors à son comble !

Vous avez suivi jusque-là ? Voici maintenant le plus drôle. Vous avez compris que l’Union est en déficit car elle a des milliards d’impayés. Comme c’est triste ! Mais heureusement, il y a une bonne nouvelle ! Attention les yeux ! Hop : à la fin de l’année l’Union a.. des excédents budgétaires. Oui ! Vous avez bien lu. Des excédents en fin d’année alors qu’il reste des milliards d’impayés ! Ce fut le cas fin 2013 : un milliard d’excédent ! Et le Parlement a voté le report de cette somme en 2014, en même temps que la masse des impayés. Comment ces excédents sont-ils possibles alors qu’il y a des impayés ? Voici comment ce miracle est produit. C’est ici l’enfant du contrôle tatillon de l’usage des fonds publics. De l’obsession de mesurer l’utilité des dépenses. Toutes ces vertus que « Libération » attribue à madame Ingeborg Grässle, en oubliant d’évoquer dans la biographie de ce monstre de rigueur son activité dévouée pour s’opposer aux contrôles qui « pénalisent » les fonds privés et bancaires. Il est vrai que cette dame est « quelqu’un d’extraordinairement compétent qui n’a pas de famille, qui a donné toute sa vie à son travail au Parlement européen » comme éclate en sanglots « Libération » qui note aussi comment elle « baisse les yeux » douloureusement quand on lui parle de moi. Le résultat de ce dévouement est aussi grandiose que le sacrifice. Voyez plutôt.

Les procédures imposées aux bénéficiaires se sont alourdies et allongées jusqu’à l’absurde. Derrière les justifications de « contrôle », c’est en fait une technique bureaucratique abusive pour freiner la dépense. Partant du constat que puisque tout ne pourra pas être payé, tout est fait pour rendre la dépense elle-même impossible. Tout cela a été codifié dans les nouveaux règlements des fonds européens. Cauchemar des collectivités et des ONG, ces règlements kafkaïens font la joie des lobbyistes et des cabinets de conseil qui apprennent à qui veut, moyennant finance, comment les surmonter. Telle est la situation. La Commission européenne et ses suppôts ont tellement complexifié les procédures de dépenses qu’elle n’arrive plus à dépenser tous les crédits, même quand elle le voudrait. Au total, les « impayés » se trouvent aggravés par l’artifice bureaucratique qui était censé les contenir. Grandiose !

Cette cavalerie n’est pas prête à s’arrêter. En effet le « Cadre financier 2014-2020 », le budget global pluriannuel, prévoit 960 milliards de dépenses. Mais il n’autorise que 908 milliards de crédits. Le trou, délibérément créé, sera donc à nouveau de 52 milliards. Mais chut ! On ne parlera pas de déficit. Trop fort ! Concrètement, la dette des « impayés » de l’UE s’envole donc au fil des années : 11 milliards d’euros de factures impayées à la fin de l’année 2011, 16 en 2012, 23 fin 2013 et autour de 30 milliards fin 2014. En ce moment, la communication de l’UE se déchaine pour annoncer que « l’apurement de cette dette va commencer » ! Du pur pipeau. Quatre milliards ont péniblement été dégagés en 2014 pour réduire ces impayés. C’est une goutte d’eau par rapport aux 30 milliards accumulés et aux nouveaux impayés créés par la poursuite de cette mauvaise gestion à l’allemande de l’Union européenne. Un des « budgets rectificatifs » votés permet d’inscrire de nouvelles recettes exceptionnelles. On se pince : il s’agit d’amendes perçues par l’UE. Aaaaah ! Mais hélas, cette ressource est bien loin d’abonder le budget pour réduire les « impayés ». En effet, dans le même temps est inscrite une baisse des contributions normalement dues par les États. En toute hypothèse, cette nouvelle manipulation austéritaire est aberrante car le montant des amendes est par définition instable.

Dans ce bazar entretenu par le Conseil et la Commission, le Parlement et toutes les Ingeborg Grässle font de la figuration. Ils ne cessent de voter des « plans d’apurement » qui ne sont jamais respectés. Mais cela n’empêche pas ce même Parlement de voter régulièrement le contraire de ce qu’il avait proclamé auparavant. C’est désormais rituel, lors de chaque examen du budget européen : le Parlement exprime son refus catégorique lors de la première lecture en octobre, avant de voter un budget quasiment identique en seconde lecture en décembre. Ainsi en a-t-il été de nouveau à propos du budget 2015. Après l’avoir qualifié de « catastrophique » en octobre, les mêmes rapporteurs ont proposé de l’adopter sans modification. Le montant final reste inférieur à la proposition de départ de la Commission, lequel était lui-même considéré comme largement insuffisant. Qu’à cela ne tienne ! Ils voteront favorablement quand bien même toutes les critiques initiales du Parlement restent maintenues. A partir de là vivent les paroles verbales. Le rapport continue bravement de déplorer l’absence de mesures traduisant les priorités affichées en matière d’emploi et de croissance. Il note même que « le Conseil ne semble plus avoir de priorités politiques et ne cherche plus qu’à limiter le plus possible les dépenses dans tous les domaines ». Il pointe aussi que le budget ajusté « ne suffira pas à arrêter l’effet « boule de neige » récurrent des factures impayées en 2015 ». Et il proteste sur le non-respect récurrent des engagements précédents du Conseil. Mais après cette très rude mise en cause que se passe-t-il ? Rien. La majorité PS-Droite vote pour, les yeux fermés. « L’Europe qui nous protège » est en marche.