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Yann MOIX, écrivain, journaliste, temoigne sur Calais

L’écrivain Yann Moix dénonce  dans une lettre ouverte ( voir çi dessous) adressée à Emmanuel Macron et publiée dans le journal Libération le 21 janvier 2018 le traitement infligé aux migrants à Calais dont il rend compte dans un documentaire à paraitre sur Arte, et accuse les forces de l’ordre d’actes de barbarie.Il fustige la politique migratoire de la France qui intègre au plus haut niveau ces actes répréhensibles dont il porte témoignage . Interrogé sur France Inter le lendemain, il s’explique sans détour sur l’indignation qui l’anime, et met en cause la duplicité sur le sujet du Président de la République lui-même qui joue les humanistes dans ses discours officiels comme celui tenu devant l’ONU le 17 septembre 2017( voir ICI sur notre site http://monpostdemocrate.info/?p=15261 la retranscription de son discours )

En visite à Calais le 16 janvier Emmanuel Macron s’était élevé contre «l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques ou confisquent les effets personnels» des migrants, tout en précisant que «si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné». » Rien de surprenant à ce que le préfet du Pas de Calais ( Fabien Sudry) ait affirmé  de son coté que «l’usage du gaz lacrymogène s’était fait  dans le respect de la réglementation» pour «mettre fin aux tentatives d’intrusion sur la rocade, sur les sites du port et du tunnel sous la Manche et pour stopper les débordements et les rixes entre migrants».

Président Macron et Préfet Sudry ne pouvaient  ignorer  les conclusions d’un rapport de l’administration commandé par le ministre de l’Interieur G Collomb et publié le 23 octobre 2017, juste un an aprés l’évacuation de la jungle de Calais, rapport selon lequel des «manquements» à la déontologie policière étaient «plausibles» à Calais, avec un « usage disproportionné» des gaz lacrymogènes.

Le préfet Sudry, en réponse à Yann MOIX, répond sur twitter  et défend , oh surprise, les serviteurs de l’Etat , l’infamie , selon lui , est du coté du chroniqueur en quête de notoriété.

 L’indignation de  Yann Moix nous parait pourtant bien réelle: dans ses écrits et ses explications, il semble vouloir dépasser le cadre de la responsabilité individuelle des policiers en dénonçant un véritable  » protocole de la bavure » c’est à dire un schéma d’obéissance et de commandement qui conduit à des traitements inhumains et dégradants , et auquel doivent se plier les forces de l’ordre, tout comme le soldat qui doit tuer pour ne pas être tué…

Souvenons nous  que l’usage de la force par les services de sécurité sont soumis , au niveau européen , à des critères qui excluent tout acte qui  relèverait d’un traitement inhumain et dégradant dont la gravité est avérée .  La violence policière ne peut pas servir de prétexte à une impuissance politique de traiter humainement et dignement le phénomène migratoire, assimilé selon un langage dévoyé qui appartient à l’extrême droite à une « ‘invasion »  migratoire.

Il est temps de prendre la mesure des réflexes de pouvoir qui déshonorent la République.

Lettre ouverte de Yann MOIX à Emmanuel MACRON à propos des violences policières à Calais

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“ Monsieur le président de la République, chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez «migrants» : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin. Réchappés du pire, ils représentent cet avenir que vous leur obstruez, ils incarnent cet espoir que vous leur refusez. C’est à leur sujet que je vous écris.Vous avez affirmé, dans votre discours de Calais, que «ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires.» Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul.Je ne suis pas, comme vous dites, un «commentateur du verbe» : je suis un témoin de vos actes. Quant à votre verbe, il est creux, comme votre parole est fausse et votre discours, double.

J’affirme, M. le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, M. le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, M. le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

( ICI extrait du documentaire qui sera diffuse sur Arte au mois de mAI 2018)

Vous menacez de saisir la justice si les «faits dénoncés» ne sont pas «avérés». Voici donc, monsieur le Président, les ­images des conséquences obscènes de ­votre politique.Ces actes de barbarie, soit vous les ­connaissiez et vous êtes indigne de votre fonction ; soit vous les ignoriez et vous êtes indigne de votre fonction. Ces preuves, si vous les demandez, les voici ; si vous faites semblant de les demander, les voici quand même. Les Français constateront ce que vous commettez en leur nom.

«Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques», avez-vous dit. Ajoutant : «Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné». D’abord, vous menacez de procès en diffamation ceux qui démasquent ­votre politique ; ensuite, vous menacez de procédures de sanction ceux qui l’appliquent.Journalistes, policiers : avec vous, tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait. Tout le monde a tort sauf vous, qui êtes le seul à n’avoir rien vu et le seul à n’avoir rien fait. On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe.

Soit les forces de l’ordre obéissent à des ­ordres précis, et vous êtes impardonnable ; soit les forces de l’ordre obéissent à des ­ordres imprécis, et vous êtes incompétent. Ou bien les directives sont données par vous, et vous nous trahissez ; ou bien les directives sont données par d’autres, et l’on vous trahit.Quand un policier, individuellement, ­dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on ­appelle cela un protocole. Vous avez ­instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure.

Quand une police agit aussi unie, pendant si longtemps, elle ne peut le faire sans se plier à un commandement. Est-ce bien vous, monsieur le Président, qui intimez aux policiers l’ordre de déclencher ces ­actions souillant la dignité de l’homme  ? Vous y avez répondu vous-même : «Dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement.»L’histoire a montré qu’on peut parfois ­reprocher à un policier de trop bien obéir. Mais elle a surtout montré qu’on doit ­toujours reprocher à un président de mal commander, précisément quand le respect humain est bafoué. En dénonçant les violences policières, en cherchant à savoir qui est le donneur de ces ordres, je ne fais que défendre la police, parce que lui ­donner de tels ordres, c’est justement ­porter atteinte à son honneur.

«La situation est ce qu’elle est par la brutalité du monde qui est le nôtre», dites-vous. Peut-on attendre, monsieur le Président, qu’une situation aussi complexe soit ­démêlée par une pensée aussi simpliste  ? Que des décisions si lourdes soient ­compatibles avec des propos si légers ? On attendait Bonaparte, arrive Lapalisse.

Serez-vous plus enclin à l’émotion qu’à la réflexion  ? Ecoutez la voix de ces jeunes qui, fuyant les assassins et la dictature, rançonnés puis suppliciés en Libye, traversent la Méditerranée sur des embarcations douteuses pour accoster, à bout de forces, dans une Europe que vous défendez par vos formules et qu’ils atteignent par leur courage.Vous avez osé dire : «Notre honneur est d’aider sur le terrain celles et ceux qui ­apportent l’humanité durable dans la ­République.» Au vu de ce qui semblerait être votre ­conception de «l’humanité», les associations préfèrent l’aide que vous leur avez ­refusée à celle que vous leur promettez. A Calais, on vous trouve plus efficace dans la distribution des coups que dans la distribution des repas.Ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites. Quant à votre promesse de prendre en charge la nourriture, elle n’est pas généreuse : elle est élémentaire. Vous nous vendez comme un progrès la fin d’une aberrati

La colonisation en Algérie, monsieur le Président, vous apparut un jour comme un «crime contre l’humanité». Ne prenez pas la peine de vous ­rendre si loin dans l’espace et dans le temps, quand d’autres atrocités sont commises ici et maintenant, sous votre présidence. Sous votre responsabilité.

Faites, monsieur le Président, avant que l’avenir n’ait honte de vous, ce qui est en votre pouvoir pour que plus un seul de ces jeunes qui ne possèdent rien d’autre que leur vie ne soit jamais plus violenté par la République sur le sol de la nation. Mettez un terme à l’ignominie. La décision est difficile à prendre  ? On ne vous demande pas tant d’être courageux, que de cesser d’être lâche.Saccages d’abris, confiscations ­d’effets personnels, pulvérisation de sacs de couchages, entraves à l’aide humanitaire. Tel est le quotidien des exilés à Calais, monsieur le Président. Hélas, vous ne ­connaissez rien de Calais. Le Calais que vous avez visité mardi dernier n’existe pas : c’était un Calais pipé ; c’était ­un Calais imaginaire et vide ; c’était un ­Calais sans «migrants». Un Calais sur mesure, un Calais de carton-pâte. Le Calais que vous avez visité, monsieur le Président, ne se trouve pas à Calais.

Le Défenseur des droits (J Toubon )a dénoncé, lui aussi, le «caractère exceptionnellement grave de la situation», qu’il n’hésite pas à décrire comme étant «de nature inédite dans l’histoire calaisienne». Une instance de la République, monsieur le Président, donne ainsi raison à ceux à qui vous donnez tort. Mais je vous sais capable de ne pas croire vos propres services, tant vous ­donnez si souvent l’impression de ne pas croire vos propres propos.

Comme on se demande à partir de combien de pierres commence un tas, je vous demande, monsieur le Président, à partir de combien de preuves commence un crime.

Je citerai enfin les conclusions de la «mission IGA-IGPN-IGGN relative à l’évaluation de l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois» d’octobre 2017 – mission qui dépend du ministère de l’Intérieur : «L’accumulation des témoignages écrits et oraux, bien que ne pouvant tenir lieu de preuves formelles, conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais. Ces manquements portent sur des faits de violences, sur un usage ­disproportionné des aérosols lacrymogènes, la ­destruction d’affaires appartenant aux ­migrants ainsi que le non-respect de l’obligation du matricule RIO [le référentiel des identités et de l’organisation].»Permettez-moi, monsieur le Président, de traduire cette phrase dans un français non-policier : «Nous croulons sous les preuves de violences policières, notamment de gazages, mais nous refusons de les considérer comme des preuves au sens strict, car cela risquerait de froisser monsieur le ­ministre de l’Intérieur( Gerard Collomb) qui serait obligé d’enquêter sur l’épidémie d’anonymat qui saisit ses troupes au moment de l’assaut contre les migrants.»Vous dites : «Je ne peux laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre utilisent la violence.» Les violences vous dérangeraient-elles moins que le fait qu’on les laisse accréditer ?A l’heure, monsieur le Président, où vous décrétez ce qui est, ou n’est pas, une «fake news», vous nous rappelez de manière ­salutaire que vous êtes prompt au mensonge éhonté. On attendait Bonaparte, ­arrive Pinocchio.

Je ne sais pas exactement de quoi vous êtes responsable ; je sais seulement en quoi vous êtes irresponsable. Le grand mérite de votre politique, c’est qu’on peut la voir à l’œil nu. Surtout à Calais, où tout est fait pour ­rendre impossible aux exilés l’accès à l’Angleterre. Non seulement ils n’ont pas le droit de rester, mais ils n’ont pas la possibilité de partir. Que doivent-ils faire  ? Attendre qu’on leur brûle la rétine  ? Ou bien jouer leur destin en tentant la traversée  ?Vous menacez en tout, monsieur le Président, des gens qui ne nous menacent en rien. Votre politique ne fait pas que trahir nos valeurs, elle les insulte. Les mesures antimigratoires sont toujours populaires. Mais voulant faire plaisir à la foule, vous trahissez le peuple.

Le préfet du Pas-de-Calais ( Fabien Sudry) m’a appelé, ­furieux, osant se réclamer de Jean Moulin ; mais Jean Moulin s’est battu pour faire cesser la barbarie, non pour intimider ceux qui la dénoncent. Les exilés sont des victimes. Laissez les martyrs morts en paix ; cesse de faire la guerre aux martyrs vivants.Jean Moulin fut supplicié pour une France qui accueille les hommes, pas pour une France qui les chasse. Dites à votre préfet que se réclamer d’un héros de la ­Résistance quand, dans sa sous-préfecture, Erythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois.

Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. Vous pouvez porter plainte contre moi pour ­diffamation ; la postérité portera plainte ­contre vous pour infamie. »

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En réponse à Yann MOIX , le prefet Sudry aux ordres , tweete  son désaccord

Lui aussi  affirme , voyons de prés de quoi il retourne

« aucun détenteur de la force publique, écrit-il, ne reçoit, ni n’a reçu d’instructions contraires à la déontologie (utilisation de gaz lacrimogène sur des points d’eau ou au moment de la distribution des repas, reveil des personnes pendant la nuit, exercice de violences physiques : tout agent qui se rendrait coupables de tels agissements, serait immédiatement sanctionné , avec la plus grande sévérité , sur  initiative de ma part »(…) Des images que vous présentez ( que Yann Moix présente) comme des preuves des violences policières aujourd’hui semblent montrer en réalité des opérations de maintien de l’ordre au temps du bidonville de la Lande avant octobre 2016 (…)

Selon le préfet Sudry , Yann Moix  » semble découvrir qu’il est trés légitimement fait usage proportionné de gaz lacrimogène à chaque fois que cela est nécessaire pour empecher l’intrusion des migrants dans le tunnel sous la Manche ou dans le port de Calais ( il faut rappeler la mort de 4 migrants en 2017,soit renversés par des poids lourds, soit en tombant d’un poids lourd en circulation, ou pour protéger les transporteurs routiers ( dont l’un est mort il y a quelques mois aprés avoir percuté un barrage monté par des migrants). Il choisit de ne pas dire un mot du dispositif humanitaire mis en place par l’Etat à Calais et qui permet aux migrants qui refusent les hébergements proposés systématiquement par l’Etat d’avoir accès à l’eau potable , à des douches , des sanitaires, ainsi qu’aux soins de santé au centre hospitalier de Calais ( 30 passages par jour en moyenne) »

Les accusations du chroniqueur sont gravissimes,selon le Prefet   » la principale , écrit-il, étant qu’un » protocole de bavure »aurait été sciemment organisé par l’Etat à Calais « .

Les Collombes républicaines seraient -elles l’instrument d’un Etat policier ? That is the question .

Lutte antiterroriste et révision constitutionnelle

imagesDans un précédent billet  j’identifiais quel était l’ennemi  » Le Daech , une bande d’assassins politico-religieux « 

Le pouvoir executif a eu raison d’utiliser l’état d’urgence aux lendemains des attentats du 13 Novembre 2015 qui ont fait 130 morts en application de  la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 sur l’ état d’urgence.

Dans un premier temps,  un décret pris en conseil des ministres le 14 novembre 2015 déclare l’état d’urgence valable 12 jours à l’issue desquels une loi de prorogation est nécessaire. Dans un deuxième temps, le parlement est saisi et vote la loi n° 2015-1501 du 20 novembre 2015 prorogeant l’application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence et renforçant l’efficacité de ses dispositions (1)  . L’état d’exception que recouvre l’état d’urgence prendra donc fin le 26 février 2016.Le gouvernement s’apprêterait à déposer un projet de loi autorisant une nouvelle prolongation de 3 mois.

A la lecture de l’article 3 de la loi du 3 avril modifiée qui dispose : « La loi autorisant la prorogation au-delà de douze jours de l’état d’urgence fixe sa durée définitive. » la loi de prorogation fixe la date » définitive  »de l’état d’urgence.

Il n’est donc pas certain, comme semble le suggérer le gouvernement, que l’état d’urgence puisse être renouvelable une deuxième fois sur le fondement de la même déclaration d’urgence valable 12 jours. On peut se demander quel sera l’avis du Conseil d’Etat , si celui-ci est saisi comme il est annoncé.

Certes l’état d’urgence reste et doit rester une situation exceptionnelle de mobilisation de l’appareil d’Etat dans son ensemble  et de  mobilisation citoyenne. Cependant la gravité des attentats ( 130 morts ) et celle de la menace représentée par les groupes djihadistes qui se disent en guerre contre l’Occident conduisent à penser que cette guerre ne va pas s’arrêter du jour au lendemain .S’il s’agit d’une guerre, la notion d’état d’urgence est dépassée, nos moeurs politiques s’accomoderaient -elles d’un Patriot Act à la française ? ( le Patriot Act  est la loi antiterroriste votée par le Congrés américain   au lendemain des attentats du 11/09/2001 )(*)

Dans la perspective des manifestations envisagées contre  la révision constitutionnelle mise en chantier par le gouvernement Hollande, le malaise est certain et ce à un double titre 

illégitime-défense-3-20151002-1728x800_c- la révision constitutionnelle qui inventerait un modèle d’Etat policier  approprié à la lutte antiterroriste donne raison aux terroristes qui cherchent à ébranler notre modèle de République en s’attaquant à nos valeurs , en minant notre organisation collective ( le risque zéro n’existe pas )  et en nous poussant à la faute par mimétisme de la violence. La réponse américaine après les attentats du 11/09/2001  n’est pas nécessairement un exemple à suivre même si cette expérience n’est pas dénuée de tout enseignement. En France le recours à la police et la justice administrative éloigne du principe républicain qui confie en temps normal ( en temps de paix ) le contrôle des libertés individuelles à l’office du juge  judiciaire, héritier d’un état de droit dont les standards démocratiques sont les plus élevés au monde . C’est toute l’architecture de notre modèle de sécurité qui est en jeu, ce qui conduit à réfléchir sur l’efficacité de mesures exceptionnelles d’urgence propres à nous protéger contre des djihadistes kamikaze. Ces attentats suicides d’une particulière dangerosité étaient connus des autorités, ils avaient épargné la France jusqu’ici  ( mais pas nos voisins européens Madrid en 2004 56 morts, Londres en 2005 191 morts, )  L’engagement armé de la France au Mali en 2013 et au Moyen Orient , Irak en 2014, Syrie en 2015 a pu contribuer à activer depuis l’étranger des filières djihadistes en aggravant  le danger potentiel encouru par la population française sous l’effet de représailles terroristes prévisibles. Le Président Hollande en porte la responsabilité politique.

une-policiers_reuters-la révision constitutionnelle toucherait au noyau dur du pacte républicain : la qualité de citoyen. Elle donnerait raison aux mouvements d’extrême droite déjà favorables, avant les attentats,  à la déchéance de tous les nationaux « rebelles ». En politique « Oeil pour oeil , dent pour dent » semble être devenue leur devise., en dehors de toute compréhension de la relation humaine et du lien bon ou mauvais qui nous unit. La   »tolérance zéro » c’était déjà leur slogan pour traquer les mineurs délinquants, comparés à un fléau national , c’est encore plus facile  maintenant  de pointer ainsi les terroristes djihadistes .  Marine le Pen qui veut conquérir avec ses sbires  le pouvoir d’Etat, sait ce qu’elle fait lorsqu’elle surfe sur un populisme activé sur le repli sécuritaire et xénophobe de l’électorat. La fin justifie les moyens…cela n’a jamais été trés républicain même si les politiques en usent et en abusent.

Alors quoi faire ?

La France est désormais impliquée contre le terrorisme djihadiste il va lui falloir faire un effort économique durable mais surtout un effort diplomatique considérable pour gagner  la paix et donc la sécurité  dans une spirale de violence aventureuse.

Sur le plan économique, comme le laisse penser le chef d’Etat major des armées, responsable des opérations militaires le Général Pierre de Villiers qui publie une tribune dans le Monde du 21/01/2016, il conviendrait d’accorder au Ministère de la Défense nationale un objectif de dépenses militaires de l’ordre de 2% du PIB, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui à l’heure où on se préoccupe plus des  politiques d’austérité que de la Défense en Europe . C’est un sujet qui fâche , comme celui de définanciariser les groupes armés qui prônent le djihadisme total et planétaire , de s’intéresser aux paradis fiscaux, aux réseaux mafieux ou aux Etats complices . Effort économique certes , l’argent a toujours été le nerf de la guerre mais cela ne dispense pas de s’interroger sur un gouvernement de gauche qui décide de bombarder l’ennemi qu’il est allé chercher au Moyen Orient , et en même temps défait, par mesure d’économie , une loi ( la loi Duflot)  qui essayait de garantir un logement pour tous sur le territoire de la République . Question de civilisation !!!

Sur le plan diplomatique, pour gagner la paix,  faire la guerre ne suffit pas  surtout dans les conditions géopolitiques complexes du Moyen Orient . La démocratie exige que toute guerre, quelle qu’elle soit, s’accompagne d’une mobilisation citoyenne sans précédent : conforter nos soldats lorsqu’elle est décidée, et demander des comptes à nos dirigeants sur la sortie de la guerre dans la perpective d’une sécurité retrouvée . Il n’y a pas d’autres interets fondamentaux de la Nation plus prioritaire que celui de protéger l’intégrité physique de sa population et de tout mettre en oeuvre pour éviter les drames comme celui du Bataclan , dont la tuerie au siège du journal  Charlie hebdo avait été l’annonciatrice, n’en déplaise à M Valls et son gouvernement. Cela ne m’étonnerait pas que Hollande, sous le gouvernement duquel se sont produits les attentats, les pires de notre histoire contemporaine ,   soit agité par une obsession : celle d’échapper au grief de ne pas avoir tout tenter pour répondre à l’agression du Daech  et en finir avec le groupe terroriste, comme le dit si bien son premier Ministre( *)

 

http://www.lopinion.fr/edition/politique/etat-d-urgence-police-justice-bord-burn-out-93748

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/11/23/que-contient-la-loi-sur-l-etat-d-urgence_4815295_1653578.html

(*) Nous apprenons que M Valls, lors d’une interview donnée à la BBC le 22 janvier 2015 , a confirmé qu’il était favorable à ce que l’état d’urgence persiste tant que dure la menace Daech  et qu’on en « finisse » avec ce groupe terroriste. Une façon de dire  » votez pour la révision constitutionnelle  » qui inscrit l’état d’urgence dans la durée, l’institutionnalise    à l’échelon le plus haut de nos règles , et confie de façon durable aux pouvoirs publics le soin de lutter contre le terrorisme , mieux que le Patriot Act américain qui avait été validé quasi unanimement par le Congrés pour une période de 4 ans , puis  avait acquis un caractère permanent à compter de 2006 .Force est de constater que le centre de Guantanamo  n’a pas pu être fermé malgré les promesses de Obama et ses efforts à la tête de la Maison Blanche .

Mariages mixtes et femmes battues

UnknownLe journal le Midi Libre retrace le parcours de trois femmes dans le Gard ( Nadia la quarantaine puis Sherazade qui n’a pas 30 ans, et Layane qui est agée de 20 ans ) ressortissantes d’un pays du Maghreb ( on ne sait pas lequel ! ) qui se sont mariées à des français ( on nous dit pas  s’ils sont d’origine maghrébine …mais on peut s’en douter !) . Battues par leur mari ou mises à la porte de chez elles,  elles se tournent vers les autorité . Séparées de leur mari, et sans enfant, l’administration  les  invite à regagner leur pays d’origine.  Ciao! le mariage républicain n’est plus, vive  la muflerie masculine .

La République selon Gilbert Collard,député gardois affidé à Marine Le pen

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L'avocat mariniste, Gilbert Collard

L’avocat Gilbert Collard comme casse bonbons au Palais Bourbon , c’était du prévisible. L’avocat à la Cour, à la Télévision ( suivant une expression acquise au contact des prétoires) et maintenant avocat au Front national,  l’avait annoncé lui-même.  » je serai un casse couilles démocratique » déclarait-il   au lendemain de son élection dans la deuxième circonscription du Gard, «  en utilisant tous les arguments de droit«  précisait-il.

Maître Collard sur les bancs de l’Assemblée nationale n’a pas tardé à montrer ce qu’il savait faire ou ne pas faire. Jugez en par vous-même. en visionnant son intervention à l’occasion de la discussion au Palais Bourbon du projet de loi, cher à F Hollande, instituant les  emplois d’avenir pour  les jeunes peu ou pas qualifiés . Voilà ce que j’en ai retenu .

L’ avocat prend la parole pour proposer à ses collègues de voter un amendement qui introduit dans la loi le critère de la « préférence nationale » chère à l’extrême droite. Réserver aux français la priorité des emplois d’avenir autrement dit  » Jeunes étrangers s’abstenir ». Pour cet avocat pénaliste, il est impossible d’ignorer qu’une telle discrimination  est interdite à l’embauche, que le contrevenant encourt des sanctions pénales ( Articles 225-1 à 225-4 du code pénal ), que ce principe de non discrimination fondé sur la nationalité est applicable à tous les employeurs en droit du travail ( Articles L1132-1 à L1132-4 du code du travail ) qu’il apparaît évident que le législateur ne saurait en affranchir le mécanisme des emplois d’avenir en appliquant ce qu’il est convenu d’appeler  » la préférence nationale » ,  principe au coeur du programme du Front national qui prétend en faire un principe  de gouvernement tout à fait contraire à la forme républicaine de gouvernement exigée par la Constitution.

Ce serait faire injure à l’avocat de supposer sa méconnaissance du droit positif en la matière. Maître Collard savait que son amendement contre républicain était insoutenable et qu’il serait rejeté, c’est pourquoi il a choisi, trés vite, d’interpeller ceux qui manifestaient leur désapprobation, il en oubliait même de terminer la lecture de son amendement qui concernait les citoyens des différents pays de l’Union européenne .

 » Mais que vous ont fait les français? (…) s’exclame -t-il dés le premier murmure d’opposition.

« Quoi! on ne peut pas parler de la France ici (…) poursuit-il .

Du  haut de son perchoir, le Président de séance l’interpelle à son tour  à plusieurs reprises  » Nous vous écoutons, mon cher collègue, revenons à l’amendement  «  comme une invitation courtoise mais insistante à changer de registre.

Eh bien , le « cher collègue » devait continuer  à vitupèrer «  je n’ai pas à parler à des gens qui n’aiment pas la France (…) dés qu’on parle de la France vous vous agitez comme des marionnettes (…) vous êtes des urnes (!!!) à hurler (…) lance-t-il dans l’enceinte  de  cette honorable assemblée qui incarne la représentation nationale et le peuple tout entier .

Je m’arrête un instant sur cette surenchère verbale violente et blessante à tous égards. C’est un grand classique de la provocation. Le voilà donc, auront pensé certains « ce casse couilles démocratique » auto-proclamé ,   en action au service de l’extrême droite .

Un député se lève, c’est un Martiniquais, il  prend la parole avec calme, et  lui répond sur le fond avec sérénité, sans le traiter de clown :  » on ne fait dans la socièté française aucune distinction de race, de couleur, d’origine. » C’était une façon de lui rappeler que la société française se construit depuis des lustres au delà de la race, de la couleur ou de l’origine sur des valeurs républicaines affirmées dont la fraternité humaine  n’est pas la moindre. La République ne se construit pas sur un principe de discrimination, sur un principe d’exclusion comme le sous entend le critère de « préférence nationale » prôné par le Front national.

Maître Collard revient alors à la barre ( en quelque sorte), il a compris qu’il fallait feindre  de regretter des paroles malheureuses , et convaincre de sa bonne foi .

 » Je souhaite simplement qu’on dise , conclut-il, que les emplois d’avenir on les réserve aux français ( on avait compris) parce que c’est eux qui vont consentir les sacrifices necesssaires » Enfin un argument !

« Faux » lui répond un autre député , il n’y a pas que les nationaux qui payent des impôts, en dehors des nationaux   » toute personne residant sur le territoire français ( régulièrement s’entend) et payant des impots participe au financement de ce dispositif  » .

Pour finir , force est de constater que  M Collard est resté taisant sur le  sort réservé aux citoyens de l’Union européenne, pourtant l’amendement 179 qu’il présentait,  consistait à insérer dans la loi un alinéa libellé en ces termes : « L’emploi d’avenir s’adresse en priorité aux jeunes de nationalité française, et subsidiairement aux citoyens des États membres de l’Union Européenne. » C’est faire peu de cas du § 2 de l’article 21 de la Charte européenne des droits fondamentaux qui interdit  » toute discrimination fondée sur la nationalité «  dans le champ d’application du droit communautaire : il n’est pas sûr que la Cour de Justice de l’Union européenne aurait été d’accord avec cette atteinte à la liberté de circulation des personnes à l’intérieur de l’Union européenne via une atteinte au principe fondamental d’égalité et de non discrimination à l’emploi entre les citoyens européens de l’Union.

Comme il fallait s’y attendre l’amendement Collard a été rejeté. Le Parlement a définitivement adopté la loi dans la nuit du 9 au 10 octobre 2012, Mme Maréchal Le Pen et M Collard ont voté contre. Les communistes se sont abstenus , je ne suis pas sûr que ce soit un bon choix, le texte amendé du gouvernement de gauche représente une avancée sociale incontestable face à la montée du chômage chez les jeunes, notamment ceux les plus en difficultés. ( voir Le dossier emplois d’avenir LES ECHOS )

NB : Chronique du Gard où un député gardois s’en prend à un autre député gardois, Collard contre Cavard, le premier NI ( non inscrit) apparenté au FN ( front national), le second EELV  apparenté PS. Serait-ce les prémisses des futures élections municipales à Nîmes ?




Pour Corinne Lepage candidate à la présidentielleF Bayrou se fout de l'écologie

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Corinne Lepage ( centre droit) revendique un caractère global à son projet de transformation écologique exposé dés 2010, projet qu’elle accepte  désormais de situer au centre gauche du paysage politique actuel : selon elle, le changement de cap pour le 21 ième siècle passe en France par la mise en  cohérence de l’ écologie, de la démocratie et de la République  avec un nouveau modèle de développement économique qu’elle n’ose pas qualifié d’antilibéral par crainte d’être étiquetée du coté des utopistes révolutionnaires plutôt que du coté des   pragmatiques e. Son ambition est de faire entendre sa voix comme femme politique du centre, au service du changement de cap qu’elle préconise , l’écologie politique et d’acquérir au premier tour une marge de manoeuvre pour aprés le second tour.

Au centre, elle élimine F Bayrou qui se fout de l’écologie. Elle est d’avis ( que nous partageons ) que F bayrou ne passera pas le premier tour . Ex-fondatrice du Modem elle a quitté le Modem  à cause de l’imposture de F Bayrou , c’est  tout sauf un démocrate ( il aime penser et décider à la place des autres) encore moins un écologiste convaincu ( « c’est pas sa tasse de café « ) On avait bien noté que F Bayrou, qui prône le rassemblement des français sur sa bonne tête, avait été incapable de cimenter l’unité fondatrice qui était celle du Modem à l’origine entre Cap 21, le parti écologiste de Corinne Lepage et l’ex-udf , le parti de F Bayrou rebaptisé Modem ( voir Précis de décomposition avancé à l’usage du Modem avril 2010)
En effet F Bayrou est un illusionniste , c’est le chevalier blanc de la scène politique, le Mahomet catholique, grand guide devant l’éternel de l’humanité à la dérive, pourfendeur de l’UMPS ainsi que de la pédophilie dont il a accusé l’écologiste Daniel Cohn Bendit au cours d’une fameuse émission télévisée qui n’a pas été à son avantage. il a pris l’habitude de se placér , avant d’attendre d’être élu, au dessus des partis ce qui lui permet ,de là haut , de distribuer comme une agence de notation en bon libéral qu’il est, bons points aux uns et mauvais points aux autres. Si vous lui parlez d’écologie ou de référendum , il tourne la tête , si vous lui parlez d’union nationale  , il sourit et son shadoow cabinet s’ébroue   » Bayrou , Président » . Ce n’est pas sans talent qu’il se présente devant les électeurs en proposant un pacte national face à la guerre économique dans laquelle nous a plongé le libéralisme actuel : il en accepte les diktats  qui commandent de faire subir aux peuples du continent européen des politiques d’austérité dont il précise la rigueur comptable pour la France : 5% de reduction des dépenses publiques et 5% d’augmentation des contributions . Il est moins prolixe sur les moyens de sa politique économique face aux puissances de l’argent que les gouvernements précédents ont préféré ne pas affrontér et qui nous ont conduit à la crise .  A ce stade il prend les habits du Général De Gaule, il demande au peuple de lui faire confiance sans dire avec le panache de De Gaule que « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille » En cela il peut nous abuser . Si le monde bouge à cause des enjeux écologiques, il n’en fait pas une priorité en cela il se trompe et nous trompe .
Corinne Lepage qui l’a pratiqué à l’interne,  n’hésite pas à pronostiquer qu’il ne sera pas présent  au second tour, donnant raison à Daniel Cohn Bendit qui lui avait prédit « Tu ne seras jamais président, mon pote » Corinne Lepage et Daniel Cohn Bendit , tous deux défenseurs de l’écologie politique sont sur la même longueur d’onde , Bayrou souffre d’un déficit d’élan écologique auquel aspirent nos concitoyens . Les paris sont ouverts. En attendant écoutez la vidéo de Corinne Lepage .

VIDEO à partir de l’indice 6.15
Vient de sortir le livre
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Aprés » La vérité sur le nucléaire » sous titré le choix interdit publié par Albin Michel en mai 2011

Expulsions des roms été 2010 La france a violé le droit européen

sarko et les romsOn se souvient de la polémique engagée au cours de l’été 2010 à propos des expulsions collectives et discriminatoires concernant les roms opérées par le gouvernement français qui se défendait d’avoir respecté le droit européen . Les instances européennes saisies de la difficulté ont affirmé, dans un rapport publié ce jeudi 10/11/2011 que la France avait violé la loi et les droits fondamentaux reconnus aux citoyens roumains ainsi traités ou plutôt maltraités.  Paris est donc  invité ( shame!!!) à prendre les mesures adéquates de réparation et de changement de cap de sa politique. Avez vous remarqué que « Mam » et « Horte.. Feux sur les roms » ne poseront plus sur la photo. C’est toujours ça de pris, comme on dit chez le peuple. Question? à qui le prochain tour ? RDV 2012

ICI SUR  20 MINUTES http://www.20minutes.fr/politique/821304-roms-paris-rappele-ordre-instance-europeenne

voir mes precedents billets sur le dossier des roms

16/09/2011 http://christian.nannini.free.fr/?p=3100  » la france n’est pas dans les clous « 

19/09/2011 http://christian.nannini.free.fr/?p=3193 « Hrevé Morin avocat de la défense d’Orte …feux sur les roms »

7/11/2011 http://christian.nannini.free.fr/?p=3673 Orte …feux sur les roms (suite)

Emmanuel TODD: Montée de l'islamophobieet de sa propagande, par la droite

Interview et Vidéo ( sur  oumma TV 13/07/2011 ) de Emmanuel Todd, historien , anthropologue  :

« Si vous êtes islamophobe, vous êtes anti français »

Autre vidéo de Emmanuel Todd sur l’ analyse du monde musulman ou arabe.

E .Todd a écrit   »Le Destin des immigrés, » Paris, Éditions du Seuil, 1994. ISBN 2-02-031450-9 et « Allah n’y est pour rien ! « Paris, Le Publieur, coll « arretsurimages.net », 2011

voir ICI l’ensemble de ses oeuvres et de ses travaux