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Thomas Picketty: « Dans le fond, Macron et Mekel ne veulent rien changer d’essentiel à l’Europe actuelle » LM du 10-11 juin 2018

Piketty, né en 1971, professeur d’économie, récompensé en 2002 du prix du meilleur économiste de France, auteur à succès en 2013 du  livre Le Capital au XXIe siècle déplore dans une nouvelle tribune publiée dans le Monde de voir l’axe Paris-Berlin , moteur de la construction de l’Union Européenne actuelle, impuissant à refonder l’Europe sur des valeurs de solidarité.

1) Pour l’économiste , la nouvelle gouvernance  européenne prônée par Macron reste floue Elle concerne la zone Euro : un ministre des finances à la tête de la zone euro dotée d’un parlement responsable du vote d’un budget ambitieux . Quelle composition de l’assemblée nouvelle , quel impôts pour financer le budget, quels pouvoirs du ministre ? Le chantier est ouvert pour le chef de la République  mais on ne peut se cacher que  Berlin et Merkel sont peu enthousiastes aux réformes sauf à transformer  le M.E.S ( le mécanisme européen de stabilité budgétaire qui masque une politique austéritaire) en F.M.E ( fonds monétaire européen  dans la lignée du F.M.I avec un pilotage allemand et une techno-structure bancaire au service d’un néolibéralisme dur sur le terrain économique

Selon Piketty,  les 4 pays de l’Union , la France , l’Allemagne, l’Italie , l’Espagne qui forment  » à eux seuls les 3/4 du PIB et de la population de la zone euro » pourraient se mettre d’accord pour débloquer la situation . Cela suppose que l’Allemagne abandonne symboliquement son hégémonie dans des institutions rénovées, plus démocratiques .Mais elle n’est pas prête à lâcher le morceau, les dirigeants allemands ayant tendance , pour l’économiste  « à expliquer à leurs  électeurs que les difficultés de l’Europe sont causés par les paresseux du sud ». 

2)L’emprise des discours nationalistes, anti-européens et xénophobes sur les peuples européens s’aggrave. Jusqu’à l’Italie laquelle de tout temps attachée aux valeurs européennes ciment d’ un standard démocratique inégalé dans le monde , vient de mettre au pouvoir un gouvernement disparate soudé sur une chasse aux étrangers comme réponse aux difficultés de gérer les flux migratoires et la crise européenne qui en découle .

 

 

 

LU: lettre politique de Laurent Joffrin du 31 mai 2018

L Joffrin ( directeur de publication du journal « Libération », disserte sur le macronisme , la façon dont Macron exerce le pouvoir depuis son élection il y a un an. Rien de nouveau sous le soleil , « un trés ancien nouveau monde  » selon lui  au vu des réformes engagées . Voyons ça…

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«  »"Résumons ce qu’on devinait dès les premiers pas et qui apparaît en pleine lumière après un an de macronisme : il n’y a pas plus de «nouveau monde» dans cette politique que de beurre en branche. Le tourbillon de réformes entreprises par le gouvernement Philippe à l’ombre de Jupiter se ramène à un plan somme toute assez plat : l’application à la France des réformes libérales à l’œuvre dans le monde depuis la révolution conservatrice de Ronald Reagan et Margaret Thatcher.

Les dernières annonces le confirment si besoin en était : libéralisation de la loi Littoral jugée trop contraignante, réforme des aides sociales accusées d’être des trappes à chômage, assouplissement des règles de cession des HLM, plan Banlieue de Jean-Louis Borloo écarté au profit d’une philosophie entrepreneuriale symbolisée par le vieux proverbe «Aide-toi et le Ciel t’aidera» : tout concorde. L’individu est tout ou presque, les corps intermédiaires sont des obstacles et non des partenaires, les «premiers de cordée» tireront tout le monde. C’est la suite d’une séquence uniforme : réforme fiscal e au profit des plus riches, libéralisation du marché du travail, réduction prévue de quatre points des dépenses publiques, baisse du nombre de fonctionnaires, réforme de la SNCF au nom de la concurrence, fin programmée des protections depuis toujours consenties aux cheminots. Rien de neuf dans cette affaire : on y trouve les grands principes des grands ancêtres, Bastiat, Hayek, Milton Friedman, et la longue préparation menée de manière à la fois discrète et tout à fait publique au sein des cénacles de la classe dirigeante, Fondation Saint-Simon, symposium de Davos, Institut Turgot, Institut Montaigne, etc. Et, dans une version droitisée, parmi les travaux des deux commissions Attali, dont le secrétaire était un jeune inspecteur des Finances nommé… Emmanuel Macron. Nouveau monde et vieux projet…

«Ultra-libéralisme» ? Evitons les slogans. La France reste l’un des pays les plus administrés au monde, où les dépenses publiques représentent plus de la moitié du produit intérieur. Mais justement : c’est pour mettre fin à cette exception française que cette politique est mise en œuvre, non par la société ou par «les individus» mais par un seul, logé à l’Elysée et qui mène son faux nouveau monde à la baguette. C’est la répudiation – par des méthodes jacobines – de la tradition de jacobinisme qui remonte à plus de deux siècles, ou de la greffe social-démocrate tentée avec plus ou moins de bonheur par les socialistes français au pouvoir. Un libéralisme vertical et impérieux, un bonapartisme du laisser-faire, une politique à la Guizot, premier chantre des «premiers de cordée», mâtinée de Napoléon III. Autrement dit une antique tradition, maintenue jusqu’ici sous le boisseau, soudain libérée par la divine surprise de mai 2017. »" ».

Commentaires :

Le macronisme tel qu’il se dessine après un an d’exercice du pouvoir par le nouvel hôte de l’Elysée ressemble bien à du bonapartisme, une volonté de gouverner qui ne s’empare pas d’états d’âme démocratiques sur l’alpha et l’oméga de la politique actuelle  :  la force économique du pays .  L’option d’un ultra libéralisme économique téléguidé par un modèle financier supra étatique, cimente une  volonté de transformation  qui passe pour le remède à l’impuissance de tous face aux défis contemporains et gloire à Macron et son élite à son service.

 

Jean ZIEGLER,un Suisse engagé politiquement sur la question des droits fondamentaux de l’homme, nous parle du haut de ses 84 ans

« L’expérience c’est l’histoire des vieillards » c’est un mot de JP SARTRE que j’ai retenu , je sais pourquoi maintenant . J’aime ces hommes d’engagement qui acceptent de nous dérouler leur vie , telle une étoile fillante qui brille dans le firmament , ne fusse qu’un instant . Briller c’est tout se qui importe ….

J Ziegler juriste , sociologue, internationaliste , et altermondialiste a été parlementaire de gauche dans son pays et rapporteur spécial aux Nations unis sur le droit à l’alimentation ( de 2000 à 2008) Il est actuellement vice président du comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations Unis . Depuis plus d’un demi siècle il est vent debout contre le capitalisme financier . Penseur et essayiste, proche du philosophe  Jean Paul Sartre, Jean Ziegler a écrit de  nombreux ouvrages ( biblio sur wikipedia) qui ne lui ont pas valu que des amis.  il est Interrogé le 16 avril 2018 par Aude Lancelin ( Le Média) et il nous livre sa vision du monde capitaliste pour faire suite à un documentaire récent paru sur lui «  Jean Ziegler : l’optimisme de la volonté » de Vladimir Wadimoff, un ancien élève du temps où il professait la sociologie à l’Université de Genève et de la Sorbonne.Personnage haut en couleur, combattre « le monstre » ( il faut comprendre la finance internationale), slogan  hérité du CHE, reste sa marque de fabrique révolutionnaire , voilà pourquoi il est intéressant de dresser l’oreille, à vous de jouer …

Macron au théatre

C’est au théâtre Chaillot, dans un décor à la fois somptueux  et racé avec en toile de fond , une perspective sur la Tour Eiffel illuminée, que Emmanuel Macron a choisi de donner son interview bilan le 15 avril 2018 après une année de pouvoir à l’Elysée. Les questionneurs ont été Jean Jacques Bourdin, journaliste à BFMTV et Edwy Plenel de Médiapart, deux professionnels ayant à coeur de ne pas s’en laisser compter face à ce jeune Président de la République de la trempe d’un Giscard d’Estaing dont il semble être un héritier naturel .

 

 

Mediacratie, enquête de Aude Lancelin ( 12/04/2018 Vraiment politique-Le Média)

l’émission commence à l’indice 21.30

Invités de l’émission:

Paul Moreira , grand reporter, journaliste d’investigation, coresponsable du collectif « Informer n’est pas un délit » ( ed chez Calmann- Levy)

Henri Maler , Professeur de Sciences politiques à Paris , fondateur de Acrimed, coauteur avec Sege Halimi de l’ouvrage  » l’opinion ça se travaille  »

Henri Guaino, ex député des Yvelines , conseiller spécial et porte plume de N sarkozy

Divina Frau-Meigs, professeure en Sciences de l’information et de la Communication , membre de la commission de réflexion de l’UE sur les « fake news »

Patrick Champagne ,sociologue ,ex collaborateur de C Bourdieux ovrages  » faire l’opinion » et  » le couple dépendance  »

Commentaires :

 

,Le sacrifice du gendarme Beltrame pour une idée de l’homme au service de la France

beltrame

Le vendredi 23 mars 2018 , Radouane Beltrame , un jeune homme de 25 ans ans né  au Maroc en 1992 s’était retranché dans un magasin super U de Trébes aprés avoir abattu un automobiliste pour lui voler son véhicule . Rendu dans le super marché , il abattait deux autres personnes puis donnait la mort à l’officier supérieur de la Gendarmerie le Lieutenant colonel Arnaud Beltrame  qui s’était livré en échange de la  caissière prénommée Julie, prise en otage par le terroriste . Ce dernier était abattu à son tour  par les forces d’intervention qui mettaient fin à son  périple de meurtrier qu’il avait prémédité. Il se réclamait du djihad islamiste mené par le groupe Daech ( EI Etat islamiste) lequel a revendiqué l’attentat.

Radouane Beltrame vivait chez ses parents, il avait bénéficié de la nationalité française à l’age de 12 ans, à la suite de la naturalisation de son père. Il était connu défavorablement des services de police et fiché pour sa radicalisation dans la mouvance djihadiste.Il était sans emploi et fréquentait une jeune femme de 18 ans impliquée dans la même mouvance.

Le lieutenant colonel Bel tr ame , était agé de 45 ans marié et père de deux enfants, aujourd’hui orphelins de leur père. Il avait opté , au plan professionnel, pour une carrière militaire et passait avec brio ses examens sortant chaque fois  major de sa promotion . Il était connu pour son courage sur le terrain et avait été décoré de la Croix de la Valeur Militaire . A la suite des événements tragiques de Trébes il était nommé au rang de Commandeur de la Légion d’Honneur.

Sa mort a donné lieu à de vibrants hommages à l’homme qu’il était, et à son  sacrifice et le Président de la République, chef de l’Etat français  s’est incliné sur sa dépouille, marquant ainsi le respect de la République et du peuple pour son fils tué au champ d’honneur.

Depuis l’hémicycle, Mélenchon n’a pas failli à sa réputation d’humaniste  et à l’amour de sa patrie républicaine , il a salué en Arnaud Beltrame  » un héros de la condition humaine « qui a « remis le monde humain en ordre » en offrant sa vie pour sauver celle d’autrui. Il s’est élevé contre ces forces qui tendent à « abolir la norme humaine » qui est faite de raison, de compassion, de don de soi .

J’ajoute un texte de mon ami Jean Marie Baurens édité dans le Journal LM du 29 mars 2018 : avec des mots ciselés dans l’histoire de la radicalité religieuse il rend hommage à cette belle âme où se sont trouvés réunis l’esprit maçonnique et religieux ayant concouru sans doute au geste héroïque de celui qui la nourrissait.

 » Rappelé par Le Monde, il était franc-Maçon et catholique à la fois. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame se voulait fidèle simultanément à ces deux courants de pensée. Franc vient de free, signifiant libre en Anglais, l’Angleterre étant le pays qui a donné naissance aux Free Masons à la fin du Moyen-âge. Dès lors à nos esprits cartésiens vient la question : Comment la libre pensée peut-elle être associée aux injonctions religieuses ? Là encore l’Histoire nous aide à comprendre la logique cachée sous ces deux antinomies apparentes. Ou tout au moins pourra-t-on espérer entrevoir ce lien au travers de la gestation historique de leur rapprochement. Dès le XVIIIè siècle, les églises protestantes se montrent plutôt favorables à la franc-maçonnerie. Par contre, le pape Clément XII en 1738 la déclare simplement « suspecte d’hérésie ». Peut-être avant tout par réflexe d’autodéfense. Il faut savoir néanmoins qu’ à cette époque la franc-maçonnerie ne remet pas directement en cause les croyances en Dieu ni même la justification des églises. La Loge s’avance prudemment par un déisme simplifié, celui du « Grand Architecte ». Le pape aurait-il alors senti venir la progression des prémices du rationalisme des Lumières et donc, en fin politique, aurait-il opté pour une condamnation empreinte de retenue ? Peut-être savait-il en effet que beaucoup d’ecclésiastiques avaient adhéré à l’Ordre. Au XIX è siècle l’opposition se radicalise entre catholiques et francs-maçons, mais moins pour des raisons idéologiques que politiques. Les intransigeances de la Révolution et notamment celles de la conception de l’Etre Suprême une fois dépassées, la Franc-maçonnerie républicaine ciblera en priorité le cléricalisme. Après une accalmie momentanée voulue par Napoléon III qui accorde protection au Grand Orient, la III è République voit donc dans les loges une concurrence politique potentiellement trop influente. Pourtant de son côté la Grande Loge devient en un sens plus profane. Elle met en veilleuse le dogme de la croyance en Dieu et de l’immortalité de l’âme. Du coup, il fut logique que la maçonnerie se retrouvât aux côtés des partisans de l’école laïque en 1880 et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Du reste Léon Gambetta, Aristide Briand, Jules Ferry et Emile Combes n’étaient-ils pas des francs-maçons notoires ? On assiste ensuite à une résurgence paroxysmique mais fugitive de la méfiance réciproque Eglise-Franc-maçonnerie avec  l’Affaire Dreyfus. L’antisémitisme, encore un paramètre tristement d’actualité avec l’assassinat de Madame Knoll. La Franc-maçonnerie est alors accusée de diriger le pays d’une manière occulte, ce qui est une aberration puisque tout le monde est sensé le savoir, à tort ou à raison. Mais les choses évoluent positivement. Le Concile Vatican II se termine en 1965 sur le principe d’une tolérance mutuelle. Depuis, les deux sources d’inspiration ont presque simultanément convergées, par exemple sur le principe déclaratif de la condamnation de toute forme de discrimination. L’occasion leur sera donnée de le confirmer lors de la mission commune de médiation qui leur est confiée par le gouvernement en 1988 en Nouvelle Calédonie, autre sujet en lien avec l’actualité. La catholicité y avait ainsi rejoint la bienveillance protestante aux côtés du Grand Orient. Pas étonnant que la synthèse Eglise et Grande Loge ait pu s’effectuer dans cette belle âme du Lieutenant-colonel Beltrame. Ces deux antinomies initiales, maçonnique et religieuse, se sont ainsi tragiquement retrouvées unies face à ce terroriste, cet esprit délirant, quintessence d’un emballement religieux capable de surgir désormais à chaque carrefour de notre douce France. »